I. E.Toulouse, Gaz. des hôpitaux, iSg'»., p. 8oi
xj8
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
toujours la proportion numérique des antécédents de syphilis dans la paralysie générale) s'est élevé du tiers à la moitié des cas. A savoir ;
D'après Goldsraith 33 7»
— Ascher 34,7
— Ziehen 33 ù 43
— Pontoppidan . ... \ o 1
( 48 (avec cas probables.)
— G. Renaud 35
— Lange i ?^ /
(5i {avec cas probables.)
— Cullerre 42
— Binswanger .... f^" "^i'^""""^-)
(ho (avec cas probables.)
— Burkhardt 5o
— Goldsteiii 5o
Déjà — n'est-il pas vrai? — une telle proportion de fréquence nous montre la syphilis prenant dans l'étiologie de la paralysie générale un rôle important^ pour ne rien dire de plus. Car est-il beaucoup de facteurs étiologiques qui (réserve faite, bien entendu, pour les causes spécifiques) interviennent en proportion comparable dans la genèse de telle ou telle maladie?
n. — Mais ce n'est pas tout. Car voici, d'autre part, 26 statistiques où la proportion des antécédents de syphilis s'est élevée bien plus haut.
D'après Jastrowitz 7o
— De Senna 5G,2
— Mierzejevvski . ... 60
Geill
( no lavec cas prouaDies.i
ThoiTisen
Folsom
(80,2 (avec cas probables.)
( 00 (avec cas probables.)
Spillmann etDengler.
( oy lavec cas proDaijies.i
( 80 (avec cas probables.)
( 73 (hommes.) (00 flemmes.)
«in oll
77 (avec cas probables.)
Anglade. . . . ..
(98,4 (avec cas probables.)
( 94 (avec cas probables.)
RowalesAvsky. . .
I. Un chifTi-e de gi "/o ressortirait de l'assertion de Rieger, disant qu'un syphilitique « a 16 à 17 fois plus de chances de devenir paralytique général qu'un individu non syphilitique ».
Bannister, dans une étude qui repose sur 284 observations, conclut à l'action prépondérante, sinon exclusive, de la syphilis. Cent vingt-six fois sur deux-cent trente-quatre, il eut des renseignements précis et retrouva chaque fois la vérole dans les commé-
AFFECTIONS l> A R ASVPIl I LI T I .;)U ES.
Eh bien, répëlanl ce que je disais au débul de cet exposé, je demande quelle est, au nom du bon sens, la s f'g/ii/icalion de pave'ih eliillres ; je demande ce que veut dire une telle fréquence d'antécédents de syphilis chez les paralytiques généraux. Quoi ! Dans une maladie telle que la paralysie générale, où la recherche des antécédents morbides (veuillez ne pas l'oublier) est entourée de tant d'obscurités et de diflicultés spéciales, on aboutit à rencontrer la
moratifs de la maladie. [Journal of nerv. and mental diseàses, déc. 1891.)
D'autre part, sans produire de statistiques, de nombreux médecins ont pris parti, ces derniers temps, pour la doctrine que nous soutenons ici et reconnu formellement les relations de la paralysie générale avec la syphilis. C'est là ce que nous ont surtout appris les laborieuses enquêtes de MM, Morel-Lavallée, Bélières et Dengler. Je leur emprunterai quelques-uns de leurs documents.
Erb (d'Heidelberg) : a ... Je puis vous dire que, selon moi, la paralysie générale a, avec la syphilis, les mêmes rapports que le tabès ».
Zacher, médecin de l'asile d'Ahrweiler (Allemagne) : a ... Sans considérer la jJaralysie générale comme une' manifestation spécifique, j'estime qu'un individu syphilitique a de bien plus grandes chances de devenir paralytique qu'un individu sain. »
Bouchaud, médecin de l'asile de Lommelet : « ... La syphilis est la cause orc?ma//-e de la paralysie générale ».
Professeur Kowalewsky (de Kharkoff) : « ... Mon avis est que, pour le moins dans 5o "/q des cas, la syphilis sert de raison principale et essentielle à la paralysie progressive. Dans les autres 5o la syphilis agit encore, mais sur un terrain préparé (héréditaires, alcooliques) : ou bien c'est la syphilis qui prépare le terrain, et d'autres agents, aidés par elle, produisent la maladie ».
