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\I'"FECTiaNS PARASYPHILITIQUES.
celui où la syphilis, généralement acquise au printemps de la vie, évolue en pleine étape tertiaire.
3° Tj'une et l'autre néanmoins peuvent se produire diins le jeune âge; — et alors, dans ces conditions spéciales, tabès juvénile et démence paralytique juvénile se rattachent l'un et l'autre à une même circonstance étiologique, à savoir : très généralement, une syphilis héréditaire, ou, bien plus rarement, une syphilis de contagion infantile. — Strûmpell a même relaté un cas des plus curieux où, sur une petite fille hérédo-syphilitique âgée de i3 ans, coexistaient paralysie générale et tabès.
4° L'une et l'autre entrent en scène d'une façon insidieuse et lente.
5° L'une et l'autre affectent une évolution fatalement et inexorablement progressive, avec possibilité de rémissions et de temps d'arrêt plus ou moins prolongés.
6° L'une et l'autre offrent le même caractère de résistance à tous les agents thérapeutiques connus, y compris les agents spécifiques, et paraissent vouées de nature à l'incurabilité.
En vérité, messieurs, toutes les considérations qui précèdent (sans parler d'autres encore que je passe sous silence) ne concourent-elles pas, isolement et conjointement, à justifier Tunificalion, la fusion nosologique que nous cherchons à établir entre les deux maladies?
Si bien, je puis le dire, que la démonstration se-
TABES ET PARALYSIE GÉNÉRALE
rait complète, et qu'en vérité rien n'y manquerait, si à tous les témoignages que je viens de produire je pouvais joindre celui de l'anatomie pathologique.
Mais ce dernier, bien malheureusement, va nous faire défaut. C'est qu'en effet il convient, pour la solution d'un problème aussi délicat que celui qui nous occupe actuellement, de ne mettre en cause que des faits certains, jugés, définitivement acquis à la science. Or, de ce nombre n'est pas assurément l'anatomie pathologique de la paralysie générale, non plus que celle du tabès. Aujourd'hui, en effet, on en est encore à discuter sur le processus initial et fondamental de l'une et l'autre de ces maladies. Quel est le point de départ du tabès, quel est le point de départ de la paralysie générale, en tant que lésion propre, essentielle, constitutive, caractéristique en un mot? On ne saurait le dire, en raison des divergences des anatomo-pathologistes les plus experts et des histologistes les plus autorisés. A ce point, chose curieuse, que c'est à l'anatomie pathologique qu'empruntent à la fois leurs arguments les partisans aussi bien que les adversaires de la doctrine que nous cherchons à établir. Oui, c'est de par l'anatomie pathologique que les uns prétendent édifier, et les autres renverser la doctrine fusionniste du labes et de la paralysie générale.
Lisez les derniers débats qui se sont élevés à ce sujet; lisez par exemple un intéressant travail in-
AFFKCTIONS PAIIASVPHILITIQUES,
spire par mon collègue et ami le D'' JofFroy (llièse daD"" Stojanovilcli où vous trouverez soigneusement résumés les éléments des discussions actuelles, et vous serez eflrayés, je n'exagère pas, des dissidences multiples et extrêmes qui se sont produites en l'espèce. Tout est controversé, tout est remis en question relativement à l'anatomie pathologique et l'histologie des deux maladies qui nous occupent. A force de science (ceci n'est pas une critique. Dieu m'en garde ! mais une simple constatation), on en est arrivé à ne plus rien savoir, au moins de certain. Divergences et obscurités, voilà ce qui subsiste. A ce point — je veux formuler un exemple, car vous m'accuseriez peut-être d'exagération — à ce point que, d'après certains auteurs (et de haute compétence spéciale, je vous prie), la paralysie générale pourrait exister « sans lésions appréciables de l'écorce et de la substance nerveuse « ; à ce point que tous les symptômes de la paralysie générale pourraient être réalisés par « une méningite purulente sous-arachnoïdienne », par « une pachyméningite hémorrhagique » (et cela toujours sans lésions appréciables du cerveau), par un sarcome, par un foyer de ramollissement! — Dans ce chaos, trouvez la lumière 1
Force me sera donc ici — et bien à regret — de laisser une lacune dans ma démonstration.
Toutefois, je n'abandonnerai pas ce point sans
I . Étude cril'ujue sur les rapports du tabès dorsaits et de la paralysln générale^ Thèses de Paris, 1898.
TADES ET PAHALYSIE GÉNÉRALE.
placer une remarque. C'est que, toutes réserves établies sur ce que nous ignorons encore, à savonles modalités initiales des processus propres à l'une etraiitre maladie, d'ores et déjà l'anatomie pathologique nous autorise bien, elle aussi, à admettre une étroite parenté entre la paralysie générale et le tabès, et cela de par les gros foits, dirai-je, de par les faits évidents, positifs^ non récusables. Cette parenté, en effet, ressort manifestement, me semble-t-il, de trois considérations, à savoir :
i" De ce qu'au total les lésions de l'une et l'autre maladie sont d'ordre absolument similaire, sinon identique. De part et d'autre elles consistent en une destruction plus ou moins complète des tubes nerveux, une prolifération des noyaux, un épaississement de la névroglie, des altérations vasculaires, etc. (Raymond, Rendu).
2° De ce que, de part et d'autre, ces lésions conduisent à un aboutissant commun, la sclérose.
3° Et, au point de vue topographique (remarquez bien ceci en particulier, messieurs), de ce que tabès et paralysie générale font preuve d'une même tendance à étendre, à disséminer leurs lésions au delà du foyer qui leur est originairement dévolu.
Ainsi, la paralysie générale diffuse vers la moelle d'une façon qu'on peut dire très habituelle. D'après les statistiques de Kôberlin, Claus, Thomsen, Fûrstner, des lésions médullaires s'observeraient aux nécropsies de paralytiques généraux dans
AFFECTIONS PAUASVPHILITIQUES.
une proportion variable enlre 43 el GG pour loo*.
Réciproquement, le tabès tend à diffuser vers le cerveau, et cela avec une fréquence dont on n'avait pas idée jusqu'à ce jour. Des lésions de périencéphalite diffuse ou, d'une façon plus générale, des lésions du cerveau sont absolument communes aux autopsies de tabétiques. A preuve les cas cités récemment par Kraus, comme tant d'autres signalés ces derniers temps.
Il paraîtrait même (mais ceci sous les plus expresses réserves, dont vous allez apprécier la raison) que le cerveau peut être sérieusement affecté dans le labes, au moins pour un certain temps, sans donner lieu à des phénomènes psychiques notables. Le D"" Nageotte a rencontré et représenté dans sa thèse des lésions « indubitables » de paralysie générale constatées à l'autopsie d'un ataxique « qui était mort sans que rien eût attù^é V attention vers son état mental* ».
Ainsi donc l'anatomie concourt, elle aussi, à affirmer l'étroite affinité du tabès et de la paralysie générale'.
1. V. Dengler, Thèse citée, p. 78. — V. aussi un cas curieux de Levi, analysé dans la Revue neurologique de Brissaud et Marie, juillet 1898, p. 355.