‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 18 sur 62 · I. ]'',. Toulouse, Gaz. des hôpitaux, 1892, p · texte numérisé non relu

I. ]'',. Toulouse, Gaz. des hôpitaux, 1892, p

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.

toujours lu proportion numérique des antécédents de syphilis dans la paralysie générale) s'est élevé du tiers à la moitié des cas. A savoir :

D'après Goldsraitli . ... '^^ o/o

— Ascher. . .

— Ziehen ....

— Pontoppidan ,

— G. Renaud. .

— Lange. . .

— CuUerre. . .

— Binswanger .

— Burkhardt . .

— Goldstein . .

Déjà — n'est-il pas vrai? — une telle proportion de fréquence nous montre la syphilis prenant dans l'étiologie de la paralysie générale un rôle important^ pour ne rien dire de plus. Car est-il beaucoup de facteurs étiologiques qui (réserve faite, bien entendu, pour les causes spécifiques) interviennent en proportion comparable dans la genèse de telle ou telle maladie?

II. — Mais ce n'est pas tout. Car voici, d'autre part, 26 statistiques où la proportion des antécédents de syphilis s'est élevée bien plus haut.

D'après JastroAvitz

— De Senna

— Mierzejewski . . . ,

( 48 (avec

cas probables.)

f5i (avec

cas probables.)

(45 (au minimum.)

^60 (avec

cas probables.)

l'AHALYSlE GÉNÉnALE.

D'après OEbeke G 2 %

(^8 (avec- cas probables.)

— Thomsen 6'2

— Jacobsen. . . , . . 65

— Folsom 6G

~ j 80,2 (avec cas probables.)

— Hirt 66,1

Hougbei ji (avec cas probables.)

— SpillmannetDenerler. ]/, , 1 ii \

'■ ° ( 89 (avec cas probables.)

— Reinhardt | ^^'^ , ,

( 80 (avec cas probables.)

— Cuylits. ...... ^ (hommes.)

(66 (femmes.)

— Siiell rjS

— Strûmpell ^5

— Mendel 75 à 78

— Jespersen 77 (avec cas probables.)

■ — Rohmell 77

— Rumpf. 80

— Mac Dowall 80

- — Savage 80

— Anglade n / , ,

(9^,4 (avec cas probables.)

Régis i 70 à 76

(94 (avec cas probables.)

— Minor 86

— KoAvaleswsky. . . . 86,7*

I. Un chiffre de 91 0/0 ressortirait de l'assertion de Rieger, disant qu'un syphilitique « a 16 à 17 fois pkis de chances de devenir paralytique gênerai qu'un individu non syphilitique ».

Bannister, dans une étude qui repose sur 234 observations, conclut à l'action prépondérante, sinon exclusive, de la syphilis! Cent vingt-six fois sur deux-cent trente-quatre, il eut des renseignements précis et retrouva c/iacjue fois la vérole dans les comme-

AFFECTIONè PARASYPHlLUItJUES.

Eh bien, répétant ce que .je di.sais au début de cet exposé, je demande quelle est, au nom du bon sens, la signi/icatîonâe pareils cliilTres ; je demande ce que veut dire une telle fréquence d'antécédents de syphilis chez les paralytiques généraux. Quoi ! Dans une maladie telle que la paralysie générale, où la recherche des antécédents morbides (veuillez ne pas l'oublier) est entourée de tant d'obscurités et de difficultés spéciales, on aboutit à rencontrer la

moratifs de la maladie. [Journal of nerv. and mental dise'ases, déc. 1891.)

D'autre part, sans produire de statistiques, de nombreux médecins ont pris parti, ces derniers temps, pour la doctrine que nous soutenons ici et reconnu formellement les relations de la paralysie générale avec la syphilis. C'est là ce que nous .ont surtout appris les laborieuses enquêtes de MM. Morel-Lavallée, Bélières et Dengler. Je leur emprunterai quelques-uns de leurs documents.

Erb fd'Heidelberg) : « ... Je puis vous dire que, selon moi, la paralysie générale o, avec la sj-philis, les mêmes rapports que le tabès ».

Zacher, médecin de l'asile d'Ahrweiler (Allemagne) : « ... Sans considérer la paralysie générale comme \iné manifestation spécifique, j'estime qu'un individu syphilitique a de bien plus grandes chances de devenir paralytique qu'un individu sain. »

Bouchaud, médecin de l'asile de Lommelet : « ... La syphilis est. la cause ordinaire de la paralysie générale » .

