MALADIE DE LITTLE
sensibilité normale; — sens spéciaux intacts;
— absence d'atrophie musculaire, etc.
L'affection est congéniale. Mais, naturellement, elle ne devient appréciable qu'un certain temps (quelques mois en moyenne) après la naissance, de par l'entrave des mouvements volontaires; parfois même on ne s'en aperçoit que plus tard encore, de par la gêne, la difficulté, voire l'impossibilité de la marche.
Étiologiquement, elle était restée inexplicable jusqu'ici. Car c'était vraiment se payer de mots que de la rapporter « à la naissance avant terme, aux difficultés de l'accouchement, à des maladies inflammatoires du fœtus, etc. ». Mais voici, actuellement, que la syphilis semble devoir entrer en cause comme origine possible, voire certaine pour quelques cas du moins, de cette curieuse affection.
C'est qu'en effet, dans ces derniers temps, le labes congénial spasmodique a été rencontré plusieurs fois en relation avec la syphilis héréditaire. Je viens, coup sur coup, d'en observer et d'en étudier trois cas en ville, avec le concours d'un neurologiste distingué, le D*^ Gilles de la Tourette.
Le premier de ces cas vous est connu. Il est relatif à ce petit enfant de quatre ans qui, il y a quelques jours, nous fut adressé ici comme affecté « d'une parésie des quatre membres » . Examen fait, il s'agissait en toute évidence d'un tabès congénial spasmodique. Or, du premier coup d'œilnous avions jugé l'enfant entaché de syphilis héréditaire, et cela de
1> A n ASY PHILITIQ U ES .
par ses déformations crâniennes, de par son front se projetant en carène sur la ligne médiane, de par ses malformations dentaires tout à fait caractéristiques, etc. Eh bien, l'enquête sur les parents a pleinement confirmé ce diagnostic ; car j'ai retrouvé sur le père les antécédents spécifiques les plus nets (syphilis remontant à dix-sept ans et s'étant caractérisée par un chancre induré, une roséole, des plaques muqueuses anales, des plaques muqueuses buccales à récidives multiples, etc.).
Le second cas est plus formel et plus significatif encore. ïl a trait en effet à deux enfants issus d'un père syphilitique, dont toute l'histoire morbide m'est connue, puisque c'est moi qui l'ai traité (syphilis en 1 886 ; chancre induré, roséole, plaques muqueuses labiales et gutturales, adénopathies, etc.). Bien malheureusement, je n'ai pas eu sous les yeux l'aîné de ces enfants (actuellement décédé), mais il n'est pas douteux qu'il ait été affecté d'une maladie de Liltle, et cela de par les notes qu'a bien voulu me transmettre le médecin qui l'a observé, comme aussi de par les déclarations des parents affirmant que a la maladie de leur premier enfant est exactement reproduite par celle du second ». Or, ce dernier présente un type accompli de tabès congénial spasmodiqueV — Deux enfants affectés de ce tabès dans la même famille, n'est-ce pas absolument probant?
D'après cela, donc, il ne saurait rester douteux
1. Ces deux obscrvalions seront prochainement publiées in extenso par M. le D'^ Gilles de la Toiiretle et par moi.
MALADIE d;-: MTTI.I':
(jne le syndrome de Lilde ne puisse ôlre un des modes d'expression de rinfluence liérédo-sypliilili(jiio.
Quoi d'étonnanl à cela, d'ailleurs? Le labes congénial spasmodique serait, dit-on, le résultat d'un arrêt de développement du faisceau pyramidal'. Eh bien, les arrêts de développement ne sont-ils pas communs, absolument communs dans 1 hérédosypliilis, ainsi que je vous l'ai tant et tant de fois démontré dans ce qui précède? Et même est-ce qu'ils ne constituent pas un des modes les plus familiers à riiérédo-syphilis, une de ses expressions favorites par excellence? I/arrêt de développement, mais c'est toute une part et nne bonne part de l'hérédosyphilis.
Donc, à cet égard, le tabès congénial spasmodique rentrerait tout naturellement dans la catégorie des lésions et des symptômes dont l'hérédosyphilis est coutumière. Ce ne serait qu'un exemple en plus de cette curieuse et néfaste mfluence d?/strophiqiic par laquelle se traduit si fréquemment la syphilis dans ses manifestations héréditaires.
LU
Un dernier chapitre me reste à ouvi'ir pour terminer notre sujet.