‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 13 sur 62 · FORME USUELLE · texte numérisé non relu

FORME USUELLE

pas abandonné mes affaires; mais je me sens mal à

l'aise. , ,

« C'est, d'abord, ma tête qui est toujours lourde et chargée, eomme si j'avais un poids sur le crâne ou comme si je portais un casque.

« Puis, je me sens toujours las, fatigué, avec des jambes molles, faibles, harassées comme si j'avais fait dix lieues, et je marche à peine; et, chose étonnante, je suis encore plus fatigué en sortant du lit, le matin, que le soir en me couchant.

« Il en est d'ailleurs de mon cerveau comme de mes jambes; il ne vaut guère mieux. Le travail me fatigue. Je n'ai plus d'entrain; les idées ne me viennent pas. C'est une affaire d'état pour moi que d'expédier mon courrier; moi, qui écrivais sans fatigue quinze à vingt lettres dans mon après-midi, je suis à bout maintenant quand j'en ai écrit trois ou quatre, et il faut que je me force pour continuer.

a D'autre part, je mange sans appétit; j'ai des gaz sur l'estomac, des digestions lourdes, lentes, pénibles; je ne vais à la selle que tous les deux ou trois jours.

« Je dors mal; j'ai le sommeil agité.

« Sans parler de cent autres petites misères. Ainsi, croiriez- vous que je suis devenu nerveux comme une femme? Un rien m'agace, me tourmente, me met sens dessus dessous. Si l'on m'apporte une lettre, si l'on me sonne au téléphone, ou même si je rencontre dans la rue quelqu'un de

AFFECTIONS PA n ASYPHILITIQUIîS.

connaissance, me voilà pris d'un lreml)lemenl comme si j'avais fait un mauvais coup. Je suis impi-essionnable comme je ne l'ai jamais été; je tourne à la sensitive. Joignez à cela des douleurs ici ou là, des fourmillements, des engourdissements, des agacements, des impatiences dans les jambes, etc. Si cela continue, j'aurai bientôt « mes nerfs » comme une jolie demi-mondaine.

« Et puis encore, vous savez, du côté des femmes, rien de brillant, tout au contraire!

« Ah ! c'est sans doute ma sale maladie c|ui m'a valu tout cela. D'autant, je vous l'avoue, que j'y pense toujours. C'est cela qui me ronge. Je ne guérirai jamais. Vous avez beau, monsieur le docteur, me dire le contraire, je sais bien, moi, qu'on ne guérit jamais de la vérole; c'est une maladie qui ne pardonne pas. Mes amis (qui ne se doutent pas de ce que j'ai) me l'ont bien dit. Récemment encore l'un d'eux en est mort, et dans une maison d'aliénés; il paraît qu'il était pourri jusqu'aux os. Et, je ne me fais pas d'illusion, c'est là ce qui m'attend. »

Ce discours, messieurs, que je vous ai répété de mémoire, tant je l'ai entendu de fois, et auquel je n'ai rien changé pour lui laisser sa physionomie propre, vous représentera mieux que tout exposé dogmatique ce qu'est exactement la neurasthénie usuelle de la syphilis.

D'après ce qui précède vous avez déjà compris en effet que cette neurasthénie se distingue des

NEURASTHÉNIE. - SYPHILOPHOBIE. «7

divers types qui nous ont occupés jusqu'ici par ces deuK caractères, à savoir : .,^^,^:,a de

lo D'une part, en ce que, comme intensité de phénomènes morbides, elle ne s'élève pas au-dessus d'un diapason tout au plus moyeii, laissan le ma- Uule vivre de la vie commune, lui permettant de continuer - avec difficulté et malaise, il est vrai,

ses occupations habituelles.

o" D'autre part, en ce que, constituée par un ensemble d'ailleurs très variable de symptômes nerveux, elle n'en présente aucun qui, par son importance propre, prédomine sur tous les autres.

En sorte que tout à la fois elle peut être dite bénigne, au moins relativement bénigne comme nccidents, et mgue comme expression, comme phvsionomie générale.

