‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 17 sur 68 · HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

HYSTÉRIE

IIÉMIPLÉCIE HYSTÉRIQUE.

fois de violentes crises épilepliformes, avec perte de connaissance et convulsions latéralisées. A la suite de ces crises, il devient et reste hémiplégique.

N'est-ce pas là par excellence, je vous le demande. Messieurs, le tableau d'une syphilis cérélirale à ses débuts? N'est-ce pas là pour les encéphalopathies spécifiques une modalité initiale des plus communes, des plus usuelles? Pour ma seule part, j'aurais à citer plus d'une centaine de cas où l'invasion de la syphilis sur le cerveau s'est traduite très exactement par les symptômes précités.

Donc, en l'espèce, le diagnostic de syphilis cérébrale semblait tout naturellement indiqué, surtout de par la coïncidence de l'exostose crânienne, de par cette estampille de syphilis sur le crâne, si je puis ainsi parler. Mais, avec son flair de grand clinicien, M. le P' Potain, dans le service duquel se trouvait le malade, sut éviter l'écueil où tant d'autres auraient sombré. Étudiant en détail les particularités du cas en question, il arriva bientôt a dépister l'hystérie sous le masque de la syphilis cérébrale, et cela de par la constatation d'une série nombreuse de signes révélateurs, à savoir : analgésie très accentuée du côté gauche; — anesthésie à la fois cutanée et musculaire; — anesthésie de tous les sens de la moitié gauche du corps; — rétrécissement du champ visuel à gauche ; — antécédenls nerveux héréditaires et personnels, etc., etc. Si bien que de cette investigation complète du malade le

A F FECTI ON S P A H A S V l> II II.I T I Q U F.S .

diagnostic ne tarda pas à jaillir en pleine lumière et à se formuler ainsi : « hémiplégie hystérique, et hémiplégie par hystérie dérivant de la sypliilis' ».

Un cas plus délicat encore a été déterminé par M. le P' Charcot dans le sens de l'hystérie. Il s'agissait d'un malade qui, dans la dixième année d'une infection syphilitique, vint à être affecté de céphalées violentes, d'ictus apoplectiformes et d'hémiplégie droite avec hémianesthésie. N'était-ce pas là un ensemble symptomatologique qu'il pouvait paraître tout simple et non moins rationnel, étant donnés les antécédents spécifiques du malade, d'imputer à une détermination organique de la syphilis sur le cerveau? Que de syphilis cérébrales se présentent sous un tel aspect! Eh bien, une analyse plus approfondie du cas clinique vint démontrer à M. Charcot que la syphilis cérébrale ne devait pas être mise en cause; — que les céphalées notamment, qui semblaient témoigner en faveur d'une origine spécifique, n'étaient que des céphalées hystériques (ce qu'attestait en l'espèce une hvperesthésie excessive du cuir chevelu, u phénomène d'hystérie par excellence »)•, — que les prétendues apoplexies, étudiées minutieusement, n'étaient rien autre que des « attaques subites de sommeil »; —

I. M. Polain incline même à penser que, dans ce cas, l'exoslose sagittale a servi « d'offent provocateur » pour déterminer l'Iiysléric, et cela « par ébranlement du système nerveu^ chez un sujet prédisposé ». — V. Gazette des hôpitaux, 14 avril 1887.

V. aussi un cas de même genre, également dû à 31. Potaia [Gaz. des hôpitaux, 28 avril 1887).

HYSTÉRIE. HÉMIl'LÉGIE HYSTEIUQUE. II7

que riiémianesthésie trouvait bien plus légitimement son explication dans l'hystérie que dans une lésion organique, etc.; — bref, que, pour ces diverses considérations et quelques autres encore que je passerai sous silence, le diagnostic vrai du malade était celui « d'accidents hystériques développés sous l'influence de la syphilis* ». — Diagnostic délicat, s'il en fût, et devant lequel aurait bien pu succomber, on en conviendra, la sagacité de médecins moins familiarisés que le grand maître en question avec les difficiles problèmes de la neurologie.

