I. V, pagè
Fouhnieii. — Àfjcct. parnsjpliil. ij
AFFECTIQJVS PAR ASYPHILITIQUHS.
celui OÙ la syphilis, généralement acquise au printemps de la vie, évolue en pleine étape tertiaire.
3" L'une et l'autre néanmoins peuvent se produire dans le jeune âge; — et alors, dans ces conditions spéciales, tabès juvénile et démence paralytique juvénile se rattachent l'un et l'autre à une même circonstance étiologique, à savoir : très généralement, une syphilis héréditaire, ou, bien plus rarement, une syphilis de contagion infantile. — Strumpell a même relaté un cas des plus curieux où, sur une petite fille hérédo-syphilitique âgée de 'i3 ans, coexistaient paralysie générale et tabès.
4° L'une et l'autre entrent en scène d'une façon insidieuse et lente.
5" L'une et l'autre affectent une évolution fatalement et inexorablement progressive, avec possibilité de rémissions et de temps d'arrêt plus ou moins prolongés.
6° L'une et l'autre offrent le même caractère de résistance à tous les agents thérapeutiques connus, y compris les agents spécifiques, et paraissent vouées de nature à l'incurabilité.
En vérité, messieurs, toutes les considérations qui précèdent (sans parler d'autres encore que je passe sous silence) ne concourent-elles pas, isolement et conjoinlement, à justifier l'unification, la fusion nosologique que nous cherchons à élablu' entre les deux maladies?
Si bien, je puis le dire, que la démonstration se-
TABES ET PAnALYSIE GÉNÉRALE.
rait complète, et qu'en vérité rien n'y manquerait, si à tous les témoignages que je viens de produire je pouvais joindre celui de l'anatomie pathologique.
Mais ce dernier, bien malheureusement, va nous faire défaut. C'est qu'en effet il convient, pour la solution d'un problème aussi délicat que celui qui nous occupe actuellement, de ne mettre en cause que des faits certains, jugés, définitivement acquis à la science. Or, de ce nombre n'est pas assurément l'anatomie pathologique de la paralysie générale, non plus que celle du tabès. Aujourd'hui, en effet, on en est encore à discuter sur le processus initial et fondamental de l'une et l'autre de ces maladies. Quel est le point de départ du tabès, quel est le point de départ de la paralysie générale, en tant que lésion propre, essentielle, constitutive, caractéristique en un mot? On ne saurait le dire, en raison des divergences des anatomo-pathologisles les plus experts et des histologistes les plus autorisés. A ce point, chose curieuse, que c'est à l'anatomie pathologique qu'empruntent à la fois leurs arguments les partisans aussi bien que les adversaires de la doctrine que nous cherchons à établir. Oui, c'est de par l'anatomie pathologique que les uns prétendent édifier, et les autres renverser la doctrine fusionniste du tabès et de la paralysie générale.
Lisez les derniers débats qui se sont élevés à ce sujet; lisez par exemple un intéressant travail in-
AFFECTIONS PAUASVPHILITIQUES,
spire par mon collègue el ami le Joffroy (llièse duD'' Stojanovilch'), où vous trouverez soigneusement résumés les éléments des discussions actuelles, et vous serez effrayés, je n'exagère pas, des dissidences multiples et extrêmes qui se sont produites en l'espèce. Tout est controversé, tout est remis en question relativement à Fanalomie pathologique et l'histologie des deux maladies qui nous occupent. A force de science (ceci n'est pas une critique, Dieu m'en garde ! mais une simple constatation), on en est arrivé à ne plus rien savoir, au moins de certain. Divergences et obscurités, voilà ce qui subsiste. A ce point — je veux formuler un exemple, car vous m'accuseriez peut-être d'exagération — à ce point que, d'après certains auteurs (et de haute compétence spéciale, je vous prie), la paralysie générale pourrait exister « sans lésions appréciables de l'écorce et de la substance nerveuse » ; à ce point que tous les symptômes de la paralysie générale pourraient être réalisés par « une méningite purulente sous-arachnoïdienne », par « une pachyméningite hémorrhagique « (et cela toujours sans lésions appréciables du cerveau), par un sarcome, par un foyer de ramollissement! — Dans ce chaos, trouvez la lumière !
