III. — Microdontisme ; — voire nanisme dentaire
IV. — Amorphisme dentaire, caractérisé par des déviations de type et des anomalies, des bizarreries de configuration, aboutissant parfois à de véritables monstruosités (dents en cheville, en fer de hache, dents absolument informes, etc.).
V. — Vulnérabilité du système dentaire, se traduisant par l'usure précoce (dents « courtes », dents en plateau, dents « de vieux »), par l'inva-
I. Voir mon livre sur la. Syphilis héréditaire tardive, p. 70 à 146, pour la description de toutes ces variétés, comme aussi des diverses anomalies qui vont suivre.
AFFECTIONS l'A 11 AS Y l'il ILIT IQU ES .
sion rapide de la carie, la destruclion el la caducité prématurées.
VI. — Ajoutez enfin à ces ciiefs principaux quelques particularités d'observation plus rare, telles que, par exemple, irrégularités d'implantation et de disposition réciproque; — anomalies ou arrêts de développement des arcades dentaires; — absence permanente de certaines dents, etc.
Toutes ces curieuses malformations du système dentaire, qui servent si utilement à éclairer le diagnostic rétrospectif de la syphilis héréditaire tardive, je vous les ai décrites in extenso^ Messieurs, dans une série de conférences antérieures. Je les juge donc connues de vous et me bornerai ici au simple énoncé qui précède.
Mais il est un point sur lequel, à leur propos, je dois insister actuellement, en le recommandant à votre attention. C'est que de tout cela rien n'est syphilitique d'essence, de nature. C'est que, dans tout cela, il n'est rien qui appartienne en propre à la syphilis. La syphilis s'approprie ces lésions, ces anomalies de développement, ces dystrophies, et se les approprie même souvent, plus souvent que ne le fait pour son compte n'importe quelle autre maladie. Mais toutes ces lésions n'en restent pas moins des lésions de nature banale^ n'ayant avec la syphilis qu'un lien d'origine et non de nature. Ce sont donc là, purement et simplement, des lésions parasyphilitiques.
M.VLF0HM.VT10NS DENTAIlilîS.
Et, en effet, qu'est-ce donc en définitive, pour prendre un exemple, qu'une érosion dentaire, comme qualité, comme espèce de lésion? C'est une lésion de nutrition^ et pâs autre chose. Le mécanisme de cette érosion, nous le connaissons actuellement; nous savons qu'il consiste en une interruption accidentelle et momentanée survenue dans le processus normal de dentificalion. A une certaine étape de son évolution, la dent n'a plus reçu la somme de matériaux nutritifs indispensable à sa formation intégrale et correcte ; comme conséquence, elle s'est constituée vicieusement, incomplètement, et ce trouble nutritif", cet arrêt de développement s'est alors inscrit, imprimé sur la couronne dentaire par une zone atropliique^ laquelle n'est autre que l'érosion.
Or, a priori^ serait-il possible d'admettre que la syphilis ait seule le privilège de déterminer un (rouble nutritif vers le système dentaire? Manifestement, non, de par le simple bon sens..
Et, d'autre part, a posteriori^ n"est-il pas démontré par la clinique que l'érosion dentaire est susceptible de dériver de causes étrangères à la syphilis, de causes autres que la syphilis? Que de fois ne l'a-t on pas rencontrée sur des sujets non syphilitiques et issus de parents non syphiUtiques ! :Vu point que des citations particulières seraient ici superflues. On l'a môme rencontrée, lors de fouilles pratiquées dans un vieux cimetière galloromain, sur la mâchoire d'un jeune Franc de Té-
AFFlîCTIONS PARASYPHILITIQUES.
poque mérovingienne', époque où l'humanité (quoi qu'on en ait pu dire) était encore exempte de la vérole. On l'a même rencontrée sur les animaux (bœuf, chien), qui ne sont pas 'susceptibles de vérole
A cela s'ajoute encore un témoignage des plus curieux que je me garderai d'omettre, tant il est de nature à vous convaincre une fois de plus que la syphilis réalise souvent des lésions qui ne sont en rien de nature syphilitique. Le voici.
Dans ces derniers temps plusieurs observateurs, notamment notre distingué collègue M. le D"" Bourneville et son élève M" Alice Sollier"' ont publié de très intéressants travaux sur l'état du système dentaire chez les idiots. Or, comparez, je vous prie, le résumé que je vous présentais tout à l'heure relativement aux malformations de ce système chez les hérédo-syphilitiques à ce qu'on observe chez les idiots de naissance, et vous serez frappés de l'identité des résultats constatés de part et d'autre. Jugez-en.
D'après M. Bourneville et A. Sollier, ce qu'on observerait dans l'idiotie congénitale comme arrêts de développement, anomalies ou lésions de l'appareil dentaire, consisterait surtout en ceci :
I. V. Syphilis liérédltaire tardive, p. m, où cette curieuse mâchoire se trouve figurée, a. Ibidem, p. i lO.
3. De Vétat de la dentition chez les enfants idiots et arriérés. Thèses de Paris, 1887.
MALFORMATIONS DENTAinES.
(( 1° Retards d'évolution^ à savoir :
Relard de la première dentition (dans un quart des cas);
Retard de la deuxième dentition (dans plus d'un
tiers des cas).
