‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 110 sur 126 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

parlant de la mort comme un enfant nerveux.) La mort c'est encore elle seule qu'il faut consulter sur la vie, et non je ne sais quel avenir et quelle survivance où nous ne serons pas. Elle est notre propre fin, tout se passe dans un intervalle d'elle à nous. Qu'on ne me parle pas de ces prolongements illusoires qui ont sur nous le prestige enfantin du nombre, qu'on ne me parle pas à moi qui mourrai tout entier, des sociétés et des peuples ! Il n'y a de réalité, il n'y a de durée véritable qu'entre un berceau et une tombe. Le reste est grossissement, spectacle, optique vaine. Hélène ! ils m'appellent un maître à cause de je ne sais quels prestiges de mes paroles et de mes pensées, mais je suis un enfant éperdu devant la mort. [Il s'est agenouillé, se passe désespérément sur le visage les mains de la jeune fille.) Et si je vais à elle avec ce désespoir, c'est que je pars inassouvi. Oui, moi qui ai gagné cette adoration, ce cœur innombrable de la gloire, je fus aimé comme le premier venu [la regar-

danfj.'Eh bien, je veux, je veux en amour être payé mon prix {elle frémit). M' abandonneras tu maintenant? Me laisseras-tu seul devant la mort, la redoutable voisine, si proche quand nulle joie ne vous en sépare, me laisseras-tu finir insatisfait, inconsolé?

HÉLÈNE, elle a serré contre elle la tête de Philippe, il y a dans son geste un mélange de victoire et de terreur.

Non, non

PHILIPPE, le regard troublé, rude et rauque. Alors, ma femme?

HÉLÈNE, instinctivement.

Non, pas cela !

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