‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 25 sur 68 · II. — En second lieu, quant à considérer la · texte numérisé non relu

II. — En second lieu, quant à considérer la

I. A preuve, comme exemples, les trois derniers malades aflcc" t és de paralysie générale pour lesquels j'ai été consulté en ville ces temps derniers. Tous trois sont, de la façon la jilus avérée, d'anciens syphilitiques ; mais, en outre, j'ai pu relever sur eux des prédispositions uévropatbiques des plus formelles, soit héréditaires, soit acquises. Le premier est un de ces grands viveurs parisiens surmenés par la vie mondaine, les excès de femmes, le jeu, etc. ; et, de plus, l'un de ses frères s'est suicidé « sans le moindre motif », assure-t-on. — Le second est également un surmené du plai.sir et du travail, et l'une de ses sœurs est actuellement aliénée. — Le troisième, à la vérité, est indemne d'hérédité suspecte; mais il a toujours été, au dire de son entourage, « un écervelé, un bizarre, un fantasque, un braque ». Fortement névropathe, il est tombé, suivant le dicton usuel, du côté où il avait toujours penché.

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syphilis comme une des causes les plus actives, les plus efficaces (passez-moi le mot), de paralysie générale, quant à lui attribuer, par rapport à d'autres facteurs étiologiques coïncidents, un rôle ou principal ou tout à fait prépondérant, nous y sommes bien encore autorisés, me semble-t-il, au moins pour certains cas, et cela pour deux raisons :

1° De par diverses statistiques précitées (celles d'Obersteiner, d'OEbeke, de Spillmann et Dengler, par exemple) où nous avons vu une analyse comparative des facteurs étiologiques placer la syphilis au premier ra/z^ par ordre de fréquence, avant et bien avant les prédispositions héréditaires, les causes psychiques, l'alcoolisme, le surmenage, les excès sexuels, les traumatismes, etc. ;

1° De par ces faits si curieux, si instructifs, de paralysies générales /z^c^e'/ife, survenues chez des sujets hérédo-syphilitiques en l'absence des causes qui passent légitimement chez l'adulte pour y prédisposer d'une façon toute spéciale.

III. — Enfin, que penser de cet autre argument d'après lequel la paralysie générale de nos malades serait le résultat moins de la syphilis que d'un ensemble étiologique propre aux syphilitiques, « gens déséquilibrés, adonnés à tous les excès, alcooliques, candidats à la paralysie générale de par la dissolution de leurs mœurs, etc.? »

Un pareil argument n'est-il pas digne de ces temps fameux où les syphilitiques étaient considérés comme des coupables et, à ce titre, fouettés

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avant et après le traitement qu'ils venaient implorer clans les tristes et inhospitaliers refuges où l'on daignait les incarcérer?

Que, parmi nos malades d'hôpital ou même de ville, il y en ait quelques-uns qui répondent au portrait moral sus-énoncé, je ne saurais, malheureusement, en disconvenir. Mais est-ce que cela est applicable au plus grand nombre, à l'énorme majorité?

Pour l'énorme majorité, le niveau psychique et moral des sujets affectés de syphilis est ce qu'il est chez tous les autres malades de n'importe quelle catégorie, ce qu'il est chez tout le monde. Pour l'énorme majorité — j'ai presque honte à dire de telles banalités — la syphilis n'est qu'un malheur^ une malechance, qui n'implique ni alcoolisme, ni excès, ni débauche habituelle, ni perversion, ni « déséquilibre moral ou psychique », etc. Je vais même parler crûment, puisqu'on m'y force, et je dirai : La syphilis n'est qu'un mauvais lot tiré à une loterie où tout le monde (à cela près de quelques exceptions bien rares) prend un certain nombre de billets. Et je serais tenté vraiment de parodier ici un mot charitable des Livres saints pour ajouter : Que ceux-là qui n'ont pas mérité la syphilis — ne serait-ce qu'une fois dans leur vie — jettent donc la première pierre à ceux qui en sont affligés! Eh bien, à l'avance, je me porte garant du résultat de l'expérience, qui ne menacerait pas nos malades, je vous l'affirme, d'une lapidation bien confluente.

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Donc, laissons cela, et venons à des ai'gumenls plus sérieux.