Semai, médecin-directeur de l'asile de Mons (Belgique) : « ... Les paralytiques généraux (hommes) que j'ai eu à traiter dans ma clientèle privée étaient en -grande majorité d'anciens sj'phililiques, et j'estime que l'inefficacité du traitement spécifique n'est pas un argument contre la théorie dé l'oiigiue spécifique de la paralysie générale. »
Professeur Homèn (d'Hclsingfors) : « ... J'attribue à la syphilis
PAIIALVSIE GliNEItALE.
syphilis jusque chez les 2/3, jusque chez les 4/5 des sujets, et cela resterait lettre morte, et cela ne témoignerait que de a simples coïncidences pathologiques » ! En vérité, ne suffit-il pas d'en appeler à la logic|ue et au simple bon sens pour faire justice d'un tel procédé d'interprétation des faits cliniques? Je prétends, moi, tout au contraire — et je suis bien certain d'avoir avec moi sur ce point l'im-
le rôle le plus important comme cause j)rédisposaiite de démence jaaraljtique. »
Idauolf : « La syphilis prépare le terrain pour le développement de la paralysie générale.... Elle joue, dans les deux sexes, un rôle principal et prépondérant. [Revue neurologique, iSgS, p. Sgg.)
Ripping « voit dans la syphilis une cause principale, mais non une cause constante et exclusive de paralysie générale. »
Professeur Neumann : « La syphilis est une cause principale de
Bergh « souscrit à l'opinion de son compatriote Jespersen. ... Dans la Scandinavie, c'est tine opinion générale que la paralysie générale est, dans la plupart des cas, d'origine sypIiiHticjue ».
Haslund : « Je regarde la syphilis comme une cause directe de la paralysie générale, tout à fait comme du tahes, et je crois que les cas typiques de la paralysie générale sont dus à la syphilis, tandis que ceux qui sont moins typiques semblent avoir une autre cause. »
Professeur Tarnowsky : «... Personnellement, je considère la syphilis au nombre des causes les plus prédisposantes au développement de la paralysie générale. Mais je ne crois pas qu'on puisse appeler la syphilis une cause constante ou bien exclusive de la paralysie générale. — La paralysie générale n'est pas seulement une périencéphalite diffuse, mais bien aussi une encéphalite interstitielle chronique. Son processus morbide n'est pas, selon moi, une' manifestation proprement dite de la diathèse syphilitique; aussi ne cède-t-il pas à un traitement spécifiqiie des plus énergiques.... Je considère la syphilis, par rapport à la paralysie générale, comme
une cause qui agit indirectement en préparant le terrain ».
(N'est-ce pas dire comme nous, mais en autres termes, que la paralysie générale est une affection d'origine, et non de nature syphilitique, à savoir une affection parasyphilitique ?)
FouHNiER. — yf/fect. paras jphil, i j
AFFECTIOISS PAIIASVI'HILITIQUES.
mense majorité de mes confrères — que les chiffres en question comportent une signification toute différente. Je prétends qu'ils attestent d'une façon patente, irrécusable, un rapport causal des plus intimes entre la paralysie générale et la syphilis. Je dis que le simple hasard n'est pas capable de réaliser de telles rencontres, à savoir de réunir de 60 à 80 fois pour 100 deux processus morbides de cet ordre sans que l'un serve d'appel à l'autre, sans que l'un soit cause et l'autre effet. Et cette façon d'expliquer les statistiques qui précèdent me paraît tellement forcée, tellement obligatoire, autant que simple et rationnelle d'ailleurs, qu'en A'^érité elle n'exige pas une argumentation plus explicite. Elle est de celles qui ne comportent pas discussion, elle est de celles qui s'imposent.
Un exemple. — A bon droit, la relation des affections cardiaques avec le rhumatisme passe pour indiscutable aujourd'hui. Eh bien, peut-elle invoquer en sa faveur une proportion de fréquence supérieure à celle qui rattache en toute évidence la paralysie générale à la syphilis dans les statistiques précitées?
Donc, il n'est plus à le nier, la paralysie générale reconnaît très certainement la syphilis comme un de ses facteurs étiologiques, et comme un facteur puissant, considérable, de premier ordre.
Qu'une telle proposition soit en dehors des idées courantes et de la science officielle, je n'ai pas à
PARALYSIE GÉNÉUALE.