Force me sera donc ici — et bien à regret — de laisser une lacune dans ma démonstration.
Toutefois, je n'abandonnerai pas ce point sans
I . Étude cruUjuc sur les rapports du tabès dorsalis et de la paralysie générale, Thèses de Paris, iSgS.
TABES ET PARALYSIE GÉnÉRALÈ.
placer une remarque. C'est que, toutes réserves établies sur ce que nous ignorons encore, à savoir les modalités initiales des processus propres à l'une etFautre maladie, d'ores et déjà l'anatomie pathologique nous autorise bien, elle aussi, à admettre une étroite parenté entre la paralysie générale et le tabès, et cela de par les gros faits, dirai-je, de par les faits évidents, positifs, non récusables. Cette parenté, en effet, ressort manifestement, me semble-t-il, de trois considérations, à savoir :
1° De ce qu'au total les lésions de l'une et l'autre maladie sont d'ordre absolument similaire, sinon identique. De part et d'autre elles consistent en une destruction plus ou moins complète des tubes nerveux, une prolifération des noyaux, un épaississement de la névroglie, des altérations vasculaires, etc. (Raymond, Rendu).
1° De ce que, de part et d'autre, ces lésions conduiseat à un aboutissant commun, la sclérose.
3° Et, au point de vue topographique (remarquez bien ceci en particulier, messieurs), de ce que tabès et paralysie générale font preuve d'une même tendance à étendre, à disséminer leurs lésions au delà du foyer qui leur est originairement dévolu.
Ainsi, la paralysie générale diffuse vers la moelle d'une façon qu'on peut dire très habituelle. D'après les statistiques de Rôberlin, Clans, ïhomsen, Furstner, des lésions médullaires s'observeraient aux nécropsics de paralytiques généraux dans
PAltASVPHILITIQUES.
une proportion variable entre 43 et 66 pour loo*.
Réciproquement, le labes tend à dilïuser vers le cerveau, et cela avec une fréquence dont on n'avait pas idée jusqu'à ce jour. Des lésions de périencéphalite diffuse ou, d'une façon plus générale, des lésions du cerveau sont absolument communes aux autopsies de tabétiques. A preuve les cas cités récemment par Rraus, comme tant d'autres signalés ces derniers temps.
Il paraîtrait même (mais ceci sous les plus expresses réserves, dont vous allez apprécier la raison) que le cerveau peut être sérieusement affecté dans le tabès, au moins pour un certain temps, sans donner lieu à des phénomènes psychiques notables. Le D' Nageotte a rencontré et représenté dans sa thèse des lésions « indubitables » de paralysie générale constatées à l'autopsie d'un ataxique « qui était mort sans que rien eût attiré V attention vers son état mental* ».
Ainsi donc l'anatomie concourt, elle aussi, à affirmer l'étroite affinité du tabès et de la paralysie générale^.
I. V. Dengler, Thèse citée, p. jS. — V. aussi un cas curieux de Levi, analysé dans la Revue neurologique de Brissaud et Marie, juillet i8g3, p. 355.
a. Thèse citée, p. 184.
3. J'ai plaisir à invoquer encore ici l'autorité de M. le D" Marie, qui, dans son excellent livre sur les Maladies de la moelle, aboutit à des conclusions identiques à celles que je viens de développer.
« Les altérations du cerveau spéciales au lahes consistent dans
TADES ET PARALYSIE GENÉnALE.
XXXITI
Résumons-nous : Multiplicité de symptômes communs aux deux maladies; — combinaison possible et même assez fréquente des deux types morbides ; — identité de causes; — similitudes d'évolution, de terminaison, de résistance aux agents thérapeutiques; — analogies anatomiques (pour ne rien dire de plus); — telles sont les raisons diverses qui semblent bien autoriser à considérer le tabès et la paralysie générale comme deux modalités topographiques d'un seul et même processus morbide, comme deux branches d'un même tronc, comme deux localisations géographiques d'une m^me maladie.
