‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 10 sur 62 · PSEUDO-TABES NEURASTHÉNIQUE · texte numérisé non relu

PSEUDO-TABES NEURASTHÉNIQUE

pas, c'est-à-dire, en définitive, à diagnostiquer des étals organiques du névraxe, alors qu'd s'agit de simples troubles dynamiques de ce système.

Précisons, car inutile de dire quel intérêt se rattache à la possibilité de diagnostics erronés de ce

genre.

Tout naturellement, suivant que prédomineront dans la scène neurasthénique les symptômes médullaires ou les symptômes cérébraux, l'erreur possible à commettre sera faite dans le sens d'une maladie de la moelle ou d'une maladie du cerveau. Divisons donc le sujet de la sorte.

I. — Voici, je suppose, un malade qui, sans parler de divers symptômes hors de cause, vous raconte ceci : qu'il se sent faible sur ses jambes, qu'il (( n'a plus de jambes », qu'il marche mal et « comme sur du coton » , qu'il éprouve parfois des incertitudes, des ébranlements d'équilibre, voire (comme pour un de mes clients) qu'il « ne met pas toujours le pied là où il veut le poser » ; — qu'il a des élancements dans les membres inférieurs, des fourmillements dans les pieds, des engourdissements dans les doigts; — qu'il est impuissant ou en voie de le devenir-, — qu'il a des éjaculations rapides, des pollutions, de la spermatorrhée; qu'il a des troubles de la vue, des troubles de la sensibihté, des vertiges, etc., etc.

A première audition de tels symptômes comment vous défendre de l'impression que vous pourriez

AFFECTIONS l'ARASYPHlLlTIQUES.

bien avoir aflliire à une maladie de la moelle et, plus spécialement encore, à un labes?

Eb bien, ce n'est pas là cependant une maladie de la moelle, non plus qu'un tabès, ce n'en est que 1 ombre; ce n'est là qu'un pseudo-labes neurasthénique, c'est-à-dire un orage nerveux simulant par quelques phénomènes le véritable tabès.

Comment donc et sur quels signes établir ici le diagnostic entre ce faux tabès et le tabès vrai? Question capitale, s'il en fût, et sur laquelle j'ai devoir d'insister.

Or, sans parler de l'évolution morbide qui, à coup sûr, constitue le meilleur signe pour juger le débat, mais qui ne le juge qu'à plus ou moins longue échéance, il existe toujours un certain ensemble de considérations d'après lesquelles le diagnostic en question peut être établi avec sûreté.

Trois signes, d'abord, se présentent à consulter, à savoir : l'état des réflexes, l'état des pupilles, l'état des fonctions vésicales.

1° Etat des réflexes patellaires. — Et, en effet, presque toujours diminués ou éteints dans le tabès (cela même fort souvent à une époque voisine encore du début des accidents), les réflexes patellaires restent normaux ou se montrent légèrement excités dans la neurasthénie.

2° Etat des pupilles. — Dans le tabès, troubles très habituels des pupilles : ou bien myosis, ou bien inégalité des pupilles, ou bien symptôme d'A.

l'SEUDO-TABES NEUnASTHENIQUE.

Robertsôn, etc.; - dans la neurasthénie, au contraire, pupilles normales, répondant bien a 1 excitation lumineuse.

3° État des fonctions vésicales. — Dans le tabès, altération fréquente de ces fonctions : ou bien paresse vésicale; évacuation ne se faisant qu'au prix d'un certain effort., d'une « poussée ou bien,

phénomène presque caractéristique, incontinence accidentelle, et incontinence de quelques gouttes seulement; ou bien encore, accidents de rétention

subite, etc. \

Rien de semblable dans la neurasthénie où les fonctions vésicales restent indemnes.

A ces trois signes, très souvent suffisants de par eux seuls à écarter toute incertitude', ajoutez encore cette autre considération éminemment frappante et distinctive, à savoir : que dans le tabès on n'observe pas ce tumulte, cet orage nerveux qui con-

I. J'ai longiiemeut décrit ces divers accidents, si éminemment caractéristiques, dans mou livre sur la Période préataxique du labes d'origine sypidtilique. — V. page ifi et suiv.

a. A coup sûr aussi, on pourrait invoquer cet antre signe comme élément du diagnostic différentiel que nous étudions ici, à savoir : que les douleurs fulguiantes qui se produisent parfois dans la neurasthénie ne présentent jamais ni l'intensité, ni l'acuité des douleurs fulgurantes du tabès; — que, de plus, elles ne s'accompagnent pas de cette hyperestliésie douloureuse régionale que laissent à leur suite les douleurs fulgurantes du tabès (Levillain).