VOUS l'apprendre. Qu'elle soit jugée « subversive » et « révolutionnaire » par certains aliénistes qu'elle a pu troubler dans le calme de leurs asiles, rien de plus naturel. Qu'elle ne soit guère plus favorablement accueillie par certains de nos collègues qu'impatiente ce qu'ils appellent « les empiétements continuels de la syphilis », indiscrète personne, qui, en effet, depuis une vingtaine d'années s'est fait remarquer par des incursions inattendues sur divers domaines de la pathologie, cela encore est plus que facile à prévoir. Mais que voulez-vous? Un dilemme s'impose. Il faut de deux choses l'une : ou bien récuser les statistiques précédentes (ce que personne n'a tenté jusqu'ici, étant donnée l'estime scientifique dont leurs auteurs sont entourés); ou bien accepter la conséquence qui en dérive.
Or, cette conséquence n'est rien autre qu'une relation de parenté, qu'une relation de cause à effet à reconnaître entre la syphilis et la paralysie générale, laquelle, donc, en résumé, procéderait d'une cause spécifique pour une proportion de fréquence qui ne saurait encore être exactement déterminée, mais que tout porte à croire considérable.
D'ailleurs, messieurs, les statistiques que je viens de vous présenter ne sont pas seules à témoigner en faveur d'une connexion étiologique entre la
AFFECTIONS PAR ASYPHILITIQUES,
paralysie générale et la syphilis. Il est d'autres arguments, d'autres considérations qui plaident dans le môme sens, et qui doivent trouver place actuellement dans cet exposé.
I. — Les syphiliographes ne sont pas en situation, comme les aliénistes, de collectionner un certain nombre de paralysies générales pour étudier sur elles la quotité d'antécédents syphilitiques qui y figurent. Mais ils peuvent faire autre chose, à savoir : rechercher ce que deviennent les clients qu'ils ont traités de la syphilis, et voir s'il en est peu ou beaucoup qui aboutissent à la paralysie générale.
Impossible à l'hôpital, où l'on n'a jamais affaire qu'à des malades de passage, à des malades dont l'histoire ultérieure est destinée presque fatalement à rester inconnue, une étude de cet ordre trouve au contraire sa place dans la clientèle privée où l'on a souvent l'occasion de suivre, pour de longues périodes de leur existence, des malades qu'on a traités originairement de la syphilis.
Eh bien, quant à moi, je déclare qu'il m'est souvent arrivé de voir des malades, que j'avais eu l'occasion de traiter pour tels ou tels accidents de syphilis, aboutir quelques années plus tard à des états cérébraux constituant ou bien la pseudoparalysie générale ou bien la paralysie générale vraie. A ne parler pour l'instant que de ce dernier ordre de cas, des exemples de ce genre abondent dans mes souvenirs et dans mes dossiers. J'en
PARALYSIE GÉINÉUALE.
appelle sur ce point au témoignage de mes collègues ou amis, MM. Blanche, Charcot, Mesnet, Magnan, Motet, Luys, Falret, Sémelaigne, Goujon, etc. Que de fois ne m'est-il pas arrivé de visiter avec eux d'anciens malades à moi devenus paralytiques généraux ! Que de fois aussi, d'autre part, n'ai-je pas entendu de divers côtés le propos suivant : « Vous savez bien, ce pauvre X..., que vous traitiez, il y a quelques années, pour des péchés de jeunesse? eh bien, il est devenu fou; il a la folie des grandeurs, il nage dans les millions et les milliards; on a dû l'enfermer, et on le dit affecté de paralysie générale »?
Il s'en faut à coup sûr — et de beaucoup — que les syphilitiques finissent par la paralysie générale aussi souvent que par le tabès; nulle comparaison à cet égard. Mais ce que je puis affirmer, c'est qu'ils finissent aussi par la paralysie générale plus souvent qu'on ne le croit et que je ne l'ai cru moimême (je fais mon meâ culpâ sur ce point) jusqu'à ces dernières années. Tel est même le nombre des lamentables terminaisons de ce genre qu'il devient impossible de les expliquer par de simples éventualités de coïncidence. Tel en est le nombre qu'il est impossible vraiment de ne pas en être frappé après un certain temps de pratique et de ne pas avoir sa conviction édifiée sur leur provenance réelle. J'ai bien le droit d'en juger par moi-même, d'en juger par l'évolution c[ui s'est faite à mon insu ou même, dirai-je, malgré moi dans mes appré-
AFFECTIONS l'Ail ASYPHILITIQLES.
