‹ Les âges de la nature et histoire de l'espèce humaine [microform]Chapitre 3 sur 3 · II · texte numérisé non relu

II

178 Dovnpm âge»

an$ ayant Vere vulgaire. On craint à Lacédémone un soulèvement des ilotes ^ dit ce grand historien. Un décret promet la liberté aux plus bra.ves; deux mille sont choisis^ ils font le tour du temple y la tête couronnée de

fleurs 9 suivant l'usage des afi&anchis; et

bientôt ils disparaissent sans qu'on ait jamais su comment ils avaient péri.

Alcibiade avait montré les plus beaux talens dans Athènes sa patrie, et remporté le prix aux jeux olympiques* Sa, fortune, ses libéralités 5 son courage, son éloquence et la considération dont jouissait sa nombreuse famille /lui avaient donné , malgré sa jeunesse 9 une grande influencé parmi ses concitoyens. Peu fidèle aux leçons de Socrate , dont il avait été le disciple , il s'était fait remarquer par une vie des plus licencieuses. Accusé de sacrilège et condamné à mort, il s'était réfugié à Thèbes et avait embrassé le parti des fLaoédémoniens. Quelque violente passion ;qù'il eût eue pour le

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f axe et les voluptés d'Athènes ^ il vivait à Lacëdëmone eqi i^>artiate. Mais , devenu Fob* jet de la jalousie des généraux lacédëmo*?

niens, il se retira vers Tissapheme, général des Perses.

Une révolution nouvelle menace la repu* blique d'Athënes. JJne faction aristocratique Ta résolue ; elle a pour elle la force , ose employer le crime et répand la terreur.

Trop d^habitans de FAttique étaient privÀ par les lois des droits de citoyens. La na« tion n'était qu'une aristocratie isolée-, et qu'une grande commotion pouvait ébranler, renvâ['ser et soumettre. « Tout le monde « tremblait, dit Thucydide, et personne . «'aevai. 1. voix (cL U feeti». doml.

« natrice). Quelqu'un en avait-il l'audace; « on trouvait bientôt un moyen de s'en dé- « faire# Il ne se faisait pas de recherches « contre les meurtriers ; on n'osait même 4c invoquer la justice sur ceuic qu'on soiq)» « çonnait. Le peuple, immobile dç stupeur,

^ s'estimait heureux ^ en se taisant , d'ëchap^ « per à la violence. L'i^orance du ncAnbre 4c des conjures le faisait croire plus grand, « et affîiiblissait d'autant les courages. On « ne pouvait concerter des vengeances ; car « oh n'osait se plaindre.: la défiance était «c générale; et les auteii^ de la révolution « n'en avaient que plus de sécurité. * . L'assemblé générale avait consenti à l'élection de dix citoyens chargés de présenter la constitution qu'ils croiraient la meilleure. Us 4ii ass font lent) rapport ; un décret solennel est Toigairt. rendu ; un conseil de quatre cents personnes est mis à la tête du gouvernement : cinq présidens ^us nomment quatre-vingt-qumze citoyens ; et chacun de . ces quatre-vingtquinze désignés et de ces cinq présidens nomme trois membres du conseil, qui a le pouvoir dc: réunir une assemblée de cinq mille citoyens,» lorsqu'il le juge convenable. La dissolution du sénat est prononcée; de$ citoyei)s sont anprisonnés, d'autres exila»

et d'autres mis à mort. On règle qu'il n'y aura de salaire pour aucune fonction ; et lé rappel d'Alcîbiade est décrété.

Les qaatre cents montrent cependant de la faiblesse; ils envoient des députés à l'armée athénienne qui était à Samos:ils lui demandent d'approuver les changemens faits à la constitution de l'État. L'armée ' dépose ceux de ses chefs qui paraissent favorables à la révolution, nomme Alcibiade son général et menace de la mort les députés des quatre cents. Alcibiade modère leur courroux, garantit les députés, et consent au gouvernement des cinq mille; mais il ne veut pas reconnaître les quatre cents, et exige le rétablissement du sénat.

Quelques années après le triomphe d' Alcibiade , son lieutenant perd une bataille contré les Lacédémoniens. Ses* ennemis se relèvent ; sa faveur se dissipe ; son pouvoir s'éteint : il s'éloigne d'Athènes, il se retire versPharnabaze, général des Perses; étPhar-

nabaze^ ayant la lâcheté de céder à une honteuse demande de Lysandre y général de Sparte, ordonne qu'Alcibiade soit pa^cé de flèches.

