I. Pratique de ville. — Cinq cents ménages entachés de sy
pliilis ont fourni un total de 1127 grossesses, lesquelles se son terminées de la façon suivante :
1° Heureusement., c'est-à-dire par naissance
d'enfants sains et survivants. ..... 600 fois
2° Hlal/teureusement., c'est-lx-du-e paravorlemenls, morts précoces, infection syphilitique des enfants, dégénérescences di-
yerses, etc Sij —
Et, au délail, ces 527 grossesses à résultats mallieureux se répartissent ainsi :
Avortemenls 23o — •
Morts (généralement peu de temps après la naissance, et soit par syphilis, soit par affections parasyphilitiques, jjar
débilité native, etc.) 2 {S —
Enfants syphilitiques survivants ... 38 — Dégénérés ( hydrocépiiales, arriérés, idiots, etc.) 14 —
D'où il suit :
1° Que la proportion des grossesses à résultats malheureux a été de 46 0/0 ;
2° Et que la proj)orlion de mortalité infantile a été de 42 0/0. Une hérédité morbide qui aboutit à tuer 42 enfants sur 100, quel
278 AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
héréclo-syphilitiques sont particulièrement remarquables à ces divers points de vue. Ces enfants, d'une façon assez habituelle, grandissent lentement et péniblement; — : ils font leurs dents sur le tard; — ils ne commencent à marcher et à parler que tardivement, etc., etc.; — comme si (ce qui n'est que trop vrai en l'espèce) le développement de tous leurs systèmes était entravé par un vice organique, par une insuffisance native de la nutrition.
résultat lamentable, néfaste, désolant! — Et c'est bien autre chose encore à l'hôpital, comme ou va le voir. I[. — Pratique hospitalière.
1° Une statistique, que j'ai dressée autrefois à Lourcine et qui porte sur les sept années que j'ai passées dans cet hôpital, m'a foui'ni le chiffre terrifiant de quatre-vingl-s'ix enfants morts sur cent grossesses.
De même, un de nos très distingués confrères, M. le D' Coffin, observant lui aussi à Lourcine, a vu 28 grossesses de femmes syphilitiques aboutir à ceci :
27 enfants morts; I seul survivant.
2° A l'hôpital Saint-Louis, 148 grossesses de femmes syphilitiques m'ont fourni les résultats suivants :
125 enfants morts; — et 23 survivants.
D'où, comme proportion de mortalité: 84 0/0.
Ces divers chiffres et tant d'autres que j'aurais à citer attestent avec une éloquence indéniable l'influence énergiquemeut meurtrière qxi'exerce le vice hérédo-syphilitique sur le produit de conception et sur l'enfant. La vérole tue les jeunes, comme on l'a dit, et les tue par véritables hécatombes. Elle est, de toutes les maladies, celle qui produit le plus d'avortements et qui tue le plus d'enfants en bas âge.
Or, elle n'est pas seulement meurtrière par le fait de lésions syphilitiques; elle l'est aussi et souvent, très souvent, de par son action indirecte, de par son influence paras jphilitique, ainsi qu'on le verra par ce qui va suivre.
TItOUliLUS DYSTnOPniQUES.
Chacun sait de même aujourd'hui que, non pas constamment, mais fréquemment, les syphihtiques héréditaires demeurent, à l'âge adulte, de petits hommes ou de petites femmes, des êtres grêles de formes, réduits de toutes proportions, ratatinés, rabougris, atrophiés. Si bien qu'à i8 ou 20 ans ils semblent encore des enfants et « trompent sur leur âge », comme on dit vulgairement. En un mot, ce qu'on appelle \ infantilisme est un des traits les plus caractéristiques de la syphilis héréditaire.
De même encore la syphilis héréditaire réalise d'une façon assez commune de curieuses dystrophies partielles portant sur certains organes, comme sur les testicules, qui se présentent petits, très petits, Toire rudimentaires; — sur les seins qui ne se développent pas; — sur les ovaires, qui peuvent ne pas contenir de vésicules de De Graaf ; — sur les os, qui restent pauvres en éléments nobles (phosphate de chaux, carbonate de chaux, osséine), et tout au contraire se surchargent de substances indifférentes'; — sur le cerveau, dont l'évolution se trouve matériellement enrayée, etc. Ainsi, en ce qui concerne ce dernier organe, c'est un fait aujourd'hui démontré (même par l'anatomie pathologique) que l'influence héréditaire de la syphilis est susceptible de créer des
I. Voir, à ce sujet, les intéressants résultats auxquels a abouti mon savant arai le D'' A. Robin, d'après l'analyse chimique d'os provenant d'enfants hérédo-syphilitiques. (V. Influence djslrophique de L'Iicrédo-sypkiiis, par A. Fournier, Médecine moderne, 1890.)
AFFECTIONS PAnASYPIULITlQUES.
enfaiils à développement inlellecUiel insuffisanl, des enfants a arriérés «, comme on les appelle poliment, des « simples d'esprit », des imbéciles; et il n'est même pas rare de la voir se traduire par une déchéance encore plus accentuée des facultés intellectuelles,, déchéance confinant et aboutissant à l'idiotie.