Eh bien, retenez ce type en vos souvenirs, messieurs, car c'est celui que vous aurez le plus souveni à constater en pratique, comme résultat possible de la syphilis.

Comme complément à ce sujet, je dois encore ajouter ceci : que les formes chroniques de la neurasthénie issue de la syphilis se compliquent quelquefois d'un symptôme tout spécial.

Ce symptôme consiste en un véritable trouble psychique qui parfois, en raison de son caractère

AFFECTIONS PAnASYPIIILITIQUES.

et de son inlensilé, prend le pas sur les autres phénomènes morbides contemporains, et confère à I ensemble clinique une physionomie vraiment particulière. 11 est constitué par une préoccupation hypochondriaque, par une phobie d'un ordre spécial, connue sous le nom de sijphilophobie ou ^ si/phi.lo manie.

Cette syphilophobie, c'est la terreur de la syphilis, avec la manie de lui rapporter tous les troubles' tous les incidents pathologiques qui peuvent se jeter à la traverse de l'évolution morbide, voire parfois ce qui n'est ni trouble ni incident, à savoir les éventualités les plus naturelles et les plus inoffensives.

C'est ainsi que vous rencontrerez certains malades syphilitiques (je ne parle que de ceux-là pour l'instant, car il est aussi des syphilophobes sans syphilis) chez lesquels toute l'attention, toutes les préoccupations de la pensée convergent et se concentrent Tcrs un seul objectif, la syphilis. Les malheureux iifFectés de la sorte en arrivent à un état d'esprit, à une situation intellectuelle où ils n'ont plus, comme ils le disent eux-mêmes du reste, que « la syphihs en tête D'abord, ils s'exagèrent les dangers, les conséquences possibles de la maladie. Pour eux, la syphilis devient une maladie qui ne guérit jamais, quoi qu'on fasse, une maladie forcément destinée à persécuter ses victimes toute leur vie et même au delà dans leur postérité, une maladie qui doit nécessairement aboutir aux plus

NEURASTHENIE.

— SYlMULOPlloniE.

lamentables calaslroplies, lelles que « la cane des os, la destruction du nez, la paralysie, 1 ataxie, la folie, le gâtisme, la naissance d'enfants pourris, rachitiques ou scrofuleux pour le moins «, etc. Bref, c'est un monstre, qui réalise toutes les souifrances, toutes les calamités, toutes les horreurs qui peuvent afFecter la pauvre espèce humaine. — Puis, d'autre part, dans cet état d'esprit, ils voient la syphilis partout. Tout ce qui leur advient, c'est de la syphihs. Le moindre boulon, la moindre efflorescence qui leur arrive à la peau ou sur les muqueuses, c'est un produit de leur maladie, c'est un stigmate de non guérison. Une douleur n'importe où, c'est un présage de carie des os ou d'affection nerveuse qui commence; un engourdissement, une crampe dans nue jambe, c'est un début de maladie de la moelle, d'ataxie probablement; un mal de tête, une migraine, voilà un prodrome de syphilis faisant invasion dans le cerveau; et ainsi de suite.

Quelquefois même leur imagination « montée », exaltée, s'égare jusqu'à considérer comme suspectes de simples particularités anatomiques des plus normales. Ainsi, les papilles de la langue ou de la couronne du gland deviennent pour eux des excroissances morbides et sûrement syphilitiques. Les lacunes amygdaliennes ne sont rien autre non plus que des ulcérations, des cavernes gommeuses, etc., etc.

C'est un bonheur encore si à celte syphilophobie ne vient pas s'adjoindre, comme vésanie connexe,

9° AFFECTIONS PAR ASYPHILITIQUES.

la mercuriophobie. Car alors le malade se trouve iKléralemonl pris enlre deux ennemis également redoutables. S'il échappe à l'un, ce sera pour être victime de l'autre, et celui-ci ne vaut pas mieux que celui-là. — Mais cette combinaison est rare, et je n'en ai rencontré jusqu'ici que quelques exemples. Du moins les malheureux terrorisés de la vérole conservent-ils usuellement la consolation de « croire au mercure » et de le considérer comme un reste de salut possible dans leur détresse.

