‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 26 sur 62 · Thèse citée, p · texte numérisé non relu

Thèse citée, p

3. J'ai plaisir à invoquer encore ici l'autorité de M. le D"' Marie, qui, dans son excellent livre sur les 3IalaJies de la moelle, aboutit à des conclusions identiques à celles que je viens de développer.

« Les altérations du cei-veau spéciales au tabès consistent dans

TAnES ET PARALYSIE GÉNÉRALE.

XXXITI

Résumons-nous : Multiplicité de symptômes communs aux deux maladies; — combinaison possible et même assez fréquente des deux types morbides ; — identité de causes; — similitudes d'évolution, de terminaison, de résistance aux agents thérapeutiques; — analogies anatomiques (pour ne rien dire de plus); — telles sont les raisons diverses qui semblent bien autoriser à considérer le tabès et la paralysie générale comme deux modalités topographiques d'un seul et même processus morbide, comme deux branches d'un même tr»nc, comme deux localisations géographiques d'une même maladie.

Conséquemment, dans cette interprétation, il y aurait une maladie unique^ qui :

1° Alors qu'elle se localiserait exclusivement (ou

une disparition plus ou moins accentuée des fibres nerveuses contenues dans les circonvolutions. Cette altération est très analogue à celle qu'a décrite M. Tuczek dans la paralysie générale des aliénés » (p. SGa). — Et ailleurs : « Les lésions cérébrales du tabès sont purement et simplement sous la dépendance de la même cause qui détermine les lésions médullaires du tabès : la syphilis. — Ces lésions cérébrales des tabétiques sont, en somme, très analogues, sinon identiques à celles de la paralysie générale des aliénés. Comme celles-ci, elles sont dues à la syphilis exerçant directement sou action nocive sur les fibres des circonvolutions cérébrales, indépendamment des ravages qu'elle peut faire du côté des cordons postérieurs de la moelle » (p. 305).

AFFECTIONS PAU ASYPHILITIQUES.

d'une façon lout à fait prédominante) sur la moelle, constituerait le tabes\

2° Alors qu'elle se localiserait exclusivement (ou d'une façon tout à fait prédominante) sur le cerveau, constituerait la paralysie générale;

3" Alors qu'elle affecterait à la fois la moelle et le cerveau, constituerait un type mixte, hybride, auquel serait applicable la dénomination de tabès cérébro-spinal.

Et cette interprétation, qui réunit, qui fusionne ainsi les deux maladies en une seule entité morbide, est ce qu'on a appelé la doctrine identiste ou fusionniste, doctrine qui s'agite actuellement et s'est imposée, dirai-je, à l'ordre du jour.

Bien naturellement cette doctrine, comme toute innovation introduite dans la pathologie, a rencontré des adversaires et suscité des objections.

Ces objections, quelles sont-elles, et quelle en est la valeur? — Quelques mots à ce sujet.

I. — On a dit d'abord : « Peut-être y aurait-il quelque apparence de raison à vouloir fusionner le tabès et la paralysie générale, si la clinique présentait ces deux affections réunies d'une façon commune, courante, habituelle. Mais tel n'est pas le cas. Ce qu'on observe usuellement, tout au contraire, c'est ou bien le tabès seul, isolé, ou bien la

TABES ET PARALYSIE GÉNÉRALE

paralysie générale seule, isolée. Donc, le principe même d'une fusion à efFeeluer entre ces deux types n'est pas admissible. »

Erreur de fait, erreur matérielle, répondronsnous.

Oui, sans doute, nombreux, très nombreux sont les cas où la paralysie générale existe sans tabès, comme le tabès sans paralysie générale. Méconnaître ce fait serait nier l'évidence même. Mais multiples aussi sont les cas précisément inverses, alors surtout qu'on se donne la peine d'analyser par le menu les symptômes morbides, au lieu de s'en tenir à un diagnostic de surface (passez-moi le mot) d'après les troubles prédominants. Ainsi : d'une part, l'association à la paralysie générale de symptômes ou de lésions d'ordre tabétique est un fait usuel^ absolument usuel, comme viennent de l'établir les statistiques précitées; — et, d'autre part, des symptômes et des lésions de paralysie générale coexistent parfois (quoique bien moins fréquemment) avec le tabès. Il n'est même pas rare de voir le tabès verser absolument dans la paralysie générale et se terminer par elle. Baillarger, Westphal, Rey, Caizergues, Christian, Tenneson, Magnan, Falret, Masson, Estorc, Savage, Raymond, Rendu, Barthélémy, etc., en ont cité de nombreux cas. Après avoir dépouillé à nouveau mes notes d'hôpital et de ville à ce sujet, j'ai réuni plus d'une quarantaine d'observations de ce genre; et, si je n'insiste pas davantage ici sur ce point, c'est

AFFECTIONS PARASYPHILITIQDKS.

que je l'ai déjà longuement développé ailleurs \

Donc, il n'est pas à arguer — bien au contraire — d'une prétendue rareté de rapports usuels et de conjonction possible entre les deux maladies contre la doctrine identiste.

