‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 42 sur 68 · NANISME · texte numérisé non relu

NANISME

et lu rigueur d'observalion sont appréciés de tous, M. le professeur Guyon. Le voici, sommairement.

Un sujet, que très rigoureusement on peut qualifier de nain et qui est aujourd'hui âgé d'une vingtaine d'années, est issu d'un père et d'une mère ne présentant absolument rien que de normal comme taille, comme constitution, comme santé. Il appartient, de plus, à un milieu bourgeois, aisé, d'où sont exclues toutes causes de dépression et de déchéance organique. Or, son père a été affecté de syphilis peu de temps avant de se marier et ne s'est traité que d'une façon très incomplète. A part cela, rien, absolument rien comme étiologie de ce nanisme. Enquête ouverte et minutieusement poursuivie sur les origines possibles de cet arrêt de développement, M. Guyon n'a trouvé qu'une seule cause à laquelle il pût être rationnellement imputé, à savoir l'influence hérédo-syphilitique. « Pour moi, me disait encore ces jours-ci mon éminent collègue, c'est là, bien probablement, un cas de nanisme par hérédo-syphilis. »

Quant au second fait, voici comment j'en ai eu connaissance.

Il y a quelques semaines, un de mes anciens internes, actuellement accoucheur distingué des hôpitaux, le D"" Porak, vient me rendre visite ; et, sortant un crâne de sa poche, il me le présente en me disant : « Je crois que je vais vous rendre heureux. En tout cas, je viens vous demander votre

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avis sur ce crâne, précieux entre tous, qui appartient à la collection du Muséum et qu'on a bien voulu me prêter pour quelques jours. Que pensezvous des lésions qu'il porte? Je vous dirai ensuite ce dont il s'agit. »

J'examinai donc ce crâne, et non sans étonnement. Je l'examinai longuement, fort intrigué, et, après mûre investigation : « C'est bien étrange, répondis-je, ce que vous m'apportez là. Je vois un crâne qui, par ses dimensions, semble une tête d'enfant, et, par ses sutures, une tête d'adulte. Je ne comprends vraiment rien à cela.

« Mais, ce que je comprends, ce que j'affirme, est ceci : c'est là un crâne de syphilitique et de syphilitique héréditaire. Car je vois là, sur les deux bosses pariétales, une lésion qui constitue un reliquat d'ostéome gommeux — type admirable même en son genre — et qui, de par son siège, sa symétrie parfaite, sa limitation exacte aux deux pariétaux, répond absolument à la caractéristique des lésions osseuses hérédo-syphilitiques, si bien formulée par mon pauvre ami Parrot. Conséquemment, sans contestation possible, je crois, c'est là un crâne d'hérédo-syphilitique ' . »

I. Les détails d'examen de cette pièce (détails que je passe sous silence), rapprochés du procès-verbal d'autopsie, ne sauraient vraiment laisser de doutes sur la qualité spécifique des lésions crâniennes. Il s'agissait là, bien évidemment, d'un ostéome gommeux qui, pour n'être pas dénommé, n'en est pas moins reconnaissable aux particularités signalées par l'observateur. Qu'on en juge par l'extrait suivant.

« Les deux pariétaux avaient au moins six ligues d'épaisseur

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— Alors, donc, soyez heureux, reprit M. Porak; car voilà qui s'accorde parfaitement avec vos idées sur l'infantilisme, la réduction de la taille, les arrêts de développement, etc., en tant que résultats possibles de l'hérédo-syphilis. Ce crâne, en effet, est celui d'un nain, et d'un nain que j'avais, comme vous, taxé d'une tare hérédo-syphilitique. Bref, ce crâne est celui de Bébé, du fameux Bébé. »

Or, Bébé, vous le connaissez tous, messieurs; car c'est, de vieille date, un hôte de notre École de médecine. C'est lui qui, avec ses habits authentiques, sous forme d'un mannequin, d'une poupée, a élu domicile dans le musée Orlila, salle des produits de matière médicale.

