Y. La syphilis héréditaire lardice
AFFECTIONS PAUASYPHILITIQUES.
Oui, sept ou huit fois sur quatorze on a trouvé la syphilis dans les antécédents de jeunes sujets affectés de paralysie générale. Eh bien, cette proportion, d'abord, n'est-elle pas extraordinaire? El, d'autre part, n'est-elle pas, en ce qui nous intéresse pour l'instant, aussi démonstrative qu'extraordinaire?
Un cas de même ordre a été publié récemment par Hùfler\ Il est relatif à une jeune fille qui, contaminée à l'âge de six ans par un sujet syphilitique, fut affectée de paralysie générale dans sa vingtième année.
Enfin, une autre observation des plus curieuses, due au professeur Homèn (d'Helsingfors), nous présente trois enfants de la même famille, très vraisemblablement hérédo-syphilitiques, qui furent pris de paralysie générale à l'âge de 20, 10 et 20 ans. Bien malheureusement, cette observation comporte une lacune, à savoir : absence de renseignements formels sur la syphilis des parents. Cette lacune regrettable laisse planer quelque incertitude sur le
I. Deutsc/i Zeitscit. f. Nervenheilkunde, 1892, t. II, p. 4^78.
Cette observation se résume en ceci : « Enfant contaminée à 6 ans par le baiser d'une personne syphilitique. Chancre labial. — Traitement spécifique. — Vers l'âge de 20 ans, la jeune fille devient distraite, perd la mémoire, commet toute espèce d'actes déraisonnables. — Vertiges. — Embarras de la parole. — Irrégularité pupillaire. — Tremblement fibrillaire des muscles de la langue-, trémulation de la face. — Embarras de la parole. — Tremblement et maladresse des mains. — Incoordination des mouvements. — Exagération des réflexes patellaires. — Idées absurdes de richesse et de grandeur. La malade veut un piano en or, possède des statues magnifiques, a les plus beatix livres, etc. »
PAHALYSIB GÉNÉnALE.
cas en question, bien que riiérédité spécifique y soit attestée presque évidemment par des particularités diverses et signincatives (polymortalite infantile, stigmates dentaires, retards du développement, infantilisme, douleurs osseuses sans lésions, endartérite précoce, hépatite interstitielle diffuse, etc.)'.
Ainsi, donc, voilà toute une série d'enfants ou d'adolescents qui ont été affectés d'une maladie plus qu'étrange, d'une maladie extraordinaire pour leur âge, à savoir d'une maladie d'adultes. Inventaire fait des causes qui ont pu déterminer une telle anomalie, on découvre sur plus de la moitié d'entre eux l'hérédo-syphilis ou la syphilis acquise, et cela ne voudrait rien dire, et cela resterait lettre morte, et cette grande cause, l'hérédité spécifique, l'hérédité infectieuse, cette cause si féconde en accidents de tout genre et notamment en accidents d'ordre nerveux, serait étrangère h. la production de cette paralysie générale juvénile ! Et aucun rapport, aucune relation ne rattacherait l'un à l'autre ces deux termes : syphilis et paralysie générale! Allons donc ! Personne ne se prêterait à le croire.
D'autant qu'en l'espèce, c'est-à-dire dans cet ordre spécial de cas, la syphilis reste presque la raison exclusive à laquelle il soit légitime d'imputer cette paralysie générale. Voyez plutôt.
I. Jrch. f. Psychialne, 1891, helfta, p. 191. — Observ. consignée dans la Thèse de M. le D'' Dengler, Syphilis et paralysie générale, Th. de Nancy, 1898, p. 58.
AFFECTIONS PAH ASYIMII LITIQUES.
Peut-on mettre en cause ici i'iiérédité « nerveuse, névropall.iqne »? Mais cette fameuse hérédité nerveuse, dont on u tant abusé ces derniers temps et dont certains neurologisles ont fait une exphcation bonne à tout, ne s'exerce pas à l'â-e en question. Elle ne produit pas la paralysie générale de treize à dix-neuf ans. Car, si la paralysie générale avait pour habitude d'entrer en action aussi prématurément, elle serait ce qu'elle n'est pas, à savoir une maladie de l'adolescence, au heu d'être ce qu'elle est, une maladie de l'âge mûr.