Conséquemment, dans cette interprétation, il y aurait une maladie unique^ qui :
i" Alors qu'elle se localiserait exclusivement (ou
une disparition plus ou moins accentuée des fibres nerveuses coiitenucs dans les circonvolutions. Cette altération est très analogue à celle qu'a décrite M. Tuczek dans la paralysie générale des aliénés » (p. 362). — Et ailleurs : « Les lésions cérébrales du tabès sont purement et simplement sous la dépendance de la même cause qui détermine les lésions médullaires du tabès : la syphilis. — Ces lésions cérébrales des tabétiques sont, en somme, très analogues, sinon identiques à celles de la pai-alysie générale des aliénés. Comme celles-ci, elles sont dues à la syphilis exerçant directement sou action nocive sur les libres des circonvolutions cérébrales, indépendamment des ravages qu'elle peut faire du côté des cordons postérieurs de la moelle m (p. 305).
aSa Air-ECTioNs parasyphilitiques.
d'une façon tout à fait prédominante) sur la moelle, constituerait le tabès \
1° Alors qu'elle se localiserait exclusivement (ou d'une façon tout à fait prédominante) sur le cerveau, constituerait la paralysie générale-^
3" Alors qu'elle affecterait à la fois la moelle et le cerveau, constituerait un type mixte, hybride, auquel serait applicable la dénomination de tabès cérébro-spinal.
Et cette interprétation, qui réunit, qui fusionne ainsi les deux maladies en une seule entité morbide, est ce qu'on a appelé la doctrine identiste ou fasionniste, doctrine qui s'agite actuellement et s'est imposée, dirai-je, à l'ordre du jour.
Bien naturellement celte doctrine, comme toute innovation introduite dans la pathologie, a rencontré des adversaires et suscité des objections.
Ces objections, quelles sont-elles, et quelle en est la valeur? — Quelques mots à ce sujet.
I. — On a dit d'abord : « Peut-être y aurait-il quelque apparence de raison à vouloir fusionner le tabès et la paralysie générale, si la clinique présentait ces deux affections réunies d'une façon commune, courante, habituelle. Mais tel n'est pas le cas. Ce qu'on observe usuellement, tout au contraire, c'est ou bien le tabès seul, isolé, ou bien la
TABES ET PARALYSIE GENÉnALE.
paralysie générale seule, isolée. Donc, le principe même d'une fusion à effectuer entre ces deux types n'est pas admissible. »
Erreur de fait, erreur matérielle, répondronsnous.
Oui, sans doute, nombreux, très nombreux sont les cas où la paralysie générale existe sans tabès, comme le tabès sans paralysie générale. Méconnaître ce fait serait nier l'évidence même. Mais multiples aussi sont les cas précisément inverses, alors surtout qu'on se donne la peine d'analyser par le menu les symptômes morbides, au lieu de s'en tenir à un diagnostic de surface (passez-moi le mot) d'après les troubles prédominants. Ainsi : d'une part, l'association à la paralysie générale de symptômes ou de lésions d'ordre tabétique est un fait usuel^ absolument usuel, comme viennent de l'établir les statistiques précitées; — et, d'autre part, des symptômes et des lésions de paralysie générale coexistent parfois (quoique bien moins fréquemment) avec le tabès. Il n'est même pas rare de voir le tabès verser absolument dans la paralysie générale et se terminer par elle. Baillarger, Westphal, Rey, Caizergues, Christian, Tenneson, Magnan, Falret, Masson, Estorc, Savage, Raymond, Rendu, Barthélémy, etc., en ont cité de nombreux cas. Après avoir dépouillé à nouveau mes notes d'hôpital et de ville à ce sujet, j'ai réuni plus d'une quarantaine d'observations de ce genre; et, si je n'insiste pas davantage ici sur ce point, c'est
AFFECTIONS PARASYPHILITIQDRS.
que je l'ai déjà longuement développé ailleurs*.
Donc, il n'est pas à arguer — bien au contraire — d'une prétendue rareté de rapports usuels et de conjonction possible entre les deux maladies contre la doctrine identiste.