Eh bien, ce Bébé en c[uestion n'est autre que le nain célèbre de Stanislas 1", roi de Pologne et, plus tard, duc de Lorraine. « A sa naissance, raconte-t-on, il pesait i5 onces (environ l[bo grammes), et un sabot à demi rempli de laine fut son premier berceau. Quand il eut atteint sa croissance, vers sa quinzième année, il avait deux pieds comme taille et pesait 9 livres j/2. 11 mourut de

vers leur centre, à cause d'une tumeur rouge, spongieuse et de nature diploïque, qui bombait vers le cerveau. Nous raclâmes avec le scalpel au moins trois lignes de cette substance sur la partie interne de chaque pariétal, et nous nous en tînmes là, de peur d'amincir trop cette partie du casque osseux et de la rendre fragile....

« Ne peut-on pas conclure que les nerfs et les vaisseaux de la substance cérébrale étaient comprimés par la présence de ces deux tumeurs? La courbure de l'épiue, la voiiture des épaules, l'air prématuré de vieillesse, sur le visage surtout, n'en étaient-ils pas aussi un effet? (Saucerotte, Mél, de Cliirur,, p. 5o4, 1801.)

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AFFECTIONS l'AUASYPUlLlïlQUtS.

vieillesse à vingt-cinq ans. Son intelligence était fort peu développée. On ne put jamais [lui apprendre à lire. »

De ces deux faits, donc, il semblerait résulter que l'influence dystrophique exercée par Thérédosyphilis sur le développement de l'enfant peut aller jusqu'à produire des nains.

Mais vous pressentez bien qu'une question comme celle-là ne saurait être résolue par deux faits. D'autres observations sont nécessaires. Je me borne donc à poser le problème, sans avoir la prétention de lui donner une solution.

Un autre mode par lequel se traduit l'influence dystrophique ,de l'hérédo-syphilis 'sur l'organisme de l'enfant, c'est le rachitisme.

Vous savez quels débats a soulevés, ces dernières années, la question des rapports du rachitisme avec la syphilis héréditaire. D'après l'examen d'un nombre vraiment considérable d'observations et de pièces anatomiques, le professeur Parrot s'était cru autorisé à faire du rachitisme une manifestation d'essence exclusivement syphilitique. Pour lui, le rachitisme n'était « qu'un mode d'expression de la syphilis héréditaire vers la deuxième année de l'existence ». Bien que présentée et soutenue avec

nACHITISME.

un rare tàlent, celle doclrine a soulevé une opposilion presque générale. Elle a élé combatlue el définitivemenl réfulée par une nombreuse série de iravaux que je n'ai pas à ciler; elle n'a plus aujourd'hui qu'un inlérêt hislorique.

Touleibis de celle doclrine il ne resle pas que des ruines, comme on semble le croire et comme certains auteurs ont eu le tort de l'affirmer. Car elle a eu le privilège de mettre en évidence un fait réel, authentique, auquel on n'attachait pas (avant les recherches de Parrol) la créance qu'il mérite, à savoir : l'indéniable fréquence du rachitisme chez les enfants issus de souche syphilitique .

Oui, incontestablement oui, au-dessus de toute discussion possible, le rachitisme se rencontre avec une réelle fréquence sur les sujets affectés de syphilis héréditaire. Et même celte fréquence est telle qu'elle devient significative par elle seule et qu'elle atteste, dirai-je, d'une façon évidente une relation de cause à efl^et entre la syphilis et le rachitisme.

Cette conclusion ressort tout à la fois de l'observation de nos devanciers et de la nôtre. Quantité d'auteurs, anciens*, modernes ou contemporains,

,. A ne ciler qu'un seul exemple, Astruc, au siècle dernier,

„ ' S'ils vivent, les enfimts issus de parents syphilitiques sont écrouelleux, petits, rachitiques, bossus; ils ont de grosses articula- 5 de grosses têtes, des nez écrasés, des jambes crochues, tour-

nons,

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.

ont signalé le rachitisme en relation avec la syphilis héréditaire. Parrot n'avait fait qu'achever — il le déclare lui-même — la démonstration sur ce point. Et, pour ma part, avant de connaître les résuhals de mon collègue et ami, j'avais déjà constaté tant et tant de fois le rachitisme en coïncidence avec la syphilis héréditaire que, de vieille date (dans mes leçons de Lourcine, par exemple), je n'avais pas hésité à affirmer une connexion étroite entre ces deux maladies.