Professeur Kowalewsky (de Kharkoff) : « ... Mon avis est que, pour le moins dans 5o % des cas, la syphilis sert de raison principale et essentielle à la paralysie progressive. Dans les autres 5o %, la syphilis agit encore, mais sur un terrain préparé (héréditaires, alcooliques); ou bien c'est la syphilis qiii prépare le terrain, et d'autres agents, aidés par elle, produisent la maladie ».

Sémal, médecin-directeur de l'asile de Mons (Belgique) : « ....Les paralytiques généraux (hommes) que j'ai eu à traiter dans ma clientèle privée, étaient en grande ma/orZ/é d'anciens syphilitiques, el j'estime que l'inefficacité du traitement spécifique n'est pas un argument contre la théorie de l'origine spécifique de la paralysie

générale. » ... 1 1 -i-

Professeur Horaèn (d'Helsingfors) : « ... J'attribue a la syphilis

P.MIALYSIH «KNlinALE.

syphilis jusque chez les 2/3, jusque chez les 4/5 des sujets, et cela resterait lettre morte, et cela ne témoignerait que de « simples coïncidences pathologiques » ! En vérité, ne suffit-il pas d'en appeler à la logique et au simple hon sens pour faire justice d'un tel procédé d'interprétation des faits cliniques? Je prétends, moi, tout au contraire — et je suis bien certain d'avoir avec moi sur ce point l'im-

le rôle le plus important comme cause prédisposante de démence paralytique. »

Idanoft' : « La syphilis prépare le terrain pour le développement de la paralysie générale.... Klle joue, dans les deux sexes, nu rôle principal et prêpondéranl. [Re^'ue neurologique, iSgS, p. Sgg.)

lîipping « voit dans la syphilis une cause principale, mais non une cause constante et exclusive de paralysie générale. »

Professeur Neumann : « La syphilis est une cause principale de paralysie générale. »

Bergh « souscrit à l'opinion de son compatriote Tespersen.... Dans la Scandinavie, c'est une opinion générale que la paralysie générale est, dans la plupart des cas, d' origine syphilitique n.

Haslund : « Je regarde la syphilis comme une cause directe de la paralysie générale, tout à fait comme du tahes, et je crois que les cas typiques de la paralysie générale sont dus à la syphilis, tandis que ceux qui sont moins typiques semblent avoir une autre cause. »

Professeur Tarnowsky : «... Personnellement, je considère la syphilis au nombre des causes les plus prédisposantes au développement de la paralysie générale. Mais je ne crois pas qu'on puisse appeler la syphilis une cause constante ou bien exclusive de la paralysie générale. — La paralysie générale n'est pas seulement une périencéphalite diffuse, mais bien aussi une encéphalite interstitielle chronique. Son processus morbide n'est pas, selon moi une manifestation proprement dite de la diathèse syphilitique; aussi ne cede-t-il pas à un .traitement spécifique des plus éner-riques Je considère la syphilis, par rapport à la paralysie générale, comme .me cause qui agit indirectement en préparant le terrain

est-ce pas dire comme nous, mais en autres termes, que la paralysie générale est une affection d'origine, et non de nature svphilitique, a savoir une affection parasypliilitique ?) '

PoVRmjLR. ~ yiffect. parasj'phil.

AFFECTIONS PAUASYPHILITIQUES.

mense majorité de mes confrères — que les chifFres en question comportent une signification toute différente. Je prétends qu'ils attestent d'une façon patente, irrécusable, un rapport causal des plus intimes entre la paralysie générale et la syphilis. Je dis que le simple hasard n'est pas capable de réaliser de telles rencontres, à savoir de réunir de 60 à 80 fois pour 100 deux processus morbides de cet ordre sans que l'un serve d'appel à l'autre, sans que l'un soit cause et l'autre effet. Et cette façon d'expliquer les statistiques qui précèdent me paraît tellement forcée, tellement obligatoire, autant que simple et rationnelle d'ailleurs, qu'en vérité elle n'exige pas une argumentation plus explicite. Elle est de celles qui ne comportent pas discussion, elle est de celles qui s'imposent.

Un exemple. — A bon droit, la relation des affections cardiaques avec le rhumatisme passe pour indiscutable aujourd'hui. Eh bien, peut-elle invoquer en sa faveur une proportion de fréquence supérieure à celle qui rattache en toute évidence la paralysie générale à la syphilis dans les statistiques précitées?