II. — « Mais, a-t-on ajouté, alors que le tabès et la paralysie générale viennent à faire conjonction, à s'associer sur un même sujet, pourquoi ne pas voir là un simple hasard, une coïncidence accidentelle, au lieu de s'efforcer à interpréter le fait par une doctrine hypothétique d'identité morbide? »
Réponse catégorique : Le hasard et les coïncidences ne sauraient entrer en ligne de compte alors qu'il s'agit d'expliquer des rencontres usuelles, des connexions courantes de symptômes pathologiques. Dit-on, par exemple, que l'endocardite rhumatismale est une coïncidence de hasard vis-à-vis du rhumatisme articulaire?
m. — On a encore invoqué contre la doctrine identiste la différence d'évolution des deux maladies. « Voyez donc, a-t-on dit : la paralysie générale évolue en deux ou trois ans, pour aboutir à la mort; et le tabès, bien souvent, n'a pas achevé son cycle pathologique avant lo, i5, 20, 3o ans et plus. »
Qu'importe? répondrai-je. Il n'est rien d'extraordinaire à ce que deux localisations morbides différentes évoluent de façons différentes. Il n'est rien
I. V. mon livre sur X Aiax\e locomotrice d^onginc sypliilitujuc, p. 247 cl suiv.
TABES ET PAnALYSIE GIÎNÉnALE.
d'étonnant à ce qu'un processus cérébral maiche plus vite et tue plus rapidement qu'un processus médullaire. Ainsi que l'a dit Rendu, « il n'y a rien là qui soit de nature à séparer foncièrement deux affections que rapproche la communauté des symptômes et des causes pathogéniques ».
Autotal, donc, ces diverses objections (et d'autres encore que je crois vraiment avoir le droit de passer sous silence) ne sauraient porter atteinte à la doctrine identiste. Elles sont même presque de nature à lui faire plus de bien que de mal. Car, après les avoir entendues, on est tenté de se dire : « Il faut vraiment que la doctrine en question repose sur des considérations bien positives et bien formelles pour que ses adversaires n'aient pas trouvé de meilleures raisons à lui opposer ».
Tel est, messieurs, l'exposé de la question.
Et maintenant, à quoi conclure?
Allons-nous prendre résolument parti, brûler nos vaisseaux et dire : « Décidément, oui, paralysie générale et tabès ne constituent qu'une seule et même maladie? »
Certes, de par ce qui précède vous avez dû comprendre que telle serait bien mon envie. Ce n'est pas le désir qui me manque d'aboutir à celle
AFFHCTIONS PAR ASYPHILITIQURS.
dernière formule comme solution du problème.
Mais il convient que je résiste à ce désir. Et pourquoi? Pour deux raisons : Parce que, d'abord, il y a un desideratum, une lacune, dans la démonstration qui précède, à savoir la lacune anatomique; — en second lieu et plus encore, parce qu'en matière aussi difficile, aussi délicate, il y a toujours avantage à laisser mûrir les questions, de façon à donner à chacun et à se donner à soi-même le temps de les méditer, de les envisager sous des faces différentes, dans des états d'esprit différents. Au surplus, rien ne presse. Il ne s'agit là, somme toute, que d'une question de nosologie, qui ne comporte pas l'urgence d'une question de pratique. Il ne s'agit là, d'autre part, que d'un débat où les opinions adverses ne laissent pas au fond d'être assez rapprochées, tout le monde tombant d'accord sur ce point que les deux maladies, alors même qu'elles ne sauraient être fondues en une seule unité morbide, n'en constituent pas moins des types pathologiques très voisins, similaires, et souvent combinés. Sachons donc attendre.
Et d'ailleurs — vous l'avez déjà sans doute préjugé — l'intérêt véritable du sujet n'est pas dans le débat nosologique. Il est ailleurs, il est tout entier dans l'appoint apporté par ce débat même à la démonstration des rapports de la paralysie générale avec la syphilis. Et comment cela? Vous allez le comprendre.
TABES ET PARALYSIE GlîNHnALE.