II. — « Mais, a-t-on ajouté, alors que le tabès et la paralysie générale viennent à faire conjonction, à s'associer sur un même sujet, pourquoi ne pas voir là un simple hasard, une coïncidence accidentelle, au lieu de s'efforcer à interpréter le fait par une doctrine hypothétique d'identité morbide? »

Réponse catégorique : Le hasard et les coïncidences ne sauraient entrer en ligne de compte alors qu'il s'agit d'expliquer des rencontres usuelles, des connexions courantes de symptômes pathologiques. Dit-on, par exemple, que l'endocardite rhumatismale est une coïncidence de hasard vis-à-vis du rhumatisme articulaire?

m. — On a encore invoqué contre la doctrine identiste la différence d'évolution des deux maladies. « Voyez donc, a-t-on dit : la paralysie générale évolue en deux ou trois ans, pour aboutir à la mort; et le tabès, bien souvent, n'a pas achevé son cycle pathologique avant lo, i5, 20, 3o ans et plus, w

Qu'importe? répondrai-je. Il n'est rien d'extraordinaire à ce que deux localisations morbides différentes évoluent de façons différentes. Il n'est rien

I. V. mon livre sur Y Atax\e locomotrice d'origine sjpliilili</iie, p. 9.47 et siiiv.

TABES ET PAnALYSIE GÉNÉRALE.

d'étonnant à ce qu'un processus cérébral marche plus vite et tue plus rapidement qu'un processus médullaire. Ainsi que l'a dit Rendu, « il n'y a rien là qui soit de nature à séparer foncièrement deux affections que rapproche la communauté des symptômes et des causes pathogéniques ».

Au total, donc, ces diverses objections (et d'autres encore que je crois vraiment avoir le droit de passer sous silence) ne sauraient porter atteinte à la doctrine identiste. Elles sont même presque de nature à lui faire plus de bien que de mal. Car, après les avoir entendues, on est tenté de se dire : « Il faut vraiment que la doctrine en question repose sur des considérations bien positives et bien formelles pour que ses adversaires n'aient pas trouvé de meilleures raisons à lui opposer ».

Tel est, messieurs, l'exposé de la question.

Et maintenant, à quoi conclure?

Allons-nous prendre résolûment parti, brûler nos vaisseaux et dire : « Décidément, oui, paralysie générale et tabès ne constituent qu'une seule et même maladie? »

Certes, de par ce qui précède vous avez dû comprendre que telle serait bien mon envie. Ce n'est pas le désir qui me manque d'aboutir à celle

AFFECTIONS PAR ASVPHIUTIQURS.

dernière formule comme solution du problème.

Mais il convient que je résiste à ce désir. Et pourquoi? Pour deux raisons : Parce que, d'abord, il y a un desideratum, une lacune, dans la démonstration qui précède, à savoir la lacune anatomique; — en second lieu et plus encore, parce qu'en matière aussi difficile, aussi délicate, il y a loujours avantage à laisser mûrir les questions, de façon à donner à chacun et à se donner à soi-même le temps de les méditer, de les envisager sous des faces différentes, dans des états d'esprit différents. Au surplus, rien ne presse. Il ne s'agit là, somme toute, que d'une question de nosologie, qui ne comporte pas l'urgence d'une question de pratique. Il ne s'agit là, d'autre part, que d'un débat où les opinions adverses ne laissent pas au fond d'être assez rapprochées, tout le monde tombant d'accord sur ce point que les deux maladies, alors même qu'elles ne sauraient être fondues en une seule unité morbide, n'en constituent pas moins des types pathologiques très voisins, similaires, et souvent combinés. Sachons donc attendre.

Et d'ailleurs — vous l'avez déjà sans doute préjugé — l'intérêt véritable du sujet n'est pas dans le débat nosologique. Il est ailleurs, il est tout entier dans l'appoint apporté par ce débat même à la démonstration des rapports de la paralysie générale avec la syphilis. Et comment cela? Vous allez le comprendre.