Donc, il n'est plus à le nier, la paralysie générale reconnaît très certainement la syphilis comme un de ses facteurs étiologiques, et comme un facteur puissant, considérable, de premier ordre.

Qu'une telle proposition soit en dehors des idées urantes et de la science officielle, je n'ai pas à

PARALYSIE GÉNÉUALE.

VOUS l'apprendre. Qu'elle soit jugée « subversive » et « révolutionnaire » par certains aliénistes qu'elle a pu troubler dans le calme de leurs asiles, rien de plus naturel. Qu'elle ne soit guère plus favorablement accueillie par certains de nos collègues qu'impatiente ce qu'ils appellent « les empiétements continuels de la syphilis », indiscrète personne, qui, en effet, depuis une vingtaine d'années s'est fait remarquer par des incursions inattendues sur divers domaines de la pathologie, cela encore est plus que facile à prévoir. Mais que voulez-vous? Un dilemme s'impose. Il faut de deux choses l'une : ou bien récuser les statistiques précédentes (ce que personne n'a tenté jusqu'ici, étant donnée l'estime scientifique dont leurs auteurs sont entourés); ou bien accepter la conséquence qui en dérive.

Or, cette conséquence n'est rien autre qu'une relation de parenté, qu'une relation de cause à effet à reconnaître entre la syphilis et la paralysie générale, laquelle, donc, en résumé, procéderait d'une cause spécifique pour une proportion de fréquence qui ne saurait encore être exactement déterminée, mais que tout porte à croire considérable.

D'ailleurs, messieurs, les statistiques que je viens de vous présenter ne sont pas seules à témoigner en faveur d'une connexion étiologique entre la

l'ARASYl'HILlTIQUES,

paralysie générale et la syphilis. 11 est d'autres arguments, d'auLres considérations qui plaident dans le même sens, et qui doivent trouver place actuellement dans cet exposé.

1. — Les syphiliographes ne sont pas en situation, comme les aliénistes, de collectionner un certain nombre de paralysies générales pour étudier sur elles la quotité d'antécédents syphilitiques qui y figurent. Mais ils peuvent faire autre chose, à savoir : rechercher ce que deviennent les clients qu'ils ont traités de la syphilis, et voir s'il en est peu ou beaucoup qui aboutissent à la paralysie générale.

Impossible à l'hôpital, où l'on n'a jamais affaire qu'à des malades de passage, à des malades dont l'histoire ultérieure est destinée presque fatalement à rester inconnue, une étude de cet ordre trouve au contraire sa place dans la clientèle privée où l'on a souvent l'occasion de suivre, pour de longues périodes de leur existence, des malades qu'on a traités originairement de la syphilis.

Eh bien, quant à moi, je déclare qu'il m'est souvent arrivé de voir des malades, que j'avais eu l'occasion de traiter pour tels ou tels accidents de syphilis, aboutir quelques années plus tard à des états cérébraux constituant ou bien la pseudoparalysie générale ou bien la paralysie générale vraie. A ne parler pour l'instant que de ce dernier ordre de cas, des exemples de ce genre abondent dans mes souvenirs et dans mes dossiers. J'en

I>.VI1\LVSIE GÉNÉllALE.

appelle sur ce point au témoignage de mes collègues ou amis, MM. Blanche, Chai'cot, Mesnet, Magnan, Motet, Luys, Fah-et, Sémelaigne, Goujon, etc. Que de fois ne m'est-ii pas arrivé de visiter avec eux d'anciens malades à moi devenus paralytiques généraux I Que de fois aussi, d'autre part, n'ai-je pas entendu de divers côtés le propos suivant : « Vous savez bien, ce pauvre X..., que vous traitiez, il y a quelques années, pour des péchés de jeunesse? eh bien, il est devenu fou; il a la folie des grandeurs, il nage dans les millions et les milliards; on a dù l'enfermer, et on le dit alTecté de paralysie générale » ?

