‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 50 sur 62 · I. V. D' Marie, oiivragc ciic^, p, lou · texte numérisé non relu

I. V. D' Marie, oiivragc ciic^, p, lou

FouiiNlEIt. — A[]'ect. i>arasYi>l,U. .^2

AFFECTIONS PAIlASYPHlLITIQUliS.

L'hércdo-syphilis est-elle ou non suscepliblc de servii- d'origine à quelques-unes des afFeclions parasyphililiqucs que nous avons vues dériver de la syphilis acquise?

Je débuterai par un aveu. C'est que, sur plusieurs des points qui devraient composer le chapitre actuel, nous sommes bien pauvres en documents précis, complets, suffisants. Il y a du reste motif et excuse à cela. Yeuillez ne pas oublier que le sujet dont nous parlons est absolument neuf; nous n'en sommes encore qu'à ouvrir la tranchée. D'une part, en effet, la question de l'hérédo-syphilis, en ce qui concerne l'hérédité tardive, n'est que de date toute contemporaine ; et, quant à celle des afîiectio.ns parasyphilitiques, d'autre part, elle est, pour ainsi dire, née d'hier.

N'importe, cependant. Voyons le peu que nous savons, et, si nous ne pouvons résoudre tous les problèmes qui vont actuellement surgir, ayons au moins le mérite de les poser.

I. — Pour la iiearasthëiiie d'origine hérédosyphilitique, tout reste à faire. Je confesse, en ce qui me concerne, une disette absolue de documents. — Disons toutefois que M. le professeur Kowalewsky (de Charchow) admet, à côté de la neurasthénie par syphilis acquise, une neurasthénie ftyphiUtique héréditaire ^

I. Kfurastlii-nh: und Syphilis, CcutniUilaU fur ^ci vcnlicilkunde 1111(1 Psycliialiic, i8<j3.

HYSTIÎRIR IIIÎHIÎDO-SYPHIUTIQUR.

H. — Je tiens pour très vraisemlîlal^le que l'hérédité syphilitique sera inscrite quelque jour et inscrite en hon rang dans l'étiologie de Y Jiystérie. Mais nous manquons de travaux sur la question, qui paraît n'avoir pas encore appelé l'attention des neurologisles.

Je dispose bien d'un certain nombre d'observations relatives à des sujets qui, issus de parents syphilitiques, ont présenté tels ou tels symptômes non douteux d'hystérie. Plusieurs médecins m'ont aussi relaté des cas de cet ordre. Comme exemple, je tiens d'un confrère distingué, le D"" P. Portalier, un fait intéressant dont voici le sommaire. Un jeune homme, né d'un père syphilitique, fut affecté, vers l'âge de quinze ans, d'une toux hystérique, laquelle dura six semaines et disparut subitement (ainsi d'ailleurs qu'elle était apparue). Plus tard, ce môme sujet présenta des accès alternants d'anorexie absolue et de boulimie, sans parler de crises non moins singulières de polydipsie et de polyurie. En outre, il constitue, paraît-il, « un type accompli d'hystérique de par les irrégularités de sa vie, ses exagérations d'actes et de paroles, ses caprices, sa mobilité d'impressions, sa versatilité d'humeur, sa tendance à de continuels et sots mensonges dont il ne peut tirer aucun profit, etc., etc. »

Mais une poignée de fliitsne saurait suffire à juger la question, surtout par rapport à une affection dont l'étiologie est si complexe et si variée, non moins que sujette à de continueliessurprises. Force

AFFECTIONS P A 11 A S V l'IllLITIQUI' S.

donc nous est de suspentlre tout jugement et d'en appeler à des observations ultérieures.

111. — Pour Y rpilepsie^ la question est eneore plus complexe et de solution bien autrement délicate; vous aile/ en comprendre le pourquoi.

Ce n'est pas, à coup sûr, que les observations d'épilepsie liérédo-syphilitique fassent défaut. Loin de là, elles abondent. Tout le monde en a cité, tout le monde en a vu, et vous en trouverez une nombreuse collection dans mon livre sur la syphilis héréditaire tardive.

J'ai même, dans ce livre, établi une classification nécessaire des observations produites comme exemples d'épilepsie par syphilis héréditaire, en les ramenant à deux types : le type de l'épilepsie pure et simple^ exemple de tout autre trouble cérébral; — et le type de l'épilepsie associée^ c'est-à-dire combinée à d'autres phénomènes cérébraux'.

Ce second type n'étant pas en question ici, laissons-le de côté, et parlons simplement du premier, le seul qui nous intéresse pour l'instant.

Eh bien, oui, il est des cas où ce que réalise l'hérédité syphihtique se présente sous la forme de simples accidents épileptiques, c'est-à-dire où toute la scène morbide se réduit à ceci : une succession de crises épileptiques, et rien de |)lus.