Cetl,e syphilophobie — phobie spéciale par son objectif, mais identique d'essence à tant d'autres phobies neurasthéniques — comporte tout naturellement de son chef une conséquence que déjà vous avez prévue. C'est de compliquer la scène morbide et d'en exagérer le pronostic ; cela, en raison même de l'anxiété morale permanente qu'une telle vésanie inflige au patient, et de la réaction dépressive qu'elle ne manque guère d'exercer sur l'économie.

Je serai bref sur les deux questions de pronostic et de traitement. C'est qu'en effet à ce double point de vue la neurasthénie de nos malades ne se différencie guère, en dépit de son origine spécifique, de la neurasthénie commune.

I- — Certes un malade syphilitique guérit toujours de la neurasthénie qu'il doit à la syphihs.

WEUnASTIlÛMIÎ. 9'

Mais comment en guérit-il? Péniblement et len ement, en général au prix de mois dans les cas les plus heureux, au prix d'années bien plus souvent.

Puis, l'alTeclion guérie, reste toujours 1 ébranlement du système nerveux, prétexte possible a recrudescences ou rechutes.

Spécifions toutefois une différence importante entre les diverses neurasthénies d'origine spécifique. Celles qui se produisent dans les premiers temps de l'infection, en compagnie et à l'occasion de grandes poussées secondaires, sont généralement peu durables, relativement bénignes, et peu menaçantes pour l'avenir. Comme moyenne, elles disparaissent en six à huit ou dix mois. — Tandis que celles qui n'entrent en scène que plus tardivement, dans l'étape tertiaire, et indépendamment de toute poussée spécifique contemporaine, celles qui de la sorte se produisent pour leur compte, si je puis ainsi parler, sont bien autrement persistantes, rebelles, ne s'efl\icent qu'au prix d'années, et laissent toujours à leur suite un trouble durable du système nerveux.

n. Au point de vue thérapeutique, une déclaration s'impose à moi tout d'abord. C'est que, malgré son origine spécifique, la neurasthénie de la syphilis n'est en rien justiciable du traitement spécifique, n'est en rien modifiée par lui. Vainement l'attaqueriez-vous, comme je l'ai fait, par des doses intenses, massives, de mercure ou d'iodure,

AFFECTIONS PAnASYPIIlLITIQUES.

VOUS n'obtiendriez rien ou presque rien de ces deux remèdes, dont l'action s'exerce cependant d'une foçon si puissante sur la presque totalité des accidents sy|)liilitiques.

A cet égard, donc, la neurasthénie de nos malades se trouve naturellement prendre place dans la série de ces manifestations si curieuses qui, bien que reconnaissant la syphilis comme origine, restent inaccessibles à l'influence des agents antisyphilitiques. Il en est d'elle, sous ce rapport, comme de la syphilide pi gmentaire, comme du labes, comme de la paralysie générale, etc. C'est dire qu'elle fait partie du groupe des affections parasyphilitiques.

Loin de moi, toutefois, l'intention d'affirmer ici que le traitement antisyphihtique soit absolument dépourvu de toute utilité relativement à la neurasthénie d'origine syphilitique. Je ne dis pas, je ne veux pas dire qu'il soit superflu de traiter la syphilis d'un malade affecté de neurasthénie spécifique, et que cette neurasthénie n'ait rien à attendre de la médication dirigée contre la diathèse. J'estime au contraire qu'elle en peut bénéficier indirectement^ comme je crois en avoir eu la preuve plusieurs fois. Mais il n'en reste pas moins avéré qu'elle n'obéit en rien à cette médication comme le fait une manifestation vraiment syphilitique, comme le fait, par exemple, une syphilide ou une gomme, et c'est là le point qui nous intéresse pour l'instant.

Si bien qu'au total, sans parler des agents spécifiques qu'il peut y avoir intérêt à mettre en

neurastiii:mr.