^ Peut-on, d'autre part, ûiire appel ici, comme d'usage, à telle ou telle de ces causes sous l'égide desquelles se réfugient incessamment les adversaires de l'origine syphilitique de la paralysie générale, comme l'alcoolisme, le surmenage physique, intellectuel ou moral, l'agitation, le désordre, la turbulence de la vie, les inquiétudes, les tracas, les chagrins, les émotions de tout ordre, etc., etc.? Mais toutes ces causes n'ont pas leur terrain en respèce; elles ne sont pas de celles qui ont prise sur des enfants, des adolescents; toutes ces causes, il n'y faut donc pas songer, étant donné l'âge des malades.
En sorte qu'on a beau, dans les cas de cet ordre, épuiser l'étiologie usuelle de la paralysie générale, on n'y rencontre rien autre d'admissible que la syphilis. Inventaire fait au complet et au grand complet, la syphilis y émerge seule, étiologique-
PARALYSIE GÉNÉRALE
menl, comme origine uniqnck laquelleil soit rationnellement possible de rattacher cette paralysie générale juvénile. , .
Eh bien, pour conclure, je dis qu en pareille situation se refuser à voir une connexion, un rapport étiologique entre ces deux faits : d'une part, une maladie se produisant d'une façon exceptionnelle dans un âge où elle est presque inconnue, et, d'autre part, l'existence chez ces jeunes sujets d une hérédité infectieuse puissante, éminemment pathogène et spécialement pathogène en tant qu'accidents nerveux, je disque se refusera admettre cette connexion, ce rapport, ce n'est rien moins que fermer les yeux à la lumière et méconnaître, de parti pris, ce que j'oserai appeler une évidence clinique.
Telles sont, messieurs, les considérations multiples qui ont conduit à soupçonner d'abord, puis à affirmer plus tard une relation pathogénique entre la paralysie générale et la syphilis. Émanées de sources diverses, reposant sur des faits cliniques d'authenticité irrécusable, elles servent de base aujourd'hui à une grande vérité qui, pour avoir été longtemps méconnue, pour ne trouver encore qu'un dédaigneux accueil près de certains de nos collègues, n'en a pas moins conquis d'ores et déjà droit.
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de c e dans a science. A en juger par le chemin qu elle a fait dans les esprits ces derniers temps ie ne SUIS pas inquiet de son avenir. Il y a quinze ou vingt ans, honni eût été le médecin assez audacieux pour hasarder l'opinion qu'il pût y avoir quoi que ce soit de commun entre la syphilis et la paralysie générale, que l'on considérait comme une entité morbide sacro-sainte, absolument autonome, rigoureusement indépendante de toute affiliation, non susceptible du moindre degré de vassalité vis-à-vis de n'importe quelle autre maladie. Il n'y a pas plus de trois ans, un rapport académique, d'ailleurs très savamment conçu et brillamment écrit par un de nos plus éminents aliénistes, enterrait sous des fleurs le livre d'un de mes élèves qui avait osé défendre la doctrine de la paralysie générale d'origine syphilitique ^ Et voici qu'aujourd'hui, enrichie d'observations nouvelles, forte d'adhésions nombreuses, cette doctrine tend à s'affirmer de plus en plus. Dès maintenant elle a conquis sa place dans la pathologie, dès maintenant il faut compter avec elle. Laissez passer encore quelques années,
I. s jpliilis et paralysie générale, par A. Morel-Lavallée et L Bëneres, 1889.
En dépit de sa condamnation académique, ce livre survit et survivra. J'aurais mauvaise grâce à le louer; mais il me sera bien permis de dire qu'il a été le premier plaidoyer complet eu faveur de la doctrine qui rattache la paralysie générale à la syphilis, et qu il contient l'enquête la plus étendue qui ait été faite sur la question, enquête laborieusement instituée, qui marquera une «tape dans l'histoire du sujet et sera toujours utilement consultée.
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pour donner à la question le temps de minnr et vous verrez que, vers la fin du siècle par exemple, ce qui eût été une hérésie pour la génération précédente, ce qui aujourd'hui encore est taxe de « nouveauté, d'innovation téméraire, de fantaisie », dont il convient de se garder « avec une sage réserve », sera devenu une vérité classique, sera élevé au rang d'une doctrine officielle.
Toutefois ne nous empressons pas trop de conclure. Car, dans ce débat, nous n'avons encore entendu qu'une des parties adverses. Ce qui précède est le plaidoyer des partisans de la doctrine en question. Or, il nous reste à écouter maintenant celui des adversaires de cette doctrine.