Je vous citerai encore un cas de même ordre, qui a été présenté récemment à la Société de dermatosyphiligraphie par mon chef de clinique et ami le Hudelo. Ce cas peut se résumer ainsi : Un malade, affecté depuis 1 886 d'une syphihs des plus graves (chancre phagédénique, syphilides ulcéreuses à répétitions multiples, sarcocèle, gommes du pharynx, etc.), entre dans le service de la Clinique pour une affection intense du squelette nasal, avec ozène épouvantable, coryza sanieux, et nécroses multiples s'étendant jusqu'au plancher du crâne. Il est affaissé, adynamié. Bien qu'il réponde assez correctement aux questions qu'on lui adresse, il paraît hébété, obtus, abruti, abasourdi; il ne quitte pas son lit et reste parfois des journées entières sans dire un mot. En outre, il se plaint

I. V. Hystérie et syphilis, leçon résumée par Gilles de la Tourelle, Progrès médical, 17 dcc. 1887.

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AFFECTIONS PAnASYlMIILITIQCES.

d'une céphalée intense « en coups de marleau », et présente (ce dont il ne paraît pas se douter) un afFaihlissemenL marqué des deux mem])res gauches. Notre première impression nous porte à croire que ce malade est en voie d'élahorer une de ces encéphalo-méningites sourdes, insidieuses, qui succèdent fréquemment aux ostéites naso-crâniennes et que j'ai naguère étudiées devant vous\ Mais un examen plus approfondi dirige bientôt notre attention sur une autre piste, de par la constatation d'une série de signes révélateurs de l'hystérie, à savoir : hémianesthésie sensitive complète de la peau et des muqueuses du côté gauche; — hémianesthésie sensorielle gauche (diminution de l'ouïe; perte du goût; rétrécissement extrême du champ visuel); — perte du sens musculaire, toujours du même côté; — point h3'peresthésique au niveau de la partie inférieure delà fosse iliaque gauche; — quelques antécédents hystériques peu douteux, remontant à trois ou quatre ans, etc., etc. En sorte que, finalement, force nous a été de reconnaître là un cas d'hystérie évoquée ou provoquée par la syphilis et d'instituer, comme dans les exemples précédents, le diagnostic inattendu, mais formel, positif, à' hjsléro-syphilis'^ ,

1. Des ostéilc.i Daso-crdiiicnnes (V origine sypliililiquc. Leçon recueillie par le D' Barthélémy, « Aunales des maladies de l'oreille et du larynx », t88i.

2. Y. Hiidelo, Hystéro-syphilis ; carie etliiiioïdinme ; /icniiparesie et liéiniaiicsiliésic sensith'o-scnsorielle du côté gauche, « Annales dederniat. <?t de sjphil. », 1892, p. 8i().

HYSïÉniE.

XnOUBLBS PSYCHIQUES.

IV. — Enfin, qnelques mois encore, avant de terminer ce sujet, sm^ les troubles psychiques de l'hystéro-sypliilis qni, eux aussi, sont parfois de nature à égarer le diagnostic.

(c II faut, a dit M. Charcot, prendre l'iiystérie pour ce qu'elle est, à savoir une maladie psychique. » Eh bien, il en est de l'hystéro-sypliilis comme de l'hystérie commune. Elle aussi a son

i'tat menlal.

Cet état, le plus souvent et dans ses formes habituelles (j'entends en dehors de ses paroxysmes), n'est guère accusé que par des modifications du caractère et de l'état moral, par une mobilité d'impressions toute particulière, par des bizarreries, des alternances de gaîté et de dépression, des emportements, des colères, un certain degré d'apathie iutellectuelle, une « suggestibilité singulière S), etc., tous phénomènes bien connus, savamment décrits par les neurologistes, et sur lesquels je n'ai pas à insister. Mais parfois aussi il se traduit, et alors sOus forme de paroxysmes, par des surexcitations soudaines et non motivées, par des extravagances de paroles et d'actions, par une véritable exaltation mentale, ou bien encore par des sortes de suspension de l'activité cérébrale, des obnubilations, des absences, etc. Inutile de dire si de tels troubles psychiques peuvent donner le change et risquent d'éga-

I. V.. à ce sujet, un remarquable article de M. le D'' Gilles do I l Tourelle sur \ciai mental des hystériques (Tra/Ve i/e /'/(j i/r'/'.'.', p. 486).

1 ao

AFFliCriONS l'ARASYPHlLlTIQL'FS.

rer le diagnostic, en prêlanL au soupçon de vésanie, de délire, d'aliënalion, etc.