cialions, dans mes idées. A l'origine, sur lu foi de mes maîtres et de mes contemporains, je ne croyais pas, je m'efforçais de ne pas croire à la paralysie générale de cause syphilitique. Je repoussais une telle doctrine à la façon d'une hérésie. Si bien que, pour interpréter les faits qui se présentaient à moi sous forme de paralysies générales consécutives à la syphilis, j'imaginai un type morbide nouveau, la pseudo-paralysie générale syphilitique*, type vrai, type authentique, mais dans le-
I. y .La syphilis du cerveau., Leçons cliniques recueillies par Brissaud, 1879.
« ... Si la paralysie générale, disais-je à cette époque déjà lointaine, s'observe bien chez les syphilitiques, elle ne s'y observe que quelquefois, quelquefois seulement, c'est-à-dire trop peu souvent pour qu'on soit autorisé à la considérer comme un résultat, un effet manifeste de la vérole. // est avéré que la syphilis aboutit parfois à la paralysie générale, mais c'est tout. Elle n'y aboutit pas d'uue façon qui soit assez habituelle pour devenir significative, pour attester par évidence numérique un rapport de causalité.
(( Donc, le problème (pour aujourd'hui) reste sans solution. Et tout ce qu'il nous est permis de dire à ce propos, dans l'état actuel de nos connaissances, se réduit à ceci :
« 1° Rationnellement, il est très acceptable que la syphilis puisse avoir une part étiologique dans la production de la paralysie générale. Une diathèse, en effet, qui, comme la syphilis, influence aussi énergiquement et aussi profondément l'ensemble de l'organisme, une diathèse susceptible comme elle de troubler, de bouleverser le système nerveux, est certes bien faite pour prendre rang au nombre des causes capables de déterminer la paralysie générale.
« 2° Mais, si ce mode d'action de la diathèse est admissible théoriquement, il ne constitue encore qu'une hypothèse dont la démonstration clinique reste à établir sur des faits nouveaux » (p. Sgg).
Mes opinions, on le voit, se sont modifiées, depuis l'époque où j'écrivais ce qui précède (1879), sur les rapports de la paralysie générale avec la syphilis. Mais comment et pourquoi ? Ou me permettra de le dire en deux mots.
A celte époque, je n'avais encore renconU-é qu'un petit nombre
PARALYSIE GÉNÉRALE
quel, bien certainement, j'ai eu le tort autrefois de faire rentrer, bon gré mal gré, des cas non moins authentiques de paralysie générale vraie. Puis est venue l'expérience qui, à la longue, m'a autorisé à secouer le joug des classiques et à soupçonner que la paralysie générale vraie pouvait bien, elle aussi, dériver de la syphilis. Puis les faits de ce genre se sont multiphés sous mes yeux, et, iinalement, j'en suis arrivé à celte conviction qu'une relation causale intime relie la paralysie générale à la syphilis, que la syphilis engendre la paralysie générale comme elle engendre le tabès, et qu'elle lui sert d'origine dans un nombre de cas considérable, considérable étant dans notre société le nombre des syphilitiques.
Ainsi donc — remarquez bien ceci — aliénistes et syphiliographes par des voies opposées, les premiers en remontant dans le passé de leurs malades, les seconds en descendant le courant, c'est-à-dire en suivant l'évolution de la syphilis chez leurs clients, sont conduits exactement aux mêmes résul-
de paralysies générales sur des malades affectés de syphilis. J'étais donc autorisé à croire, avec tout le monde, qu'il n'existait qu'un rapport de coïncidence éventuelle de l'une à l'autre de ces maladies, alors qu'elles venaient à faire conjonction sur le même sujet. Je n'étais pas autorisé en tout cas à combattre cette opinion.
Mais, depuis lors, l'expérience est venue avec l'âge. Depuis lors j'ai vu nombre de fois la paralysie générale succéder à la syphilis. Éclairé par ce que j'appelais tout à l'heure « l'évidence numérique », j'ai dû admettre une relation pathogénique entre les deux maladies et aboutir à l'opinion que je professe actuellement. — Je n'ai donc fait, dans cette évolution d'idées, qu'obéir aux données de l'observation, aux témoignages de la clinique.
AFFRCriONS l'Ali ASVPHIUTIQUES.
lais. Les uns et les aulres aboulissenl à eonslaler line influence indéniable, irrécusable, de la syphilis sur la genèse de la paralysie générale.
