Rue Berbère -PARI S
plus souvent d'échapper à la foule au milieu de laquelle il leur faut pourtant vivre et se mouvoir. Dès que le vent s'élève, ils apparaissent lamentables; désespérément ils luttent contre cet élément, leur plus cruel et leur plus invincible ennemi. Préoccupés sans cesse de présenter le moins de surface possible aux morsures de la brise, ils marchent anéantis, secoués, tordus, ils marchent encore impuissants et navrés, cherchant, alors qu'ils s'avouent vaincus, la lin de leur martyre dans les rues étroites où le passant est aussi indifférent que rare.
Là, ne semble pas être la solution du problème à résoudre.
Est-elle donc, cette solution dans l'emploi de la voiture pousse-pousse
Eau Minérale Naturelle
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G. BOUDET. Editeur
IMPRIMERIE CIIAIX
traînée à bras d'homme? Rien n'est plus douteux. Le pousse-pousse qui nous a été légué par l'Exposition universelle de 1889, et ee n'est pas ce qu'elle a fait de mieux, n'est pas destiné à émouvoir le public, qui le considère comme une gène apportée à sa libre circulation. Il a simplement déplacé les responsabilités : le pousse-pousse porte en ville. Grâce à lui. le promeneur n'a plus à s'arrêter devant les murailles, puisque s'il consent seulement à regarder, l'annonce vient d'elle-même se placer devant lui. Par malheur, celui qui la maintient en mouvement, véritable juiferrant de la réclame, n'a pas le droit de séjourner et ne laisse au curieux que le temps rigoureusement nécessaire pour mal voir.
La pluie condamne le pousse-pousse au repos; son conducteur, ainsi que le sandwich, n'échappe pas à la fatigue et c'est ainsi que élans les voies écartées, à certaines heures du jour, de pauvres gens, revêtus de costumes disparates et fanés, attendent, silencieusement assis ou paresseusement couchés sur les bordures des trottoirs, quand la température le permet, que les forces leur soient revenues.
Les murailles n'ont pas de ces détestables défaillances.
Encore une fois, le problème est-il résolu r
Une tentative bien bizarre a été faite ces deux dernières années, sous l'inspiration d'une artiste de race : c'est celle de l'annonce qu'on pourrait appeler sculpturale. Le bas-relief et la ligure ronde bosse un peu plus grands que nature y ont été employés. L'idée était nouvelle et bien faite pour séduire le passant. Les Parisiens, en effet, ont pu voir, placés sur des voitures pousse-pousse, agréablement ornementés, une Yvette Guilbert. un Aristide Bruant, un Kangourou boxeur, dont l'exécution n'était pas sans grâce et sans originalité. Mais, et c'est là un grave inconvénient auquel n'avait pas songé leur auteur : les cahots imprimés par 1 inégalité du sol, frappent les figures, soutenues cependant par de puissantes armatures intérieures, d'un tremblement convulsif, d'un mouvement incessant de roulis et de tangage absolument fâcheux.
Le torse et les membres, également agités, laissent supposer que Yvette Guilbert, Bruant ou le Kangourou sont atteints, les malheureux!
3o LES AFFICHES ILLUSTRÉES (1886 [89$).
d'une incurable danse de Saint-Guy. Il va sans dire que ce redoutable ennui, qu'on pourrait facilement supprimer par quelques précautions, est
évité par l'emploi des basreliefs. Ceux qui ont été exécutes pour le Moulin-Rouge, pour le Jardin de Paris . pour le ILi zar de l'Hôtel - de - Ville, pour le Nouveau ( droite, sont intéressants de tous points et méritent une mention spéciale: il v a ici, dépensée largement, une somme d'art qui n'est point banale et qu'on se rappellera quelque jour.
Ce n'est pas sans une vive peine que beaucoup de nos concitoyens ont vu disparaître les figures ronde bosse. Là était, en effet, l'idée réellement neuve et la seule sur laquelle l'attention pouvait se fixer ; avec l'imagination si pleine d'ingéniosité de l'auteur, on aurait pu les diversifier à l'infini et produire des effets attrayants que le basrelief, trop semblable à l'affiche, ne donnera jamais.
C'est à .Mme la vicomtesse d'A., qui signe ses œuvres du pseudonyme de YELDO, que sont dus bas-reliefs et figures.
Faites de staf verni, rehaussées de couleurs éclatantes, elles révèlent
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Yvette Guilbert par Madame Vlllio.
LES AFFICHES ILLUSTREES 1 1 i« -itî.pi.
de très sincères études. Le talent de Mme Yeldo, dont les expositions ont été remarquées, a d'ailleurs, parmi les statuaires, les jeunes, cela s'entend , de distingués admirateurs.
Tenons-nous donc enfin la solution tant cherchée? Voici certes , dans le firmament de la publicité parisienne, une étoile de première grandeur: je voudrais croire à sa stabilité.
Quel que soit le sort qui lui est réservé, H elle aura, plus d'un jour, brillé d'un aimable éclat. C'est S beaucoup dans un ^ temps où les étoiles sont si fugitives que H le ciel lui-même voit rff-\ souvent s'évanouir \\ celles qu'il avait révélées.
S'il me faut être
'liant, par Madame Yeldo.
sincère, malgré le charme des productions excellentes de Mme Yeldo, malgré le nombre incalculable des voitures-réclames ou des hommessandwichs sillonnant nos rues, je' ne crois pas que de longues années s'écoulent avant la disparition des unes et des autres. Pour ce qui regarde Mme Yeldo et ses bas-reliefs si pleins de jeunesse et de sève, — je ne parle que de ceux dont elle est l'auteur et non de ceux qu'elle fait exécuter, — je crains une désillusion, je préparc mes larmes et je me
familiarise à l'avance avec mes regrets. Pour les voitures-réclames et poulies sandwichs, à la pensée de leur mort, je me sens envahi par le calme
précurseur de la tempête qui les emportera : j'en ai l'ait le sac ri lice. Voyezvous, je ne crois qu'à l'affiche illustrée et j'y crois fermement. Elle apporte dans notre vie de tous les jours tant de gaieté, tant d'imprévu, tant d'inespéré quelquefois, que son utilité s'en déni outre d'ellemême.
Je vais plus loin :
je crois que nous pouvons attendre
d'elle l'idéale for- Un bas-relief de Madame Yeloo. mu]L, d'u|K, pou
velle peinture à fresque: je crois que nous devrons à J. Chéret la renaissance d'un art éteint : l'illustration picturale de nos demeures artistiques ou princières; je crois encore que E. Grasset nous donnera, un jour ou l'autre, et cela d'une manière définitive, le vitrail moderne qui ne le cédera en rien aux œuvres admirables du passé et occupera une place haute et respectée dans notre siècle si profondément épris des choses de l'art.
Voyez ce qui s'est passé depuis dix ans. 'l'ont en étant persuade que l'affiche illustrée devenait un pouvoir dans l'Etat, pouvait-on en conclure
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• BREVETE