IMPRI.MF.RIE CHAIX
LES AFFICHES ILLUSTREES (1886-189Ï)
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de vases grecs et sa ligne simplifiée délimite des teintes neutres et adoucies s'enlevant harmonieusement sur un tond uniforme.
C'est ainsi qu'il a traité trois jolies affiches que Paris a vues sur ses murs, l'une d'elles a pour titre : Bec Auer. Incandescence par le gaz: — les deux autres ont été faites pour le journal Paris-Mode.
M. L. Riol est l'un des dessinateurs de l'imprimerie Minot.
Je connais, de lui, une affiche qu'il a exécutée pour Buenos- Ayres: La inmejorable Cervesa Quilmès. Elle est fort bien de dessin et de couleur.
L'un de nos artistes les plus estimés et les plus féconds, le compositeur le plus surprenant, tantôt le plus osé, tantôt le plus grave : M. Robida. a produit des affiches. Celle où se retrouve le mieux la marque de son imagination vagabonde a été faite par lui pour {'Histoire de France tintamarresque. Elle est devenue rare et mérite une mention spéciale.
Fac-similé d'une affiche dessinée par Réalier-Dumas (Chaix, imp.)
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Une jeune femme lin de siècle donne son pied à baiser à un élégant chevalier revêtu d'une armure de haute fantaisie et arme d'un casse-tête idéal. Le casque de ce guerrier est agrémenté d'un tuyau coudé destiné à favoriser l'évaporation des miasmes dégagés par lui dans la fréquentation des camps : sur la face de ce casque est une porte à charnières permettant au pied de l'adorée d'effleurer les lèvres du vaillant homme de guerre. Un rapprochement s'effectue entre le moyen âge et les temps contemporains. Sur le côté droit de l'affiche, une tour, qui doit être la Tour de Xesle.a reçu deux couples amoureux, l.a tour a deux fenêtres, par l'une d'elles, l'amant heureux pénètre aidé par sa belle: par l'autre. celui qui a cesse de plaire est précipite dans le vide. Au bas, un soldat armé, monte philosophiquement sa garde près d'une guérite de forme moderne.
Tout cela. construit avec un entrain endiablé, est d'un effet irrésistible.
M. Robida a dessine d'autres affiches pour le Dix-Neuvième siècle: — pour la Vieille-France; — pour le Vin Mariani. Cette dernière était destinée à l'Amérique et n'a été connue ici que par une reproduction donnée parle Courrier français.
M. Ro< HEGROSSE a pénétre dans l'art comme Louis XIV au Parlement : botté et éperonné.
Ses premières œuvres étaient d'un maître: il est l'un des peintres qui, dans ces dernières années, ont le plus justement passionné le public.
Doué d'une grande puissance dramatique, d'un coloris vigoureux, il sait mettre en mouvement les foules agissantes. M. Rochegrosse n'aura pas ete sans jeter sur l'art au XIX' siècle, un éclat vif et durable.
L'autorité qu'il a acquise, ses facultés particulières de composition théâtrale, il les a portées jusque dans les affiches qu'il a dessinées pour Samson etDalila; Le Vaisseau-Fantôme; - Lohengrin.
Ces affiches, exécutées pour les éditeurs de musique, ont été supérieurement reproduites par les procèdes phototypiques de MM. Bcrthaud frères.
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G. BOUDET, Editeur
Imprimerie CHAIX
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LES AFFICHES ILLUSTRÉES (i886-i895). io5
Voici deux documents qui doivent être comptés au nombre des plus intéressants qui ont paru depuis plusieurs années.
Le premier est une patineuse du Palais d'Hiver de la rue Rochechouart. Gracieusement appuyée sur le pied droit, mollement renversée sur elle-même, la patineuse, vêtue d'une longue robe rouge, le cou chaudement enveloppé d'un boa , s'élance: elle est partie, elle ira loin si on ne l'arrête pas. Soyez tranquille, on l'arrêtera !
Le second a été fait pour le Café-Concert des incohérences. Il est plus compliqué :
l'industriel qui l'a t'ait exécuter y a voulu voir l'étiquette des consommations qu'il recommandait à ses clients:
le sujet central , fort bien conçu, comme le reste d'ailleurs, représente une jeune danseuse effet charmant.
Dans le bas se trouve un garçon à veste rouge, portant un plateau chargé des « meilleurs vins «.