Que ressort-il en somme de Loat ce qui précède? Ceci : que le tabès et la paralysie générale constituent deux maladies étroitement unies, « proches parentes », parentes même à ce d^egré qu'elles sont sur le point de se confondre, qu'elles sont peutêtre destinées à se trouver réunies un jour ou l'autre en une seule entité pathologique.
Or, si la paralysie générale est tellement voisine du tabès qu'elle s'identifie presque avec lui, elle doit donc en toute logique avoir avec la syphilis les mêmes affinités que le tabès; elle doit donc être, elle aussi, une conséquence, une émanation de la syphilis, à la façon du tabès, du tabès dont les attaches avec cette dernière maladie ne sont plus contestables ni contestées.
Par conséquent, démontrer, comme nous venons de le faire, les connexions intimes de la paralysie générale avec le tabès, c'est démontrer indirectement les connexions de la paralysie générale avec la syphilis.
Et c'est ainsi que ce dernier témoignage apporte un supplément de preuves au grand fait que je n'ai cessé d'avoir en vue au cours de cet exposé, à savoir les relations d'origine de la paralysie générale avec la syphilis^.
1 J'ai reçu trop tardivement pour l'insérer à sa place im nouveau document sur la fréquence des antécédents de syphilis dans la paralysie générale. Ce document, je vais le consigner ici, mais le lecteur voudra bien le reporter à la page iSg. 11 est dû au Hugonin. En voici l'analyse succincte.
« Depuis 20 mois que je suis attaché à la maison de santé de
AFFECTIONS l'Ail ASVI'IIILITIQUES.
ÉPILEPSIE PARASYPHILITIQUE.
On voit parfois se produire au cours de la syphilis une épilepsie vraiment singulière et très différente à divers titres de ce qu'on a appelé l 'épilepsie syphilitique ou mieux la forme épileptique de la syphilis céréhrale.
Cette épilepsie, pour en résumer immédiatement les traits principaux, se caractérise surtout par ceci :
1° Qu'elle se produit à l'état de symptôme isolé^
M. le D'' G..., j'y ai vu 22 malades afTectés de paralysie générale. Mais de ce nombre il faut défalquer 8 cas sur lesquels, pour des raisons diverses, je ne possède aucun renseignement j-elatif aux antécédents morbides ou autres. Restent donc 14 cas à antécédents connus.
« Or, d' une façon absolument certaine, y'ai relevé des antécédents de syphilis sur tiœi7,e de ces malades. Un seul nia paru indemne.
(Suit le détail des observations, que je crois inutile de citer ici).
« Dans la plupart de ces cas, ajoute notre confrère, la sj^philis paraît avoir été bénigne.... Dans la plupart des cas, aussi, le traitement paraît avoir été insuffisant, écourté, ou même presque nul.
« Cbez les malades ix, xi et xii, la syphilis était ancienne, remontant au plus à une quinzaine d'années (avant rinternemeut). Mais, pour le plus grand nombre, elle était beaucoup plus récente. Chez le malade x elle datait de quatre ans.
« Les malades vx et xi paraissent avoir retiré un certain bénéfice, au moins provisoire, du traitement anlisyphilitique. Ils sont sortis améliorés, mais avec un affaiblissement des facultés sans doute
EPILEPvSUÎ.
c'est-à-dire sans cortège de phénomènes d'un autre ordre, notamment, bien entendu, de phénomènes cérébraux ;
2° Qu'elle se continue et se perpétue sous cette for/ne^ c'est-à-dire subsiste en tant qu'épilepsie pure et simple, toujours sans association d'autres phénomènes morbides ;
3° Qu'elle est durable et longuement durable;
4° Qu'elle ne subit des remèdes antisyphilitiques aucune action^ ni curative, ni même temporairement suspensive;
5° Qu'elle n'est ou du moins n'a paru jusqu'ici être influencée que par la médication bromurôe^ laquelle ne la guérit pas, mais la modère.