Il s'en faut à coup sûr — et de beaucoup — que les syphilitiques finissent par la paralysie générale aussi souvent que par le tabès; nulle comparaison à cet égard. Mais ce que je puis affirmer, c'est qu'ils finissent aussi par la paralysie générale plus souvent qu'on ne le croit et que je ne l'ai cru moimême (je fais mon meâ culpâ sur ce point) jusqu'à ces dernières années. Tel est même le nombre des lamentables terminaisons de ce genre qu'il devient impossible de les expliquer par de simples éventualités de coïncidence. Tel en est le nombre qu'il est impossible vraiment de ne pas en être frappé après un certain temps de pratique et de ne pas avoir sa conviction édifiée sur leur provenance réelle. J'ai bien le droit d'en juger par moi-même, d'en juger par l'évolution qui s'est faite à mon insu ou même, dirai-je, malgré moi dans mes apprc'"-

AFFECTIONS PAHASYPHILITIQUES.

ciations, dans mes idées. A rorigine, sur la foi de mes maîtres et de mes contemporains, je ne croyais pas, je m'efforçais de ne pas croire à la paralysie générale de cause syphilitique. Je repoussais une telle doctrine à la façon d'une hérésie. Si bien que, pour interpréter les faits qui se présentaient à moi sous forme de paralysies générales consécutives à la syphilis, j'imaginai un type morbide nouveau, la pseudo-paralysie générale syphilitique*, type vrai, type authentique, mais dans le-

I. y. La syphilis du cerveau, Leçons cliniques recueillies par Brissaud, 1879.

« ... Si la paralysie générale, disais-je à cette époque déjà lointaine, s'observe bien chez les syphilitiques, elle ne s'y observe que quelquefois, quelquefois seulement, c'est-à-dire trop peu souvent poiu" qu'on soit autorisé à la considérer comme un résultat, un effet manifeste de la vérole. // est avéré que la sypliilis aboutit parfois à la paralysie générale, mais c'est tout. Elle n'y aboutit pas d'une façon qui soit assez habituelle pour devenir significative, pour attester par évidence numérique un rapj)ort de causalité.

« Donc, le problème (pour aujourd'hui) reste sans solution. Et tout ce qu'il nous est permis de dire à ce propos, dans l'état actuel de nos connaissances, se réduit à ceci :

« 1° Rationnellement, il est très acceptable que la syphilis puisse avoir une part éliologique dans la production de la paralysie générale. Une diathèse, eu effet, qui, comme la syphilis, influence aussi énergiquement et aussi profondément l'ensemble de l'organisme, une diathèse susceptible comme elle de troubler, de bouleverser le système nerveux, est certes bien faite pour prendre rang au nombre des causes capables de déterminer la paralysie générale.

« 2° Mais, si ce mode d'action de la diathèse est admissible théoriquement, il ne constitue encore qu'une hypothèse dont la démonstration clinique reste à établir sur des faits nouveaux » (p. Sgg).

Mes opinions, on le voit, se sont modifiées, depuis l'époque où j'écrivais ce qui précède (1879), sur les rapports de la paralysie générale avec la syphilis. Mais comment et pourquoi ? On me permettra de le dire en deux mots,

A celte époque, je n'avais encore rencontré qu'un pelit nombre

PARALYSIE GÉNÉnALE.

quel, bien certainement, j'ai eu le tort autrefois de faire rentrer, bon gré mal gré, des cas non moms authentiques de paralysie générale vraie. Puis est venue l'expérience qui, à la longue, m'a autorisé a secouer le joug des classiques et à soupçonner que la paralysie générale vraie pouvait bien, elle aussi, dériver de la syphilis. Puis les faits de ce genre se sont multipliés sous mes yeux, et, finalement, j'en suis arrivé à cette conviction qu'une relation causale intime relie la paralysie générale à la syphilis, que la syphilis engendre la paralysie générale comme elle engendre le tabès, et qu'elle lui sert d'origine dans un nombre de cas considérable, considérable étant dans notre société le nombre des syphilitiques.

Ainsi donc — remarquez bien ceci — aliénistes et syphiliographes par des voies opposées, les premiers en remontant dans le passé de leurs malades, les seconds en descendant le courant, c'est-à-dire en suivant l'évolution de la syphilis chez leurs clients, sont conduits exactement aux mêmes résul-

de paralysies générales sur des malades alTectés de syphilis. J'étais donc autorisé à croire, avec tout le monde, qu'il n'existait qu'un rapport de coïncidence éventuelle de l'une à l'autre de ces maladies, alors qu'elles venaient à faire conjonction sur le même sujet. Je n'étais pas autorisé en tout cas à combattre cette opinion.

Mais, depuis lors, l'expérience est venue avec l'âge. Depuis lors j'ai vu nombre de fois la paralysie générale succéder à la syphilis. Eclairé par ce que j'appelais tout à l'heure « l'évidence numérique », j'ai dû admettre une relation pathogénique entre les deux maladies et aboutir à l'opinion que je professe actuellement. — Je n'ai donc fait, dans cette évolution d'idées, qu'obéir aux données de l'observation, aux témoignages de la clinique.

