‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 77 sur 126 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

REAL, emporté.

S'il en est ainsi, qu'elle soit ta maîtresse et qu'on ne le sache jamais ! Tu es le dernier d'entre nous, Alquier, à qui le scandale soit permis. Songe à ce que tu as écrit. Tu es un immoraliste. Au nom de l'intelligence, tu as dressé contre nos évaluations morales, un tel acte de suspicion, qu'il a fallu toute la dignité de ton caractère pour qu'une telle œuvre puisse être tolérée en terre chrétienne, ou simplement régie par des lois humaines. Il semble que les peines antiques, celle dont mourut Socrate, ne seraient envers toi que de pure et simple police, le jour où ton enseignement passerait des régions de la connaissance dans celles de la vie.

PHILIPPE

Sans une loi, sans une fin, sans une autorité, je ne peux pas fournir cette souffrance.

REAL

Ma situation est fausse, je le reconnais. J'ai condamné ta pensée au nom de mon amoralisme, et je prêche une règle à tes actes. Que veux- tu? Nous n'avons pas encore les instincts correspondant à cet ordre d'idées, ou plutôt, nous savons qu'autour de nous on ne les a pas. Ce n'est jamais de gaîté de cœur qu'on choque les sentiments profonds d'autrui, à moins d'être de misérables cabotins sans âme et sans souvenirs... Si tu as ce malheur, mon pauvre Alquier, toi, un honnête homme, d'être pris au traquenard des passions dangereuses, ne t'exaspère donc pas à une lutte douteuse. Succombe, mais au moins, sans éclat. Cache-toi, ne souffre pas et ne fais pas souffrir.

PHILIPPE, avec un tremblement de respect.

Jamais. Ce que je veux d'elle... Ah 1 c'est la femme, évidemment, mais la femme pré-

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