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Imprimerie CliAIX
instants, n'est pas vite recouverte? N'est-elle pas à jamais perdue si elle n'a point trouvé ailleurs un asile inviolable? Que d'oeuvres charmantes auraient été conservées à notre admiration si, dans les deux grands siècles qui ont précédé le nôtre, il s'était rencontré des esprits avisés, disons le mot : des collectionneurs, curieux des pièces alors sans valeur, respectueux des choses délaissées !
C'est donc au milieu de difficultés sans cesse renouvelées, accumulées comme à plaisir, que se meuvent les collectionneurs d'affiches. Ces difficultés, il fallait s'y attendre, ont fait naître les combinaisons commerciales et celles-ci, loin de simplifier la question, l'ont étrangement compliquée.
Avant l'apparition des Affiches illustrées, en 1886, le classement des placards de grands formats, les soins particuliers qu'exigeaient les papiers peu résistants sur lesquels ils sont imprimés, avaient retenu bien des amateurs dont l'attention étaient cependant éveillée. Par grâce spéciale, il n'existait point encore de libraires ou de marchands d'estampes ayant songé à acquérir les affiches et à les cataloguer. Tout cela est changé. Pourquoi n'avouerais-je pas que j'ai, à cet égard, bien des choses à me reprocher? C'est en autorisant Henri Beraldi à publier, d'après ma collection, dans ses Graveurs du XIX siècle, le catalogue des œuvres les plus remarquables de Jules Chéret que nous avons inconsciemment tous deux, ouvert la voie aux marchands. Après cette publication, en effet, la pensée leur est venue du profit qu'ils pourraient tirer des petites collections formées un peu au hasard, sans esprit de suite et facilement abandonnées. Le beau miracle! En se multipliant, le collectionneur a créé une industrie nouvelle; il a laissé pénétrer dans sa vie un exigeant facteur qui ne peut qu'en troubler la sérénité.
Ce que la rue n'a plus, les cartons des marchands d'estampes, les vitrines des libraires, le montrent à tout venant et l'offrent à des prix élevés; nos dessinateurs, et ils ont eu bien raison, ont suivi ce mouvement. Plusieurs d'entre eux ont maintenant leurs dépositaires attitrés. On trouve chez ceux-ci des affiches avec la lettre, des affiches avant la lettre, des affiches en premier et en second état, des affiches en tirage de luxe. des affiches portant la signature autographe de leurs auteurs, même des
affiches numérotées. Toutes ces pièces, cela va sans le dire, trouvent acquéreurs et sont classées religieusement dans des cartons immenses, dans des rouleaux démesurés qui ne sont plus jamais ouverts pour personne, même pour leurs heureux et légitimes propriétaires. Et ce n'est pas tout : sachant combien l'usage des cartons et des rouleaux est incommode, on est allé jusqu'à construire, à grands frais, des appareils machinés fort ingénieux, permettant l'exposition constante des documents les plus remarquables ou de ceux qui atteignent les prix les plus élevés.
Les industriels qui font exécuter des affiches ne voient en elles qu'une publicité productive: s'ils ont adopté cette publicité avec autant d'empressement, c'est qu'elle servait à souhait leurs intérêts personnels ou ceux dont ils avaient la charge; les artistes, et cela est heureux, se placent à un point de vue différent : pour eux la publicité n'est qu'un prétexte.
Ils n'ignorent pas que notre génie national s'accommode mal de la réclame lourde et insignifiante, que l'annonce dessinée n'a chance de vivre en France que si la fantaisie décorative lui prête son appui. Ceux d'entre nos dessinateurs qui ont en mains un crayon exerce se servent de l'affiche et poursuivent leur rêve sans autre souci que de produire et de produire encore. Vaillamment soutenus d'ailleurs, par les moyens d'action fidèles et précis que l'industrie leur offre, aucun d'eux n'est rebelle maintenant à la pensée de voir s'épanouirau grand jour de la ville, sur le mur salpêtre, son oeuvre la plus chère. L'affiche illustrée apparaît à tous comme un moyen infaillible d'arriver sûrement plus près d'un public dont l'esprit ouvert est prépare aux plus sérieux comme aux plus utiles jugements.
C'est ainsi que grâce à l'annonce, l'art s'est démocratise et. chose singulière et frappante, malgré les immunités trop absolues peut-être dont jouissent nos illustrateurs, en se répandant d'une manière aussi extraordinaire, en s'imposant à l'attention de ceux qui n'avaient pas encore appris à la voir, l'affiche ne s'est pas faite, sauf de très rares exceptions, libre ou déshonnête; peut-être est-ce là tout le secret de la sympathie que le Parisien lui a vouée Elle est sans doute d'allure vive, joyeuse, un peu
Fac-similé d'une afliche dessinée par Rocheghosse pour Lohengrm. (Berthaud iiéres, imp.)
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légère, mais elle n'oublie pas qu'elle est d'essence noble et que, pour cela même, elle se doit le respect.