ARRÊTS DE DÉVELOPPEMENT
Ce n'est pas tout. Coïncidemment avec cette lenteur ou cet arrêt de croissance, le retard du dévelopjjement se traduit encore par divers caractères curieux, tels que les suivants :
S'il s'agit d'un garçon : testicules restant petits, rudimentaires, semblables à ceux d'un enfant, infantiles^ comme nous les appelons entre nous ;
— barbe se faisant longtemps attendre, restant longtemps à l'état de follets blonds, grêles, rares, clairsemés; — même retard pour le développement des poils périgénitaux ou axillaires, comme aussi (même à un degré supérieur) pour ceux du corps ou des membres; — en un mot, virilité tardive^ lente à s'accentuer.
De même, s'il s'agit d'une fille, retard du développement des seins^ et souvent même absence de développement de ces organes; — retard dans l'établissement des fonctions menstruelles'^ règles ne commençant à paraître qu'à l'âge de dix-sept, dix-huit, dix-neuf ans, et même plus tard encore;
— retard parallèle dans le développement des poils\ régions génitales et axillaires restant glabres bien au delà de la puberté.
Comme exemple, rappelez-vous une jeune fille entrée dans nos salles pour divers accidents de syphilis héréditaire. Bien qu'elle eût 18 ans, ses seins représentaient ceux d'une fillette de 10 ans;
— ses règles n'avaient pas encore paru ; — et les régions génitales étaient presque absolument glabres.
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
De sorte qu'au lolal les sujets que poursuit une influencesypbililique héréditaire restent longtemps des enfants. Aussi bien paraissent-ils toujours plus jeunes qu'ils ne le sont et trompent-ils sur leur âge, suivant l'expression vulgaire.
Eh bien, il est un mot qui résume tous ces caractères, et ce mot, que vous avez déjà prononcé à part vous, est celui d'iWFAisTiLiSME.
L'infantilisme, en effet, est un des traits principaux qui composent la physionomie de la syphilis héréditaire. Ce n'en est pas un caractère constant, à coup sûr, mais c'en est un caractère assez habituel.
Laissez-moi vous en citer quelques exemples.
Hutclîinson et H. Jackson parlent d'un jeune homme affecté de syphilis héréditaire, lequel, à dix-huit ans, « semblait en avoir quatorze ou quinze ».
Lewin, relatant un cas de syphilis héréditaire tardive, dit que son malade, jeune homme de dix-huit ans, faisait l'impression d'un enfant « de douze à quatorze ans w.
Klink cite un cas semblable, relatif à un jeune homme de dix-neuf ans, « qui semblait en avoir douze ».
Laschkevvitz (de Charkow) « n'aurait pas donné plus d'une douzaine d'années à l'une de ses malades âgée de vingt-trois ans ».
Duncan Bulkley, dans la relation d'un cas observé
INFANTILISME.
sur une jeune fîlle également âgée de vingt-trois ans, dit que cette malade était a absolument non développée », qu'elle n'avait rien de son âge ni comme taille, ni comme habitus général, et qu'on lui eût donné « onze à treize ans au plus ».
Il y a plus, mais ceci devient une rareté. On a vu quelquefois, sur les sujets affectés de syphilis héréditaire, le développement physique rester plus incomplet encore que dans les cas précédents. Si bien qu'alors on a affaire à des individus qui sont remarquablement petits et grêles de toutes proportions, qui semblent ratatinés, rabougris, atrophiés, et sur l'âge desquels on commet des erreurs considérables.
A preuve, parmi divers exemples que je pourrais citer, le cas suivant :
Il y a quelques années, une dame se présente à mon cabinet de consultations, me disant qu'elle vient réclamer mes soins non pour elle, mais pour sa fille qu'elle m'amènera le lendemain. Elle me raconte alors, avec force larmes, « qu'elle a gagné la syphilis de son mari; qu'elle s'est aussitôt séparée de lui judiciairement, mais pas assez tôt pour avoir échappé à une grossesse, et qu'elle a donné le jour à une fille qui a vécu, qui vit encore, mais qui est entachée de syphilis. Dès les premières semaines qui ont suivi sa naissance, cette enfant a présenté divers accidents qui ont été jugés spécifiques et traités comme tels. Plus tard, d'autres
AFFECTIONS PAnASYPIIILlIIQUES.
manifestations de même ordre se sont produites : kératite, lésions de la gorge, exostose, etc. ; et, tout récemment encore, des lésions nouvelles viennent d'afiPecler derechef plusieurs os. »
Le lendemain, l'enfant m'est amenée. A première vue, je lui donne 6 à 7 ans; elle en avait i4! Sa taille (que, par respect pour l'affliction de la mère, je n'ai pas osé mesurer) était dérisoirement petite. Le corps et les membres se présentaient à l'avenant. Les bras, par exemple, maigres, fluets, sans reliefs musculaires, avaient positivement la forme et le diamètre d'un manche à balai. Le tronc était osseux, émacié, aplati d'un côté à l'autre, et saillant en carène à sa partie antérieure. D'allure et d'ensemble, l'enfant semblait presque un « bébé », tant elle était grêle de toutes proportions, comme atrophiée " d'une façon générale, comme réduite, ratatinée, étriquée de toute sa personne.
Enfin, les choses peuvent-elles aller plus loin ? La réduction de la taille et l'exiguïté des formes peuvent-elles s'abaisser jusqu'au nanisme'^ En autres termes, l'hérédo-syphilis fait-elle des nains?
Cela, m'empresserai-je de dire tout d'abord, je n'en sais rien. Toutefois, sans que je me sois livré à des recherches spéciales sur ce point, deux faits qui sont venus à ma connaissance sembleraient permettre de répondre à la question par l'affirmative.
Je dois le premier à un clinicien dont le talent