Le seul exposé de ces caractères vous montre déjà
irrémédiable. En général, les résullals du traitement antisyplnlitiqiie ont été peu satisfaisants. »
Coïncidemment avec la syphilis, des antécédents d'autre nature ont été relevés plusieurs fois, à savoir : « Alcoolisme, ou tout au moins excès alcooliques, 4 cas; — hérédité névropathique, 3 cas;
— signes de dégénérescence native, i cas; — excès de tout genre, I cas. »
En tout cas, le fait majeur qui ressort de cette intéressante enquête, c'est la fréquence extrême des antécédents de syphilis dans la paralysie générale. Treize fois sur quatorze cas la sypiiilis a été retrouvée par M. le D' Hugonin dans le passé de ses malades. Cela fournirait au pourcentage une proportion de 92,8 pour 100;
— proportion considérable, proportion tout aussi élevée, je le répète encore une fois, que celle où l'on aboutirait pour n'importe quel accident de syphilis tertiaire, étant donné le chiffre toujours très élevé des manifestations tertiaires à antécédents spécifiques méconnus ou ignorés. — Quoi de plus significatif, quoi de plus probant?
AFFECTIONS PAnASYPHlLITIQCES.
qu'à des litres muUiples et majeurs cette épilepsie se difTérencie essentiellement de l'épilepsie syphilitique proprement dite, laquelle tout au contraire a pour attributs usuels :
1° De s'associer, même à une époque voisine de son début, à des phénomènes cérébraux;
2° De se fondre rapidement dans un ensemble symptomatologique complexe qui est celui des encéphalopathies spécifiques ;
3" D'évoluer plus ou moins hâtivement soit vers la guérison, soit vers une terminaison néfaste;
4° D'être accessible, sinon toujours, au moins assez souvent, au traitement spécifique, lequel parfois même exerce sur elle une action répressive des plus puissantes.
Mais, mieux que tout commentaire, un exemple pris sur nature vous représentera le type morbide dont je me propose de vous entretenir.
Un jeune homme de 25 ans contracte la syphilis. Il s'en traite pendant neuf mois, et bientôt la maladie impose silence à toute manifestation. — Vingt ans s'écoulent sans accidents. — Puis, soudainement, sans le moindre prodrome, sans provocation aucune et au cours d'une santé parfaite, cet homme, alors âgé de ^5 ans (remarquez l'âge au passage), est pris d'un violent accès épileptique, caractérisé par l'ensemble le plus classique des symptômes du grand mal : cliule subite, perte de connaissance, convulsions généralisées, toniques,
ÉPILEPSIE
puis cloniques, cyanose, écume à la bouche, stertor et sommeil terminal, etc.
Or, à dater de ce moment et cela au minimum pour une période de onze années (au delà de laquelle s'arrête mon observation), le malade n'a jamais cessé d'être sujet cà des accidents épileptiques de divers ordres, caractérisés les uns par des crises de grand mal, les autres (en nombre incomparablement plus considérable) par des accès de peiit mal. Ainsi :
Pendant les deux premières années, trois grandes crises convulsives se produisirent encore, entremêlées à des accès de simple vertige. — Puis, au delcà, de fortes crises de petit mal occupèrent seules la scène; mais en revanche celles-ci furent bien autrement répétées. On en compta très exactement :
une quinzaine par année en 1882 et i883; 20
en i884; — 22 en i885; — 18 en 1886; — 19 en 1887, etc.\ Toutes, presque invariablement, se caractérisaient de la façon suivante ; stupeur soudaine avec pâleur du visage; sensation d'anéantissement ; conservation de la connaissance, mais avec obnubilation ; impossibilité d'articuler rien autre que des mots très simples comme oui onnon\ bruits de cloches dans la tête ; sorte « d'extase » ou de a rêve » ; puis, cessation brusque des phénomènes, après une durée variable de quelques
I. Ces cbifFres sont rigoureusement exacts, le malade ayant pris soin d'inscrire chacune de ses crises sur un carnet ad hoc, qu'il m'a communique'.
FouRNiEiv. — ^IJccl. parasyphil. i6
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUE?.
minutes à un quart d'heure; — et, finalement, retour immédiat à l'état normal.
C'était bien là — n'est-ce pas? — de Vôpilepsie à la façon de l'épilepsie commune, ou bien encore à la façon de celle que nous observons si fréquemment chez nos malades affectés d'encéplialopathies spécifiques graves. Or, remarquez bien maintenant, messieurs, ce qui va suivre.