Comme bien vous le pensez, les objections en l'espèce ne pouvaient faire défaut. Il s'en est produit, en effet, et beaucoup, et de divers genres.
On a dit, par exemple : « Mais cette paralysie générale que l'on prétend rattacher à la syphilis, elle ne saurait être syphilitique, car :
« D'abord, elle ne guérit pas par le traitement de la syphilis;
« De plus, elle n'offre pas l'ordre de lésions qui caractérisent usuellement la syphilis;
ce D'autre part, elle se caractérise par tout un
AFFECTIONS I>A«ASYPIIILITIQUES.
ordre de symptômes difFérents de ceux qui traduisent usuellement la syphilis;
« Il se peut qu'elle coexiste avec la syphilis au seul tilre de simple coïncidence;
« Elle ne se produit sur les sujets syphilitiques que sous l'influence conjointe d'autres facteurs étiologiques auxquels elle reste bien plus rationnellement imputable;
« La syphilis, enfin, ne constitue pas pour la paralysie générale une cause efficiente, mais une simple prédisposition de terrain; « elle ne joue pas vis-à-vis d'elle le rôle d'un germe, mais seulement celui d'un engrais ». — Etc., etc.
Que penser de tout cela?
Déjà nous savons à quoi nous en tenir relativement à quelques-unes de ces objections. Déjà, par exemple, nous savons que penser de celle qui se réfugie, pour expliquer la paralysie générale des syphilitiques, dans l'éternel argument des « coïncidences fortuites, des rencontres de hasard » . Est-ce que la simple coïncidence est admissible en présence de statistiques où l'on voit la syphilis figurer dans les antécédents des paralytiques généraux pour des moyennes de 60 à 80 pour 100? Passons donc sur cela, et allons droit à celles des objections précitées qui méritent plus d'attention.
I. — En voici une, tout d'abord, qui est dans toutes les bouches et qui même est si légitime, si naturelle, que chacun de vous, à coup sûr, l'a déjà
PARA.LYSIE GÉNÉHALE.
formulée dans son for intérieur. C'est que la par ahjsie générale ne saurait être syphilitique, puisque, de l'aveu commun, le traitement antisyphilitique
ne lui fait rien ».
On a essayé de répondre à cet argument en plaidant ce que j'appellerai les circonstances atténuantes, c'est-à-dii e par telle ou telle des raisons que voici :
(( Mais le traitement antisyphilitique, bien que très habituellement ineflicace et inerte, n'est pas cependant sans exercer quelque influence médicatrice sur la paralysie générale des syphilitiques. On a observé de son fait certains cas d'améliorations notables, certains cas de rémissions prolongées. On a même parlé de véritables guérisons qui lui seraient imputables. »
Ou bien encore :
ce Sans doute le traitement antisyphilitique reste très habituellement sans action sur la paralysie générale de la syphilis, mais pourquoi? Parce que, presque toujours, il intervient trop tard, à une époque où les lésions sont déjà confirmées, tout au moins trop avancées dans leur évolution désorganisalrice pour être susceptibles de régression. Mais, s'il entrait en lice plus tôt, à savoir dans les périodes jeunes de l'afFection, peut-être ferait-il mieux. Qui nous dit même s'il ne nous arrive pas quelquefois de guérir sans le savoir des paralysies générales que nous surprenons à l'état embryonnaire, alors qu'elles ne se caractérisent encore que
AFFECTIONS PARASYPHfLITIQUES.
par une inappréciable ébauclie de lroul)les cérébraux? »
Tout cela, d'après moi, ne constitue que d'insuffisantes, très insuffisantes raisons pour expliquer ce qui est véritablement indéniable, à savoir l'insuccès de la médication spécifique contre la paralysie générale des sypbilitiques, insuccès tellement usuel dans toutes les formes, voire à tous les âges de la maladie, qu'on peut le considérer comme la règle en l'espèce.
Je crois donc qu'il faut prendre les choses de plus haut, procéder d'une façon plus catégorique, plus radicale, et dire : « Le traitement antisyphilitique peut bien ne pas guérir, ne pas influencer même la paralysie générale des syphilitiques, quoique syphilitique d'origine, parce qu'il n'a pas qualité pour guérir tout ce qui dérive de la syphilis. »
Notez bien, en effet, que prêter aux deux remèdes que nous honorons du gros titre de « spécifiques de la vérole » la faculté de guérir tout ce qui est de nature ou d'origine syphilitique n'est après tout qu'une pétition de principes, un postulatLim a priori. Ce n'est là qu'une conception théorique qui, tout accréditée qu'elle puisse être, ne trouve pas sa confirmation dans l'expérience.
