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la Goulue
G. BOl'DET. Edite™
Imprimerie CIIAIX
LES AFFICHES ILLUSTRÉES 1 1 ; t: '.<-. -iîI.pi.
qu'elle allait taire naître nombre de jeunes dessinateurs bien doués? Avait-on le droit d'espérer que ces dessinateurs, renonçant dans une certaine mesure aux douceurs des salons officiels ou indépendants, allaient se lancer dans l'arène, superbement armés, etjeter de gaieté de cœur leurs pinceaux par-dessus les moulins... de Montmartre pour s'emparer de la pierre et du crayon.
C'est pourtant ce qui est arrivé, et cela parce que la lithographie, si
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Fac-similé d'une affiche dessinée par Anquetin. (Edw. Ancourt, inip.)
franche d'allure, si douce et si chaude de ton, donne immédiatement, sans qu'elle soit pour cela d'un accès facile, des résultats précieux, d'une exquise perfection, que la peinture réserve à ses rares élus. Les anciens, ceux de 1840, proclament que :
La peinture à l'huile, ("est bien difficile, Mais c'est bien plus beau Qu' la peinture à l'eau.
Mais. ça n'est pas nécessairement plus beau que la belle lithographie. Je sais bien qu'en osant avancer pareille affirmation, je cours un grand danger; peut-on prouver cependant que les Coulisses de l'Opéra, de J. Chéret, que la Librairie romantique, de Grasset, ne sont pas préférables dans leur simplicité de facture et dans la richesse de leurs effets, à certaine grande toile académique que vous voyez d'ici?
Est-ce que l'Enfant prodigue, de Willette, le Moulin Rouge, de Toulouse-Lautrec, ne valent pas. isolement, un long poème?- Est-ce que l'Hercule, de Guillaume, le Mèvisto de Ibels, qui n'ont aucun lien de parenté avec l'Ecole, s'en portent plus mal pour cela?
Non ! La lithographie est un bel art. un grand art ; elle n'est pas un art secondaire. .Majestueusement servie déjà par les Raffct. les Daumier, les Charlet, lesCélestin Nanteuil, les Devéria, les Mouilleron, les Gavarni, et bien d'autres, elle a un passé plein de gloire. S'inspirant des maîtres illustres qui les ont précédés, nos lithographes contemporains, avec son aide, ont su nous faire éprouver des sensations délicieuses bien faites pour lui assurer une vie nouvelle et fixer à tout jamais son avenir.
Dans la nomenclature des documents que je veux signaler comme ayant apporté une pierre au monument qu'élèvent nos dessinateurs à la publicité, je ne veux obéir à aucune préférence; il s'agit après tout d'œuvres toutes remarquables, quoiqu'elles le soient à divers degrés. J'adopterai donc, comme je l'ai fait tout à l'heure pour les imprimeries, le « désordre » alphabétique.
Je regrette sans doute de ne pouvoir classer Willette à Adolphe, qui est son prénom. M. E. Grasset me pardonnera si. me conformant au Dictionnaire de l'Académie, -- celui qui est terminé. - je place la lettre G après la lettre E. Pour M. de Toulouse-Lautrec, je suis désole! En ce qui concerne Jules Chéret. il est bien partout, et les lecteurs de cet ouvrage, s'il lui en vient, sauront le trouver.
Pour les affiches anonymes, je les citerai quand l'occasion m'en sera offerte par les circonstances. J'avoue d'ailleurs que le texte de ce livre est sans grande importance et que ses illustrations ont seules une raison d'être. Tout a été dit sur l'affiche illustrée; les esprits les meilleurs, les
critiques les plus autorisés, depuis l'apparition des Affiches illustrées, en 1886. ont écrit un peu partout, ce qu'ils pensaient du placard artistique. Il me restera, et cela me suffit amplement, l'honneur d'avoir été le premier à proclamer le talent de J. Chéret et à montrer ce qu'on devait attendre de ceux qui, s'inspirant de ses procèdes, ont porté l'art mural à un tel degré d'élévation, qu'il est impossible aujourd'hui de ne pas lui réserver une place considérable parmi les manifestations picturales de notre temps.