AFFECTIONS l'AIlASVIMlll.lTJQUES.

lais. Les uns et les aulres aboiuisseiil à ooiislaleiune influence indéniable, irrécusable, de la syphilis sur la genèse de la paralysie générale.

Voilà, à coup sûr, deux ordres de lémoignages curieux, formels, considérables, en faveur de la démonstralion que je poursuis. Ne disposerionsnous que d'eux seuls, ils sudiraient presque à celle démonstration. Mais, par bonheur, diverses aulres considérations viennent encore leur prêter appui. Celles-ci, pour n'avoir pas, à coup sûr, la haute signification des arguments précités, n'en apporteront pas moins à notre thèse un utile contingent.

11. — Une première considération ressort du fait que voici : Corrélation de fréquence d'un sexe à l'autre entre la paralysie générale et la syphilis. Vous allez me comprendre.

Tout le monde est d'accord sur ce point que la paralysie générale est relativement rare chez la femme, c[u'elle est beaucoup plus rare chez elle que chez l'homme (environ dans la proportion de i à 8 d'après Bayle, de i à 8 d'après RrafFl-Ebing, de I à 7 d'après le Bail, etc.'.

I. « 11 est naturel, disent MM. Christian et Ritti [Dict. encyclop. des sciences medic, t. xxi), que les statistiques sur ce point diffèrent suifuiil les m(7/t'«a: dans lesquels les auteurs ont fait leurs observations. Ceux qui ont eu en vue les asiles privés, accessibles seulement aux malades de la classe aisée et opulente, ont obtenu des projJortious

I>AI1ALYSIE GlÎNÉnALE.

Eh bien, il en est de même exactement pour la syphilis qui, elle aussi, est beaucoup moins commune dans le sexe féminin que dans le nôtre. A l'hôpital, celte différence est peu frappante pour la bonne raison que nos services de vénériens et de vénériennes, également insuffisants les uns et les autres, sont toujours également pleins, bondés et au grand complet. Mais elle saute aux yeux dans la pratique de ville. Tout praticien vous dira qu'il soigne en ville infiniment plus d'hommes que de femmes syphilitiques. Je puis préciser davantage pour ma part, et vous dire ceci :

Depuis mon doctorat (1860), j'ai donné mes soins en ville à :

iS.ioo hommes syphilitiques,

et 1.400 femmes syphilitiques.

Comparez. Cela fait, en chiffres ronds, un cas de svphilis féminine contre plus de dix cas de syphilis masculine. C'est-à-dire que la syphilis est au

heaucoLip moindres que ceux qui out observe clans les asiles d'indigenls. 11 est à noter, en effet, que la paralysie générale est beaucoup plus fréquente cbez les femmes des basses classes et, en pavliculier, chez les prostituées. »

Retenons au passage ce dernier point, car il apporte encore un contingenta la thèse que nous défendons ici, et celaen témoignant d'une corrélation nouvelle enire la syphilis et la pai-alysie générale. Les aliéuistes nous apjjrennent que la jaaralysie générale est beaucoup plus commune chez les femmes des classes pauvres que chez les femmes des classes riches. A leur tour, les syphiliographes seront unanimes à affirmer que la syphilis est beaucoup plus frc-quentes chez les femmes des basses classes que chez celles qui appartiennent à la bourgeoisie ou à l'aristocratie. A''oyez le rapprociiement.

IJO

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES,

minimum dix fois plus commune chez l'iiomme que chez la femme.

Eh bien, maintenant rapprochez ces deux faits : d'une part, rareté de la syphilis chez la femme, et rareté corrélative, chez elle, de la paralysie générale; — d'autre part, fréquence de la syphilis chez l'homme, el fréquence corrélative chez lui de la paralysie générale. Rapprochez, dis-je, ces deux faits, et il vous sera difficile de n'y pas trouver une signification par rapport au sujet qui nous touche actuellement. Car, puisque la fréquence ou la rareté de la paralysie générale se trouve dans tel ou tel sexe en proportion directe avec la fréquence ou la rareté de la syphilis dans ce même sexe, n'est-ce pas là une présomption valable en faveur de la doctrine qui accorde à la syphilis une influence étiologique sur la paralysie générale?

