‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 16 sur 68 · I. Voy. Leçons cliniques sur la sjpliUls^ i" cilit · texte numérisé non relu

I. Voy. Leçons cliniques sur la sjpliUls^ i" cilit

AFFKnT10^S PAnASYPHlUTIQUES.

riques « de fond », cela n'est pas discutable et cela résulte môme de l'obsei^vation. Mais ce qui n'est guère plus conlroversable, je crois, c'est qu'en certains cas l'hystérie issue de la sypliilis se développe sur des sujets à antécédents non liystériques, chez lesquels rien, ni dans l'hérédité, ni dans le passé pathologique personnel, ni dans l'habitus, la physionomie, etc., ne pouvait faire présager une manifestation de cet ordre. Il est positivement des syphilitiques sur lesquels l'hystérie s'abat de la façon la plus inattendue, la moins préparée^ la nioins motivée par la personnalité même de la victime. Et ce n'est pas là, à coup sûr, un des traits les moins curieux en la matière.

Je précise, en prenant pour exemple V lujstérie secondaire de la femme, type jusqu'ici le plus étudié et le mieux connu.

Or, ce qu'on observe chez la femme, dans les jeunes étapes de la diathèse, est ceci : Deux ordres de cas très nettement différenciés quant au début, quant à l'entrée en scène des accidents. Ainsi :

1. — Premier ordre de cas, — 11 est absolument commun que des femmes hystériques de vieille date, mais dont les accès, je suppose, s'étaient amendés depuis un certain temps, présentent tout à coup une récidive ou une recrudescence de leurs anciens malaises nerveux au cours de la période secondaire. Sous l'influence de l'éréthisme qu'imprime à tout l'être le poison de la vérole, ces

IIVSTIÎIÎIR.

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femmes redeviennent alors snbilement hystériques à compte nouveau^ si je puis ainsi dire, ou le deviennent à un degré supérieur, si elles n'avaient cessé de l'être. Elles reprennent leurs accès convulsi/s^ elles reprennent leur état vaporeux^ leur susceptibilité nerveuse. En un mot, l'hystérie, qui semblait calmée, subit de l'influence syphilitique une exacerbation nouvelle.

Et quoi d'étonnant, messieurs, à ce que la syphilis donne ainsi « le coup de fouet » à une névrose aussi mobile, aussi impressionnable — passez-moi le mot — et aussi sujette à oscillations, à recrudescences, que l'est l'hystérie? Ne voyons-nous pas chaque jour cette névrose subir des exacerbations semblables sous l'incitation des causes les plus variées, de perturbations physiques comme de commotions morales? Et la vérole n'est-elle pas bien faite, à tous égards, pour stimuler une afl'ection si facilement accessible aux excitations de tout genre?

II. — Second ordre de cas. — En autres circonstances (à la vérité beaucoup plus rares), on voit se manifester sur certaines femmes, à la période secondaire, des phénomènes hystériques ou hyslériformes qui n'ont été précédés, avant l'infection, d'aucun accident semblable. Interrogeant alors avec le plus de soin possible les malades sur lesquelles on observe de tels symptômes, on ne reçoit d'elles ou de leur entourage que des témoignages absolument négatifs sur l'existence antérieure d'un

AFFIiCTIO^S I>AltASVl>IIILlTIQURS.

élat liystérique, voire parfois d'une simple disposilion au nervosisme. 11 reste donc matériellement certain que l'hystérie est de fnuclie date pour ces femmes, qu'elle ne s'est développée sur elles que d'une façon toute récente, qu'elle est apparue avec la période secondaire, bref qu'elle figure au nombre des accidents nouveaux introduits sur la scène par la syphilis.

Et cependant, comme pathogénie, il est vraiment impossible, en de telles conditions, de ne pas rattacher ces accidents à une influence de la dialhèse. Coïncidant, au moins dans la plupart des cas, avec d'autres manifestations d'origine incontestablement spécifique, nés en même temps que ces dernières et affectant une évolution parallèle, les symptômes hystériques en question font évidemment partie d'un ensemble, d'un tout dont on ne saurait raisonnablement les distraire. Us sont donc très certainement d'origine syphilitique; ils composent donc une sorte ô^liystérie secondaire^ dont la réalité clinique, amplement démontrée par des observations nombreuses, ne saurait plus être contestée.