Ces deux documents ont pour auteur M. José Roy.
Fac-similé d'une affiche dessinée par Noelot. (Emile Lévy, imp.)
ie décolletée, entièrement vêtue de noir et d'un
Ceci est une idyll
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Pierrot vainqueur offre à Colombine émerveillée, une lampe superbe alimentée par ['Excelsior.
Aveuglée par cette lumière autant que par l'amour, Colombine semble réserver à Pierrot l'accueil le plus flatteur.
Je ne connais pas l'Excelsior, mais, si j'en crois M. I lysse Roy. sa flamme est si pénétrante qu'elle permet d'apercevoir nettement les jarretières rouges de Colombine.
Achetons l'Excelsior!
l'ai parle plus haut des afliches-portraits imprimées sur les presses de M. Bataille pour les Cafés-Concerts.
M. Se ik'tz-Roburt est l'un des dessinateurs de cette imprimerie. Ses compositions dénotent une certaine entente de l'affiche; leur dessin n'est pas irréprochable, mais l'aspect criard de leur ensemble saisit le promeneur et retient le regard.
Ce ne sont pas des œuvres graves, les femmes y arborent des costumes de couleurs aveuglantes, les hommes y portent des vêtements à larsres carreaux multicolores. C'est un véritable feu d'artifice, c'est habile, mais c'est de la publicité pure.
Je veux citer pourtant de .M. Schûtz-Robert les affiches suivantes : tout d'abord Edmée Lescot, qui est assurément sa meilleure, puis Blanche Raymond; Camille Stefani; -- Caudieux; Plébins; Reschal; Les trois Brooklins; - Serpentine dance; — M. Schûtz- Robert a également composé un placard pour un roman que vous n avez pas lu. ni moi non plus : Les Mémoires Je Pranzini.
fe dirai plus loin quelques mots de l'importante affiche de M. Carloz Schwabe pour le salon de la Rose + Croix de [892; je voudrais mentionner ici celle qu'il a produite pour {'Audition d'œuvres Je Guillaume
Lekeu. en [894. Très belle et très saisissante, d'un dessin correct où l'idéalité domine, je l'aurais voulue d'une plus facile compréhension. Elle n'a pas été accueillie comme elle méritait de l'être: avec plus de simplicité. M. Carloz Schwabe aurait sûrement obtenu plus d'émotion.
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J'ai de M. G. Scott une danseuse espagnole : Lola Gomez, qui est bien jolie. Cette affiche, qui est l'œuvre d'un dessinateur expérimenté, a des tons chauds et vibrants extrêmement agréables.
Une simple mention également pour un portrait de Paulus, en habit blanc, de M. G. Serri.
Les élégances parisiennes n'ont pas séduit M. Steinlen. 11 s'est constitué le peintre du rude travailleur; dans la rue, où il a cherché ses types, il a souvent rencontré le rôdeur de barrière et sa docile compagne; l'amour brutal a quelquefois sollicité son crayon, il a eu aussi comme dessinateur des visées politiques qu'il a vite abandonnées.
L'épreuve redoutable d'une exposition publique ne l'a pas ému, il l'a subie victorieusement et a montré là ses compositions du Gil Blas illustré, du Mirliton et du Chambard, bien d'autres encore : des chats notamment. D'une fécondité extraordinaire, M. Steinlen apporte dans ses œuvres une grande sincérité, un dessin hardi, un trait sur, un peu lourd peut-être, mais d'une lourdeur voulue, soulignant avec énergie la pensée qui l'anime.
Les affiches de M. Steinlen sont toutes remarquables et de première valeur.
11 a fait : Le Rêve; -- Mothu et Doria; -- Vernet-les-Bains ; -- Lait pur stérilisé de la Vingeanne; — Exposition d'œuvres de Steinlen à la Bodinière; — Yvette Guilbert ; - Les Salons de [894.
M. Tamagno est l'un des meilleurs dessinateurs de l'imprimerie Garnis. 11 y a dessiné, pour la tournée dramatique Dorval. un portrait de Febvre, de la Comédie-Française; pour la Salle Wagram, une
vue intérieure bien comprise; - - un portrait de Regina Pacini;une vue générale de Y Imprimerie Garnis, en collaboration avec Guillaume: — une fort belle affiche pour les ( jcles Peugeot. D'autres encore pour les Produits d'Auvergne. Fruits confits, Pâles d'abricots; ■
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pour l'Exposition russe hippique et ethnographique; — pour Saint- Germain-en-Laye; — pour le Savon, la Grappe de raisin.