III. — Seconde considération, que j'énoncerai immédiatement ici, pour ne pas quitter ce qui est relatif à la femme dans cette discussion.

La paralysie générale est rare, au moins relativement, dans le sexe féminin, comme nous venons de l'établir. Mais, quand on l'y observe, sur quelles femmes l'y observe-t-on? Réponse précise,' de l'aveu général : Sinon toujours, au moins pour la grande majorité des cas, sur des femmes « irrégulières », sur des femmes du demi-monde, du monde galant, sur des prostituées, c'est-à-dire sur des femmes chez qui la syphilis ne fait que rare-

PARALYSIE GÉNÉRALE

ment défaut. Ici encore quelques statistiques doivent être citées.

Sur 7 femmes affectées de paralysie générale, qu'il a traitées dans sa maison, M. Falret nous apprend que 5 étaient syphilitiques.

Dans la thèse du D"^ Gharhonneau', nous voyons que, sur 4 femmes aliénées paralytiques à antécédents connus, 4 avaient eu la sypliihs.

Le D' Anglade a ohservé à l'asile de Bordeaux 37 aliénées paralytiques. Or, sur ce nombre, 3o étaient « certainement syphilitiques m ; — 5 l'étaient « probablement » ; — en 2 cas seulement la syphilis paraissait faire défaut^ — Trente et peut-être trente-cinq syphilitiques sur trente-sept cas de paralysie générale, quelle proportion! Cela n'est-il pas probant? \

IV. — Troisième point : Rareté corrélative de la paralysie générale et de la syphilis en certains milieux. — Ainsi :

1° C'est un fait acquis que la paralysie générale est rare chez les habitants des campagnes, relativement à ce qu'elle est chez les habitants des villes et surtout des grandes villes. — Or, n'est-ce pas

1. Des rapports de la sjphUis et de la paralysie générale, Thèses de Paris, 1891.

2. Contribution à P élude des rapports de la syphilis et de la paralysie générale progressive, Thèses de Paris, 1891.

3. Du reste, une foule d'observateurs (Trélat, Hildenbrandt, Snell, Jastrowitz, Cullerre, Dangler, etc.) ont remarqué et signalé la fréquence de la paralysie générale chez les prostituées.

AFFECTIONS l'A It ASYPHILITIQUES.

aussi un ro'sullal d'expérience que la syphilis est bien autrement rare dans les campagnes que dans les villes?

'2° Divers auteurs ont signalé la rareté de la paralysie générale en certains pays, tels que l'Irlande, l'Ecosse, certaines régions agricoles de la France^ — Or, c'est dans ces mêmes pays également que la syphilis est le moins répandue.

3° On a remarqué encore la rareté de la paralysie générale chez les ecclésiastiques, les religieux, les quakers, etc.'. Eh bien, ce sont là précisément tous sujets que l'austérité de leurs mœurs ou la réclusion du cloître protège contre la syphilis.

V. — Certes, l'étiologie de la paralysie générale est essentiellement complexe et reconnaît des facteurs aussi multiples cjue divers, lesquels aussi peuvent s'associer. Mais, de tous ces facteurs, quel est cehu' qui tient le premier rang, celui c{ue dénoncent le plus souvent les investigations cliniques?

Déjà plusieurs observateurs, statistiques en mains, se sont prononcés sur la C|uestion.

1. V. Cnmuset, Kole sur la rareté de la paralysie gciiéralc à l'asile de Saiiit-Jiban (Lozère). Ann, méd. psych., i886, p. 187.

2. Sur 962 aliénés paralytiques, M. Boucliaiid n'a trouvé que 7 religieux. (Z)e la fréquence relative de la paralysie générale chez les laïques et les religieux, Ann. méd. psycli., mai 1891, p. 363.)

« Depuis 83 années, à la York Retreat, où l'on traite un nombre considérable de quakers, gens dont la pureté de vie est proveibiale, on n'a reçu que 3 cas de paralysie générale » (Mac Dowall). — V. Morel-Luvallée, Paralysie générale et sf/iliilis (Revue de médecine, 1892.

PAnALYSIB GÉNÉRALE.

Obersleinei-, par exemi)le, a trouvé comme facteurs éliologiciues dans un certain nombre de cas :

Les trauinatisincs crâniens . . . 12 fois.

Les causes psychiques u —

La syphilis ~:

et il conclut de ses recherches en termes exprès que, de toutes les causes de la paralysie générale, la syphihs est la plus fréquente.