A'^oilà, à couj) sûr, deux ordres de lémoignages curieux, formels, considérables, en faveur de la démonstration que je poursuis. Ne disposerionsnous que d'eux seuls, ils sufliraient presque à cette démonstration. Mais, par bonheur, diverses aulres considérations viennent encore leur prêter appui. Celles-ci, pour n'avoir pas, à coup sûr, la haute signilication des arguments précités, n'en apporteront pas moins à notre thèse un utile contingent.
11. — Une première considération ressort du fait que voici : Corrélation de fréquence d'un sexe à l'autre entre la paralysie générale et la syphilis. Vous allez me comprendre.
Tout le monde est d'accord sur ce point que la paralysie générale est relativement rare chez la femme, qu'elle est beaucoup plus rare chez elle que chez l'homme (environ dans la proportion de i à 8 d'après Bayle, de i à 8 d'après KrafTt-Ebing, de I à 7 d'après le P' Bail, etc.*.
I. « Il est naturel, disent MM. Christian et Ritli [Dict. encjclop. des sciences médic, t. xxi), que les statistiques sur ce point diffèrent suivant les milieux dans lesquels les auteurs ont fait leurs observalions. Ceux qui ont eu en vue les asiles prives, accessibles seulement aux malades de la classe aisëe et opulente, ont obtenu des proportions
PARALYSIE GENERALE
Eh bien, il en esl de même exactement pour la syphilis qui, elle aussi, est beaucoup moins commune dans le sexe féminin que dans le nôtre. A l'hôpital, cette différence est peu frappante pour la bonne raison que nos services de vénériens et de vénériennes, également insuffisants les uns et les autres, sont toujours également pleins, bondés et au grand complet. Mais elle saute aux yeux dans la pratique de ville. Tout praticien vous dira qu'il soigne en ville infiniment plus d'hommes que de femmes syphilitiques. Je puis préciser davantage pour ma part, et vous dire ceci :
Depuis mon doctorat (1860), j'ai donné mes soins en ville à :
i5.ioo hommes syphilitiques,
et i./joo femmes syphilitiques.
Comparez. Cela fait, en chiffres ronds, un cas de syphilis féminine contre plus de dix cas de syphilis masculine. C'est-à-dire que la syphilis est au
beaucoup moindres que ceux qui out observé dans les asiles d'indigents. Il est à noter, en eEFet, que la paralysie générale est beaucoup plus fréquente chez les femmes des basses classes et, en particulier, chez les prostituées. »
Retenons au passage ce dernier point, car il apporte encore un contingent à la thèse que nous défendons ici, et cela en témoignant d'une corrélation nouvelle entre la syphilis et la paralysie générale. Les aliénistes nous apprennent que la paralysie générale est beaucoup plus commune chez les femmes des classes pauvres que chez les femmes des classes riches. A leur tour, les syphiliographes seront unanimes à affirmer que la syphilis est beaucoup plus fréquentes chez les femmes des basses classes que chez celles qui appartiennent à la bourgeoisie ou à l'aristocratie. Voyez le rapprochement.
AFFECTIONS J'ARASVPHILITIQUES.
minimum dix fois plus commune chez l'iiomme que chez la femme.
Eh bien, maintenant rapprochez ces deux faits : d'une part, rareté de la syphilis chez la femme, et rareté corrélative, chez elle, de la paralysie générale; — d'autre part, fréquence de la syphilis chez l'homme, el fréquence corrélative chez lui de la paralysie générale. Rapprochez, dis-je, ces deux faits, et il vous sera difficile de n'y pas trouver une signification par rapport au sujet qui nous touche actuellement. Car, puisque la fréquence ou la rareté de la paralysie générale se trouve dans tel ou tel sexe en proportion directe avec la fréquence ou la rareté de la syphilis dans ce même sexe, n'est-ce pas là une présomption valable en faveur de la doctrine qui accorde à la syphilis une influence étiologique sur la paralysie générale?
ni. — Seconde considération, que j'énoncerai immédiatement ici, pour ne pas quitter ce qui est relatif à la femme dans cette discussion.