Certes, les cas de cet ordre sont rares, très rares, exceptionnels même*. Mais on ne laisse pas d'en rencontrer de temps à autre. Peut-être, probablement même, est-ce un exemple de cet ordre que vous avez sous les yeux actuellement au n" 20 de notre salle Saint-Louis. Le malade auquel je fais allusion est un jeune homme de vingt-quatre ans, qui, bien sûrement, est devenu hystérique de par la syphilis, car l'hystérie s'est produite chez lui au cours de la période secondaire et indépendamment de toute autre cause possible à invoquer. Or, sans parler des nombreux symptômes d'hystérie que nous avons relevés sur lui, son état mental est vraiment très troublé. D'abord, cet homme n'est plus capable (comme il en convient lui-même) d'exercer son métier; il « n'y a plus la tête », il « pense à autre chose », il faut toujours, dit-il, « qu'il fasse autre chose que ce qu'il fait ». C'est un excité, un agité. Il n'est jamais bien nulle part. A peine entré dans nos salles, il en sort, pour v rentrer, pour en sortir de nouveau, et ainsi de suite. C'est non moins un insociable, toujours en dispute avec ses voisins. Un rien le met en colère. C'est également un « décousu », passant d'une idée à

I. l'eiu-elre même aussi ne se ]>r()diiiscnl ils que dans des conditions particulières, à savoir sur des sujets préparés par hérédité, sur des « dégénérés ». Nous manquons de documents sur ce point, et la question reste à l'élude.

HYSTÉIUU.

— TnOUDLES PSYCHIQUES.

une autre, d'un ëlat d'esprit à un élat tout différent, tantôt de bonne humeur, jovial et gai à l'excès, tantôt, au contraire, morose, maussade, concentré. Ajoutez qu'il est plus que bizarre de tenue, de propos et d'actions. D'autre part, diverses particularités en font ce qui constitue surtout le fou, l'aliéné pour les gens du monde, à savoir, comme exemples : des crises convulsives, où il jette des cris épouvantables qu'il compare lui-même à « des rugissements de bête féroce » ; — des accès de larmes (ainsi, tout à coup et sans motif, il se met à pleurer abondamment, et alors c'est un déluge de larmes qui ne finit plus); — et surtout, à l'état habituel, un sourire béat, niais, interrompu de temps en temps par de grands éclats de rire. La moindre excitation, mais par-dessus tout la vue d'un objet brillant, tel qu'un métal, une montre, une lumière, suffit à déterminer ce rire spasmodique. — Enfin, symptôme plus grave encore, ce malade est pris parfois de véritables crises d'obnubilation mentale, au cours desquelles il ne sait plus ce qu'il fait, n'est plus maître de lui, ne se rend qu'un compte très imparfait de ce qu'on lui dit, de ce qui se passe sous ses yeux, etc. Il a conscience de ces crises, il les raconte après coup en disant : « Je deviens alors comme braque, stupide, détraqué, à peu près fou' «.

I. V. les détails de celte curieuse observation, recueillie par M. Eudlitz, dans le Bull, de la Soc. française de dcrmal. et de syp/ii/., i8.j9., p. 397.

AFFECTIONS P A n ASYPHILITIQUES.

N'étaient d'autres exemples de même ordi-e — et ])ien plus accentués encore — que réalise parfois l'hystérie commune, qui pourrait croire que l'hystérie syphilitique pût aboutir à des symptômes de ce genre?

Au surplus, cette réflexion est loin d'être exclusivement applicable au dernier ordre de phénomènes dont nous venons de parler. Elle s'adresserait tout aussi bien à ceux qui précèdent. 11 y a une vingtaine d'années, qui aurait soupçonné que la syphilis dût jamais enregistrer dans son bilan symptomatologique, même à titre indirect, les manifestations diverses dont il vient d'être question, aussi bien d'ailleurs que celles dont il me reste à vous entretenir? L'attention n'était guère dirigée de ce côté, ii faut bien en convenir, et c'est de date toute contemporaine que le cadre de la syphilis s'est élargi pour admettre le groupe des affections dites actuellement parasyphilitiques. Qu'est-ce à dire, sinon que la science a progressé /avec l'observation? Voilà tout, et cette évolution dans les idées, dans la conception d'une maladie /aussi vaste et aussi complexe que la syphilis, n'est en rien faite pour nous surprendre.

TABES

TABES

Le Uibes est un des types qn'afFecle le plus souvent la syphilis dans sa modalité parasyphilitique de déterminations morbides. C'est même, dirai-je, le type par excellence des affections parasypliilitiques, aassi bien que c'en est le plus important à deux tilres, et de par sa gravité, et plus encore de par son extrême et si déplorable fréquence.

