ACTE III, SCÈNE IV
VOUS n'arriverez pas à ce morcellement de votre vie. Il serait lamentable, Philippe.... Oh ! nous sommes les êtres d'un seul foyer, d'un seul bonheur, d'une seule union, sinon les êtres d'un seul amour. Et la mort même, il me semble, n'a pas ce pouvoir de redoubler, de recommencer nos destins... être les cœurs d'un seul passé !
PHILIPPE
Que vous êtes absolue, jeune, exigeante.... Soyez plus humble, Hélène, et plus humaine. Sachez oublier un peu, oublier beaucoup.
HÉLÈNE
Je ne pourrais pas !
PHILIPPE
Comme il vous est facile de m 'abandonner, ( 195 )
comme on sent que vous avez l'avenir qui répare et qui remplace !
HELENE
Croyez-vous me l'avoir rendu facile, cet avenir? Pourquoi dites-vous des choses affreuses quand il faudrait raisonner, être calmes?
PHILIPPE
Parce qu'en dehors de vous je n'ai plus qu'à vieillir et finir, et que vous m'aviez redonné de la vie un goût que je ne peux pas oublier... Ah ! si je vous ai compliqué l'existence, vous ne m'aurez pas rendu la mort facile. Emporter ce regret dans le regret, cette angoisse dans l'angoisse, et qu'ils me viennent de vous ! [Philippe qui, dans sa puissance de chef moral, de créature souveraine, donnait l'impression d'un orgueil, d'une force équilibrée, se trouble en