La paralysie générale est rare, au moins relativement, dans le sexe féminin, comme nous venons de l'établir. Mais, quand on l'y observe, sur quelles femmes l'y observe-t-on? Réponse précise, de l'aveu général : Sinon toujours, au moins pour la grande majorité des cas, sur des femmes « irrégulières », sur des femmes du demi-monde, du monde galant, sur des prostituées, c'est-à-dire sur des femmes chez qui la syphilis ne fait que rare-
ment défaut. Ici encore quelques statistiques doivent être citées.
Sur 7 femmes affectées de paralysie générale^ qu'il a traitées dans sa maison, M. Falret nous apprend que 5 étaient syphilitiques.
Dans la thèse du D"" Charbonneau', nous voyons que, sur 4 femmes aliénées paralytiques à antécédents connus, 4 avaient eu la syphilis.
Le D"" Anglade a observé à l'asile de Bordeaux 37 aliénées paralytiques. Or, sur ce nombre, 3o étaient « certainement syphilitiques » ; — 5 l'étaient (( probablement » ; — en 2 cas seulement la syphilis paraissait faire défaut^ — Trente et peut-être trente-cinq syphilitiques sur trente-sept cas de paralysie générale, quelle proportion! Cela n'est-il pas probant? ^
IV. — Troisième point : Rai^eté corrélative de la paralysie générale et de la syphilis en certains milieux. — Ainsi :
1° C'est un fait acquis que la paralysie générale est rare chez les habitants des campagnes, relativement à ce qu'elle est chez les habitants des villes et surtout des grandes villes. — Or, n'est-ce pas
1. Des rapports de la syphilis et de la paralysie générale^ Thèses de Paris, 1891.
2. Conlribution à l'élude des rapports de la syphilis et de la paralysie générale progressive, Thèses de Paris, 1891.
3. Du reste, une foule d'observateurs (Trélat, Hildenbrandt, Snell, Jastrowitz, Cullerre, Dangler, etc.) ont remarqué et signalé la fréquence de la paralysie générale chez les prostituées.
AFFECTIONS l' A li AS V PHILITIQU ES .
aussi un j-ésultat d'expérience que la syphilis est Jjien autrement ]*are dans les campagnes que dans les villes?
2° Divers auteurs ont signalé la rareté de la paralysie générale en certains pays, tels que l'Irlande, l'Ecosse, certaines régions agricoles de la France'. — Or, c'est dans ces mêmes pays également que la syphilis est le moins répandue.
3° On a remarqué encore la rareté de la paralysie générale chez les ecclésiastiques, les religieux, les quakers, etc.^ Eh hien, ce sont là précisément tous sujets que l'austérité de leurs mœurs ou la réclusion du cloître protège contre la svphilis.
V. — Certes, l'étiologie de la paralysie générale est essentiellement complexe et reconnaît des facteurs aussi multiples que divers, lesquels aussi peuvent s'associer. Mais, de tous ces facteurs, quel est celui qui tient le premier rang, celui que dénoncent le plus souvent les investigations cliniques?
Déjà plusieurs observateurs, statistiques en mains, se sont prononcés sur la question.
1. V. Camuset, Note sur la rareté de la paralysie générale à F asile de Saint-Alban (Lozère). Ann. méd. psycli., i886. p. 187.
2. Sur 962 aliénés paralytiques, M. Bouchaud n'a trouvé que 7 religieux. [De la fréquence relatn-e de la paralysie générale chez les laïques et les religieux, Ann. méd. psjcli., mai 1891, p. 363.)
« Depuis 83 années, à la York Relreat, où l'on traite un nombre considérable de quakers, gens dont la pureté de vie est proverbiale, on n'a reçu que 3 cas de paralysie générale » (Mac Dowall). — V. Morel-Lavallée, Paralysie générale et syphilis (Revue de médecine, 1892.
Obersleiner, par exemple, a trouvé comme facteurs éliologiques dans un certain nombre de cas :
Les triiumatismes crâniens . . . 12 fois.
Les causes psychiques i j —
La syphilis 21 —
et il conclut de ses recherches en termes exprès que, de toutes les causes de la paralysie générale, la syphilis est la plus fréquente.