Mais ce dernier signe ne reposant que sur une appréciation lU degré entre symptômes similaires, j'ai pensé qu'il ne pouvait être placé sur le même plan que les trois précédents, lesquels visent des symptômes présents ou absents dans les deux maladies mises eu parallèle.

l'ounsiEH. — Affecl, parasypldl. 5

AFFF.CTIONS PA II ASYPIII LITIQUES.

stitue la physionomie propre, caracléristique, de la neurasthénie. Je m'explique.

Certes le tabès est très généralement riche en troubles morbides disséminés sur divers systèmes. Mais on n'y rencontre pas cependant cette surabondance, cette multiplicité excessive de symptômes qui est usuelle dans la neurasthénie; on n'y observe pas surtout cet état de souffrance générale du système nerveux qui est presque constitutif de la névrose de Beard.

Passez-moi cette façon de parler, trop de symptômes sur un malade est un témoignage presque certain de nem^asthénie.

Soit un malade, par exemple, qui vous déclare souffrir tout à la fois de la tête, du dos, des reins, des membres, de l'estomac, etc.; — qui accuse des troubles divers et multiples soit de la sensibilité générale (fourmillements, engourdissements), soit des sens spéciaux (bourdonnements, désordres de la vue); — qui vous dit en outre éprouver des troubles dans la marche, être sujet à des vertiges, des étourdissements, des tremblements, avoir des palpitations, des angoisses respiratoires, des insomnies ; — qui se plaint d'incapacité de travail, de perte de la mémoire; — qui se plaint de pollutions, d'éjaculations prématurées, de débilité virile, et de vingt autres phénomènes encore; — voilà trop de symptômes pour le tabes^ et, inversement, en voilà juste assez pour la neurasthénie. Car un tel luxe, une telle surabondance d'éléments mor-

PSEUnO-ENCJÎl'HALOPATHIES NEUn ASTHÉMQUKS.

bides ne s'observe pas dans le tabès et constitue au contraire le propre de la neurasthénie.

Ne négligeons pas non plus cet autre signe distinclif qui a bien son prix : Le tabès ne comporte pas Vétat moral de la neurasthénie. Le tabétique est un malade qui éprouve et qui accuse des symptômes dont il ne s'inquiète que dans une mesure l3ien légitime, dont le plus souvent même il ne s'inquiète pas assez. Le neurasthénique est un préoccupé, un anxieux, un agité, qui n'expose ses mille souffrances qu'en les exagérant d'abord, et, d'autre part, en les raisonnant, en les interprétant dans le plus mauvais sens possible, avec un souci véritablement hypochondriaque.

Tel est, sans parler même de quelques éléments secondaires qui pourraient aussi apporter leur appoint à ce parallèle, l'ensemble de considérations qui permettra, au moins pour l'énorme majorité des cas, de différencier sûrement la neurasthénie du tabès.

IL — Poursuivons. — Sous une autre face, la neurasthénie d'origine syphilitique peut simuler et simule parfois d'une étrange façon des affections cérébrales. Cela s'observe dans la forme qui, en

AKFECTI0N3 PAnASYl>HILITIQUES.

raison d'une prédominance marquée de symptômes cérébraux, a reçu le nom de côrébrasthénie.

Et, en eflet, alors que l'orage neurasthénique (passez-moi cette façon de dire) s'oriente surtout vers le cerveau, il se traduit par des symptômes qui sont vraiment de nature à faire suspecter le début d'une grande affection cérébrale, non pas, à coup sûr, d'un ramollissement (en raison de l'âge), mais d'une syphilis du cerveau, ou, plus particulièrement encore, d'une paralysie générale.

