‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 103 sur 126 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

MARTHE, violente.

J'ai toutes ses caresses, soit. Mais quelles paroles me dit-il, en quoi suis-je avec lui dans cette maison qu'il ne quitte pas? Je suis moins que le cheval qui le mène où il veut aller, autant que le chien qui le suit dans ses désœuvrements. Il ne vous touche pas, il ne vous dit pas une parole tendre, mais je donnerais tous les baisers qu'il me garde pour l'impulsion irrésistible qui le porte à votre rencontre. Je vous ai vus marcher l'un vers l'autre... c'était si simple, si violent. Vous n'aurez jamais son nom, son lit, sa race, et je donnerais mon mariage, je donnerais mes enfants, pour échanger ces regards comme vous en avez...

Philippe, que de telles paroles éclairent et troublent, est assis, tourmente et mord son mouchoir. L'attitude est celle d'une discussion

normale, avec de nerveux hochements de tète* croisement et décroisement des genoux.

HÉLÈNE, plus traitahle.

Je suis une amie, Madame, une amie très dévouée, très passionnée, si vous le voulez, mais qui ne demande et qui n'attend rien.

MARTHE. [Elle hausse les épaules.)

Que m'importe, à mon tour, puisque je n'aurai jamais ce que vous pouviez avoir? Ne l'ai-je pas appris dans vos yeux? Quelle divine pitié nous refusa le secret de ce qui nous dépasse? Ce que notre joie, notre orgueil fût devenu dans une âme prédestinée par l'injuste Potier, il itnporte à notre félicité de l'ignorer toujours. Nous allons ensemble aux mêmes joies, aux mêmes peines, sans connaître les farouches prédilections de l'intime destin.

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