Pour les Compagnies de chemins de 1er ou pour les stations balnéaires.
il faut signaler Ju même dessinateur : Cannes l'hiver, qui est d'une jolie
couleur et donne l'impression de ce séjour délicieux; — Ostend Season;
-Ludion: Chemins de fer de l'Etat^ Bains de mer de Royan;
Chemin de fer de l'Ouest lyonnais, Funiculaire de Sainl-Just; —
L'Hiver à Cannes. Grand hôtel des Pins.
Les distillateurs lui ont laisse le soin de faire connaître : /.7 Prunelle du Velay; — le Guignolet Poulain; — Chably, apéritif digestif ; — Jules Robin. Cognac; — Terminus absinthe. Cette dernière affiche représente Sarah Bernhardt et Coquelin. Elle est extrêmement curieuse.
Les Chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée ont fait exécuter par M. Tanconville les affiches portant les titres suivants : Jura: — Pclvoux; — Menton: — Baie d'Évian-les-Bains.
En 1889, à l'Exposition universelle. M. Charles Toché avait installé, non loin de la Tour Eiffel, un pavillon spécial dans lequel il exposa un certain nombre de peintures et d'aquarelles. Cette exposition a largement contribué à répandre le nom de l'auteur, auquel on reconnaît généralement une grande facilité de composition.
M. Toché a dessiné des affiches pour : le journal La Faridondaine; l'Èlixir Godineau; — L'Exposition internationale des progrès de 1'induslric: - La Débâcle, de E. Zola.
Je ne sais s'il est également l'auteur de l'affiche apposée pour l'Exposition d'oeuvres cl d'aquarelles de Ch. Toché. La disposition de cette affiche est heureuse et ses lettres ornées de Heurs sont charmantes.
Ce qui me frappe, après beaucoup d'autres, dans l'œuvre de M. 11. DE Toi LOUSE-LAUTREC, c'est à la lois la tristesse qu'elle respire et la portée philosophique qu'elle a.
J'admire cette œuvre. Comme autrefois Daumier, comme aujourd'hui
Je dois a tes suecèsma cftère.era ceux de
IIABSIIMTHE TERMINUS la seule bienfaisante
SL'!3V*r-3,J. S'—
Fac-similé d'une affiche dessinée par Tamagno. (Cami>, imp.]
no LES AFFICHES ILLUSTREES (1886 18
Degas et Forain, de quelque côté que M. de Toulouse-Lautrec ait porté
son talent : que la peinture l'ait tenté, qu'il ait l'ait de l'illustration, qu'il ait abordé l'estampe, qu'il ait lithographie des titres de musique, qu'il ait enfin composé des affiches, il a laissé partout d'ineffaçables traces.
C'est un langage nouveau que parle ee philosophe, mais il a bien étudie ee qu'il eerit et il l'écrit en termes frappants. 11 les a vues les filles plâtrées, affaissées, ruinées qu'il nous montre et qui sont comme les plaies vivantes d'une société mauvaise auprès de laquelle il nous faut vivre: loin de cacher ces plaies, il les étale au soleil et les expose dans leur crudité. Pour les noceurs avilis, brûlés par l'absinthe ou qui en reçoivent comme le vert reflet, il fait de même. Il ne voit pas « gai ». il voit « juste ».
On pourrait se demander si ce monde-là, filles et noceurs, mérite la dépense d'une somme d'art qui n'est pas commune. M. de Lautrcc l'a pensé, et ce que nous savons de lui montre qu'il était en pleine possession de la vérité.
Ses procédés sont d'une maîtrise incontestable, il apporte dans l'art de nouveaux moyens d'interprétation: le trait lui sert seul à fixer sa pensée. Sa connaissance de la l'orme, sa science du dessin, sa sûreté de main, lui permettent de donner à ce trait initial la plus grande précision, à cette ligne simple, la vie et la couleur. Quel que soit le sentiment qu'exprime cette ligne, l'esprit ou la ruse, l'élégance ou la pose, l'hébétement ou la frayeur, elle est toujours franche et sûre.