œuvre contre la cliathèse, le trailement de la neurasthénie d'origine syphilitique n'est autre que ce ui de la neurasthénie commune et se compose des mêmes moyens, des mêmes méthodes, à savmr : eomme tête de ligne, hydrothérapie; - puis bromures-, — électricité; — massage; — changement de milieu, voyages, distractions, cures d'an^; réconfortation morale de la part du médecin; — au besoin même, injections de liquides organiques, dont la spécificité ne réside guère, je crois, que dans la suggeslion, ou, mieux, petites transfusions de sérum, de phosphate de soude S etc., etc. —

I Dans nn article tout réceot, un de nos plus distingués collègues le Mathieu fait un éloge particulier des transfusions de sévum et des injections au phosphate de soude. « Il est incontestable dit-il, que de petites transfusions de sérum (.5 a 5o ou 100 centimètres cubes de liquide) relèvent In tonicité. Je les emploie à l'hôpital d'une façon courante, et j'ai tendance a les substituer aux injections de caféine dont on a tant usé, siuon abuse, depuis quelques années.... Contre la neurasthénie, j ai obtenu des résultats quelquefois presque miraculeux avec un liquide ainsi composé :

:if Phosphate de soude 4 grammes.

Chlorure de sodium a

Glycérine neutre.. ...... 20

Eau distillée. , 80 —

Je n attache à ce liquide aucune spécificité, bien que le phosphore soit le métalloïde des masses nerveuses.

Récemment, à l'hôpital Lariboisière, deux centimètres cubes de ce liquide m'ont servi pour transformer, pour ressusciter eu quelque sorte un neurasthénique presque incapable de quitter son ht. 11 faut dire qu'à la formule précédente j'avais ajouté une dose élevée de suggeslion. C'est ce qu'il faut faire en cas semblable, et j'aimerais mieuT, au besoin, augmenter encore la suggestion et diminuer la dose de phosphate de soude. » — Je partage absolument cette dernière opinion. — V. Gazelle des hôpitaux, 7 septembre iSg^.

AFFIÎCTIONS l'AlUSYPIIlLITIQU

Tout cela, je n'aurais rien à vous en dire qui n été dit maintes fois par les neurologistes; je v( renvoie donc sur ce point aux traités spéciaux.

Un dernier point me reste à discuter, pour terminer ce sujet; c'est celui des rapports pathogéniques qui relient à la syphilis les manifestations neurasthéniques dont nous venons de parler.

Certes, il n'est pas douteux que des accidents de neurasthénie se rencontrent fréquemment chez les malades afï^ctés de S3 philis. Ce fait, en lui-même, n'est pas sujet à contestation.

Mais, à coup sûr aussi, tout ce qui se produit sur un syphilitique n'est pas par cela même, ipso facto, syphihtique. Si bien qu'on pourrait dire et qu'on a dit : « Soit! Voilà de la neurasthénie sur un sujet syphilitique, mais c'est de la neurasthénie sur un sujet syphilitique, ce n'est pas de la neurasthénie syphilitique. Coïncidence de hasard, rencontre fortuite, et rien de plus, w

Eh bien, que de la neurasthénie se produise parfois sur un sujet syphilitique sans que la syphilis ait rien à y voir, c'est possible, c'est fort possible assurément, et cela pour la bonne raison que la syphilis ne préserve de rien, tout au contraire. A priori le bon sens dit que des cas de cet ordre

MÎUUASTIUCNII':

doivent se rencontrer, et l'expérience confirme

cette induction.

Mais, que hi syphilis ne soit pour rien en d autres cas, voire pour hi plupart, pour la grande majorité des cas où la neurasthénie vient à se produu-e sur des sujets syphilitiques, c'est là ce qu'il est impossible de croire, c'est là, pour ma part, ce que je me refuserai absolument à admettre. Je suis persuadé tout au contraire que, pour nombre de ces cas, i\ est impossible de refuser à la syphilis le titre de cause productrice, génératrice de celte neurasthénie. Et cela pour les mêmes raisons qui nous ont conduits ou nous conduiront à admettre un rapport de cause à effet entre la syphihs et la syphilide pigmentaire, le tabès, la paralysie générale, etc.