OEbeke adonné une analyse précise de 100 cas de paralysie générale qu'il a minutieusement étudiés au point de vue qui nous intéresse, et voici les facteurs étiologiques qu'il a rencontrés le plus souvent, soit isolés, soit combinés entre eux :
Syphilis. . c 53 7o
Prédisposition héréditaire . . . . 46- —
Tempérament nerveux 44 —
Excès alcooliques 4 3 —
Surmenage psychique 42 ^ —
Excès sexuels. 4i —
Hérédité directe 22 • —
Fatigues 22 —
Traumatismes 5 —
Pour cet observateur, donc, la syphilis tient le premier rang dans les causes de la paralysie générale. Elle marche en tète, en avant même de la prédisposition héréditaire, laquelle cependant nous est représentée par certains neurologistes comme la cause principale, primordiale, presque essentielle de la paralysie générale. (Il est vrai, soit dit inci-
AFFECTIONS PAIIASYPUILITIQUES.
demment, que, pour nombre d'autres médecins, tels que Morel, Blanche, Doulrebente, Jacobson, Anglade, etc., l'hérédité ne jouerait qu'un rôle plus ou moins effacé dans l'étiologie de cette affection. Blanche dit expressément que, de toutes les maladies mentales, c'est la paralysie générale sur laquelle les influences héréditaires sont le moins actives.)
Une autre statistique produite par le P' Spillmann (de Nancy) et son élève Dengler, est encore plus favorable à la syphilis ^ Voyez plutôt :
Antécédents étiologiques.
Syphilis certaine. . . .
— probable . . .
Hérédité congestivc. .
— nerveuse. . .
Alcoolisme
Pas de renseignements.
Ici, donc, la syphilis marche au premier rang pour une proportion de g3 pour loo, laissant bien loin derrière elle l'hérédité nerveuse (20 pour 100) et l'alcoolisme (17 pour 100).
Et, d'autre part, recherchant si ces divers facteurs étiologiques ont agi de leur chef exclusif ou se sont combinés et comment ils se sont combinés, les mêmes observateurs ont abouti aux résultats suivants :
Pratique Pratique
hospitalière privée
Total Pourcentage
I. G. Dengler, Syphilis cl paralysie générale. Thèses de Nancy,
PARALYSIE GÉNÉRALE. iy5
Syphilis comme seule cause. . i5 fois.
Syphilis et hérédité nerveuse . . 6 —
Syphilis et hérédité congestive 3 — Syphilis, hérédité congestive et
alcoolisme 2 — •
Syphilis et alcoolisiue i — •
Hérédité congestive et alcoolisme I —
Alcoolisme seul i —
« Ces renseignements, dit le D"" Dengler, permettent donc de conclure : que, dans la moitié des cas environ, la syphilis agit seule pour provoquer le développement de la paralysie générale; — et que, dans l'autre moitié, une cause prédisposante, secondaire, lui prépare le terrain. »
De même encore pour le D' Bonnet, c'est à la syphilis qu'appartiendrait la première place dans l'étiologie de la paralysie générale, les autres facteurs invoqués par les classiques (surmenage, alcool, excès vénériens, traumatismes, etc.) devant être relégués bien en arrière et n'exerçant sur sa production qu'une influence secondaire, adjuvante
Enfin, il est des cas plus explicites encore où la syphilis a été rencontrée comme facteur unique de paralysie générale, toute autre cause faisant a]3solument défaut. Savage, par exemple, a relaté un cas de cet ordre. De même, pour ma part, j'ai vu plusieurs fois des malades aboutir à la paralysie
I. J. Bonnet, Rapports de la syphilis al de la paralysie générale, Thèses de Faiis, 1891.
A FFECTl ON S P A n AS V PII IL 1 Tl O U I2S .
générale du l'ail exclusif de la syphilis, c'esl-à-dii-e en l'absence de toule cause soit personnelle, soit héréditaire, de nature à expliquer cette terminaison.
YI. — Un cinquième argument nous est fourni par la fréquence relative des antécédents de syphilis dans la paralysie générale et dans les autres folies. Vous allez me comprendre.
Si la syphilis était étrangère à la genèse de la paralysie générale, il n'y aurait pas de raison pour qu'elle se rencontrât plus fréquemment ou moins fréquemment dans les antécédents de cette maladie que dans les antécédents des autres aliénations. Or, sur ce point spécial, que nous apprend la clinique ?
Régis a rassemblé neuf statistiques (dues à Mendel, Reinliardt, OEbeke, Rôhmel, Savage, Goldsmitli, Bonnet, Anglade et lui-même), statistiques où a été étudiée comparativement la fréquence des antécédents de syphilis dans la paralysie générale et dans les autres folies. Or, l'analyse de ces divers documents l'a conduit aux résultats que voici :
Proportion des antécédents de syphilis :
1° Dans toutes les folies autres que la paralysie générale : lo pour loo.