TAUlîS ET PARALYSIE GlÎNlînALE.

Que rcssorl-il en somme de tOLil ce qui précède? Ceci : que le tabès et la paralysie générale consliluent deux maladies élroitement unies, « proches parentes », parentes même à ce d<îgré qu'elles sont sur le point de se confondre, qu'elles sont peutêtre destinées à se trouver réunies un jour ou l'autre en une seule entité pathologique.

Or, si la paralysie générale est tellement voisine du tabès qu'elle s'identifie presque avec kii, elle doit donc en toute logique avoir avec la syphilis les mêmes affinités que le tabès; elle doit donc être, elle aussi, une conséquence, une émanation de la syphilis, à la façon du tabès, du tabès dont les attaches avec cette dernière maladie ne sont plus contestables ni contestées.

Par conséquent, démontrer, comme nous venons de le faire, les connexions intimes de la paralysie générale avec le tabès, c'est démontrer indirectement les connexions de la paralysie générale avec la syphilis.

Et c'est ainsi que ce dernier témoignage apporte un supplément de preuves au grand fait que je n'ai cessé d'avoir en vue au cours de cet exposé, à savoir les relations d origine de la paralysie générale avec la syphilis^.

1 J'ai reçu trop tartllvcment pour l'insérer à sa place wn. nouveau document sur la fréqueuce des antécédents de syphilis dans la paralysie générale. Ce document, je vais le consigner ici, mais le lecteur voudra bien le reporter à la page iSg. 11 est dû au Hugouin. En voici l'analyse succincte.

« Depuis 20 mois que je suis attaché à la niaison de santé de

A l- FECT 10 N S l' A II AS Y PU ILITIQ U ES .

ÉPIL7SPS1E PARAS YPHILITIQUE.

On voit parfois se produire au cours de la syphilis une épilepsie vraiment singulière et très différente à divers titres de ce qu'on a appelé l'épilepsie syphilitique ou mieux la forme épileptique de la syphihs céréhrale.

Cette épilepsie, pour en résumer immédiatement les traits principaux, se caractérise surtout par ceci :

i" Qu'elle se produit à l'état de symptôme isolé,

M. le D'' G..., j'y ai vu 22 malades afTectés de paralysie générale. Mais de ce nombre il faut défalquer 8 cas sur lesquels, pour des raisons diverses, je ne possède aucun renseignement relatif aux antécédents morbides ou autres. Restent donc 14 cas à antécédents connus.

« Or, d'une façon absolument certaine, fai relevé des aiUécédenls de syphilis sur tkeize de ces malades. Un seul ni'a paru Indemne.

(Suit le détail des observations, que je crois inutile de citer ici).

(( Dans la plupart de ces cas, ajoute notre confrère, la syphilis paraît avoir été bénigne Dans la plupart des cas, aussi, le traitement paraît avoir été insuffisant, écourté, ou même presque nul.

« Chez les malades ix, xi et xii, la syphilis était ancienne, remontant au plus à une quinzaine d'années (avant rintcruemeut). Mais, pour le plus grand nombre, elle était beaucoup plus récente. Chez le malade x elle datait de quatre ans.

« Les malades vx et xi paraissent avoir retiré un certain bénéfice, au moins provisoire, du traitement antisyphilitique. Ils sont sortis améliorés, mais avec un affaiblissement des facultés sans doute

ÉPILEPSIK.

c*est-à-dire sans cortège de phénomènes d'un autre ordre, notamment, bien entendu, de phénomènes cérébraux ;

2" Qu'elle se continue et se perpétue sous cette /brm<?, c'est-à-dh-e subsiste en tant qu'épilepsie pure et simple, toujours sans association d'autres phénomènes morbides;

3" Qu'elle est durable et longuement durable;

4" Qu'elle ne subit des remèdes antisyphilitiques aucune action^ ni curative, ni même temporairement suspensive;

5" Qu'elle n'est ou du moins n'a paru jusqu'ici être influencée que par la médication bromurée^ laquelle ne la guérit pas, mais la modère.