Quelles sont donc ces raisons? — J'en trouve au moins quatre, toutes probantes, chacune pour son compte, et se prêtant de plus un mutuel appui. — Les voici :

'i. — D'abord, fréquence même de ces accidents neurasthéniques au cours de la syphilis.

Ce premier argument, à coup sûr, sera différemment apprécié. Je m'attends à ce qu'il ne trouve guère faveur près de ceux de nos collègues qui ne voient des syphilitiques qu'accidentellement, de loin en loin, et qui conséquemment ne sont pas en situation d'apprécier la fréquence de tels symptômes dans la syphilis. Ceux-là même peut-être, inconsciemment, commettront l'injustice de considérer la neurasthénie comme une mani-

A FFECTI 0 N S P .\ Il A S V P H 1 L IT 1 QU ES .

festation rare de la syphilis parce qu'ils n'ont que rarement à traiter des syphilitiques.

Tout au contraire cet argumeiU sera estimé à sa juste valeur par les médecins qui, comme nous, vivent dans le milieu de la syphilis. Ceux-ci forcément se souviendront qu'ils ont rencontré plus ou moins souvent la neurasthénie chez leurs malades, et assez souvent en tout cas pour ne pouvoir l'imputer à des coïncidences de hasard. Ceux-ci, bien sûrement, se diront et diront avec nous : Oui, la neurasthénie est d'observation assez commune au cours de la syphilis, et trop commune vraiment pour qu'il n'y ait pas lieu, au nom du bon sens, de reconnaître là une influence spécifique, pour qu'on ne soit pas autorisé à admettre entre elle et la syphilis une relation pathogénique irrécusable.

II. — Second argument : Conditions dans lesquelles se produit parfois cette neurasthénie au cours de la syphilis.

Il est des cas où la connexion pathogénique de la neurasthénie avec la syphilis s'atteste d'une façon positivement indéniable, tenant de Févidence. Ce sont, entre tous, ces cas si curieux où la neurasthénie entre en scène concurremment avec tout un groupe, tout un ensemble de manifestations syphilitiques d'autre genre.

Voici, par exemple, une jeune femme qui subil une poussée intense de syphilis secondaire, se caractérisant par des déterminations morbides profuses, disséminées sur tous les systèmes : syphi-

NEUnASTHi5Nin.

lides de la peau, sypliUides des muqueuses, adénopathies, périosliles, accidents fébriles, alopécie, douleurs diverses, etc.; dans le même temps se manifestent divers phénomènes de neurasthénie aiguë, qui évoluent d'une façon parallèle. Eh bien, est-ce que ces derniers phénomènes ne font pas évidemment partie d'un tout; est-ce qu'ils sont dissociables de l'ensemble morbide, du « bloc », suivant une expression à la mode du jour? Est-ce qu'il serait légitime, logique, de scinder un tel ensemble et de dire : « Dans cet amas de symptômes, tout ce qui se passe à la peau, sur les muqueuses ou sur les os, c'est de la syphilis; tandis que tout ce qui intéresse le système nerveux, ce n'est pas "de la syphiiis, ce n'est là que par hasard en société de tous ces accidents de même nature, et la syphilis n'a rien à y voir — Non, à coup sûr, et le bon sens protesterait contre une pareille interprétation-

Donc, très certainement en l'espèce la neurasthénie dérive, procède de la syphilis,

III. — Ajoutez à cela qu'en nombre de cas, étant donnée une neurasthénie sur un sujet syphilitique, l'inventaire étiologique le mieux fait, le plus consciencieux, n'aboutit à révéler que la .syphilis comme cause, comme cause unique de cette neurasthénie.

Exemple. Voici un sujet affecté de syphilis qui est devenu neurasthénique. Vous recherchez sur lui avec un soin méticuleux la raison, le pourquoi de cette neurasthénie; et je suppose que vous ne

Fovhmeh. — Àffcct. pnrasyphil. ^

AFFECTIONS l'AUASYPMILITIQLES.

trouviez rien autre que la syphilis pour l'expliquer. Pas d'influences héréditaires; — pas de surmenage intellectuel ou physique; — pas d'émolions, pas de secousses morales; — pas de traumatisme; — pas d'excès, pas d'écarts; — pas d'intoxication; — pas de maladie infectieuse, voire nul état morhide dans les antécédents ; — en un mot, à part la syphilis, rien, rien à invoquer comme étiologie.