L'hystérie parasyphilitique se manifeste à des étapes très variées de la diathèse, à savoir : soit dans l'étape secondaire, soit dans l'étape tertiaire.

Au cours de l'étape secondaire, elle entre géné-

HYSTÉniK secondaire; HYSTÉRIE TERTIAIRE. I07

ralement en scène à propos et à l'occasion d'un slimuliis quelconque, par exemple d'une échéance d'évolution (début de la période secondaire) ou d'une poussée éruptive. Et alors sa connexion chronologique avec d'autres manifestations de svphilis la dénonce forcément à l'attention. Il serait difficile en telle occurrence d'en méconnaître l'origine spécifique.

Dans l'étape tertiaire, elle se produit à époques naturellement très diverses. On l'a observée jusqu'ici (à ne parler que des cas bien authentiques) de la troisième à la douzième année. Mais nul doute qu'on ne la rencontre quelque jour à terme encore plus reculé, s'il en est d'elle (et cela doit être) comme de la presque totalité des manifestations tertiaires, lesquelles comportent, on lésait, comme échéances d'apparition, des différences parfois considérables.

Cette hystérie tertiaire se manifeste quelquefois en coïncidence avec telles ou telles déterminations d'ordre spécifique (exostose, sarcocèle, caries nasales, paralysie oculaire, voire symptômes de S}^philis cérébrale, etc.). Mais, bien plus souvent que l'hvstérie secondaire, elle apparaît seule en scène, sans cortège, isolément; bien plus souvent que cette dernière, elle se produit pour son propre compte, si je puis ainsi parler. Or, vous concevez quelle difficulté ce fait même crée au diagnostic; vous concevez s'il n'y a pas risque, en pareille condition, de prendre cette hystérie pour ce qu'elle n'est pas, à savoir pour une manifestation de lésions or-

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A FFIÎCTIONS l'Ail AS V l> Il I MTIQ U KS .

ganiques, pour une manifeslalion de syphilis cérébrale par exemple.

Secondaire ou tertiaire comme échéance d'invasion, l'hystérie parasyphililique n'emprunte pas une symptomatologie spéciale à la cause spéciale dont elle dérive. Bien qu'issue de la syphilis, elle n'en reste pas moins l'hystérie commune, vulgaire, banale, en tant que qualité de phénomènes morbides. Je n'ai donc pas à vous la décrire ici, d'autant que je n'am^ais rien à ajouter ni à modifier au tableau magistral de cette affection, tel qu'il est sorti de l'Ecole de la Salpêtrière, tel qu'il est reproduit dans le beau livre de mon collègue le D' Gilles de la Tourette ' .

Je me bornerai donc à des aperçus généraux pour vous dire d'une façon toute sommaire que cette hystérie est essentiellement variable comme symptômes et absolument polymorphe; — que, de plus, en tant qu'importance, en tant que caractères de manifestations, on peut lui reconnaître trois formes, à savoir :

i" Une forme /c'gè/r, atténuée, fruste-, — d'une part, pauvre en troubles morbides, et, d'autre part, consistant en des troubles morbides superficiels, mitigés, ébauchés, incomplets. — Ce n'est guère là que de « l'hystérie vaporeuse », comme on dit vulgairement, de riiystéricisme même plutôt que de l'hystérie vraie.

I. Tiailé clinique et UiérapciUiquc de riiyslcrie, Paris, 1891.

HYSTÉIIIE.

TROIS FOUMES.

Dans cette forme peut aussi prendre place, nosologiquement, la variété bénigne d'hystéro-neurasthénie que je vous ai décrite dans ce qui précède et qui consiste en une série de symptômes neurasthéniques légers, avec addition de quelques symptômes hystériques tout aussi faiblement accentués.

2° Une forme moyenne — la plus commune, je crois — consistant en ceci, comme symptômes les plus usuels : Eréthisme nerveux général, vague et mal défini; modifications du caractère, « énervement » , impressionnabilité singulière, malaise moral et psychique, mobilité d'humeur, irascibilité, caprices, pleurs sans motifs, colères sans causes, etc. ; . — sensations douloureuses fixes ou erratiques, difficilement localisables en général : constriction thoracique, poids à l'épigastre, dyspnée sans raison, pandiculations, vapeurs, pâmoisons, hyperesthésie rachidienne, globe hystérique remontant de l'estomac à la gorge, pour produire en ce point une sensation d'étouffement, de strangulation ; — troubles de sensibilité, multiples et variés : hyperesthésies ou anesthésies locales de la peau et des muqueuses; perte du réflexe conjonctival et du réilexe pharyngé; — parfois aussi (mais moins fréquemment), troubles sensoriels vers la vue, l'odorat, le goût, l'ouïe, et, notamment, rétrécissement du champ visuel; — troubles musculaires variés : spasmes, tremblements, convulsions partielles; — et enfin, véritables crises d'hystérie cou-

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AFFECTIONS PABASYPHILITIQUKS.