2" Dans la paralysie générale : 65 pour loo.
Cela équivaut à dire en langage courant que, rare dans le passé des fous vulgaires, la syphilis est
PARALYSIE GE>JEnALE. i
au contraire très commune dans le passé des paralytiques généraux \
En serait-il ainsi, pourrait-il en être ainsi, au nom de la logique, si la syphilis n'était pour rien dans la genèse de la paralysie générale?
VII. — Un autre appoint en faveur de l'opinion que nous défendons ressort d'un fait anatomique plusieurs fois observé, à savoir : la coexistence de lésions de paralysie générale et de lésions usuellesde syphilis.
Citons un exemple que j'emprunterai à MendeL Un sujet syphilitique vient à présenter la série habituelle des symptômes de la paralysie générale, notamment un délire de grandeur, au cours duquel il devient riche à miUiards, ami des plus grands hommes, fds de l'empereur d'Allemagne, etc. Le mal suit son cours ordinaire et se termine par la mort. Or, à l'autopsie, on constate : d'une part, les lésions usuelles de la paralysie générale; — et, d'autre part, une méningite gommeuse avec uneexostose du frontal.
I. Quelques autres statistiques déposent encore dans le mêmesens. Exemples :
Antécédents de sypliilis
Dans les diverses folies.
Dans la paralysie générale.
D'après Obersteiner. 35,2 "/g
— Ziehen ... 4^ — — • Lange ... Sg —
— Hirt. . . . 66,5 —
— Hougberg. . 72 à 86 —
4,1 Vo i3 — a — 5,38 -- 4,28 -
FouHiîiER. — Affccl. parasjrpkil. la
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
Ainsi, voilà diverses lésions juxtaposées, superposées, continues presque. Bien qu'anatomi(juement clifFérentes, n'est-il pas rationnel de les croire, étiologiquement, d'origine identique?
YIII. — Autre coïncidence, et celle-ci plus significative encore.
Assez souvent le tabès et la paralysie générale 's'associent, se donnent la main, se succèdent, bref, d'une façon ou d'une autre, se combinent sur le même sujet, en constituant de la sorte une scène morbide à laquelle, de vieille date, j'ai assigné le nom de tahes cérébro-spinal.
Or, vous le savez, il n'est plus douteux pour personne aujourd'hui que le tabès n'ait son origine, au moins 90 fois sur 100, dans la syphilis.
Eh bien, ce fait n'implique-t-il pas logiquement, presque nécessairement, que telle aussi doive être l'origine de la paralysie générale, qui a tant et tant de similitudes cliniques avec le tabès, qui se confond souvent avec lui, qui forme avec lui un groupe pathologique naturel, si naturel même qu'on songe aujourd'hui, non sans de légitimes raisons, à les réunir tous deux en une seule et même entité morbide?
Mais je me borne pour l'instant à signaler ce point, sur lequel j'aurai bientôt l'occasion de revenir en détail.
PARALYSIE GENERALE. lyQ
IX. — Enfin, un dernier et puissant témoignage nous est encore offert par les cas de paralysie générale développée chez les jeunes sujets, par ce qu'on a appelé la paralysie générale juvénile.
M. le D"" Régis a réuni quatorze paralysies générales de cet ordre, ayant évolué sur des sujets de i 3 à 19 ans\ Or, devinez combien de fois, dans ces quatorze cas, on a trouvé la syphilis en remontant (non sans difficultés) dans le passé de ces jeunes sujets?
Sept fois, d'une façon certaine, et une fois, d'une façon probable !
Ainsi, sept ou huit fois sur quatorze cas, on a découvert la syphilis (et la syphilis héréditaire, cela va sans dire)^ dans les antécédents de tout jeunes gens, d'adolescents, presque d'enfants quelquefois, affectés de paralysie générale. — (Encore l'a-t-on toujours suffisamment cherchée, cherchée de façon à pouvoir la trouver, ce qui n'est pas, le plus souvent, sans difficultés considérables, comme je l'ai démontré ailleurs^? Mais n'importe.)
I. Syphilis et paralysia générale^ Archives cliniques de Bordeaux, 1892, n° 7.
3. Un de ces cas toutefois est relatif à une syphilis acquise (enfant infecté par une nourrice). — La paralysie générale, dans ce cas, fit invasion vers l'Age de 17 ans.