Que personne ne touche à Rouen! Jules Adeline y règne en maître.
Il a pour sa bonne ville, pour l'hospitalité qu'elle lui donne, un amour que rien ne peut lasser. Il en apprécie toutes les beautés, il en a vu toutes les taches, si tant est qu'aux regards de Jules Adeline, Rouen puisse avoir des taches. Il en a étudié et il en a décrit tous les monuments; il le connaît rue par rue. maison par maison. De ces maisons, il a vu tous les paliers: la rue Eau-de-Robee qu'il habite n'a pas de secrets pour lui. Il n'est pas, à Rouen, de motif d'ornementation, de ruelle ignorée, de coin perdu, dont il ne lui soit possible de fournir, au pied levé, un dessin précis et raisonné.
Jules Adeline aime l'affiche illustrée: il en a fait l'objet d'études insérées par lui dans le Journal Jes arts, de M. Dalligny. Prêchant d'exemple, il en a dessiné un certain nombre, pour : Les quais Je Rouen ; — Vente de la collection Doucel ; — Klein, changement Je domicile; -- Société des Amis Jes :uis Je Rouen; — Carrousels militaires en 1886 e/ en 1887; — Grande fête de charité, à Rouen; — La Normandie monumen- ' taie; — Photographie d'art Tourtin ; — Exposition d'affiches illustrées, du 14 au u\ avril i8ç5.
S6 LES AFFICHES ILLUSTREES (1886-189S).
Les affiches de Jules Adeline sont des documents curieux pour l'histoire de l'admirable capitale normande.
Voici deux œuvres de valeur. Elles sont, je crois, les premiers essais de M. Anquetin dans la voie de l'illustration murale.
Tout le monde connaît M. Anquetin: on l'a suivi aux expositions, on l'a vu également au Courrier français, à l'Escarmouche où il a insère (.les pages d'une grande vigueur, et qui, par plus d'un point, rappellent la puissance de Daumier.
("est pour Mme Dufay, du concert de l'Horloge, que M. Anquetin a dessiné la première de ses affiches; il a représenté la chanteuse, trombone en mains, en costume d'athlète de foire. Cette composition toute simple, à peine colorée, est d'un effet extraordinaire: c'est une étude remarquable.
La seconde a annoncé au public l'apparition du journal Le Rire. Celle-ci est mieux encore. Elle représente un Scapin montrant d'un geste railleur et dédaigneux les personnages qui s'agitent à ses pieds. Un peu compliquée peut-être et traitée en noir sur blanc, elle a bel effet sur la muraille.
M. Ferdinand Bac a donné peu d'affiches. Lu dehors de celles qu'il vient de dessiner pour l'Exposition de ses nouvelles œuvres, à la Bodinière. sur la Femme moderne, je ne vois guère à citer de lui qu'une Loïe Fuller et deux Yvette Guilbert, fort originales toutes deux de tournure, de dessin et de couleur.
M. Bac publie en ce moment des albums qu'il faudra consulter plus tard: sa collaboration active est assurée à divers journaux et revues fort répandus.
De .M. Gil Baer je connais trois placards qu'il est bon de mentionner. Ils ont ete dessines : l'un pour les Brasseries Je l.i Meuse, le second pour les Chats savants du Cirque d'hiver: le dernier pour les bals masqués de VÉlysée-MontmMrtre. Celui-ci marque une date pour l'histoire du costume dans le monde où l'on en porte le moins qu'on peut.
Fac-similé d'une affiche dessinée par Jossot. (Bourgerie, imp.)
Est-ce le Pôle-Nord qui a répandu le nom de M. Paul Balluriau? Est-ce au contraire M. Balluriau qui a aidé à la réussite du Pole-Xordr On ne le saura jamais. Ce qu'on s'accorde à dire, c'est que M. Balluriau a dessiné pour cet établissement, où l'on patine, une affiche d'inauguration reproduite en divers formats et que cette affiche était d'un effet heureux et d'une composition agréable.
On lui doit aussi un très bon placard pour les Fêtes des Tuileries,