Ce prétendu axiome : a Tout ce qui est syphilitique guérit par les antisyphili tiques » pouvait bien être acceptable — et encore! — alors que le cadre nosologique de la syphilis ne renfermait qu'un certain nombre de manifestations dont le
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propre, en effet, était de se laisser docilement influencer (sauf exceptions rares) par le mercure et l'iodure. Mais combien de démentis n'a pas reçus le dit axiome depuis que ce cadre a dû s'élargir, grâce aux progrès de la science, pour admettre nombre d'autres déterminations morbides autrefois réputées étrangères à la syphilis! Quelques exemples, simplement à titre de spécimens.
Que fait le traitement antisyphilitique, même à fortes doses, même à toutes doses, contre cette curieuse affection que nous avons étudiée dans ce qui précède sous le nom de syphilide pigmentaire? Rien du tout.
Que fait ce traitement contre certains accidents nerveux de la période secondaire, contre la neurasthénie, la céphalée neurasthénique, etc? Rien encore.
Que fait ce traitement contre certains accidents cutanés que nous commençons seulement à connaître sous le nom &' érythèmçs tertiaires et dont j'ai eu l'occasion de vous entretenir récemment^? Rien, ou bien peu s'en faut; ce qui, soit dit incidemment, explique pourquoi ces accidents ont été méconnus jusqu'à nos jours en tant que dépendances de la syphilis et pourquoi on n'a commencé que ces derniers temps, vaincu par l'expérience, à les rattacher à leur véritable origine.
I. V. Bulletin de la Soc. française de Dermat. et de Syph., 1 888-93 — V. aussi : J. Brauman, De l'éry thème civciné tertiaire de la syphilis, Thèses de Paris, 1891.
AFFECTIONS PAliASYPIIILrriQUIÎS,
Que fait de même ce Irailemeiil contre le Labes, dont les relations avec la syphilis ne sont plus contestables?
Et ainsi de suite. Sans parler même des cas d'un autre ordre où l'on voit ce traitement échouer contre les manifestations les plus syphilitiques du monde, contre des syphilides cutanées, par exemple, qu'il n'aboutit pas à modifier, à résoudre, contre des troubles progressifs de cachexie qu'il ne réussit pas à enrayer, etc., etc.
En sorte qu'aujourd'hui, au lieu de répéter imprudemment, selon le vieux cliché d'autrefois, que « tout ce qui est syphilitique guérit par le traitement antisyphihtique », nous avons l'obhgation d'être bien autrement réservés et de nous borner à dire ceci : « Il est, dans la syphilis, des manifestations que guérit le traitement antisyphilitique (et, par bonheur, c'est de beaucoup le plus grand nombre) ; mais il en est d'autres aussi sur lesquelles ce traitement n'exerce qu'une influence ou restreinte ou minime ou même nulle «.
Conséquence, en ce qui concerne la discussion pendante : De ce que le traitement spécifique n'exerce sur la paralysie générale qu'une influence ou très minime ou même absolument nulle, il ne résulte en rien de là que cette paralysie générale ne puisse être une manifestation relevant de la syphilis. Car, incurabilité par le traitement spécifique n'est en rien l'équivalent de non-spécificité syphilitique.
PARALYSIE GÉNÉRALE
Et d'ailleurs, remarquez-le bien, noire prélentiou n'est pas de faire de la paralysie générale une afifeclion de nature syphilitique; nous la croyons seulement, nous la disons seulement (V origine syphilitique, et nous ne réclamons pour elle une place que parmi ces curieuses déterminations de la diatlièse que, faute d'une appellation meilleure, nous avons qualifiées du terme de parasyphilitiques.
II. — Seconde objection, "non moins favorite, non moins usuelle que la précédente : « Les lésions de la paralysie générale ne sont pas des lésions cU ordre syphilitique ».
Eh bien, à ce propos, je répéterai ce que je disais tout à l'heure. Ici encore on a commis une véritable pétition de principes, en alléguant comme argument ce qui fait l'objet même de la question. Ou, si vous le préférez, on a commis une généralisation illégitime, prématurée.