VLilsive, avec tous les symptômes et les variétés qu'elles eomporlent.

3° Une forme grave^ constituée par addition aux phénomènes qui précèdent de symptômes véritablement sérieux, importants, importants soit par les troubles fonctionnels qui en dérivent, soit par leur durée longue, très longue, parfois indéfinie, à savoir : hémianesthésie sensitive; — hémianesthésie sensorielle très accentuée; — paralysies diverses; — monoplégies; — paraplégie; — apoplexie hystérique'; — et surtout hémiplégie, typ3 le plus commim, type commun à ce point qu'on a voulu en faire l'expression la plus usuelle, l'expression prédominante, principale, de l'hystérie parasyphilitique^ notamment à la période tertiaire.

Il ne rentre pas dans mon sujet de vous faire l'analyse de ces multiples déterminations possibles de l'hystérie d'origine spécifique. Mais, en revanche, j'ai le devoir de vous signaler ici un grand fait sur lequel j'appellerai toute votre attention. Ce fait, c'est la confusion facile, naturelle, presque forcée, de quelques-uns de ces symptômes graves de l'hystérie parasyphilitique avec des symptômes de même ordre dérivant de lésions organiques de syphilis.

1. V. Debovc, Soc. médicale des hôpitaux, 187g. Achard, De C apoplexie hystérique, 'J'iièses de Paris, 1887.

H. Rouby, Conlrihiition à l'élude de l'/iystérie toxique; — de l'apoplexie hysléiiqiie dans la sypliilis, 'J lir'Scs de l^aris, 1889.

2. V. A. Richard, Contribution à rétudc de L'hémiplégie hystérique chez les srphiliiiqucs, Thèses de Paris, 1887.

HVSTlîniE.

EnREUnS A SON SUJET.

Que de fois, avant que l'histoire clinique de l'hystérie ne fût devenue ce qu'elle est aujourd'hui sous l'impulsion d'une école célèbre, des manifestations d'hystérie faisant invasion chez des sujets syphilitiques n'ont-elles pas dû être prises pour ce qu'elles n'étaient pas, c'est-à-dire être rapportées à des lésions organiques et recevoir au total l'étiquette diagnostique de « syphilis cérébrale » ou de (c svphilis médullaire » ! Pour ma part, je fais une confession formelle et je dis en toute sincé- Irité : « Tel cas qu'il y a une cpiinzaine d'années j'aurais classé sans hésitation et sans arrière-pensée dans la syphilis cérébrale, aujourd'hui je le classe /dans l'hystérie;. et cela, parce que, grâce aux tra- \vaux de mes collègues en neurologie, grâce aux J^progrès de la science contemporaine, j'ai appris à /ionnaître des manifestations hystériques dont je ^^n'avais pas notion autrefois' ». Et, comme tout le -monde, je crois, aurait à faire le même aveu, il résulte de là que nombre de cas qui ont été catalogués jadis sous la rubrique syphilis cérébrale ou syphilis médullaire doivent rentrer dans le domaine de l'hystérie parasyphilitique. Il y a donc sur ce 'point matière à révision relativement aux documents anciens. C'est là ce qu'ont dit également MM. Debove et Achard ; j'ajouterai seulement ce qu'ils n'ont pu dire, à savoir que leurs intéressants travaux serviront utilement ce trav^l de révision.

I. V. Bulletin de la Suc. française de dermalol. et de sypli., 189Î.

AFFIÎCTIONS l'AnASYPHlLIÏIQtKS.

Eh ])ien, à ce propos, il importe que je vous présente quelques spécimens cliniques, pour bien vous faire comprendre à quelles erreurs peut conduire l'hystérie parasyphilitique méconnue.