De cela, d'ailleurs, combien de spécimens n'avezvous pas vus dans nos salles! Rappelez-vous, entre autres cas de ce genre, le dernier qui s'est présenté li nous. Il y a quelques jours, une femme syphihlique nous amenait ses deux enfants : or, l'aîné, âgé de quatre ans, offrait un type accompli de rachitisme, tandis que le plus jeune, âgé de quelques mois, était criblé de syphilides.

Autre cas identique, celui-ci emprunté à ma pratique de ville. Un jeune homme contracte une syphilis qui devient grave et dont j'ai toutes les peines du monde à le débarrasser. 11 se marie prématurément et donne naissance à deux enfants, sa femme restant saine. Or, de ces deux enfants, l'aîné (que, malheureusement, je n'ai pu observer qu'à son retour de nourrice) est actuellement âgé de six ans et présente au plus haut degré les déformations classiques du rachitisme. Quant au plus

naos en dehors ou en dedans -^ih sont estropies, tordus, contrefaits en diUerentes manières, etc.... » (Trad. franc., 1743, T. IV, p. 122.)

KACHITISME.

jeune, afFeclé presque dès sa naissance de manifestalions syphilitiques, il a succombé, vers deux ans et demi, à des accidents de syphilis cérébrale.

Des cas de ce genre abondent et surabondent. En sorte que le point de fait est jugé. Oui, très certainement, le rachitisme est une conséquence commune de la syphilis héréditaire.

Mais reste le point de doctrine, à savoir : Le rachitisme est-il une lésion syphilitique, ou bien n'est-il qu'une conséquence banale, indirecte^ de l'hérédité syphilitique?

On sait comment Parrot avait tranché lac[uestion en faisant du rachitisme une lésion syphilitique et en imputant indistinctement à la syphilis tous les cas de rachitisme. Eh bien, vous ai-je dit, une réaction, dont je n'ai pas à raconter ici les étapes, s'est produite contre cette doctrine exclusive, qui est complètement abandonnée de nos jours.

Actuellement, au contraire, on incline à ne voir dans le rachitisme qui se produit sur les enfants hérédo-syphilitiques qu'une conséquence indirecte de la syphilis. Telle est l'opinion que je soutiens depuis longtemps. Pour moi, le rachitisme ne serait qu'une affection d'origine^ mais non de nature syphilitique; ce serait donc, en un mot, une affection parasyphilitique.

J'imagine que la syphilis produit le rachitisme au même titre qu'elle produit la débilitation native, l'appauvrissement de la constitution, le lympha-

AFFECTIONS PAnASYPHILlTIQUriS,

lisme, les dystrophies de tout ordre, les malformations dentaires, les arrêts de développement, l'infanlilisrae, etc., toutes conséquences banales d'une cause spécifique, mais d'une cause spécifique exerçant sur l'économie une influence intense de dépression, de dénutrition, de déchéance organique, de dégénérescence.

Cette opinion est celle qu'ont expressément énoncée plusieurs de nos collègues. Ainsi, pour W. Taylor, « la syphilis peut bien produire le rachitisme, mais indirectement et en raison de ce fait qu'elle altère la nutrition par son influence dépressive, débilitante'

De même, pour M. Cazin, « si la syphilis peut aboutir au rachitisme, c'est qu'elle y prédispose, comme à la scrofule, en tant que cause de détérioration de Cindividu et de l'espèce'^ »,

« J'adopte pleinement, écrit M. le Comby dans son remarquable livre sur le rachitisme, l'interprétation proposée par M. Fournier sur les relations du rachitisme et de la syphihs héréditaire.... Oui, la syphilis prédispose réellement les enfants aux atteintes du rachitisme. Mais, si les enfants atteints de syphilis héréditaire deviennent souvent rachitiques, c'est parce que leur nutrition générale est profondément troublée par la maladie ou par l'allaitement artificiel qui est la conséquence fréquente de la maladie. Ces mêmes enfants, lors-

I. Sypliilitic lésions of the osseous System, New- York, iSjS. a. Rachitisme et syphilis, l883.

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