Envisagéant un certain nombre de lésions justement réputées syphilitiques, on a prétendu en déduire un type anatomique, et l'on a dit : « Voilà ce que fait la syphilis comme lésions, voilà son type. Tout ce qui répondra à ce type, nous l'accepterons comme dérivant de la syphilis, et tout ce qui s'en écartera, nous l'exclurons en tant que manifestation spécifique » .
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
Et alors, comme application, ne trouvant pas dans la paralysie générale des sujets syphilitiques les lésions du type conventionnel en question, on a conclu de là que cette paralysie générale ne pouvait être d'ordre syphilitique.
D'autre part, visant un prétendu élément de différenciation, on a ajouté : a Le propre de la syphilis est de produire des lésions diffuses, irrégulières de distribution, disséminées; le propre de la paralysie générale, au contraire, est de constituer des lésions systématisées. Donc, il ne saurait exister aucun lien entre des processus si dissemblables
A tout cela voici notre réponse.
D'abord, pour reprendre un mot que j'employais tout à l'heure et qui me semble encore à sa place, on pourrait ici plaider les circonstances atténuantes plutôt que le fond même du procès, et alléguer ceci :
1° Que le processus anatomo-pathologique de la paralysie générale n'est pas déjà si éloigné, si différent de celui des lésions spécifiques, puisqu'il consiste — au moins pour certains auteurs des plus autorisés — en des altérations vasculaires suivies d'une prolifération conjonctive interstitielle, laquelle aboutit en définitive à une variété de sclérose névrogUque corticale. Car, chacun le sait, les altérations vasculaires et les scléroses sont des processus essentiellement familiers à la syphilis et
PAHALYSIE GÉNÉUALE.
consliluenL même pour elle un mode aiiaLomique des plus communs.
2° Que le processus dit systématique de la paralysie générale n'est souvent rien autre, en réalité, qu'un processus quasi généralisé, puisque, concurremment avec les plaques de sclérose corticale, il comporte usuellement des lésions centrales, des lésions venlriculaires, des lésions de l'épendynie, des lésions de la moelle, etc., etc. ;
3° Que ce même processus, en tout cas, est h'ien loin d'appartenir en propre à la paralysie générale, puisqu'on l'observe soit au même siège dans l'intoxication ergotic{ue, soit sur des sièges différents dans le tabès, affection dont la connexion d'origine avec la syphilis n'est plus récusable. — Etc.
On pourrait, je le répète, alléguer tout cela, discuter sur tout cela. Mais je négligerai (non que je les dédaigne) tous ces demi-arguments, toutes ces demi-raisons, pour invoquer une considération d'ordre plus général, plus tranchée, plus radicale (passez-moi le mot), et, à mon sens, bien autrement décisive, que voici :
C'est qu'on a eu le tort, le grand tort, de vouloir renfermer toute l'anatomie pathologique de la syphilis dans un certain cadre, de l'assujettir tout entière à un certain type de lésions. Qu'est-il arrivé? C'est que ce cadre a bien pu, à un moment donné, contenir tout l'acquis scientifique d'une époque, mais que, plus tard, de par les progrès de la science, il a été débordé. Et nous en sommes
FouHNiEH. — yt//ect, parasypIlU. i3
AFFECTIONS PAnASYl'IIlLlTIQUES.
là précisément. En sorte qu'aujourd'liui un dilemme s'impose : il faut ou bien, de parti pris, se refuser à admettre dans le domaine de la syphilis toute lésion ne répondant pas au type convenu d'autrefois; — ou bien y donner accès à des lésions nouvelles, servant d'origine à des manifestations morbides dont l'afCdiation à la syphilis ressort en toute évidence et de l'étiologie et de la clinique.
En autres termes et pour préciser : les lésions de la paralysie générale n'avaient pas paru jusqu'à ce jour devoir être considérées comme pouvant dériver de la syphilis; eh bien, il faut admettre qu'elles peuvent dériver de la syphilis, puisque l'étiologie et la clinique nous apprennent que très fréquemment la paralysie générale est de provenance, d'origine syphilitique.
Ainsi que l'a fort bien dit Strùmpell, qu'importe que les lésions de l'aliénation paralytique ne soient pas celles que détermine la syphilis en général? Rien ne prouve que ce ne puisse être là un processus d'ordre syphilitique, un processus que jusqu'alors on n'avait pas eu l'idée de rapporter à la syphilis.