I. — Ce sont d'abord les monoplégies qui peuvent donner le change. Exemple.

Un jeune homme contracte la syphilis en i88/|. Il en est fortement éprouvé, au point de maigrir considérablement, de devenir « méconnaissable ». En 87, il est pris d'une parésie du membre inférieur gauche, avec perle de la sensibilité dans ses trois modes, secousses dans la jambe, douleurs lancinantes et affaiblissement du réflexe rotulien. — Tout naturellement, le soupçon d'une monoplégie organique par syphilis s'imposait de prime abord. Eh bien, en étudiant à fond le malade, M. Landouzv eut le mérite de ramener le diagnoslic dans la bonne voie, et cela de par la constatation de toute une série de stigmates hystériques, à savoir : abolition du réflexe pharyngé, rétrécissement du champ visuel gauche, dyschromatopsie gauche, aflaiblissement de l'odorat et de l'ouïe à gauche, extinction complète du goût sur la moitié gauche de la langue, etc.

C'était donc une monoplégie par hystérie parasypliililique dont, bien sûrement, était affecté le malade '.

I. Cas empiunlé à uu très remarquable travail du D'G. Guiiion sur Les ageiils provocateurs de l'/iysleric, Tlièses de Paris, 1889.

ITVSTKR lE.

MOISOI'LÉOIES, PARAPLÉGIES.

U. — De même pour les parajjlégœs. A ce propos, écoutez le fait suivant, à coup sûr des plus curieux.

Une jeune femme syphilitique entre dans le service de mon bien regretté collègue et ami le D"" Vidal. En pleine évolution secondaire, elle est prise d'une paraplégie à marche rapide, qui se complète en quelques jours. Survenue en de telleconditions, cette paraplégie semblait donc bien légitimement devoir être imputée à la syphilis. Elle n'en était cependant qu'un résultat indirect; en réalité, ce n'était là qu'une paraplégie hystérique provoquée par la syphilis. Et de cela voici la preuve, ou plutôt tout un arsenal de preuves : i" D'abord, la malade était une ancienne hystérique, dont les accès, à la vérité, s'étaient absolument calmés depuis sept ans (remarquez le fait au passage, comme un bel exemple de l'influence de la syphihs sur le réveil des névroses à longue échéance). — 2" Elle présentait, d'autre part, de nombreux et incontestables stigmates d'hystérie (hémianesthésie gauche, abolition du réflexe pharvngien, rétrécissement du champ visuel, dyschromatopsie gauche, perte du goût, etc.). — 3" La paraplégie en question n'était bien sûrement qu'une (( paralysie psychique », comme le démontra ce qui va suivre. La malade, voisine de lit d'une femme syphilitique comme elle et affectée d'une paraplégie grave avec incontinence d'urine, eschares, trépidation épileploïde, etc., avait été très vivement

FouuxiKK. — A (fcci . parasypii 'il . 8

AFFECTIONS PAU ASYPHILITIQUES.

impressionnée par ce lamentable speclacle, et s'était paraplégiée « par auto-suggeslion ». Ne vous récriez pas, car bientôt se fit la preuve de ce fait extraordinaire. Et, en effet, la malade, cbangée de lit et placée au voisinage d'une femme aflectée de surdité, peu de temps après se trouva prise elle-même de surdité. — 4" Enfin, cette paraplégie se jugea sponte sua presque subitement,' à la façon des névroses guéries par émotion, a par miracle ». Un beau jour, la malade se prit de querelle avec l'infirmière qui lui signifia ne plus vouloir s'occuper d'elle. Très émue, elle essaya tout aussitôt de marcher et réussit à faire quelques pas en titubant. Au bout de trois ou quatre joues, elle marchait. Bientôt il ne fut plus question de la paralysie'.

ni. — V hémiplégie hystérique prête bien mieux encore à confusion. Pour tout observateur qui ne s'en défiera pas, nombreux seront les cas où le diagnostic erroné de syphilis cérébrale risquera de se substituer au diagnostic vrai d'hémiplégie par hvstérie parasyphililique.

Pour vous en convaincre, laissez-moi vous citer les c[uelques cas suivants.

Un homme de 34 ans, anciennement syphilitique, commence par souifrir de la tête et présenter une exostose crânienne au niveau de la suture sagittale. Au cours des 7 à 8 mois suivants, il est pris quatre

I. A . Hj stcrie et sjpliilis ; paralysie psychique, \>&v le Paul Raymond; Progrès maclual, 7 avril 1888.

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