Tel fut le cas, par exemple, d'un de mes clients qui se plaignait (sans parler de divers symptômes dont je vous épargnerai l'énumération) de maux de tête; — de vertiges; — de perte de la mémoire; — d'incapacité pour le travail intellectuel et même pour la lecture; — de difficulté h. suivre le fil de ses idées, voire le cours d'une conversation; — d'embarras pour trouver les mots; — de bourdonnements d'oreilles; — d'engourdissements, de fourmillements dans les membres; — de tremblements; — de visions nocturnes, « d'hallucinations », etc., etc. Comme il ne cessait de conter ses misères à tout venant et avec force amplifications, tout son entourage le considérait déjà comme aflecté d'une maladie du cerveau, et j'avoue qu'il me fît peur pour un temps. Or, ce n'était là qu'un ensemble neurasthénique, très différent, quand on y regardait de près, d'une syphilis du cerveau, ensemble qui s'évanouit — lentement, il est vrai — sans aboutir à rien de sérieux.

PSEUDOrENÇEP

iplIALOPATHIES NEURASTHÉNIQUES. 69

Dememe, un autre malade, que j'ai traite en vdle avee mon éminent eoUègue le 1- Potan. aecusaU Zne une série de symptômes i^lentiqi- -eu. d.i sujet précédent, notamment comme afFmbhssement o^,énd de l'intellect, diminution de la memou^e prétendue inaptitude à toute occupation exigeant une certaine tension d'esprit, etc. ; en outre, d présentait divers phénomènes qui, vraiment, étaient bien de nature h faire suspecter l'invasion d un trouble mental des plus alarmants, cà savoir : d abord, état Ivpémaniaque; morosité habituelle; préoccupations hypocliondriaques, voire idées de suicide. Il se disait « gravement malade et menace à brève échéance d'accidents qui ne pouvaient manquer de l'emporter « ; - puis, véritables- obsessions : pendant le sommeil, rêves érotiques, lubriques, obscènes; pendant la veille, idées fixes s'imposant à l'esprit, refrains revenant incessamment a la mémoire. Quand on le faisait sortir (et cela de force, car il se refusait obstinément à toute distraction), une sorte de volonté supérieure, à la sienne lui imposait, disait-il, l'obligation de hre toutes les affiches, toutes les enseignes qu'il rencontrait sur son chemin; etc., etc. Eh bien, ici encore, il ne s'agissait que d'un état neurasthénique qui se dissipa sans rien laisser à sa suite.

En face de tels ensembles cliniques, vous comprenez queUes difficultés il peut y avoir à formuler un diagnostic. C'est, qu'en effet, comme l'atrèsbien dit Bouveret, « les symptômes de l'épuisement ner-

7° AFFECTIONS PAU ASYPHILITIQUES.

veux (quelle qu'en soit l'origine, d'ailleurs) ont de trompeuses analogies avec ceux qu'on observe dans les premières périodes de certaines affections organiques du système nerveux. La cérébrasthénie donne parfois l'image du début de la paralysie générale, de la syphilis cérébrale, de la tumeur encéphalique, etc. »

Toutefois, un examen méthodique et complet du malade permet, au moins le plus souvent, d'établir un diagnoslic certain entre la maladie fonctionnelle et la maladie organique.

En l'espèce, ce diagnostic repose sur des considérations diverses qui, rationnellement, peuvent être distribuées sous trois chefs de la façon suivante ;

I. — Dans la neurasthénie, absence des grands symptômes qui caractérisent d'une façon nécessaire et décisive les affections organiques du cerveau ;

II. — Dans la neurasthénie, multiplicité de symptômes étrangers à la scène usuelle des affections organiques du cerveau ;

III- — Dans la neurasthénie, phénomènes morbides ne présentant que l'apparence, le décor

et non la réalité — des symptômes essentiels, con stitutifs, de ces dernières affections.

Je m'explique, et pour m'expliquer à l'abri de toute ambiguïté, je vais prendre un exemple sur lequel vous pourrez suivre l'application de la triade diagnostique que j'ai en vue.

Soit donc, je suppose, un malade neurasthénique

,.SEUD0-KNCÛI..1AL0PAT.MKS ^ KCH ASTHKMQCKS. 7I

qui, de par un certain nombre de symptômes, ressemble à un paralytique général, a ce PO'nt qu on pourrait s'y tromper, à ce point même (le fait s es 1-éalisé plus d'une fois) qu'on s'y est trompe et que l'on a cru à l'imminence, vou^e a 1 mvasion d'une paralysie générale.

Eh bien, examinons ce malade en suivant la liliere de la méthode diagnostique que je propose.