Donc, logiquement et par-dessus toutes les récriminations a priori qu'on pourrait adresser à cette manière de voir, alors même que le processus anatomique de la paralysie générale serait (ce qu'il n'est pas) très différent, aussi différent que possible de celui qu'affecte usuellement la syphilis dans ses autres manifestations, cela ne prouverait rien,
l'ARALVSlIÎ GIÎNÉHALE.
absolument rien, contre la possibilité d'une connexion pathogénique entre la syphilis et la paralysie générale. Cela prouverait simplement que la syphilis, lorsqu'elle fait de la paralysie générale, fait autre chose que ce qui lui est habituel en autre occurrence; cela ne prouverait pas qu'elle ne puisse faire de la paralysie générale.
III- — Après l'anatomie pathologique on invoque la clinique sous forme de l'argument que voici :
« Les symptômes de la paralysie générale ne sont pas de l'ordre de ceux que la syphilis a l'habitude de produire; ils ne sont pas de l'ordre de ceux qui lui servent d'expressions usuelles; ils n'ont pas l'allure, la note, la physionomie syphihtique, etc. ».
Mais d'abord, répondrai-je, est-il donc légiféré par décret supérieur quelasyphihs n'est pas susceptible de se traduire par les symptômes de la paralysie générale? « On n'est pas habitué, nous dit-on, à la rencontrer sous cette forme ». Cela est vrai, mais pourquoi? Pour la bonne raison que jusqu'à ce jour on a vécu dans cette croyance que tout ce qui est paralysie générale est ipso facto étranger à la syphilis. Mais, que l'opinion contraire vienne à s'accréditer, que de parti pris on ne rejette plus hors de la syphilis ce qui relève de la paralysie générale, et bientôt les symptômes de la paralysie
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
générale seront devenus pour tout le monde ce qu'ils sont en réalité, à savoir une des expressions possibles, voire fréquentes, voire usuelles, de la syphilis.
Au surplus, l'objection tombe en l'espèce aussi mal que possible. Car, à côté et indépendamment de la paralysie générale, la syphilis réalise assez souvent un ensemble cérébral tellement voisin de celui qui constitue cette dernière maladie, voire tellement analogue, que j'ai cru pouvoir le qualifier du nom de pseudo-paralysie générale^ Et il y a
I. Bien que la pseudo-paralysie générale syphilitique ne soit en cause ici que d'une façon indirecte, un mot d'explication est nécessaire à son sujet.
Ou j'ai été mal compris ou plutôt sans doute je me suis mal fait comprendre; toujours est-il qu'en créant cette dénomination de pseudo-paralysie générale syphilitique, je n'ai jamais eu l'idée de constituer une entité morbide à part, différente à la fois et de la syphilis cérébrale et de la paralysie générale vraie.
Pour moi, cette pseudo-paralysie générale syphilitique n'a jamais été rien autre qu'une modalité, une forme de la syphilis cérébrale. Jamais je n'ai eu l'idée d'en faire une forme de la paralysie générale vraie, modifiée par la syphilis.
Reprenons les choses à leur point de départ, puisqu'il le faut. Il est des cas où la syphilis cérébrale se traduit par un ensemble de symptômes qui rappelle plus ou moins complètement, quelquefois assez complètement pour qu'on puisse s'y méprendre, la scène clinique de la paralysie générale. (Ce point de départ est inconteslalîle et, vraiment, je ne puis m'expliquer qu'il ait pu donner lieu à controverses.)
Or, les cas de cet ordre, on les qualifiait, il y a i5 à 20 ans, du nom de « paralysie générale syphilitique ».
C'est alors qiie je suis intervenu~pour dire : « jNou, ce n'est pas là de la paralysie générale syphilitique ; c'est là de la syphilis cérébrale prenant le masque, l'allure, la physionomie de la paralysie générale. Donc, pour qualifier celte forme particulière de syphilis cérébrale, qui mérite bien à cow]) sûr une dénomination a
PARALYSIE CÉNÉnALE.
plus : c'est que certains de mes collègues ont même prétendu que cette pseudo-paralysie générale n était pas différenciable de la paralysie générale vraie, que les signes proposés par moi pour l'en distinguer étaient insuffisants, voire « ne valaient rien et qu'il n'était pas possible cliniquement d'établir de l'une à l'autre un diagnostic positif. Jugez par cela même si la syphilis « n'est pas apte à prendre l'allure et la physionomie de la paralysie générale ».