D'une part, cette épilepsie est restée pendant onze années ce qu'elle était à son origine, sans la moindre complication. Seule, elle constituait la scène au début; seule, elle l'a occupée depuis lors^ et cela onze années de suite. Et, pendant toute cette longue étape, aucun phénomène morbide n'est venu s'y ajouter. D'abord, pas le moindre trouble de la santé générale. En second lieu, et tout particulièrement, pas le moindre symptôme cérébral. Intelligence restant absolument intacte; mémoire indemne; nul incident morbide du côté de la motilité, de la sensibilité, des sens spéciaux, etc., etc. — Bref, épilepsie, et rien que de l'épilepsie, voilà toute l'histoire du malade pour ces onze années (et sans doute au delà).
D'autre part, impuissance absolue du traitement spécifique.
Il va sans dire que, pendant ces onze années, des médications multiples et variées ont été dirigées tour à tour contre les accidents en question. Tout ce qui, rationnellement ou empiriquement, pouvait être tenté a été tenté. Eh bien, réserve faite pour
EPILEPSIE
un seul remède, rien n'a produit le moindre eflet heureux.
A diverses reprises, j'ai mis en œuvre la médication spécifique, et cela à doses élevées, fort élevées, et sous des formes différentes. Peine perdue. Des crises se produisaient en plein traitement comme à la suite du traitement. Aucune modification, aucune intermission même des crises ne résultait de l'usage intensif du mercure et de l'iodure. De guerre lasse j'ai dû renoncer à ces remèdes.
Un seul médicament a agi d'une façon bien certaine, irrécusable, mais incomplète; c'est le bromure de potassium administré cà fortes doses. Plusieurs fois le bromure a produit des intermissions de deux à trois mois; mais jamais il n'a réussi à suspendre définitivement les crises. « C'est le seul remède, disait le malade, qui m'ait produit quelque effet, w
Eh bien, telle serait, à cela près de quelques variantes sans importance, l'histoire de plusieurs malades que je pourrais citer, histoire toujours constituée de la façon suivante : accidents épileptiques de grand et de petit mal, survenus à la fois sans causes appréciables et sans prodromes;
— se continuant sous la même forme; — durables-
— non compliqués d'aucun autre trouble; — et radicalement rebelles au traitement spécifique.
D'où il suit que l'exposé clinique de cette modalité comitiale est en vérité des plus simples. Déjà
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
VOUS savez ce qu'elle est, à cela près de quelques détails qu'il me reste maintenant à préciser.
I. — L'invasion morbide est à la fois soudaine, inattendue et toute spontanée (en apparence, bien entendu). Elle se fait ex abrupto^ en pleine santé, sans le moindre prodrome, sans la moindre cause (telle qu'incidence morbide, excès, fatigue, émotion,, etc.) de nature à la motiver.
Généralement, elle a pour début plus que solennel un grand accès comitial. — Plus rarement, elle s'annonce par quelques accidents légers de petit mal, auxquels succède une crise con^^lsive.
Au delà, la maladie est constituée par un mélange (en proportions très inégales comme nombre) d'accès de grand mal et d'accès de petit mal.
II, — Les accès de grand mal sont relativement rares et, en conséquence, largement espacés. On en observe, par exemple, 2, 3, 4 au cours d'une année, rarement davantage, et cela plus spécialement au cours de la première année.
Ces accès, qu'il serait inutile de décrire en détail, reproduisent trait pour trait la grande crise épileptique (sidération subite, avec ou sans cri; chule; perte de connaissance; convulsions toniques, puis cloniques ; morsure de la langue ; écume ; stertor ;
ÉPILEPSIE
el sommeil terminal, etc.). Ils sont généralement intenses et d'assez longue durée.
Après un certain temps, c'est-à-dire après la première ou les deux premières années, ils se suspendent presque complètement pour ne plus apparaître qu'à intervalles très distancés.