IV. — On ajoute enfin : « Oui, cela est vrai, indéniable, la syphilis figure d'une façon fréquente, tout à fait fréquente, dans les antécédents de la paralysie générale. Et, néanmoins, elle ne constitue pas pour elle une cause efficiente, déterminante, ce qu'on peut appeler une cause vraie; elle se borne à lui préparer un terrain favorable^ et voilà tout. En d'autres termes, elle ne joue pas vis-à-vis d'elle le rôle d'un germe^ mais seulement celui d'un fumier, d'un engrais. »

Vous conviendrez, messieurs, qu'ainsi reconnues en principe, les relations delà syphilis et de la paralysie générale n'offrent plus qu'un intérêt de second ordre quant au mode pathogénique qui leur est propre. Le comment du fait cède le pas au fait lui-même, cela va de soi. Que la syphilis aboutisse à la paralysie générale par telle voie et non par telle autre, c'est là, à coup sûr, un point scientifique qui peut être curieux et intéressant à débattre; mais tien autrement importante est la notion même d'une connexion de cause à effet entre les deux maladies. Cette connexion, on la reconnaît; nous ne demandons pas davantage pour la thèse que nous soutenons, nous ne réclamons rien de plus.

Et en effet — vous me pardonnerez cette digression — quel est donc l'intérêt majeur, l'intérêt p?'atique (à ne parler que de celui-là) qui se rattache

PARALYSIE GÉnÉHALE.

aux grandes annexions qu'a faites ou est en train de faire la syphilis depuis une quinzaine d'années, telles, par exemple, que le tabès et la paralysie générale? A mon sens, cet intérêt est de nous montrer la syphilis pour ce qu elle est véritablement^ c'est-à-dire de nous la montrer plus chargée d'accidents et d'aceideiits graves, plus redoutable, plus menaçante, plus dangereuse, plus nocive qu'on ne la supposait telle jusqu'à ce jour, et, comme corollaire pratique, de nous inviter, de nous contraindre à mieux nous en protéger que nous ne l'avons fait jusqu'ici. En toute logique on mesure à la gravité d'un péril l'intérêt qu'on peut avoir à s'en défendre. La syphilis étant reconnue plus grave qu'on ne se l'était encore représentée, peut-être bien cela aurat-il pour conséquence que médecins et malades en prennent plus souci et consentent à mieux la traiter, c'est-à-dire à la traiter plus sévèrement et plus longuement que ce n'est l'usage ; peut-être même (mais quelle espérance ambitieuse !) cela pourrait-il avoir pour conséquence de provoquer enfin c^uelques mesures de prophylaxie publique, tout au moins de secouer le sommeil de l'Administration préfectorale, qui ne se préoccupe guère de la syphilis, et de nos Conseils d'hygiène, qui ne s'en préoccupent jamais.

Mais je me hâte de fermer cette parenthèse pour revenir à mon sujet.

On prétend que la syphilis ne produit la para-

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lysie générale qu'à la façon d'un a engrais », d'un fumier fertilisant, par une sorte de chaulage du cerveau, bref par un processus ayant pour résultat de rendre cet organe plus apte aux déviations psychiques. Soit! Rationnellement, « priori^ cette vue n'aurait rien d'inadmissible, et il y a longtemps d'ailleurs que, sous une autre forme, on a dit : « La syphilis est un branle-bas dans le système nerveux, branle-bas susceptible d'éveiller toute espèce de réactions nerveuses ». Donc, dans cette façon d'interpréter les faits, la paralysie générale issue de la syphilis ne serait qu'un mode de ces réactions.

Mais à cette doctrine il est bien permis d'opposer une considération qui ne lui est guère favorable et que voici :

Que si, en l'espèce, le rôle de la syphilis se bornait simplement à modifier, à « fumer » le terrain cérébral de façon à le rendre plus particulièrement apte à la genèse des psychoses, ce rôle devrait avoir pour effet de favoriser d'une façon à peu près égale la production des diverses variétés de psychoses chez les syphilitiques. Or, est-ce là ce qui a lieu? Pas le moins du monde. Tout au contraire (et cela de l'aveu unanime) nous voyons la syphilis rester peu active, voire presque indiflerente, sur la production de toutes les psychoses à l'exception d'une seule, à savoir la paralysie générale. Nous la voyons figurer pour un quotient minime dans l'étiologie des folies de tout ordre, et pour un quotient considérable dans celle de

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la paralysie générale'. Donc, il faut bien, s'il en est ainsi, que la démence paralytique soit reliée à la syphilis par une relation moins générale, plus particulière que celle d'une « modification du terrain cérébral rendu plus apte de par l'infection syphilitique à toutes les réactions nerveuses, à toutes les déviations psychiques «. Il faut bien que la syphihs, par un processus qui nous échappe (inutile de le dire), puisse faire vis-à-vis de la paralysie générale quelque chose qu'elle ne fait pas vis-à-vis des autres modes d'aliénation. Et c'est là ce dont la théorie dite « de l'engrais » — qui, après tout, je n'ai pas besoin de vous le faire remarquer, n'est qu'une pure conception de l'esprit — ne saurait rendre un compte suffisant.

Nous en avons fini, Messieurs, avec la revue des objections opposées à la doctrine de la paralysie générale d'origine syphilitique, et je pourrais me l3orner là pour poser les conclusions que vous attendez de moi'. Cependant, puisque la discussion

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