‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 19 sur 126 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

(mouvement de Philippe qui se rapproche). Tiens ! cela t'intéresse? Alors, écoute, il est bon que les hommes entendent quelquefois ces choses-là. [Marthe s assied pour commencer son histoire.) Nous disons donc : cette femme de quarante-six ans est levée à cinq heures en toute saison. Viennent ensuite le massage et le bain froid. Cet estomac, ou plutôt cette carnation éblouissante encore, ne fut jamais aux prises qu'avec les viandes blanches et les eaux minérales. Car cette millionnaire ignore les grands crus et le gibier, ainsi que les huîtres, écrevisses et tous les saumons, lesquels présentent un égal péril cutané, elle les ignore, comme ne consentirait pas à le faire le dernier de ses lads. Ecuyère passionnée, depuis dix ans elle ne voit plus un cheval que de niveau, la selle étant un moindre obstacle à l'embonpoint que les perpétuelles ascensions et les marches forcées. Je me résume, n'est-ce pas? les détails ne seraient que de vulgaire ascétisme. Et cela, depuis vingt-cinq ans,

vingt-cinq ans sans une défaillance, sans une Pâques après tant de carêmes, sans une heure de mitigation... Sa fille est au même régime.

PHILIPPE, occupé, mais abasourdi.

Ma foi, le jeu en vaut presque la chandelle. Je ne trouve pas cela sans grandeur.

MARTHE

Peut-être. Mais tu feras mieux de ne pas m'en demander autant.

PHILIPPE

Au fond, c'est une femme dans le genre de ta sœur.

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