III, — Les crises de petit mal sont au contraire très remarquables par leur fréquence, et cela soit dès le début, soit plus encore à une époque ultérieure, alors que, les grands accès convulsifs s'élant apaisés, elles constituent à elles seules presque toute la maladie. Il s'en produit en moyenne (réserves faites pour les influences thérapeutiques) de dix à quinze ou vingt' par an, comme sur le malade dont je vous racontais l'histoire tout à l'heure. Un autre de mes clients en a eu, mensuellement, i3, 8, 11, 10, 8, i4, 10, etc. — Par instants, elles peuvent même devenir encore plus fréquentes. Ainsi le dernier malade en question en a éprouvé, dans ce qu'il appelait une « mauvaise passe w, jusqu'à 11 en 20 jours. — Bien plus rarement, enfin, elles se rapprochent davantage jusqu'à se produire « en bouquet »; le même sujet en a subi 6 en un jour.
En d'autres cas, à la vérité, elles sont notablement plus rares, voire espacées de quelques semaines.
Comme symptômes, les crises de cet ordre rappellent exactement, dans leurs formes d'ailleurs très varial)les, la modalité du petit mal vulgaire. Généralement, elles consistent en ceci : Sensation
AFFECTIONS PAnASYPUILlTIQUES.
soudaine, inslanlanée, d'anéantissement avec stupeur; — sorte d'absence, d'éclipsé, d'extase, de (( rêve les yeux ouverts « ; — conservation de la connaissance, mais avec certain degré d'obnubilation; — faculté de langage suspendue; impossibilité de se faire comprendre autrement que par signes ou par quelques monosyllabes (oui, non); — pâleur du visage; — puis, disparition de tous ces phénomènes et retour immédiat à l'état normal.
Vous avez vu comment le premier malade dont je vous ai parlé racontait ses crises. C'était chez lui une sorte d'invasion soudaine de l'intellect par un rêve, par une extase, et toujours « avec fort bruit de cloches dans la tête ». Au cours de l'accès, il conservait la connaissance, mais ne se rendait qu'imparfaitement compte de ce qui se passait autour de lui. Il ne parvenait à ce moment, malgré tous ses efforts, qu'à articuler quelques mots très simples. Il pouvait se lever, aller et venir, mais pour vaguer sans but, sans intention suivie, à la façon (la comparaison est du malade) de ces animaux captifs qui errent machinalement dans leur - cage. « Quelqu'un, disait-il, m'aurait vu à ce moment qu'il m'eût pris pour un homme ivre. Un jour la crise me vint alors que je conduisais ma voiture; je n'ai pas abandonné les guides; mais il m'eût été impossible d'arrêter ou de diriger mon cheval. »
Un autre de mes malades, homme très observateur et d'une haute intelligence, définissait ses
ÉPILEPSIE
crises comme il suit : Soudainement, invasion d'une idée vague, indéfinie, se substituant à l'occupation du moment, et s'imposant au cerveau d'une façon maîtresse, « tyrannique » ; — sensation presque douloureuse de serrement au niveau des tempes; — pâleur du visage; — puis, disparition subite des accidents; — et, la crise à peine évanouie, impossibilité absolue de se rappeler l'idée singulière, bizarre et « toujours la même », qui maîtrisait ainsi le cerveau au cours de l'accès.
Quant à leur intensité et leur durée, ces crises offrent toutes les variétés imaginables. Je les aî vues longues et très longues sur l'un de mes malades, qui leur attribuait une durée de lo, i 5, 20 minutes, voire d'une lieure quelquefois. Mais ce n'est là, je crois, qu'une exception rare. Le plus babituellement, elles ne persistent pas au delà de quelques minutes. — Souvent même elles sont tout à fait passagères et ne doivent pas, semble-t-il, excéder une fraction de minute. — Exemples : Un de mes malades était en train de débiter des marchandises qu'il comptait une à une; surpris par sa crise, il devint très pâle, resta immobile quelques instants, les yeux fixes, « comme en extase » (récit de sa femme), puis reprit tout aussitôt son travail. Détail curieux : au cours de cette crise, il continua machinalement et bien qu'immobile à compter ses marchandises, en disant à haute voix : 86, 87, 88, etc — — Un autre me racontait ceci : « Mes crises sont si courtes parfois qu'un assistant ne s'en