‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 34 sur 68 · INCAPACITÉ VITALE DU FŒTUS · texte numérisé non relu

INCAPACITÉ VITALE DU FŒTUS

de l'enfant, de créer des déchéances organiques et des prédispositions morbides, de constituer en un mot toute une catégorie d'accidents qui ne sont plus de la syphilis, je le veux bien, mais qui en sont des produits, des dérivés, et auxquels pour ce motif j'ai proposé d'appliquer le nom de parasyphilitiques.

Les accidents de ce genre n'ont plus rien, à coup sûr, de syphilitique comme essence, comme nature, et l'anatomo-pathologiste pourra bien, sur la table d'amphilhéâtre , les récuser en tant que lésions ou manifestations d'ordre syphilitique. Mais n'importe; ils n'en sont pas moins syphilitiques cV origine., et cela parce qu'ils sont nés de la syphilis, issus de la syphilis, parce qu'ils se" sont produits à son propos, de son fait, sous son influence, parce qu'en définitive, sans elle, ils n'auraient pas vu le jour. Et conséquemment, en raison même de leur filiation, le médecin ne saurait les distraire du dossier pathologique auquel ils appartiennent, c'està-dire les séparer de la syphilis qui en reste étiologiquement responsable.

Or, s'il en est de la sorte, si la syphilis est susceptible d'importer des perturbations à la fois aussi profondes et aussi complexes dans l'organisme, vous ne serez pas surpris que, par influence héréditaire, elle détermine également des troubles de même ordre, voire des troubles plus accentués. C'est en effet ce qui a lieu.

AFFECTIONS !»AnASYPHILlTIQUES.

Je vais donc vous montrer maintenant que ee dont est capable la sypliilis acquise en tant que conséquences parasyphilitiques, la syphilis liérédilaire le réalise également et même le réalise parfois sous des formes bien autrement saisissantes, surprenantes môme, inattendues.

C'est ainsi que fréquemment, très fréquemment, on voit l'hérédité spécifique se traduire par tels ou tels des phénomènes pathologiques que voici :

1. — Cachexie fœtale^ ou incapacité vitale du fœtus, véritable inaptitude à la vie du produit de conception, véritable déchéance originelle, se manifestant de diverses façons, à savoir :

Soit par la mort du fœtus in utero (d'où ces avortements, ces accouchements avant terme, si fréquents dans la syphilis héréditaire qu'ils en constituent un des modes d'expression les plus habituels);

Soit par la naissance d'enfants prodigieusement chétifs et misérables, véritables avortons que la mort attend à bref délai;

Soit, enlin, par la naissance d'enfLints en apparence plus résistants, mais en réalité si chétifs et vilalement appauvris que, pour la plupart, ils sont emportés par la moindre maladie incidente, que certains même meurent inopinément, sans cause, sans raison, meurent « de rien », suivant le terme ici consacré',

1. De u ùs nombreuses statistiques ont été publiées sur ces divers

TROUBLES DYSTnOPHIQURS. ajj

II. — Troubles dijstrophiqms généraux ou partiels, s'accusant par de curieux retards et de non moins étonnants arrêts de développement, à savoir :

Lenteur de croissance générale; — lenteur dans l'évolution des dents; — retard dans les fonctions de locomotion; — retard dans l'avènement de la puberté et de la virilité, dans le développement des seins, dans l'apparition des règles, de la barJje et des poils génitaux, etc.

Chacun sait, en efFet, que quantité d'enfants

points. Voici les miennes, que je reproduirai ici sommairement. (On eu trouvera le délail dans mon livre sur l'hérédité syphilitique.)

I. Pratique de ville. — Cinq cents ménages entachés de syphilis ont fourni un total de 1127 grossesses, lesquelles se son terminées de la façon suivante :

1° Heureusement, c'est-à-dire par naissance

d'enfants sains et survivants. ..... 600 fois

2° i)Jeilheureusement, c'est-à-dire par avorlemenls, morts précoces, infection syphilitique des enfants, dégénérescences diverses, etc 527 —

Et, au délail, ces Say grossesses à résultais malheureux se répartissent ainsi :

Avortemenls a3o —

Morts (généralement peu de temps apr('s la naissance, et soit par syphilis, soit par affections parasyphilitiques, par

déhilité native, etc.) 2(5 —

Enfants syphilitiques survivants ... 38 — Dégénérés (hydrocéphales, arriéres,

idiots, etc.) i4 —

D'où il suit :

1» Que la proportion des grossesses à résultats malheureux a été de 4O 0/0 ;

a° Et que la proportion de mortalité infantile a élé de 4^ 0/0. Une hérédité morbide qui aboutit à tuer 42 enfants sur 100, quel

AFFECTIONS PAnASYPHILlTIQUES,

hérédo-sypliiliLiques sont particulièrement remarquables à ces divers points de vue. Ces enfants, d'une façon assez habituelle, grandissent lentement et péniblement; — ils font leurs dents sur le tard; — ils ne commencent à marcher et à parler que tardivement, etc., etc.; — comme si (ce qui n'est que trop vrai en l'espèce) le développement de tous leurs systèmes était entravé par un vice organique, par une insuffisance native de la nutrition.

résultat lamentable, néfaste, désolant! — Et c'est hien autre chose encore à l'hôpital, comme ou va le voir. I[. — Pratique hospitalière.