OEbeke adonné une analyse précise de 100 cas de paralysie générale qu'il a minutieusement étudiés au point de vue qui nous intéresse, et voici les facteurs étiologiques qu'il a rencontrés le plus souvent, soit isolés, soit combinés entre eux :

Syphilis. . e

. ri.

Prédisposition héréditaire. . .

Tempérament nerveux

Excès alcooliques

Excès sexuels

Fatigues

Pour cet observateur, donc, la syphilis tient le premier rang dans les causes de la paralysie générale. Elle marche en tête, en avant même de la prédisposition héréditaire, laquelle cependant nous est représentée par certains neurologistes comme la cause principale, primordiale, presque essentielle de la paralysie générale. (Il est vrai, soit dit inci-

AFFECTIONS PAUASYPHILITIQUES.

demment, que, pour nombre d'autres médecins, tels que Morel, Blanche, Doutrebente, Jacobson, Anglade, etc., l'hérédité ne jouerait qu'un rôle plus ou moins edacé dans l'étiologie de cette affection. Blanche dit expressément que, de toutes les maladies mentales, c'est la paralysie générale sur laquelle les influences héréditaires sont le moins actives.)

Une autre statistique produite par le P' Spillmann (de Nancy) et son élève Dengler, est encore plus favorable à la syphilis*. Voyez plutôt :

Antécédents étiologiqiies. Pratique Pratique Total Pourcentage — hospitalière privée —

Syphilis certaine ....

ro

— probable . . .

Hérédité congestivc. .

— nerveuse. . .

Pas de renseignements.

Ici, donc, la syphilis marche au premier rang pour une proportion de g3 pour loo, laissant bien loin derrière elle l'hérédité nerveuse (20 pour 100) et l'alcoolisme (17 pour 100).

Et, d'autre part, recherchant si ces divers facteurs étiologiques ont agi de leur chef exclusif ou se sont combinés et comment ils se sont combinés, les mêmes observateurs ont abouti aux résultats suivants :

I. G. Dengler, Syphilis et paralysie générale, Thèses de Nancy,

PAUALYSIK GÉNÉBALE.

Syphilis comme seule cause. .

Syphilis et hérédité nerveuse. .

Syphilis et hérédité congestive

Syphilis, hérédité congestive et alcoolisme

Syphilis et alcoolisme

Hérédité congestive et alcoolisme

Alcoolisme seul

« Ces renseignements, dit le D' Dengler, permettent donc de conclure : que, dans la moitié des cas environ, la syphilis agit seule pour provoquer le développement de la paralysie générale; — et que, dans l'autre moitié, une cause prédisposante, secondaire, lui prépare le terrain. »

De même encore pour le Bonnet, c'est à la syphilis qu'appartiendrait la première place dans l'étiologie de la paralysie générale, les autres facteurs invoqués par les classiques (surmenage, alcool, excès vénériens, traumatismes, etc.) devant être relégués bien en arrière et n'exerçant sur sa production qu'une influence secondaire, adjuvante

Enfin, il est des cas plus explicites encore où la syphilis a été rencontrée comme facteur unique de paralysie générale, toute autre cause faisant absolument défaut. Savage, par exemple, a relaté un cas de cet ordre. De même, pour ma part, j'ai vu plusieurs fois des malades aboutir à la paralysie

I. J. Bonnet, Rapports de la syphilis et de la paralysie générale. Thèses de Paris, 1891.

i5 fois

A FFECTI ONS PA H AS Y PIIILITI O U ES .

générale du fail exclusif de la sypiiilis, c'est-à-dii-e en l'absence de toute cause soit personnelle, soit héréditaire, de nature à expliquer celte terminaison,

^^i- — Un cinquième argument nous est fourni par la fréquence relative des antécédents de syphilis dans la paralysie générale et dans les autres folies. Vous allez me comprendi'c.

Si la syphilis était étrangère à la genèse de la paralysie générale, il n'y aurait pas de raison pour qu'elle se rencontrât plus fréquemment ou moins fréquemment dans les antécédents de cette maladie que dans les antécédents des autres aliénations. Or, sur ce point spécial, que nous apprend la clinique?

Régis a rassemblé neuf statistiques (dues à Mendel, Reinhardt, OEbeke, Rôlimel, Savage, Goldsmith, Bonnet, Anglade et lui-même), statistiques où a été étudiée comparativement la fréquence des antécédents de syphilis dans la paralysie générale et dans les autres folies. Or, l'analyse de ces divers documents l'a conduit aux résultats que voici :

Proportion des antécédents de syphilis :

1° Dans toutes les folies autres que la paralysie générale : lo pour roo.