Le seul exposé de ces caractères vous montre déjà

irrémédiable. En général, les résultais du traitement antisyphilitiqiie ont été peu satisfaisants. »

Coïncidemment avec la syphilis, des antécédents d'autre nature ont été relevés plusieurs fois, à savoir : « Alcoolisme, ou tout au moins excès alcooliques, 4 cas; — hérédité névropathique, 3 cas;

— signes de dégénérescence native, i cas; — excès de tout genre, I cas. »

En tout cas, le fait majeur qui ressort de cette intéressante enquête, c'est la fréquence extrême des antécédents de syphilis dans la paralysie générale. Treize fuis sur quatorze cas la syphilis a été retrouvée par M. le D' Hugonin dans le passé de ses malades. Cela fournirait au pourcentage une proportion de 92,8 pour 100;

— proportion considérable, jîroportiou tout aussi élevée, je le répète encore une fois, que celle où l'on aboutirait pour n'importe quel accident de syphilis tertiaire, étant donné le chiffre toujours très élevé des manifestations tertiaires à antécédents spécifiques méconnus ou ignorés. — Quoi de plus significatif, quoi de plus probant ?

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.

qu'à des lilres multiples et majeurs celte épilepsie se difFérencie essentiellement de l'épilepsie syphilitique proprement dite, laquelle tout au contraire a pour attributs usuels :

i" De s'associer, même à une époque voisine de son début, à des phénomènes cérébraux;

2° De se fondre rapidement dans un ensemble symptomatologique complexe qui est celui des encéphalopathies spécifiques ;

3° D'évoluer plus ou moins hâtivement soit vers laguérison, soit vers une terminaison néfaste;

4° D'être accessible, sinon toujours, au moins assez souvent, au traitement spécifique, lequel parfois même exerce sur elle une action répressive des plus puissantes.

Mais, mieux que tout commentaire, un exemple pris sur nature vous représentera le type morbide dont je me propose de vous entretenir.

Un jeune homme de 2.5 ans contracte la syphilis. Il s'en traite pendant neuf mois, et bientôt la maladie impose silence à toute manifestation. — Vingt ans s'écoulent sans accidents. — Puis, soudainement, sans le moindre prodrome, sans provocation aucune et au cours d'une santé parfaite, cet homme, alors âgé de 45 ans (remarquez l'âge au passage), est pris d'un violent accès épileptique, caractérisé par l'ensemble le plus classique des symptômes du grand mal : chute subite, perte de connaissance, convulsions généralisées, toniques.

ÉPILEPSIE

puis cloniques, cyanose, écume à la bouche, stertor et sommeil terminal, etc.

Or, à dater de ce moment et cela au minimum pour une période de onze années (au delà de laquelle s'arrête mon observation), le malade n'a jamais cessé d'être sujet à des accidents épileptiques de divers ordres, caractérisés les uns par des crises de grand maï^ les autres (en nombre incomparablement plus considérable) par des accès de petit mal. Ainsi :

Pendant les deux premières années, trois grandes crises convulsives se produisirent encore, entremêlées à des accès de simple vertige. — Puis, au delà, de fortes crises de petit mal occupèrent seules la scène; mais en revanche celles-ci furent bien autrement répétées. On en compta très exactement : une quinzaine par année en 1882 et i883; — 20 en i884; — 22 en i885; — 18 en 1886; — 19 en 1887, etc.*. Toutes, presque invariablement, se caractérisaient de la façon suivante : stupeur soudaine avec pâleur du visage; sensation d'anéantissement; conservation de la connaissance, mais avec obnubilation ; impossibilité d'articuler rien autre que des mots très simples comme oui (ywnon\ bruits de cloches dans la tête ; sorte « d'extase » ou de « rêve » ; puis, cessation brusque des phénomènes, après une durée variable de quelques

I. Ces chiffres sont rigoureusement exacts, le malade ayant pris soin d'inscrire chacune de ses crises sur un carnet ad hoc^ qu'il m'a communiqué.

FouRHiEH. — Affeci, parasyphil. i6

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUE?.

minutes à un quart d'heure; — et, flnalement, retour immédiat à l'état normal.

C'était bien là — n'est-ce pas? — de Xèpilepsie à la façon de l'épilepsie commune, ou bien encore à la façon de celle que nous observons si fréquemment chez nos malades affectés d'encéphalopathies spécifiques graves. Or, remarquez bien maintenant, messieurs, ce qui va suivre.

D'une part, cette épilepsie est restée pendant onze années ce qu'elle était à son origine, sans la moindre complication.. Seule, elle constituait la scène au début; seule, elle l'a occupée depuis lors, et cela onze années de suite. Et, pendant toute cette longue étape, aucun phénomène morbide n'est venu s'y ajouter. D'abord, pas le moindre trouble de la santé générale. En second lieu, et tout particulièrement, pas le moindre symptôme cérébral. Intelligence restant absolument intacte; mémoire indemne; nul incident morbide du côté de la motilité, de la sensibilité, des sens spéciaux, etc., etc. — Bref, épilepsie, et rien que de l'épilepsie, voilà toute l'histoire du malade pour ces onze années (et sans doute au delà).