I. Premier point : N'est-il pas nombre de symptômes essentiels, constitutifs de la paralysie générale, qui font défaut sur le malade en question et dont l'absence peut suffire à exclure en toute vraisemblance cette terrible aifection?

Oui, vraiment. Voyez plutôt.

Allons-nous rencontrer sur lui, s'il n'est que neurasthénique :

i" L'inégahté des pupilles? Non.

2° Les tremblements divers et caractéristiques de la paralysie générale, à savoir : le tremblement des mains? Non. — Le tremblement des lèvres? Non. La projection saccadée de la langue « en mouvements de trombone »? Non. — Le tremblement sur place de la langue, c'est-à-dire le tremblement interstitiel, fibrillaire, vermiculaire? Non. — Le sautillement des muscles péribuccaux?Non. — Rien de tout cela.

3° L'embarras de la parole, devenue hésitante et traînante, et, plus spécialement encore, le scandage des mots, en forme d'arrêts, de heurts sur une syllabe, rappelant, comme on l'a dit, le heurt de 'la

AFFECTIONS PAR A.SYPHIUTIQUES.

roue de voiture qui butte un instant sur un caillou (lu chemin? Pas davantage.

4° Des conceptions délirantes ou même une ébauche de conceptions délirantes, comme cela est d'observation si commune dans les premiers temps ou peu après le début de la paralysie générale? Non, encore.

Et ainsi de suite.

En sorte que cette absence des signes, de tous les grands signes qui caractérisent formellement, foncièrement, la paralysie générale, sera un premier argument ou, disons mieux, un premier faisceau d'arguments contre l'hypothèse d'une paralysie générale. En l'absence de tels signes, comment se hasarder à diagnostiquer une paralysie générale?

IL — Second point : Si le malade en question est un neurasthénique et un grand neurasthénique (ce qu'il doit être pour qu'on en soit à redouter sur lui l'invasion d'une paralysie générale), nous allons forcément à ce titre le trouver affecté d'une foule de symptômes nerveux de tout ordre, constituant un état de souffrance générale du névraxe. Nous allons, nous devons rencontrer sur lui, par exemple, des douleurs de tout siège, dans la tête, dans le rachis, dans les membres, dans l'estomac ; — des hyperesthésies cl-. verses; — une asthénie marquée du système musculaire (lassitude assidue, courbature, dépression, avachissement, etc.) ; — des troubles dyspeptiques ; — des palpitations ; — des symptômes génitaux (éjaculation prématui'ée, débilité

Virile prétendue impuissance) ; - et tout cela comvuile, pieienu i , ,, .^^^sjne nerveux, a biné, comme d usage a ^pé-

de divers symptômes concoxnita ns d'hystéricisme ou d'hysténe vraie.

Eh bien,"est-ce que tout, cela se rencontre dans h p ralysi générale? Est-ce que des symptômes de eet'o d e foi^t partie de la scène usuelle de la paralysie générale? Est-ce qu'ils seraient à eur place, dans leur cadre, avec cette dernière ^laladie? Vraiment non. Ce seraient, pour cette maladie, des svmptômes inusités, anormaux; ce seraient, pour elle, des symptômes déplacés, superflus, sans propos de véritables hors-d œuvre, passez-moi le mot. 11 y'aurait presque mésalliance pour elle a contracter union avec des phénomènes de ce genre qu elle •ne comporte pas, avec lesquels elle ne va pas de compagnie, avec lesquels elle ne fait pas société.

Aussi bien, ces hors-d'œuvre - laissez-moi conserver le mot qui, vraiment, est à sa place — ont-ils une signification en l'espèce. Au point de vue diagnostique, ils témoignent contre la paralysie générale, ils l'excluent en tant qu'origine de tels sym'ptômes. De par eux, tout clinicien ayant quelque flair sera conduit à se dire : « Voilà qui ne m pas avec la paralysie générale. Il faut autre chose pour motiver les accidents en question. » Et il cherchera autre chose, et, en cherchant, il découvrira la neurasthénie.

74 APPECTioNs PAnASY..rm.mouEs.

III — Troisième point, celui-ci le plus délicat mais le plus significatif aussi. ^ '

Examinons, analysons, disséquons un à un les symptômes accusés par le neurasthénique, et nous abom^ toujours à nous'co'nvainc"

qu ds nont que l'apparence, l'extérieur, le décor si je pu.s auisi parler) des grands symptômes con- Ututifs des aflections organiques céribrales, sans en avoir la réalité, le fond. Exemples multiples.

