U^^ SPIRE
Pourquoi regrettez- vous ça?
PHILIPPE
Vous admirant un peu moins, je vous aurais sans doute aimée. Si vous aviez été seulement belle ou seulement coquette, rien ne m'eût effrayé. Mais toujours vous avez été magnifique. A huit ans vous comptiez déjà parmi les choses très belles et qu'on ne touche pas. L'élégance fut chez vous comme une religion de soi, la conscience parfaite de ce que vous valiez. Vous a-t-on jamais fait la cour?
M*»® SPIRE, riant.
Mais, du moins, il m*a semblé.
PHILIPPE
Moi, je ne vois pas le gaillard osant s'attaquer à vous. Armand Spire que j'ai peu connu est bien l'époux mythique auquel je peux croire. Vous étiez d'une trop belle matière pour souffrir et sentir. Les déesses chryséléphantines n'aimaient pas leurs adorateurs.
M"ie SPIRE.
L*or et l'ivoire humains s'usent vite et les pauvres statues ont fort à faire de se tenir droites.
PHILIPPE
Voilà une phrase dangereuse, Béatrice, près de qui ne saurait pas qu'une femme comme vous lutte pour la pureté de sa silhouette et n'a même pas à défendre une autre pureté.