IK. — Malformations congéniales. — Pour certains observateurs, pour M. le professeur Lannelongue, par exemple, et pour moi, l'hérédité syphilitique peut servir d'origine à diverses malformations congéniales, telles que : malformations des membres; — pied bot; — malformations des doigts; — spina bifida; — division de la voûte palatine ; — bec-de-lièvre ; — asymétrie crânienne ; — microcéphalie ; — hydrocéphalie, etc.*. A coup sûr, toutes ces consécjuences possibles de l'hérédosyphilis ne sauraient encore être données comme formelles et irrécusables; mais elles sont, je crois pouvoir le dire, en voie de démonstration.
IV. — Prédispositions morbides. — Ce qui est non moins avéré, ce qui ressort même, dirai-je, en
I. On a décrit encore, comme se rattachant à la syphilis héréditaire, une maladie « qui, anatomiquement, semble bien résulter d'un non-développement des cordons antéro-latéraux de la moelle, et, pathologiquement, se caractérise par des retards dans les fonctions des membres et par des troubles trophiques. «
Ce serait là, certes, un curieux chapitre à ajouter aux malformations et aux arrêts de développement de l'hérédo-syphilis. Mais toute conclusion est encore interdite par absence de documents aaatomiques.
V. Gardié, Non-développement hévédo-syphilitique des cordons anle'rolatéraux de la moelle, Thèses de Paris, 1889.
PHÉDISPOSITIONS MOliBlDF.S.
toute évidence de l'observation clinique, c'est que l'hérédité syphilitique, en raison sans doute de l'état d'appauvrissement relatif qu'elle inflige à l'organisme, constitue une prédisposition puissante à diverses maladies.
Il est incontestable, par exemple, que les enfants hérédo-syphilitiques sont essentiellement sujets aux affections du système nerveux. Un très grand nombre meurent de convulsions ou de méningite.
De même, si l'hérédité syphilitique ne fait pas le rachitisme, comme l'avait prétendu le regretté P' Parrot, il est certain qu'elle y prédispose d'un'e façon puissante (sans doute encore par dyscrasie native) et qu'elle en constitue un des principaux affluents.
De même encore on a remarqué de vieille date la fréquence des affections scrofulo-tuberculeuses chez les enfants issus de souche syphilitique, et l'on a maintes fois discuté sur la transformation possible de la syphilis en scrofule. Cette transformation, aujourd hui, ne saurait être un instant soutenue, surtout depuis la découverte du J^acille de Koch. Mais il n'en est pas moins certain que le terrain syphilitique est éminemment propice à la culture de ce bacille; car, de par les statistiques, de par l'observation contemporaine qui n'a fait que confirmer sur ce point les résultats de nos prédécesseurs, il est indéniable que les hérédosyphilitiques paient un large tribut aux diverses
AFFECTIONS PAR A SY PIIII.ITIQUES.
manifestations de la serofulo-tul^erculose, nolamment aux afl'ections osseuses (mal de Potl, coxalgie, etc.), voire au lupus tuberculeux*.
Sans compter, enfin, que les plus privilégiés, les plus épargnés parmi les hérédo-sypliililiques, sont fréquemment des sujets remarquables par une constitution nativement appauvrie, délicate, cliétive, par une teinte grisâtre et terreuse de la peau qui souvent les signale à l'attention des médecins, par une tendance marquée et bien connue au lymphatisme et aux affections d'ordre lymphatique, etc.
Cela dit d'une façon générale, reprenons maintenant quelques traits du tableau précédent qui demandent à être étudiés de plus près.
INFLUENCE DYSTROPHIQUE DE l'hÉRÉDO-SYPHILIS.
Une des modalités para syphilitiques qu'alFecte le plus souvent la syphilis dans ses manifestations héréditaires, c'est Y influence dystrophique, se caractérisant sur divers systèmes par des processus de formation incomplète, d'insuffisance de développement, d'arrêts de développement, etc.
Quel plus bel exemple choisir en l'espèce que ce-
I. La syphilis « fait du lupus », dit-on à l'hôpital Saint-Louis, en ce sens qu'elle y prédispose nalivement, qu'elle lui consiitue un terrain favorahle.
MALFOltMATIONS DENTAinKS.
lui des malformations dentaires d'origine bérédosyphilitique? En quelques mois, donc, laissezmoi vous rappeler ce que réalise l'iiérédo-syphilis sur le système dentaire.
I. — D'abord, retards plus ou moins notables dans l'évolution générale du système (dents ne commençant à pointer que vers l'âge de lo, 12, i4, i5 mois, quelquefois même plus tard encore).
II. — En second lieu, malformations dentaires, généralement multiples et symétriques, comportant de très nombreuses variétés, à savoir : Érosions en cupules, à facettes, à sillon unique, à sillons multiples (dents en gradins), en nappe (dents en gâteau de miel), etc. ; — atrophies cuspidiennes; — dents à échancrure semi-lunaire, ou type d'Hutchinson ; — dents en tournevis, etc., etc.*.