Le neurasthénique dit n'être pas solide sur ses jambes, n être pas certain de son équihbre, ctc' Mais examinez-le bien. Vous le verrez de fait se tenir et marcher d'aplomb ; vous ne surprendrez chez lui m ces incorrections ataxiques, ni ces défaillances subites d'équilibre qu'on observe dans la paralysie générale.

Il dit de même « avoir du tremblement «. Mais le tremblement qu'il peut présenter par instants (et seulement par instants, d'une façon passagère) n'a rien d'analogue à ces tremblements divers de la paralysie générale dont je vous parlais tout à l'heure. C'est et ce n'est qu'un tremblement émotif, purement émotif, qui se produit à propos d'un rien cela est vrai (à propos, par exemple, d'une émotion, d une rencontre, d'une question, de la présence d'un médecin, etc.), mais qui s'apaise bientôt, qui ne dure pas, qui n'est pas permanent. Comparez, à cet égard, l'écriture d'un neurasthénique à celle d'un paralytique général, et vous serez édifiés.

Mieux que cela encore. A l'entendre, ce même

PSEUDO-ENCÉPHA

LOPATHIES NEUnASTHÉNIQUES.

nialade aurait « perdu la mémou^e Eh b en n terrogez eette mémoire, scrutez-la, sondez-la de pai une longue conversation avec le malade, comme aussi de par les renseignements que pourra vous fournir son entourage, et vous arriverez a reconnaître que, pour être parfois paresseuse ou distrai te ou passagèrement obnubilée, ladite mémoire n en existe pas moins, qu'elle est conservée intacte en tant qu'instrument, et que, surtout, elle ne présente pas ces effacements, ces lacunes, j'allais dire ces scotomes qu'on observe usuellement dans la paralysie générale. ,

De même pour l'intelligence. Le neurasthénique, qui ne se ménage guère dans ses appréciations sur lui-môme, se dit abaissé, déprimé intellectuellement. A l'en croire, il ne serait plus « propre a rien » comme travail de tête ; il serait même en voie de « devenir fou ou ramolli ». Sur ce point encore, messieurs, allez au fond des choses, c'està-dire rendez-vous un compte précis de ce qu'est l'état des facultés psychiques, cela de par un interrogatoire prolongé, de par les témoignages des parents, des amis, et vous verrez que cette intelligence, si fort dépréciée par le malade, n'est pas lésée, entamée, réduite, déprimée comme il le prétend; vous verrez que ce malade raisonne juste et bien-, qu'il a la plénitude de sa conscience, de sou jugement, de ses facultés; que tout ce qu'il dit, écrit ou fait est absolument correct, sensé, exempt de toute déviation; et vous conclurez, au total, que

AFFECTIONS PAUASYPIIILITIOUES.

le trouble pathologique se borne chez lui pure ment et simplement à ceci : une certaine paresse à mettre en œuvre un instrument resté sain, c'est-à- <-hre une certaine paresse à exercer des facultés intactes. Chez le neurasthénique, en un mot, il se peut bien qu'il y ait lassitude et courbature d'espnt, soit! Mais il n'y a pas lésion des facultés psychiques. Et, de même qu'au physique un homme las, voire courbaturé, fourbu, n'a" rien de commun avec un paralytique, de même, au moral, une intelligence fatiguée, asthénique, engourdie, estbien différente d'une intelligence entamée, aberrante, déviée.

Encore un autre contraste. Le neurasthénique, certes, a des préoccupations tristes qui lui donnent un certain air de ressemblance avec le paralytique général lypémaniaque. Mais voyez ce qu'est cette lypemanie de part et d'autre.

Le neurasthénique souffre — souffre véritablement — ou de la tête, ou du rachis, ou de l'estomac. Il peine à marcher, il peine à faire travailler son cerveau. En raison de cela et pour ces motifs trop réels, il se croit menacé d'une maladie grave ou de l'encéphale ou de la moelle ou de l'estomac, et il s'inquiète, et les inquiétudes qu'il conçoit le conduisent à un état habituel de morosité, de tristesse, de chagrin. Soit! Mais rien que de raisonnable, de mentalement correct dans cet enchaînement de faits. Ces inquiétudes ont leurs motifs, bien qu'exagérées; ce chagrin n'a rien en soi d'illogique.

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