2" Dans la paralysie générale : 65 pour 100.

Cela équivaut à dire en langage courant que, rare dans le passé des fous vulgaires, la syphilis est

PARALYSIE GÉNEHALE. I 77

au contraire très commune dans le passé des paralytiques généraux \

En serait-il ainsi, pourrait-il en être ainsi, au nom de la logique, si la syphilis n'était pour rien dans la genèse de la paralysie générale?

VII. — Un autre appoint en aiveur de l'opinion que nous défendons ressort d'un fait anatomique plusieurs fois observé, à savoir : la coexistence de lésions de paralysie générale et de lésions usuelles de syphilis.

Citons un exemple que j'emprunterai à Mendel. Un sujet syphilitique vient à présenter la série habituelle des symptômes de la paralysie générale, notamment un délire de grandeur, au cours duquel il devient riche à milliards, ami des plus grands hommes, fils de l'empereur d'Allemagne, etc. Le mal suit son cours ordinaire et se termine par la mort. Or, à l'autopsie, on constate : d'une part, les lésions usuelles de la paralysie générale; — et, d'autre part, une méningite gommeuse avec une exostose du frontal.

I. Quelques autres statistiques déposent encore dans le même sens. Exemples :

Antécédents de sypliilis

Dans les diverses folies.

Dans la paralysie générale.

D'après Obersteincr. 35,2 "/g

Ziehen. . . 4,3

— Lange ... —

— Hirt. . . . 66,5 —

— Hougberg. . 72 à 80 —

FouKNiEii. — Àffccl. parasjrphil. 12

AFl'ECTIONS PARASYPHILITIQUES.

Ainsi, voilà diverses lésions juxtaposées, superposées, continues presque. Bien qu'anatomiquement différentes, n'est-il pas rationnel de les croire, étiologiquement, d'origine identique?

Vni. — Autre coïncidence, et celle-ci plus significative encore.

^ Assez souvent le tabès et la paralysie générale s'associent, se donnent la main, se succèdent, bref d'une fliçon ou d'une autre, se combinent sur le même sujet, en constituant de la sorte une scène morbide à laquelle, de vieille date, j'ai assigné le nom de tabès cérébro-spinal.

Or, vous le savez, il n'est plus douteux pour personne aujourd'hui que le tabès n'ait son oriaine au mouis 90 fois sur 100, dans la syphilis.

Eh bien, ce fait n'implique-t-il pas logiquement, presque nécessairement, que telle aussi doive être l'origine de la paralysie générale, qui a tant et tant de similitudes cliniques avec le tabès, qui se confond souvent avec lui, qui forme avec lui un groupe pathologique naturel, si naturel même qu'on songe aujourd'hui, non sans de légitimes raisons, à les réunir tous deux en une seule et même entité morbide?

Mais je me borne pour l'instant à signaler ce point, sur lequel j'aurai bientôt l'occasion de revenir en détail.

PARALYSIE GÉNÉRALK.

IX. — Enfin, un dernier et puissant témoignage nous est encore offert par les cas de paralysie générale développée chez les jeunes sujets, par ce qu'on a appelé la paralysie né raie juvénile.

M. le Régis a réuni quatorze paralysies générales de cet ordre, ayant évolué sur des sujets de i3 à 19 ans\ Or, devinez combien de fois, dans ces quatorze cas, on a trouvé la syphilis en remontant (non sans difficultés) dans le passé de ces jeunes sujets?

Sept fois, d'une façon certaine, et une fois, d'une façon probable !

Ainsi, sept ou huit fois sur quatorze cas, on a découvert la syphilis (et la syphilis héréditaire, cela va sans dire)^ dans les antécédents de tout jeunes gens^ d'adolescents, presque d'enfants quelquefois, affectés de paralysie générale. — (Encore l'a-t-on toujours suffisamment cherchée, cherchée de façon à pouvoir la trouver, ce qui n'est pas, le plus souvent, sans difficultés considérables, comme je l'ai démontré ailleurs^? Mais n'importe.)

1. Syphilis et paralysie générale, Archives cliniques de Bordeaux, 1892, n" 7.

2. Un de ces cas toutefois est relatif à une syphilis acquise (enfant infecté par une noun-ice). — La paralysie générale, dans ce cas, ût invasion vers l'âge de 17 ans.

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