D'autre part, impuissance absolue du traitement spécifique.

Il va sans dire que, pendant ces onze années, des médications multiples et variées ont été dirigées tour à tour contre les accidents en question. Tout ce qui, rationnellement ou empiriquement, pouvait être tenté a été tenté. Eh bien, réserve faite pour

ÉPILEPSIE

un seul remède, rien n'a produit le moindre effet lieureux.

A diverses reprises, j'ai mis en œuvre la médication spécifique, et cela à doses élevées, fort élevées, et sous des formes différentes. Peine perdue. Des crises se produisaient en plein traitement comme à la suite du traitement. Aucune modification, aucune intermission même des crises ne résultait de l'usage intensif du mercure et de l'iodure. De guerre lasse j'ai dû renoncer à ces remèdes.

Un seul médicament a agi d'une façon bien certaine, irrécusable, mais incomplète ; c'est le bromure de potassium administré à fortes doses. Plusieurs fois le bromure a produit des intermissions de deux à trois mois; mais jamais il n'a réussi à suspendre définitivement les crises, a C'est le seul remède, disait le malade, qui m'ait produit quelque effet. »

Eh. bien, telle serait, à cela près de quelques variantes sans importance, l'histoire de plusieurs malades que je pourrais citer, histoire toujours constituée de la façon suivante : accidents épileptiques de grand et de petit mal, survenus à la fois sans causes appréciables et sans prodromes;

— se continuant sous la même forme; — durables;

— non compliqués d'aucun autre trouble; et

radicalement rebelles au traitement spécifique.

D'où il suit que l'exposé clinique de cette modalité comitiale est en vérité des plus simples. Déjà

AFFECTIONS PAUASYPHILITIQUES.

VOUS savez ce qu'elle est, à cela près de quelques détails qu'il me reste maintenant à préciser.

I. — L'invasion morbide est à la fois soudaine, inattendue et toute spontanée (en apparence, bien entendu). Elle se fait ex abrupto^ en pleine santé, sans le moindre prodrome, sans la moindre cause (telle qu'incidence morbide, excès, fatigue, émotion,, etc.) de nature à la motiver.

Généralement, elle a pour début plus que solennel un grand accès comitial. — Plus rarement, elle s'annonce par quelques accidents légers de petit mal, auxquels succède une crise convulsive.

Au delà, la maladie est constituée par un mélange (en proportions très inégales comme nombre) d'accès de grand mal et d'accès de petit mal.

II. — Les accès de grand mal sont relativement rares et, en conséquence, largement espacés. On en observe, par exemple, 2, 3, 4 au cours d'une année, rarement davantage, et cela plus spécialement au cours de la première année.

Ces accès, qu'il serait inutile de décrire en détail, reproduisent trait pour trait la grande crise épileplique (sidération subite, avec ou sans cri; chute; perte de connaissance ; convulsions toniques, puis cloniques ; morsure de la langue ; écume ; stertor ;

Él'ILEPSIE.

el sommeil terminal, etc.). Us sont généralement intenses et d'assez longue durée.

Après un certain temps, c'est-à-dire après la première ou les deux premières années, ils se suspendent presque complètement pour ne plus apparaître qu'à intervalles très distancés.

ni. Les crises de petit mal sont au contraire

très remarquables par leur fréquence, et cela soit dès le début, soit plus encore à une époque ultérieure, alors que, les grands accès convulsifs s'élant apaisés, elles constituent à elles seules presque toute la maladie. Il s'en produit en moyenne (réserves faites pour les influences thérapeutiques) de dix à quinze ou vingt' par an, comme sur le malade dont je vous racontais l'histoire tout à l'heure. Un autre de mes clients en a eu, mensuellement, i3, 8, ii, 10, 8, i4, lo, etc. — Par instants, elles peuvent même devenir encore plus fréquentes. Ainsi le dernier malade en question en a éprouvé, dans ce qu'il appelait une « mauvaise passe j:», jusqu'à ii en 20 jours. — Bien plus rarement, enfm, elles se rapprochent davantage jusqu'à se produire « en bouquet j); le même sujet en a subi 6 en un jour.

En d'autres cas, à la vérité, elles sont notablement plus rares, voire espacées de quelques semaines.

