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Fac-similé J'une affiche dessinée par Henri Rivière.
Chaque jour que Dieu fait. Paris tout entier, la Province elle-même se trouvent à leur réveil en présence d'œuvres originales, d'aspect séduisant, où le charme de la pensée égale le plus souvent le fini de l'exécution. Au point de vue de l'histoire de notre temps, ces œuvres trop éphémères, étant de modestes affiches, ont droit pourtant à une sérieuse attention. Quand elles n'auraient que ce mérite d'attester avec force la renaissance de la lithographie si longtemps et si injustement oubliée, il faudrait les regarder avec une extrême bienveillance, peut-être même avec une sorte de respect.
Il y a longtemps que les Parisiens sont convertis à ces idées. Insensiblement l'affiche, après les avoir intéressés, les a conquis: ils en sont venus à ce point que le placard sans image, même s'il est d'une blancheur
3 LES AFFICHES ILLUSTRÉES [886 il
aussi administrative qu'immaculée, les laisse indifférents et ne les arrête
plus.
Ce leur est une grande joie de constater que les murailles autrefois laissées à la réclame banale ou purement industrielle, que les palissades froides et nues de nos édifices en construction, sont devenues de véritables musées où la masse pensante, amoureuse d'art, trouve à satisfaire quelques-unes de ses aspirations. Ce mode d'éducation était fait pour la séduire : elle voit bien, cette foule, que. désireuse de lui plaire, la rue. qu'elle aime, s'est faite plus colorée, plus chantante qu'elle ne l'a jamais été.
Aucune règle n'est imposée à l'affiche, aucune métamorphose ne lui semble impossible et ne lui est étrangère; sous ses masques divers, celui du clown grimaçant, celui du turbulent comédien, celui du prétentieux gymnaste, d'autres encore, elle dit bien ce qu'elle veut dire et elle le dit dans un langage clair, précis, accessible à tous. Excellente fille au fond, le sourire aux lèvres, le cœur sur la main, l'affiche n'accomplit, il est vrai, aucun sacrifice, mais elle se préoccupe de faire savoir à son peuple bien-aimé que « le meilleur chocolat » est toujours celui qu'elle recommande.
Ses collectionneurs, peu nombreux il y a dix ans. sont devenus « légion ». Comprenant que l'affiche illustrée occupera dans cette lin de siècle une place élevée, ils s'en sont résolument emparés. Malheureusement, les portes qui leur étaient libéralement ouvertes alors qu'ils étaient en moins grand nombre, leur sont devenues moins abordables. Cela se conçoit : il faudrait, pour satisfaire leurs exigences, doubler des tirages considérables et coûteux. Pour les dessinateurs et pour les imprimeurs, le collectionneur est devenu l'ennemi.
Cela est injuste. Sans collections, comment le nom de M. X... « le charmant dessinateur ». celui de M. \ ... « l'incomparable imprimeur ». passeront-ils à la postérité?- Comment l'histoire, qui doit tout savoir et tout dire, apprendra-t-elle l'existence et la disparition de nombre d'établissements joyeux que le bruit accompagne à leur naissance et qui cependant. comme les roses, ne vivront que l'espace d'un matin?
Est-ce que sur la voie publique, l'affiche, après avoir brille quelques