] . V. Ouvrage cité, p. 4Go et sulv.

i'; I' I L I- 1' s I iv 1 1 1: Il K I) c) - s \- 1' 1 1 1 L iT I Q l: r .

Exemple schémaliqiie, reproduisant ce qu'on observe en l'espèce.

Un enfant hérëdo-sypliilitique (et généralement un enfant d'un certain âge, de G, 7 à 12 ans) se trouve pris, au cours d'une santé d'ailleurs indemne, d'une crise convulsive subite. Soudain, il tombe sans connaissance; il se débat en des convulsions d'ordre comitial; il écume, se mord lalangue ; puis, au delà, il s'endort d'un lourd sommeil, pour se réveiller bientôt un peu troublé, mais sans conserver le moindre souvenir de ce qui vient d'avoir lieu. Et c'est tout. Aucun autre incident contemporain.

Puis, une seconde crise identique se produit à quelque temps de là.

Puis, une troisième crise, une quatrième, une dixième, une vingtième, etc., se succèdent àintervalles variables, toujours avec la môme série de phénomènes.

Et c'est tout encore. Rien autre ne s'ajoute à la scène morbide. Et les choses se prolongent ainsi de longues années, voire d'une façon pour ainsi dire indélinie.

De sorte qu'au total, étant donné un cas de ce genre, le médecin se trouve en présence d'un enfant qui a des crises convulsives, incontestablement épileptiques, mais qui n a que cela^ et qui, à part cela, reste un sujet bien portant, exempt de toute autre manifestation morbide, exempt notamment de toute autre manifestation cérébrale.

A I- K lîCT IONS l' A R A S Y P 1 1 1 1. IT 1 Q C F S .

Voilà ce qu'on observe. Eh bien, à quoi répond un tel ensemble de phénomènes et comment l'interpréter? Tel est le problème.

Que ce soit là une épilepsie développée sous l'influence de la syphilis, une épilepsie dont la syphilis est responsable, cela ne fait pas ou ne fait plus question, après tant et tant de cas de cet ordre que l'oljservation a constatés chez les hérédosyphilitiques

Mais voici le point délicat : Celte épilepsie eslelle de nature ou simplement d'origine syphilitique ?

On est tenté de juger la question tout aussitôt et de dire : Une épdepsie d'une part aussi exclusive en sa forme et, d'autre part, aussi durable ne saurait être en toute vraisemblance qu'une épilepsie parasyphilitique; car, si elle dérivait de lésions syphilitiques, elle devrait se conduire à la façon

I. Telle est tfgalement l'opinion d'un neiirologiste distingué, M. le D' Brissaud, professeur agrégé de notre Faculté. J'extrais ce qui va suivre d'une communication qu'il m'a adressée à ce sujet.

«... J'ai été bien des fois surpris de voir l'épilepsie cliez des enfants indemnes de toute tare nerveuse héréditîiire et de tout antécédent morbide personnel. Comme je tiens pour certain que l'épilepsie est l'expression superlative de la dégénérescence nerveuse familiale, je me suis toujours efforcé, en présence de pareils cas, de rechercher jusqu'aux moindres stigmates de nervosisme chez les ascendants. Or, quand il m'arrivait de ne rien trouver de ce côté, toujours ou presque toujours, en revanche, j'obtenais l'aveu

d'une syphilis ancienne de la part du ])ère Autant que je me

rappelle, j'ai bien rencontré dix ou douze cas de cet ordre ; mettons huit, et je resterai certainement en deçà du chi!."re vrai. »

lilMLKPSIE HÉUÉDO-SYPHII.ITIQUE.

de répilepsie symptomalique de telles lésions, laquelle a bientôt Riit, comme on le sait, de se combiner à d'autres symptômes et de constituer un état cérébral à la fois complexe et grave.

Sans doute, répondrai-je. Mais cette raison, bien que valable, n'est qu'à moitié valable; car on a vu plusieurs fois ce qu'on n'aurait pas osé supposer a priori, ce que môme a priori on eût volontiers déclaré impossible, à savoir : des épilepsies exclusivement épileptiques (passez-moi la façon de dire) et persistant sous cette forme depuis de longues années céder au traitement spécifique, s'amender, s'apaiser, et guérir. A n'en citer c{ue deux exemples, Ripoil et Altbaus ont publié des cas où des épilepsies d'origine bérédo-syphililique, datant l'une de sept ans et l'autre de dix ans, ont été guéries par le traitement spécifique*.