Eh bien, est-ce qu'en pareille occurrence vous dédaigneriez d'admettre que la syphilis ait pu servir de raison, de cause à cette neurasthénie? Est-ce que la syphihs n'est pas de nature et de taille à produire ce que, sans hésitation, vous attribueriez volontiers à une émotion morale, à un chagrin, à un traumatisme, à la grippe, etc.? Ici, comme dans le cas précédent, le bon sens ne vous suivrait pas dans cette voie.

IV. — Enfin, comme dernier argument, je vous répéterai ce que déjà j'ai été conduit à vous dire et serai conduit à vous redire encore plus d'une fois au cours de cet exposé : c'est que, vraiment, la syphilis est bien faite pour provoquer des phénomènes neurasthéniques^ et cela à des titres divers : en tant que maladie infectieuse; — en tant que maladie dépressive, anémiante; — en tant que maladie exerçant sur l'organisme une réaction d'ordre moral parfois des plus intenses; — en tant que maladie particulièrement disposée à porter ses atteintes sur le système nerveux.

A ce dernier point de vue, je vous citerai une

NEUHASTIIÉNIE.

slatisliqiie qui sans doule fixera vos convictions.

Je dois à l'un de mes maîtres l'utile manie (qu'incidemment je vous recommande à mon tour) de conserver sur tous les cas qui se présentent à moi, dans la clientèle de ville, tuie note, une mention, si succincte soit-elle. Or, il Y a quelques années, j'ai eu la curiosité de savoir où en était ma collection (qui remonte à t86o) par rapport à la fréquence relative des nombreux accidents qui composent la syphilis tertiaire. J'ai donc fait mon inventaire, et suis arrivé de la sorte à des constatations qui m'ont surpris tout le premier. Voici, en effet, ce que j'ai trouvé sur un total de 8429 cas de manifestations tertiaires de tout ordre :

Sy[)liilides tertiaires ^87 cas.

Gommes sous-cutanées. 128

Lésions tertiaires des organes génitaux. . . 1 "i-j

— de la langue iSa

— du voile palatin —

— du pharynx. .•

— de diverses muqueuses. . io

Lésions osseuses 336

Lésions osseuses du squelette nasal et du

palais osseux ir,3

-Artliropathies j/^

Gommes tendineuses 3

— musculaires J2

Lésions du tube digestif ^

Syphilome ano-rectal, rétrécissement rectal. 5

Lésions du larynx et de la trachée ^3

roo

AFFECTIONS l'AIlASYPHILITIQUES.

Lésions du foie ^ cas.

— du rein —

— du testicule i/j) —

— de l'œil 6y

— de l'audition 8 —

(' S3'philis cérébrale /,6i

i Accidents cérébro-spinaux. . . ii Mono|)légies 3 Syphilis médullaire 77 Tabès !Vj'> f

Tubes cérébro-spinal /,5 \

Atropines musculaires 19 [

Paralysie générale 32 i

Aliénation y 1

Paralysies oculaires 57

I Hémiplégie faciale l'i

\ Affections nerveuses diverses. . 3 Affections diverses 8 —

Total ^1^9 cas.'

Ainsi, dans cette statistique, les manifestations tertiaires intéressant le système nerveux marchent au premier rang corrime fréquence. Elles dépassent et dépassent même de beaucoup numériquement (comme io85 est à 787) les manifestations cutanées, lesquelles cependant étaient considérées jusqu'alors comme les plus communes de toutes, lesquelles sont partout données comme constituant l'expression la plus habituelle, l'expression favorite par excellence du tertiarisme.

I. V. A. Fouruier, Recherches sur la syphilis tertiaire, Congrès inlcrnational de dermatol. et de sypliil., 1889; — et Arch. géa. de médecine, septembre 1889.

IIYSTÉRIE.

