I. Neurasthénie, hyslbro-neur asthénie secondaire
Jamais la neuraslliénie d'origine spécifique ne se manifeste en plus parfaite évidence et avec un plus riche cortège de symptômes que dans les premiers temps de la période secondaire et, tout spécialement, chez certaines jeunes femmes sans doute prédisposées de nature et par âge à cette qualité d'accidents. Elle constitue, à cette époque de la maladie, la modalité prédominante de ces manifestations nerveuses multiples et diverses que, de vieille date déjà, j'ai décrites et groupées sous le nom de nervosisnie secondaire.
11 est bien positif aussi que l'invasion secondaire ouvre, si je puis ainsi parler, l'ère des manifestations nerveuses spécifiques. On dirait qu'à cette époque la syphilis devient l'occasion d'un état de souffrance générale du système nerveux et qu'elle imprime à ce système une perturbation profonde, un véritable « branle-bas comme disait Ricord. En tout cas, il n'est pas rare qu'à échéance plus ou moins précoce la syphilis engendre une sorte de diathèse nerveuse qui se traduit par une pléiade d'accidents de divers ordres.
Ces accidents, je vous les ai longuement décrits dans une série de conférences antérieures'; je puis donc mte borner, pour ne pas faire double emploi, à vous les rappeler ici sommairement.
I. V. Leçons cUnUiucs sur la syphilis étudiée plus particulièrcmcl chez la femme, 2° <jclit., i88r.
KEUnASTHÉNJE.
Ils consistent en ceci :
Malaise général du système nerveux, et malaise constitué par un état mixte de dépression et d eréthisme ;
^ Céphalée, quelquefois avec addition de vertiges, d etourdissements, d'obnubilations passagères;
Troubles du sommeil (insomnie essentielle spécifique) ;
Douleurs névralgiques ou, plutôt encore, névralgi formes ;
Troubles des sens : éblouissements, kopiopie, bourdonnements, etc.
Troubles variables de la sensibilité, et surtout (remarquez bien, messieurs, les particularités suivantes, car elles sont presque caractéristiques, presque révélatrices de la cause syphilitique) analgésies disséminées; — analgésies partielles et S2jmétriques-, — et surtout analgésies affectant par excellence deux points de prédilection, à savoir : le sein (chez la femme) et la région dorsale du métacarpe* ;
I. Je crois (et j'en aL dit les raisons ailleurs) que ces curieuses analgésies a particnlarites de siège si éminemment distinctives relèvent directement de la vérole au titre d'a.a/.esies to.ijues, bien plutôt qu elles ne constituent des troubles importés dans la syphilis par intermédiaire de l'hystéro-neurasthénie. - Elles se différencient en effet des analgésies hystériques par toute une série d« caractères que j'ai essayé de déterminer dans mes Lcrons sur la sxpU^I. ,. ie edu., p. 6o5) et qu'il serait superflu de rééditer ici.
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men , nous n avons qu'a constater un fait : c'est que ces anabésies quel e qu'en soit du reste la nature, s'associent fréquemme n t troubles neurasthéniques que je riens do décrire. E,\ dans ce cas,
3b AFFECTIONS PAR ASYPHILITIQUES .
Troubles divers du système sympathique, se caractérisant soit par des refroidissements locaux, notamment par des algicUtés périphériques, quelquefois surprenantes d'intensité; — soit par des bouffées de chaleur, des poussées sudorales, ou bien encore par un état d'hyperhidrose permanente des extrémités, etc.;
Accès fébriles, de forme intermittente ou plus rarement continue, constituant, dans leur type le plus intense, ce que j'ai appelé la typJiose secondaire'.
Et surtout, par-dessus tout, comme note prédomuiante dans cet ensemble morbide si étrangement polymorphe, phénomènes multiples de dépression, d'atonie, à'asthénie nerveuse, se traduisant sur tous les appareils organiques, à savon- :
I. Asthénie du système musculaire, s' accmsant par les symptômes suivants : diminution des forces; sentiment assidu de fatigue, de courbature, de brisement de tout l'être; quelquefois même, accablement voisin de la prostration, de l'adynamie. — Comme exemple, rappelez-vous ce type de la femme syphilitique littéralement accablée, « avachie éreintée, de cette femme qui a perdu tout entrain, tout ressort, qui se trouve à son réved
elles ne laissent pus de comporter un intérêt diagnostique. Car, de par leur cara.uère dûment sypi.ilitique, elles impriment un cacnct d^orhrine, si je puis ainsi parler, aux symptômes qni les accompaguent! En autres termes, elles témoignent de Tor.g.ne specif.que du si'Hipc morbide dont elles font partie.
, V. Ad. Moriu, ConlrilnUion à l'clnde clmiquc de la ficvrc. sjpli.hli/iue; Ijphosc syphilitique. Thèses de Piiris, 1888.
NEUn ASTHÉNIE.
plus foliguée qu'à son couclier, qui refuse de se lever, qui ne peut plus rien faire, qui se dit incapable du moindre exercice, qui incessamment se plamt d'être « brisée, fourbue, moulue, meurtrie, etc. », bref qui semble épuisée par la sypbilis, au point de vue des forces musculaires, à peu près comme elle le serait par une grande maladie consomptive.
II. — Et, parallèlement à cette asthénie musculaire, asthénie contemporaine et équivalente des autres systèmes organiques, à savoir :
1° Asthénie circulatoire^ se traduisant par la mollesse, la petitesse, quelquefois les arythmies du pouls, la dyspnée, les vertiges, les tendances à la lipothymie.
