ACTE II, SCÈNE VI
PHILIPPE
J'ai tenu à me marier jeune. Quand j'en ai parlé à Bersault il m'a dit : Je te trouverai cela. Huit jours après il pensait à trois jeunes filles. Il ajoutait que la fille aînée de Lasson était la plus riche et, de beaucoup, la plus jolie. Je les vis toutes les trois... tiens, Ricard a épousé l'une d'elles. L'autre est Sophie Pasquier. Marthe, en effet, était la mieux. Je vis bien que nos fiançailles la troublaient et je m'en émus aussi. Quand je l'emmenai j'avais les sentiments qu'a tout homme en ces circonstances, la curiosité de lire son destin sur un front d'étrangère, l'attendrissement devant un jeune visage anxieux. C'est en conduisant Marthe dans les vieilles maisons des amis de la famille, où mon enfance avait appris l'ennui, c'est en accomplissant les corvées communes que j'ai le mieux compris la force, la solidarité du lien social. Nous avons dit ouf !
ensemble. Ensuite il y eut les souvenirs. Elle a été si malade à la naissance de Marie [avec un sursaut, un geste et comme un coudoiement qui ferait place) : un homme ne vit pas de cela !
REAL
Et cependant tu viens de t' émouvoir à ces souvenirs. Et tu les attaquerais, tu en ferais le procès, tu mettrais en chicane treize ans de ta vie... car c'est bien de cela qu'il s'agit, n'est-ce pas? Cette jeune fille y consentirait? Elle fonderait son bonheur sur les ruines d'un bonheur?
PHILIPPE
Le moment vient où l'on n'a plus de consentement à s'arracher.