Lysandre était un grand capitaine; mais il était cruel et tres-ambitieux. Les Lacédé» moniens, à sa voix , sacrifient les intérêts de la Grèce à leur passion pour la puissance; ils s^allient avec les Perses, (pu leur envoient des secours. Lysandre défait les Athéniens dans un combat naval près du Vert 4o5 fleuve de la Chès^re^ s'empare d'Athènes

iT.rëre

Tnigairt. qui vient de perdre sa principale force, en démolit les murailles , la soumet à trente tyrans, s'empare de Pile de Samos, termine ainsi la guerre du Péloponèse, qui a duré vingt-sept ans, et rentre triomphant dans Lacédémone.

' Les trente fyrans remplissent le sénat et toutes les magistratures de ceux qu'ils croient les plus dévoués à leurs volontés, demandent des troupes aux Lacédémoniens , les

reçoivent, et h^étairt plus retenus par aucune crainte, se permettent tous les crimes et font gémir les Athéniens sous le pouvoir le plus odieux. Un d'eux montre du repentir et de la pitié, il tombe victime de ceux que ses remords accusent. Un grand nombre d'Athéniens fuient leur malheureuse patrie ; des citoyens sont saisis violemment au milieu de leurs familles, enlevés au pied des autels qu ils tenaient embrassés , frappés de la hache fatale , ou forcés de se donner la mort. Les biens de ceux qu'on immole sont confisqués; on associe, pour déguiser une avi* dite barbare, quelques pauvres aux riches qu'on fait périr; et quinze cents citoyens, sont égorgés sans jugement.

Thrasibule forme le généreux projet de mourir ou de délivrer sa patrie; il réunit quelques valeureux Athéniens, attaque les tyrans près du Pyrée et remporte la vietoire. Les tyrans vaincus se retirent dans la ville , désarment les citoyens qui y sont

1 S4 DODZIÈBCE AGE.

encore , ne conservent . que des soldats étranger», obtiennent des troupes de Lacédémone» combattent une seconde fois contre Thrasibule , sont de nouveau vaincus et rejetés de l'Attique.

Dix magistrats choisis, un dans chaque tribu, remplacent les trente tyrans, montrent autant de cruauté, et sont chassés comme eux.

Pausanias II, roi de Lacédémone, propose un traité que l'on accepte. Les trente ^ans et les dix magistrats ne seront punis que de l'exil; tes biens de personne ne; seront confisqués; le gouvernement populaire 9era rétabli.

Thrasibule maintient avec autant de cou- - rage que de sagesse l'amnistie accordée et jurée par l'assemblée générale du peuple, et toutes les discordes se calment.

On proclame une loi qui ordonne la mort et la confiscation des biens de celui qui oserait renvo-ser la démocratie ou exerça'

une magistrature dans le gôuvememeût qui

la remplaoérait^ dëdare inviolable cdiii qui le tuerait ou conseiUeirait de le tuer, veut

que tous les Athéniens jurent de . douner la mort aux traîtres ennemis de leur pabie ^ et prescrit d'honorer ceux qui succomberaient ien cherchant à les frapper.

Gonon, ancien chef de la flotte athénienne y s'ëtait réfugie cependant chez j^^agoras j roi de Salamine dans File de Chypre, après le triomphe des Lacédémoniens et l'établissement des trente tyrans.

Il avait offert ses services au roi de Perse, Artaxerce Mnémon , qui lui avait donné le commandement de sa flotte; il attaqua la flotte làcédémonienne à la tête des vaisseaux d' Artaxerce, et remporta auprès de Guide 394 ans une victoire . qui fit perdre à Lacédémone Toigaire. cinquante vaisseaux et l'empire de la mer«

L'année suivante il ravagea les côtes des Lacédémoniens, conduisit sa flotte à Athènes, du consentement des Perses, MÎtablit le Py-

ree^ et reconstruisit les muraiSes de la TÎlle. Xénophon, illustre disciple de Socrate, s^était couvert d'une gloire qu'aucun général athénien n'avait encore obtenue. Le jeune Cyrus, gouverneur des côtes de l'Asie mineure, avait pris les armes contre son firere Ârtaxerce Mnémon ; il prétendit que la couronne de Perse lui appartenait, parce qu'il était né depuis que leur père Darius Nothus était monté sur le trône. Une grande bataille 4oo ans avait eu lieu entre les deux frères, Cyrus avait dans son armée dix mille Athéniens, conmiandés par Xénophon. Ib avaient vaincu Tissapheme qui leur était opposé ; mais lé jeune Cyrus, emporté par son courage, reçoit la mort, et son armée se disperse.