2" Asthénie digestive, s'accusant par l'inappétence, inappétence parfois singulière et s'élevant jusqu'à l'extinction complète de l'appétit*; — la
I. En quelques cas, au contraire, ou observe un symptôme absolument opposé, à savoir une exagération morbide de l'appétit s'élevant parfois aux proportions d'une boulimie véritable. — Cette boulimie secondaire s'associe ou non à une certaine exagération de la soif. — Elle est susceptible, bien entendu, de déterminer à son tour, par excès d'aliments ingérés, divers troubles consécutifs de J estomac et de l'intestin.
C'est là un symptôme infiniment plus commun cbez la femme que chez l'homme.
Sans être fréquent, on ne saurait le dire rare. Dans l'espace de SIX années, à Lourcine, je l'ai rencontré sur une soixantaine de mes malades.
Je ne l'ai observé jusqu'à ce jour que dans la période secondaire, et de préférence dans certaines formes de syphilis remarquables à In fois par la multiplicité et le caractère nerveux de leurs manifestations. Dans presque tous les cas, en effet, je l'ai vu coin-
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
lenteur et la difliculté des digestions, les vomissements, l'inertie intestinale, la constipation, etc.
3° Asthénie nulritwe, par activité amoindrie de toutes les forces présidant à la nutrition, à l'assimilation, à la réparation organique; — d'où, comme conséquences, anémie, amaigrissement, alopécie, dystrophies unguéales, et divers autres phénomènes de vitalité défaillante, pouvant aboutir jusqu'à l'imminence de la cachexie.
Bien que composée d'un ensemble de symptômes d'ordres divers, c'est-à-dire de symptômes ou di-
clder avec d'autres symptômes attestant tout particulièrement un trouble plus ou moins grave du système nerveux.
Détail des plus curieux. S'il est en pathologie deux symptômes discordants et semblant s'exclure nécessairement l'un l'autre, c'est à coup sûr la fièvre et l'exagération de l'appétit. On croirait impossible de voir s'associer jamais dans la même scène uue faim deyoraute et un état fébrile plus ou moins accusé. Eh bien, cette réunion bizarre, extraordinaire, la syphilis la réalise quelquefois. 11 est des cas où la boulimie s'observe eu coïncidence avec la fièvre syphilitique. J'ai vu des malades alitées par une fièvre qui élevait le pouls à iio, II 5, I20 pulsations et la température à SgO, — 390,5, — 390,8, être tourmentées par les angoisses d'une faim vorace et absorber une quantité d'aliments double, triple ou quadruple de celle qui leur suffisait à l'état de santé. — Contraste étrange, a coup sûr, mais plus apparent que réel. Car, en somme, celte exagération de l'appétit n'est elle-même qu'un phénomène morbide. Loin d'être le témoignage d'une santé en parlait équihbre et de fonctions s'exerçant avec une énergie de bon aloi, elle n'est qu'un indice de maladie, qu'un symptôme essentiellement pathologique. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'elle puisse coexister avec d'autres symptômes également pathologiques, dont elle ne diffère que par l'apparence spécieuse d'un attribut de la sauté. (V. ^oic sur certains cas curieux de boulimie et de polydipsie d'origim sypliihtique, Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1871; — et Leçons cUmques sur la syphilis, 2° édit., p. 690 et suiv.)
HYSTKnO-NEUn ASTHÉNIE.
rectement ou médiatement syphilitiques, une telle scène ne rappelle-t-elle pas ce que l'on observe dans la grande et complexe névrose décrite sous le nom de neurasthénie?
TI. — Ajoutez encore, pour compléter la ressemblance, qu'assez souvent le nervosisme secondaire associe à ces manifestations d'ordre neurasthénique d'autres symptômes d'ordre hystérique^ tels que anesthésies, hyperesthésies, hémianesthésie sensitivo-sensorielle, rétrécissement du champ visuel, spasmes, globe hystérique, phénomènes convulsifs, grandes crises convulsives, etc. En sorte qu'alors la syphilis se trouve réaliser au grand complet le tableau de \ hystéro-neur asthénie, tel qu'il a été tracé par les neurologistes contemporains.
De cela voulez-vous un exemple cUniquc? Vous n'en sauriez vraiment désirer de plus complet que le suivant, qui nous est offert par la malade actuellement couchée au dernier lit de notre salle Henri IV.
Cette femme, âgée de 29 ans, a contracté la syphilis en septembre 1892. Elle en a d'abord éprouvé quelques accidents légers, pour lesquels elle ne s'est traitée qu'assez négligemment. Puis, vers mars dernier, elle a été prise d'une poussée nouvelle (syphilides papuleuses, plaques muqueuses de divers sièges, adénopalhies, etc.); et, coïncidemment avec ces derniers symptômes, s'est abattu sur elle un véritable orage hystéro-neuraslhéniquc,
AFFECTIONS PAnASYPHILITIQUES.
conslilué par une pléiade de troul)les nerveux, à savoir :
I. D'abord, comme phénomène prédominant, affaissement général, accablement des forces, bref asthénie musculaire telle que, la première fois que cette femme s'est présentée à nous, nous l'avons crue affectée d'une maladie de la moelle. Elle se traînait littéralement, plutôt qu'elle ne marchait; elle se soutenait à peine; en un mot, elle avait les allures d'nne paraplégique.
II. — En second heu, céphalée, abasourdissement continu et vertiges passagers.
ni. — Asthénie intellectuene très accentuée : inaptitude au plus simple travail; lecture non tolérée, attention impossible ; conversation même fatiguant la malade; mémoire paresseuse, etc.
IV. — En même temps, excitabihté nerveuse, émotivité, érélhisme général; bizarreries de caractère et d'allure.