Dans son dessin, il n'y a rien d'inutile ou d'irraisonné, tout ce qui est indispensable s'y trouve: les personnages y sont toujours dans leur cadre : le découragement qui les accable, la misère qui les torture, les désirs qui les secouent, s'y lisent gravés de manière indélébile!
Malgré la simplicité des moyens qu'il emploie, les compositions de M. de Toulouse-Lautrec sont décoratives au delà de ce qu'on peut imaginer. Comme coloration, il n'a recours qu'a la teinte plate: ses effets violents sont assures par des oppositions de noir et de blanc qui sont des merveilles d'adresse et de savoir.
l.a première affiche que l'artiste ait dessinée est celle du Moulin-
gnes Russes
Boulevard des Capucines
[MPRfMERIE CHAIX
G BOUDET, Editeur
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Rouge. Sa note était si nouvelle, si parfaitement inattendue, qu'elle fut tout de suite remarquée.
On se la rappelle : une danseuse hasarde un pas isolé. Avec une sûreté de coup d'oeil qui dénote la fréquentation des sphères élevées, la Goulue, puisqu'il faut l'appeler par le nom qu'elle a choisi, lance aux frises absentes, au milieu d'un savant retroussis, une jambe mignonne. Au premier plan un être bizarre admire : c'est Valentin le désossé.
Un cordon de globes lumineux éclaire la scène principale et laisse dans l'obscurité un groupe de spectateurs s'enlevant en silhouettes dans la partie supérieure du dessin.
Après cette affiche sont venus les Portraits de Bruant, car
Fac-similé d'une affiche dessinée par H. de Toulouse-Lautiiei;. (Chaix, imp.)
il y en a trois qui sont
d'allure superbe, énergiques et crânes, gouailleurs et sceptiques. On y revoit, de trois quarts, de profil et de dos, le chanteur railleur ou âpre qui a su se créer tant de succès.
Partout d'ailleurs se retrouvent, plus sûres d'elles-mêmes, les extraordinaires qualités de M. de Toulouse-Lautrec. Elles sont étonnantes dans Reine de joie. L'homme au type abject, repoussant, est le financier
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véreux qui pave sans compter et veut qu'on le sache : la noce basse dans laquelle se vautre ce vil personnage a imprime sur son visage, à la fois la marque profonde de l'abrutissement et du contentement de soi. La fille est l'immonde créature vieillie dans et par le vice: ehontee. elle se prêtera à toutes les fantaisies de son écœurant mâle et saura bien faire doubler ses gages.
Cette peinture, car c'en est une. est tout à fait hors de pair.
Peut-être le Pendu est-il plus remarquable encore. La scène est terrifiante. Par une corde, un cadavre est retenu au plafond et se balance dans l'espace. Un homme éclaire ce cadavre d'une bougie: la lumiè distribuée de manière impeccable, frappe le suicidé de profil et donne au visage du malheureux une expression grimaçante, d'une belle horreur.
Cette affiche, presque inconnue à Paris, a été faite pour la Dépêche de Toulouse: elle est extrêmement rare.
A côte de celle-ci. en voici une autre plus reposante, c'est celle du Divan Japonais; elle est, je crois, le chef-d'œuvre de l'artiste. I" ne jeune spectatrice, à l'œil provocant, charmante de formes, gracieuse et svelte, est venue chercher aventure au Divan Japonais. Perrière elle, captive, un homme poursuit son regard et sollicite son attention. S'il en était besoin, cette affiche de petit format et qui aura sa place dans les cartons d'amateurs, serait la preuve que M. Toulouse-Lautrec est loin d'être insensible au joli.
Voici Jane Avril, étrange dans sa robe jaune et rouge. Je ne sais pourquoi je trouve cette œuvre poignante. L'expression du visage est d'une inouïe tristesse. On v sent la lassitude, on y voit que la jeune femme danse pour notre plaisir et non pour le sien, on v lit comme le désir mal contenu de s'évader de cette existence où le public blase prend une trop grosse part.
Le journal l'Éclair a confie à M. de Toulouse-Lautrec l'affiche qu'il a publié pour son feuilleton : Au pied de l'échafaud. C'est la dernière minute, l'homme va expier ses crimes, l'épouvante le glace, déjà son sang ne circule plus, il est livide. La tète qui va tomber est d'une étude admirable et d'une effroyable vérité.