Je devrais donc vous en parler longuement ici. Eb bien, tout au contraire, je serai très bref à son sujet, et pour cause. C'est que j'ai déjà publié sur la matière une série de conférences et un livre spécial résumant la question ^ Bon ou mauvais, ce livre reste. S'il est l3on, besoin n'est pas d'un nouveau plaidoyer à l'appui des opinions qui s'y trouvent exposées; et, s'il est mauvais, inutile plus encore d'en faire ici une seconde édition.

Au reste, la grande et importante question des rapports de la syphilis avec le tabès ne se présente plus aujourd'hui comme elle se présentait autre-

I. De Patnx'ie locomotrice cf origine sypliililiqne (Tabès spécifique) ^ Paris, 1882.

124 AFFECTIONS PAR ASYPHILITIQUF.S.

fois, à l'époque déjà éloignée de mes premières publications sur le sujet. Elle s'est même modifiée, transformée du tout au tout. Voyez en effet quel chemin elle a fait depuis une quinzaine d'années.

Lorsqu'en iSyS, dans une série de leçons professées à l'hôpital de Lourcine', j'émis l'idée que,

I. Une partie de ces leçons, seulement, a été publiée. — V. De Vataxie locomotrice d'origine syp/tilitique^-par le D'' A. Fouruier, leçons recueillies par F. Dreyfous (^Ânnales de dermatologie et de sjpliiligraphie, publiées par le D' A. Doyon, 1 875-1 876, t. VII p. 187).

Loin de moi la prétention d'avoir été le premier à signaler la sypbilis dans les antécédents de l'ataxie. Ainsi le vénérable Duchenne (de Boulogne) avait déjà l'ait cette remarque, dès 1839 {Archives générales de médecine^ t. I, p. 439), qne « quelques-uns de ses malades affectés d'ataxie avaient subi l'infection syphilitique constitutionnelle m; et, depuis lors, des antécédents de syphilis ont été relevés dans maintes observations par divers auteurs (Schulze, Topinard, Marins Carre, etc.). Mais je revendique pour moi d'avoir constaté et tenté le pn mitr d'établir une connexion étroite de causalité entre la syphilis et le labes.

Je remercie mon distingué collègue M. le D'' Dreyfus-Brissac d'avoir nettement établi la question historique dans un remarquable article publié par la (iazctle hebdomadaire de médecine et de chirurgie (3o septembre 1881), article oii il écrivait ceci :

« Quoique Duchenne ait déjà signalé la fréquence de la syphilis « chez les ataxiques, cette question lia été réellement mise à l'ordre « du Jour que du moment où M. Fournier, invoquant en dehors de « son expérience personnelle l'autorité de MM. Féréol et Siredey, « revendiqua pour la vérole une part considérable dans l'éliologie « du tabès dorsal. »

De même M. le D" Marie a dit, dans un ouvrage récent :

a La vraie, je dirais presque la seule cause du tabès, c'est la syphilis. Cette notion de la nature syphilitique du tabcs est due à l'un de nos maîtres de la Faculté, M. Fournier, qui, dès 1876, commençait à l'enseigner dans ses cours et qui, dans la suite, a consacre à sa démonstration des travaux que vous connaissez tous. » {Leçons sur les maladies de In moelle, 1892.)

Et de même encore M. Darier :

« Jusqu'à ces dernières années, l'étiologie du tabès dorsalis paraissait aussi obscure que celle des autres maladies des centres ner-

T.vnRS.

pour un grand nombre de cas, l'alaxie dérivait de la syphilis, celte doctrine nouvelle^ qui froissait les opinions reçues, qui se heurtait à des convictions déjà accréditées sur la nature de la maladie, ne fut accueillie qu'avec une réelle défaveur. Elle souleva des critiques nombreuses, quelques-unes même sévères. On m'adressa le reproche qu'on adresse souvent aux syphiliographes, celui de voir la vérole partout^ alors qu'à mon sens une critique mieux fondée et que l'avenir nous réserve serait de ne pas voir encore la vérole partout où elle est et partout où on la verra plus tard. Je me souviens même (passez-moi l'anecdote) qu'un de mes très affectionnés et vénérés maîtres me dit à cette époque : « Je crains bien, mon cher ami, qu'avec votre tabès d'origine syphilitique vous ne vous soyez mis sur les bras une mauvaise affaire )5 . « L'affaire «, cependant, n'était pas si mauvaise

veux. On eu était réduit à iacriminer une foule de causes banales, telles que le froid, le rhumatisme, le surmenage, les excès vénériens, Ole , que l'on voj^ait plus ou moins souvent figurer dans les antécédents des malades. La notion du rôle étiologique prépondérant de la syphilis, notion récemment introduite dans la science, est venue jeter une vive lumière sur cette question et reléguer au second plan l'influence des diverses conditions précédemment invoquées.