I. Le cas de Ripoll est relatif à un jeune homme qui, né d'un père syphilitique, fut pris, à l'âge de douze ans, « d'accidents d'épilepsie con-vulsive, lesquels se répétèrent ensuite ù intervalles assez réguliers, ne dépassant jamais deux mois ». Ces accidents se continuèrent ainsi pendant dix ans, sans se compliquer d'auti-es troubles cérébraux, et ils persistaient encore lorsque, par bonheur, ce jeune homme vint à être affecté de lésions osseuses (périostoses libiales et claviculaires). La nature spécifique de ces dernières lésions ne pouvant rester douteuse, ini traitement antisyphilitique (pilules de Dupuytren, iodure de potassium, frictions mercurielles) fut aussitôt mis en usage. Or, ce traitement eut pour résultat nou pas seulement de résoudre les périostoses, mais encore de guérir l'épilepsie, laquelle, à dater de ce moment, suspendit aijsolument et définitivement ses accès. [AcddeiHs tardifs de la sjp/ii/is licrédilaire, Revue médicale de Toulouse, 1880).

Althaus a relaté un fait de même genre se résumant en ceci.

Un enfant de neuf ans lui est amené comme ('-pileptique. Il a eu

A I r i: c 11 o > s l' A lî A s V p 1 1 1 ij r I Q L i; s .

Ce qu'il nous faudrait, pour affirmer le earaelèrc parasyphililique de l'épilepsie en question, ce se-

sc'S premioi cs crises, dil-on, à rrpoquc où il faisaÎL ses dcnls. Ces crises onl alors duré six mois. Puis elles oiU cessé, pour reparaître vers l'âge de deux ans, el elles ont toujours persisté depuis lors. Elles sont même devenues plus intenses et plus fréquentes depuis un certain temps. Ce sont de vrais accès de grand mal, avec aura, perle de connaissance, convulsions violentes, écume à la bouche, morsure de la langue, miction involontaire, sommeil terminal, etc. L'enfant en est arrivé à ne plus passer une semaine sans attaques. En général, il en a quatre^ ou cinq dans une journée, quelquefois jusqu'à sept, après quoi se fait uu répit d'uu à deux jours. Cependant son intelligence s'est conservée et reste « d'une bonne moyenue )>. Ce n'est que récemment qu'il a éprouvé un certain affaiblissement de la mémoire. Santé du reste absolument bonne, à j)art uu certain degré d'anémie.

Dans l'ignorance où l'on était d'abord des antécédents spécifiques de lii famille, on commence par soumettre l'enfant à toute une série de traitements d'usage habituel contre l'épilepsie (bromure de potassium, belladone, arsenic, etc.), et l'on continue ainsi pendant sept mois. Nulle amélioration ne se produit (remarquez bien cela. Messieurs, je vous prie); tout au contraire, les accès se continuent, et même l'intelligence commence à ])éricliter.

A ce moment, la mère de l'enfant vient réclamer pour elle une consultation, à propos d'une lésion ulcéreuse du pied, lésion qui est reconnue d'ordre manifestement syphilitique. On s'informe alors, on établit une enquête, et l'on apprend que le père a eu la syphilis il y a quinze ans, qu'il en a éprouvé toute une série d'accidents, et qu'actuellement encore il est affecté de manifestations spécifiques.

Sur ces données nouvelles, ou modifie la médication suivie jusqu'alors, et l'on soumet l'enfant à l'usage del'iodiire de potassium. Dès les trois premières semaines de ce traitement, les crises convulsives deviennent moins intenses et moins fréquentes La semaine suivante, une seule attaque se produit. Au delà, suspension absolue des crises; et, quatre mois plus tard, l'enfant sort de l'asile en bon état. [Jlie médical Times., août 18741 t- I-P- 3g9.)

Soit dit incidemment, quel enseignement comportent de tels exemples ! Et quelles ressources offre de la sorte le traitement spécifique aux malades qui pourraient avoir le honlienr de devoir leur épilepsie à une infection syphilitique héréditaire!

TABES HÉIIKDO-SVPIIIMTIQI E.

raient, d'une part, le contrôle d'aulopsies négatives en tant que lésions spécifiques, et, d'autre part, le témoignage d'une absolue ineflicacité du traitement spécifique.

Or, des autopsies, nous n'en avons pas, même une seule. Le témoignage thérapeutique, voilà seulement ce dont nous disposons; et c'est bien peu, c'est trop peu pour conclure en matière aussi délicate, on me l'accordera.

Certes, je le répète, nous ne manquons pas de cas où des épilepsies qui se sont produites sur des sujets hérédo-syphilitiques sans autre cause possible à invoquer que la syphilis, sans hérédité nerveuse notamment, se sont prolongées, voire perpétuées en leur forme, en se montrant réfractaires, absolument et définitivement réfractaires au traitement spécifique. J'en pourrais citer et tout le monde pourrait en citer des exemples. Mais celte considération est-elle absolument suffisante pour trancher le débat, et sommes-nous autorisés de par elle seule à conclure que l'hérédo-syphilis est susceptible d'engendrer une épilepsie sans lésions et d'ordre parasyphilitique ? Je ne le crois pas, et, dans cette opinion, je préfère me borner pour l'instant à signaler le problème sans chercher à le résoudre.

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