Comme symptômes, les crises de cet ordre rappellent exactement, dans leurs formes d'ailleurs très variables, la modalité du petit mal vulgaire. Généralement, elles consistent en ceci : Sensation

AFFECTIONS -PAHASYPHILITIQUES.

soLulaine, instantanée, d'anéantissement avec stupeur; — sorte d'absence, d'éclipsé, d'extase, de « rêve les yeux ouverts » ; — conservation de la connaissance, mais avec certain degré d'obnubilation; — faculté de langage suspendue; impossibdité de se faire comprendre autrement que par signes ou par quelques monosyllabes (oui, non); — pâleur du visage; — puis, disparition de tous ces phénomènes et retour immédiat à l'état normal.

Vous avez vu comment le premier malade dont je vous ai parlé racontait ses crises. C'était chez lui une sorte d'invasion soudaine de l'intellect par un rêve, par une extase, et toujours a avec fort bruit de cloches dans la tête ». Au cours de l'accès, il conservait la connaissance, mais ne se rendait qu'imparfaitement compte de ce qui se passait autour de lui. Il ne parvenait à ce moment, malgré tous ses efforts, qu'à articuler quelques mots très simples. Il pouvait se lever, aller et venir, mais pour vaguer sans but, sans intention suivie, à la façon (la comparaison est du malade) de ces animaux captifs qui errent machinalement dans leur cage. « Quelqu'un, disait-il, m'aurait vu à ce moment qu'il m'eût pris pour un homme ivre. Un jour la crise me vint alors que je conduisais ma voiture; je n'ai pas abandonné les guides; mais il m'eût été impossible d'arrêter ou de diriger mon cheval. »

Un autre de mes malades, homme très observateur et d'une haute intelligence, définissait ses

ÉPILEPSm.

crises comme il suit : Soudainement, invasion d'une idée vague, indéfinie, se substituant à roccupation du moment, et s'imposant au cerveau d'une façon maîtresse, « tyrannique » ; — sensation presque douloureuse de serrement au niveau des tempes; — pâleur du visage; — puis, disparition subite des accidents; — et, la crise à peine évanouie, impossibilité absolue de se rappeler l'idée singulière, bizarre et « toujours la même », qui maîtrisait ainsi le cerveau au cours de l'accès.

Quant à leur intensité et leur durée, ces crises offrent toutes les variétés imaginables. Je les ai vues longues et très longues sur l'un de mes malades, qui leur attribuait une durée de lo, i5, 20 minutes, voire d'une heure quelquefois. Mais ce n'est là, je crois, qu'une exception rare. Le plus habituellement, elles ne persistent pas au delà de quelques minutes. — Souvent même elles sont tout à fait passagères et ne doivent pas, semble-t-il, excéder une fraction de minute. — Exemples : Un de mes malades était en train de débiter des marchandises qu'il comptait une à une ; surpris par sa crise, il devint très pâle, resta immobile quelques instants, les yeux fixes, « comme en extase » (récit de sa femme), puis reprit tout aussitôt son travail. Détail curieux : au cours de cette crise, il continua machinalement et bien qu'immobile à compter ses marchandises, en disant à haute voix : 86, 87, 88, etc.... — Un autre me racontait ceci : « Mes crises sont si courtes parfois qu'un assistant ne s'en

apercevrait pas ou ne pourrait s'en apercevoir qu'à la pâleur soudaine qui, m'a-t-on affirmé, envahit mon visage. Si la crise me prend pendant que je suis en train de parler, je m'arrête un instant, et c'est fini. Un jour, étant en omnibus, je sentis que ma crise allait venir; stupidement, je descendis; à peine étais-je sur la chaussée que mon idée fixe, ma vision m'envahit; mais ce ne fut heureusement que l'affaire d'une demi-seconde, et je pus continuer mon chemin, comme si de rien n'était. »

Je l'ai dit, ces deux ordres de crises (grand mal et petit mal) composent à elles seules toute la maladie. Si bien que je n'ai rien à leur ajouter comme complément du tableau clinique.

Le malade afi'ecté de la façon que je viens de décrire est donc purement et simplement un épileptique; — un épileptique à accès de divers ordres pour une certaine période; — puis, plus tard, un épileptique à accès presque exclusifs de petit mal; et rien de plus. Car, à cela près, je le répète, c'est un sujet bien portant; c'est, de plus, un sujet indemne de tout autre ordre de troubles cérébraux, un sujet maître de son intelligence, de sa volonté, de sa mémoire, maître de ses mouvements, à sensibilité intacte, à sens spéciaux non affectés, etc.

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