« Si quelques observateurs, Duchenne (de Boulogne) entre autres, avaient incidemment relevé l'existence d'antécédents de syphilis chez quelques ataxiques, c'est incontestablement à M. Fournier que revient l'honneur d'avoir ëtahlî qu'il ne s'agit pas là d'une coïncidence fortuite, mais d'une relation que les statistiques démontrent assez fréquente pour qu'on doive nécessairement lui reconnaître une signilicalion au point de vue étiologique. » '[Manuel de md(/ecliie, publié sous la direction de MM. Dehove et Achard, T. III, p. 555.)

AFFILCTIONS I>A UASVPIIILH IQUES.

qu'on avait pu le présager. Depuis ce temps, en effet, de très nomljreuses statistiques ont été tour à tour publiées sur les antécédents de la syphilis dans le tabès, et toutes^ à des degrés divers, ont témoigné dans le même sens, à savoir : la fréquence plus ou moins considérable, parfois énorme, en tout cas formellement significative, d'un passe syphilitique chez les sujets affectés de tabès.

Ces statistiques, il serait vraiment sans intérêt, aujourd'hui, de les produire à nouveau; vous les trouverez partout. Laissez-moi seulement, et d'une façon très sommaire, vous dire ceci : que, pour ma part, sur un total de plus de 700 observations recueillies tant à l'hôpital que dans ma chentèle privée, j'ai constamment retrouvé des antécédents de syphilis chez les malades tabétiques dans une proportion oscillant (pour chaque centaine de cas) entre 87 et 98 pour 100. Donc, d'après ce que j'ai vu, la syphilis figurerait au minimum* neuf fois sur dix dans l'étiologie du tabès.

De même le P"" Erb, dans deux statistiques publiées sur le sujet, est arrivé aux chiff*res suivants comme fréquence d'antécédents syphilitiques dans le tabès :

Première statistique 88 0/0.

Seconde statistique (clientèle privée). 89 0/0*.

1. Je dis « au minimum » pour une raisou qui va se trouver expliquée daus un instant.

2. W. Erb, Zar Ailiolof^ïe der tabès, Berliuer kliuisclie Woch.,

TAnES.

Mon dislingué collègue et ami le D"" Déjerine me disait récemment avoir abouti, dans ses observations personnelles, à un chiffre supérieur encore aux précédents comme pourcentage d'antécédents spécifiques (de 92 à 94 pour 100).

En sorte qu'en moyeune on peut afûrmer, avec le D'' Marie, que les neuf dixièmes des tabétiques^ au moins ^ sont d'anciens syphilitiques^

Encore cette évaluation ne répond-elle bien sûrement qu'à un minimum. En fait, dans la réalité des choses, la proportion des antécédents de syphilis dans le labes doit être forcément supérieure aux chiffres que parviendront jamais à lui assigner les meilleures statistiques, et cela pour une raison bien simple : c'est que nombreuses, bien plus nombreuses qu'on ne le croit généralement, sont les syphilis qui presque nécessairement se dérobent à l'observateur le plus expert et le plus consciencieux, alors surtout qu'il s'agit de recherches rétrospectives dans un passé plus ou moins lointain. Citons comme telles, sans parler des syphilis dissimulées, les syphilis ignorées dont la fréquence surabonde; — les syphilis accidentelles d'origine non vénérienne (syphilis vaccinale, par exemple, syphilis « insontiam », etc.; — la syphilis conceptionnelle- , qui n'a pas encore fait sa trouée dans le public médical; — la syphilis héréditaire^ etc.

1. Leçons sur las iitalatlies de la moelle, Paris, iSyi, p. 3l5.

2. V. A. Fournier, L'itere'dile sypliililit/ue. Leçons recueillies par le D' P. Portalier, Paris, 1891.

AFFECTIONS PAHASYPHILITIQUES.

