AU CHAMP-DE-MARS DEPUIS
La trop courte féerie de 1889, l'inoubliable Exposition universelle qui a émerveille le monde entier, n'a pas servi, autant qu'on aurait pu le croire, les intérêts de la publicité artistique. 11 ne faut point en être surpris : l'attention du public était ailleurs.
Ce qui l'a le plus frappé dans l'ordre d'idées qui nous occupe, c'est cette série sans cesse renouvelée des immenses Affiches américaines dont le bruyant Buffalo-Bill recouvrait des murailles entières; c'est aussi la collection si originale des Avis que la Compagnie Decauville avait fait placer sur le parcours de son chemin de fer. Il y avait là trente-quatre placards en langues différentes, tous de même grandeur et de même forme, qtii. tous, disaient la même chose : « Attention! prenez garde aux arbres, ne sortez ni jambes ni têtes ». Apposes par centaines, ces placards multicolores étaient devenus la joie des vovaLreurs étrangers qui, selon leur nationalité, v retrouvaient un vague et fugitif souvenir de leur pays. La Compagnie IDecauville avait songé, dans sa sollicitude, aux pauvres déshérites qui ne savaient pas lire; pour eux. elle avait imaginé l'affiche rébus.
Si importantes qu'elles aient paru, si gaie qu'ait été la note criarde qu'elles donnaient, ces deux séries d'affiches n'ont cependant pas été les seules dont les visiteurs de l'année [889 aient gardé la mémoire.