1° Une statistique, que j'ai dressée autrefois à Lourcine et qui porte sur les sept années que j'ai passées dans cet hôpital, m'a fourni le chiffre terrifiant de quatre-vingl-six enfants morts sur cent grossesses.

De même, un de nos très distingués confrères, M. le D"' Coffiu, observant lui aussi à Lourcine, a vu 28 grossesses de femmes syphilitiques aboutir à ceci :

27 enfants morts; I seul survivant.

2° A l'hôpital Saint-Louis, 148 grossesses de femmes syphilitiques m'ont fourni les résultats suivants :

125 enfants morts; — et 23 survivants.

D'où, comme proportion de mortalité : B/J 0/0.

Ces divers chiffres et tant d'autres que j'aurais à citer attestent avec une éloquence indéniable l'influence énergiquement meurtrière qu'exerce le vice hérédo-sjphilitique sur le produit de conception et sur l'enfant. La vérole tue les Jeunes, comme on Ta dit, et les tue par véritables hécatombes. Elle est, de toutes les maladies, celle qui produit le plus d'avortements et qui tue le plus d'enfants eu bas âge.

Or, elle n'est pas seulement meurtrière par le fait de lésions syphilitiques; elle l'est aussi et souvent, très souvent, de par son action indirecte, de par son influence />arasyp/iiliti(jae, ainsi qu'où le verra par ce qui va suivre.

•rnouuLEs dysthopiiiques. irg

Chacun sait de même aujourd'hui que, non pas constamment, mais fréquemment, les syphihtiques héréditaires demeurent, à l'âge adulte, de petits hommes ou de petites femmes, des êtres grêles de formes, réduits de toutes proportions, ratatinés, rabougris, atrophiés. Si bien qu'à i8 ou 20 ans ils semblent encore des enfants et « trompent sur leur âge », comme on dit vulgairement. En un mot, ce qu'on appelle \' infantilisme est un des traits les plus caractéristiques de la syphilis héréditaire.

De même encore la syphilis héréditaire réalise d'une façon assez commune de curieuses clystrophies partielles portant sur certains organes, comme sur les testicules, qui se présentent petits, très petits, voire rudimentaires; — sur les seins qui ne se développent pas; — sur les ovaires, cjui peuvent ne pas contenir de vésicules de De Graaf ; — sur les os, qui restent pauvres en éléments nobles (phosphate de chaux, carbonate de chaux, osséine), et tout au contraire se surchargent de substances indiIFérentes' ; — sur le cerveau, dont l'évolution se trouve matériellement enrayée, etc. Ainsi, en ce qui concerne ce dernier organe, c'est un fait aujourd'hui démontré (même par l'anatomie pathologique) que l'influence héréditaire de la syphilis est susceptible de créer des

I. Voir, à ce siijel, les intéressants résultats auxquels a abouii mon savant ami le D' A. Robin, d'après l'analyse chimique d'os provenant d'enfants liérédo-sypliilitiques. (V. Inllueiice e/yslrop/iiqiie de l'/ic'rcdo-syjfhilis, par A. Fournier, Médecine moderne, 1890.)

AFFECTIONS PABASYPIIILITIQUES.

enfants à développement intellectuel insuffisant, des enfants a arriérés », comme on les appelle poliment, des « simples d'esprit », des imbéciles; et il n'est même pas rare de la voir se traduire par une déchéance encore plus accentuée des facultés intellectuelles, déchéance confinant et aboutissant à l'idiotie.

m. — Malformations congéniales. — Pour certains observateurs, pour M. le professeur I.annelongue, par exemple, et pour moi, l'hérédité syphilitique peut servir d'origine à diverses malformations congéniales, telles que : malformations des membres; — pied bot; — malformations des doigts; — spina bifida; — division de la voûte palatine ; — bec-de-lièvre ; — asymétrie crânienne ; — microcéphalie; — hydrocéphalie, etc.*. A coup sûr, toutes ces conséquences possibles de l'hérédosyphilis ne sauraient encore être données comme formelles et irrécusables; mais elles sont, je crois pouvoir le dire, en voie de démonstration.

IV. — Prédispositions morbides. — Ce qui est non moins avéré, ce qui ressort même, dirai-je, en

I. On a décrit encore, comme se rattachant à la sj'philis heredilaire, xine maladie a qui, anatomiqucment, semble bien résulter d'un non-développement des cordons antéro-latéraux de la moelle, et, pathologiquement, se caractérise par des relards dans les fonctions des membres et par des troubles trophiques. »

Ce serait là, certes, un curieux chapitre à ajouter aux malCormations et aux arrêts de développement de l'hérédo-sj-philis. Mais toute conclusion est encore interdite par absence de documents aaatomiques.

V. Gardié, Non-développement liérédo-sypliilit 'tque des cordons ante'rolatéraux de la moelle, Thèses de Paris, 1889.

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