‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 107 sur 126 · ACTE III. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE IV

accomplinon plus de l'irréparable. {Comme à luimême.) Nous nous croyons des devoirs envers ce qui fut, mais ce qui pouvait être et n'aura pas été, l'avenir qu'à chaque heure nous tuons en nous par notre lassitude et notre lâcheté, n'est-ce pas encore un appel désespéré à notre force, à notre scrupule? Ah ! tous les possibles qui nous effleurent, nous éventent de leur fuite, qui pouvaient être nous, le plus beau de nous-mêmes, et qui ne seront jamais.... Vous êtes la belle, l'unique rencontre de ma vie, la revanche tardive qui peut me résigner à la mort. Au nom de quel idéal et de quelle beauté sacrifierons-nous la plus certaine de nos joies?

HÉLÈNE, brusque.

Il y a pourtant les autres.

Les autres... Que voyez-vous de si respec- ( 191 )

table à épargner en eux? Ce qui souffre en Marthe : un amour-propre de rivale en face d'une autre femme, une habitude peut-être, et l'instinct de la propriété. Au fond, je n'étais pas le mari qu'il lui fallait. Je l'étonné et je la choque. Nous n'avons réussi à vivre qu'à force de nous taire, de ne nous demander que « le cœur », cet organe suppléant de tout ce qui nous manque, cette mauvaise défaite qui, quoi qu'on dise, ne suffit pas toujours, ce pardon et cette pitié que nous nous accordons à la place des ferveurs et des ententes que nous n'osons plus espérer.

HÉLÈNE, tristement.

Elle vous a donné treize ans de bonheur.

PHILIPPE

Bonheur de pauvre, dont je rougis... fait de contentement et de joies faciles, bonheur

Page 1