Au surplus, nous n'avons plus besoin de statistiques acluellement, car la démonstration de l'origine syphilitique du tabès est faite d'autre part; elle est faite par le courant de l'opinion, par l'assentiment général des praticiens. On peut dire que, de nos jours, il est bien peu de médecins qui ne tiennent pour absolument avérée, tout en l'interprétant de façons diverses, la connexion étiologique du tabès avec la syphilis.

Cette connexion n'est même plus récusée aujourd'hui par l'École de la Salpêtrière, qui cependant lui a fait longtemps une guerre acharnée. On ne discute plus actuellement dans cette école que sur un point, à savoir : la prépondérance qu'il convient d'accorder dans l'étiologie du tabès à tel ou tel de ces deux facteurs, la syphilis et l'hérédité nerveuse. M. Charcot, comme il me le disait encore ces derniers jours, fait de l'hérédité nerveuse la cause principale, fondamentale, prédominante, ■du tabès, et, relativement, n'accorde à la syphilis qu'une influence pathogénique de second rang.

Quant à moi, renversant la proportion, je persiste à croire, en dépit de ma déférence respectueuse pour le maître de la neurologie moderne, que la cause vraie, prépondérante, du tabès, cest la syphiUs^ tandis que l'hérédité nerveuse (dont je suis loin, à coup sûr, de contester l'influence*) n'agit qu'au titre subordonné de cause prédisposante.

I. On m'a accusé, bien à lort, d'avoir méconnu l'influence de

TAHES.

Et, à l'appui de cette interprétation, j'apporte un argument de bon sens, qui me semble décisif. Jugez-en.

Si l'bérédité nerveuse était la cause prépondérante, essentielle, du tabès, elle devrait de par elle seule et sans le secours de la syphilis réaliser le tabès pour la grande majorité des cas. En autres termes, les tabétiques devraient être, pour la grande majorité des cas, des sujets à hérédité nerveuse plutôt que des syphilitiques.

Or, c'est précisément l'inverse qui a lieu, c'est précisément l'inverse qui se présente en pratique. A savoir : pour l'énorme majorité, pour la presque totalité des cas, la syphilis figure dans les antécédents du tabès, tandis que l'hérédité nerveuse n'y apparaît que pour une proportion relativement très inférieure, voire y fait défaut très souvent.

Donc, au nom de la logique, des deux facteurs étiologiques qui peuvent concourir à constituer le tabès, c'est le facteur syphilis qui, sûrement, est le plus indispensable à la genèse de la maladie.

En tout cas, ce débat n'est plus qu'affaire de second plan. L'essentiel, le gros fait, c'est la connexion etiologique du tabès avec la syphilis^ de quelque façon d'ailleurs qu'il plaise de l'interpréter.

l'hérédité nerveuse dans l'éliologie du tabès. Je l'ai, tout nu contraire, constatée et admise dans les termes les plus explicites. — Voy. mon livre sur l'y/^aj/c locomotrice d'origine syphilitique^ p. 25 et suiv.

FouHNlEii. — /I If CCI. parus yphil . g

AFFECTIONS PA.nASVPHILITIQLES.

Or, celle connexion, je le répèle, est aujourd'hui au-dessus de toute contestation possilile. C'est là, je ne crains pas de le dire, une démonstration acquise. Aussi bien, croyez-le, n'est-ce pas sans un bien vif plaisir que j'ai vu ces derniers temps, dans ses remarquables Leçons sur les maladies de la moelle, un élève éminent de l'Ecole de la Salpêlrière, M. le D"" Marie, conclure en ces termes une longue discussion sur l'étiologie du tabès.

« La syphilis est-elle donc le seul élément éliologique du tabès? Il serait exagéré de le prétendre, du moins dans l'état actuel de la science, puisque M. Tuczek a prouvé que l'ergotisme pouvait s'accompagner de lésions tout à fait analogues à celles du tabès. En outre, on aurait vu des accidents du même genre se développer chez les pellagreux. Je me trouve donc oijligé, au point de vue théorique, de laisser une porte ouverte pour des infections ou des intoxications de nature plus ou mouis indéterminée qui seraient capables de produire le tabès. Mais, au point de VLie pratique, soyez bien convaincus d'une chose : c'est que, dans les conditions de notre observation journalière, le tabès

EST TOUJOURS d'oRIGIKE SYPHILITIQUE*. »

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