Qu'est-ce donc à dire, sinon ceci : que, de tous les systèmes organiques, c'est le système nerveux qui se trouve le plus fréquemment affecté par la sijpliilis tertiaire'^

' Conséquemment, le principe, l'agent patliogène de la syphilis, quel qu'il soit d'ailleurs, ^irus, microbe ou toxine de microbe, constitue principalement un véritable poison du système nerveux.

Or, s'il en est ainsi, vous voyez, pour en revenir à notre sujet, que la syphilis a bien tous les droits possibles à servir de cause, d'origine à la neurasthénie.

Je terminerai donc en disant : Certes, il n'est pas étonnant que la syphilis produise la neurasthénie; ce qui serait étonnant, inexphcable, c'est qu'elle ne la produisît pas.

HYSTÉRIE PARASYPHILITIQUE.

Nous venons de voir l'hystérie s'associer à la neurasthénie d'origine syphilitique. Il me reste à vous la montrer se produisant d'une autre façon sous la môme influence, à savoir d'une façon isolée, indépendante, exclusive ou tout au moins prédominante.

Quelques mots suffiront à ce propos. Car, chose extraordinaire et presque mémorable, on ne dis-

I oa

AFFECTIONS PAHASYl'IIILITIQUKS.

CLile guère sur les connexions possililes de l'iivslérie avec la syphilis. D'une part, tout le monde admet que l'hystérie peut être soit réveillée, soit excitée de toutes pièces par la syphilis; et, d'autre part, on s'accorde généralement à reconnaître que cette hystérie, alors même qu'elle se développe sous l'influence d'une cause syphilitique, n'est en rien pour cela de nature syphilitique.

ce L'hystérie, a dit le Brissaud, est une et indivisil)le. » Qu'elle dérive ou d'une cause morale, ou d'une cause toxique (saturnine, mercurielle, alcoolique, etc.), ou du traumatisme, ou d'une maladie infectieuse aiguë, ou d'une maladie infectieuse chronique, n'importe, elle est et reste toujours hystérie. Elle ne devient ni saturnine, ni mercurielle, ni syphilitique, pour s'être développée sous l'influence du plomb, du mercure ou de la syphilis. Sa nature ne change pas avec sa cause. Et, je le répète, l'hystérie de toute cause n'en reste pas moins l'hystérie commune, avec des origines différentes.

Pas de combat en l'absence de combattants. Donc, en l'espèce, je n'ai pas à me mettre en frais de démonstration, puisque la démonstration que j'aurais à établir est jugée faite de l'aveu presque unanime. Je me bornerai donc, sans discussion, à énoncer comme acquis les deux points suivants :

1° L'hystérie peut dériver de la syphilis;

2" L'hvstérie qui se développe sous cette influence n'est que d'origine et non de nature syphilitique; — par conséquent, elle rentre pour nous dans la

HYSTÉRIE

catégorie des aneclions parasypbiHtiques; c'est une Iiysterie parasijphilitique.

Je l'ai dit de vieille date* et, je crois, démontré, la syphilis est susceptible d'exercer sur les névroses en général et sur l'hystérie en particidier, une douîjle action, à savoir : une action de réveil et une action à'ôveU. En autres termes, elle peut : soit stimuler ou réveiller une hystérie préexistante, ou calmée ou éteinte ; — soit engendrer, créer de toutes pièces une hystérie qui n'existait pas avant elle, qui tout au moins n'existait qu'à l'état latent, et qui peut-être bien, sans elle, ne se serait jamais produite.

C'est, en effet, sous ces deux catégories que se rangent tous les cas d'hystérie d'origine spécifique. Quand on observe sur une femme ou sur un homme (n'importe) des accidents d'hystérie rationnellement imputables à la syphilis, on peut presque indifféremment avoir affaire soit à un sujet sur lequel, antérieurement à la syphihs, des manifestations hystériques s'étaient déjà produites, soit à un sujet resté indemne jusqu'alors de tout phénomène de ce genre.

Que cette dernière éventualité soit surtout relative à des sujets prédisposés^ préparés de nature, qui, sans être des hystériques en action, n'en sont pas moins des hystériques en puissance, des hysté-

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