2" Toutes variétés àWrosions dentaires (réserve faite toutefois — et ceci nous touche de près pour lechancrure semi-lunaire, pour rencoclie en coup d'ongle, en un mot pour la dent dite d'Hutchinson, que les aliénistes paraissent n'avoir jamais rencontrée sur leurs malades); — toutes variétés, disais-je, d'érosions dentaires, à savoir :
Érosions en cupule;
( soit verticaux.
Erosions en sillons
( soit transversaux;
Erosions en nappe;
Érosions en crénelures, atrophies cuspidiennes, etc. ; — et toutes érosions se produisant, sinon toujours, au moins le plus habituellement, d'une façon symétrique; — en tout cas, érosions multiples, affectant d'une façon à peu près symétrique les dents homologues, et attestant, à l'exçlusion d'une cause locale véritablement inadmissible, l'influence évidente d'une cause générale.
3° Anomalies de volume^ de taille^ se traduisant :
Soit par la réduction de la dent, qui se présente amoindrie dans tous ses diamètres ; — voire par le nanisme dentaire^ aboutissant à une dent toute petite, exiguë, presque rudimentaire ;
AFFECT^O^S PARASYPHILITIQUP.S.
Soit (ce qui paraît beaucoup plus commun chez les idiots que chez nos malades) par un excès de volume plus ou moins considérable de la dent, par ce que les aliënistes appellent le géantisme dentaire.
[\° AmorpJiisme deiiudrc^ caractérisé par l'état de dents qui s'écartent de leur configuration physiologique pour affecter une autre forme, une forme quelconque, parfois très bizarre, parfois même véritablement monstrueuse.
5° Vulnérabilité dentaire, se traduisant par la fréquence et la précocité des altérations dentaires, telles que l'usure, la carie, l'incrustation par le tartre *,
6" Anomalies très fréquentes à" implantation et de direction des dents.
"7° Anomalies à' articulation des deux rangées dentaires^ c'est-à-dire d'engrenage entre les arcades supérieure et inférieure.
8° Enfin, malformations de la voilte palatine.^ qui se projette en ogive A crs les fosses nasales, etc. »
Eli l)ien, à cela près de certaines différences d'ordre secondaire qu'il n'est pas dans mon sujet de relever ici, n'est-ce pas là le pendant, la reproduction exacte de ce que nous avons fréquemment l'occasion de constater chez nos malades hérédosyphihtiques?
Et du rapprochement de ces deux ordres de cas ne ressort-il pas aussitôt une conclusion qui s'impose? A savoir : que, de part et d'autre, chez les
ARnÉTS DE DÉVELOPPEMENT.
hérédo-syphililiques et chez les idiots, c'est un processus de môme ordre qui préside à ces malformations dentaires.
Ce processus, en définitive, quel serait-il donc?
On a dit parfois : « C'est là un processus de dégénërescence\ c'est là une de ces déviations organiques qui sont d'observation commune chez les dégénérés. »
M. Magitot, par exemple, a formulé cette conclusion : « que les perturbations du système dentaire appartiennent à des individus en puissance tératologique complexe et représentant un degré plus ou moins avancé de dégradation de race ».
Processus de dégénérescence, je le veux bien. Mais ce mot ne traduit qu'une étiologie éloignée et non un mécanisme. En sorte que, plus modestement et plus prudemment, il vaut mieux dire, je pense, en s'en tenant aux données de l'observation clinique : C'est là un processus de dystrophie et de dystrophie commune, banale; c'est là le résultat d'un trouble nutritif survenu, sous une influence morbide, dans le système dentaire.
Eh bien, ce trouble trophique d'un système n'est pas un fait isolé dans l'histoire de l'hérédosyphilis. Bien au contraire, ce n'est là qu'un trait
FouHNiEH. — yiflect. parasjphll. „
AFFECTIONS PAnASYPIULlTIQUES.
particulier dans un tableau qui abonde en phénomènes cliniques de même ordre. Il me reste en elTel à vous montrer dans ce qui va suivre l'influence hérédo-sypliilitique se traduisant par toute une série de faits analogues ou semblables, à savoir par des arrêts ou des imperfections de développement, qui tantôt vont porter isolément sur tel ou tel organe et tantôt affecteront d'ensemble tout l'être, tout Tindividu. Il me reste surtout à vous montrer comment cette action dystrophique est susceptible quelquefois, dans ses formes suprêmes, de se généraliser, de s'intensifier, au poi.it d'aboutir soit à l'étiolement, l'abâtardissement, la dégénérescence de l'individu, soit même à l'incapacité vitale, à la mort par dystrophie native.
Tous sujets, à coup sûr, bien dignes à divers égards de notre étude et de nos méditations; tous sujets qui, en ce qui nous concerne spécialement ici, vont nous représenter ce dont est capable la syphilis rien que par ses conséquences parasyphilitiques.
Voyons, en premier lieu, ce que réalise ou peut réaliser l'hérédo-syphilis relativement au développement physique.
Il est absolument certain que l'hérédo -syphdis se traduit en maintes occasions par des retards ou des arrêts du développement physique. — De cela
voici la preuve.
Tout d'abord, interrogez les familles à enfants