‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 47 sur 126 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Vous appartenez à cette énigmatique lignée féminine dont furent M""'^ Récamier et de Coigny, toutes celles qu'on a appelées des « vertueuses sans vertu ».

Ty^me SPIRE, doucement.

Oh...

PHILIPPE

Voyons, est-ce qu'à un homme comme moi {souriant), une exception, un spécialiste, un consacré... il y aurait une grande présomption à solliciter un document professionnel? J'ai toujours souhaité connaître les raisons dernières, les arguments intimes de celles qui ne sont ni des chrétiennes, ni des romaines, ni les débitrices du bonheur ; je voudrais savoir enfin ce qui se passe dans le cœur d'une honnête femme.

M«ie SPIRE, riant.

C'est quelque chose d'affreux.

PHILIPPE

Vous avez traversé ce qui, au fond, nous semble à tous les tentations les plus tentantes. Vous avez connu sous une forme obsédante et variée la séduction qui s'adresse à tout l'être et jusqu'à nos instincts les plus simples et les plus quotidiens de sociabilité. Au nom de quel argument les avez- vous dédaignées ? Quelle que soit la fierté de son allure, une femme sait trop aujourd'hui, la comphcité qui se promet au fond des consciences, à toute faute point trop banale. Dites-moi, voyons, n'avez-vous jamais été tentée de refermer vos bras sur un beau secret? Que furent les bases de votre résistance, quelle forme de persuasion la morale a-t-elle revêtue auprès de vous?

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