Xénophon résiste avec une admirable fermeté à ce coup de la fortune. Ses valeureux Grecs, pleins de confiance dans leur général , restent réunis au milieu de dangers sans cesse renaissans; et il exécute cette fameuse retraite qui a été l'entretien des

DOUZIËBfË AGE. 487

hommes les plus édairés de tant de siëdes.

Toute la Grèce vit alors , dit le grand Bossuet , quelle nourrissait une milice in^ idncible à laquelle tout dçi^ait céder ^ et que ses seules divisions la pouvaient sou* mettre à un ennemi trop faible pour 'Itd résister quand elle serait unie.

Mais que la Grèce était loin de cette union si nécessaire à son salut ! Artaxerce ne rougit pas de demander aux Athéniens l'exil du héros qu'il n'avait pu vaincre, et qu'il devait tant admirer; et les Athéniens n'osent pas refuser Artaxerce. Xénophon se retire à Scillonte, où il compose un grand nombre d'ouvrages , qui seuls auraient rendu son nom immortel : il écrit dans cet asile vénéré par la postérité, la Gyropédie ^ XExpédU tion et la retraite des dix mille, Yffis^ toiré grecque depuis l'époque à laquelle Thuiydide était parvenu , un Dialogue intitulé : Hiéron ou le Tyran, un Traité des revenus ou des produits de tJlttique ,

YÉconomique^ \ Eloge d'Agésilas II y roi de

Lacédémone, et qu'il avait suivi en Asie;

V Apologie de Socrate^ les Dits mémorables

• de ce Sage y le. Banquet des philosophes ^

un Traité de la chasse ^ d'autres Traites sur

le goui^ernement de Lacédémone ^ sur celui

d^ Athènes y sur Vart de dresser et de mon-

Vers 3^ ter Ics chei^aux : et il meurt a quatre-vingt-

yoi^. dix ans , après avoir été un des grands

hommes qui ont le plus honore là Grèce ,

et cdkicouru le plus à sa civilisation.

U avait eu la douleur de voir Lacédémone faire un traité infâme avec Artaxerce Mhémon, .pour parvenir à réduire de nouveau sous sa domination les Athéniens dont Gonon avait relevé les murailles. Cest contre des Grecs qu'elle avait appelé la Perse; et 387 ans cllc avait livré tous les Grecs de l'Asie au vulgaire, roi dô ccux quc la Grèce appelait barbares ^ et qu'elle devait regarder comine des ennemis si redoutables.

Cette alliance contre nature n'empêche

pas nëamnoins Timothée^ génëral des Âthë»

niens, et digne fils de Goncm, de s'emparer de Gorcyre, de gagner: sur les Lacédëmo- 376 ans niens une bataille navale, de prendre Tome y^it, et Potidée, et de délivrer Gyztque.

Bientôt après , £paminondas , général des Thébains, l'un des plus grands capitaines et des plus grands hommes de l'antiquité, gagna contre les Laoédémoniens la bataille dé Leuctres, dans laquelle fut tué Cléonihrote II y célèbre roi de Sparte , et fit rebâtir et repeupler la ville de Messène. Ayant tenu les troupes en campagne quatre mois plus tard que le peuple de sa patrie iie l'avait ordonné 9 il fut privé du commandement de son armée victorieuse : mais il obtint de servir comme simple soldat , ajouta à sa renommée par des actions d'éclat ^ fut renommé général en chef, et alla en Thés* salie , ou il. remporta de nouvelles victoires. Soutenant ensuite, par l'ordre de sa republique, la cause des I^éens, il livra la ba^^

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taille de Mantinëe , où la victoire n'ayant pii le garantir d'une blessure mortelle , et voyant qu'un fer de javelot qui était r^esté dans la plaie ne pouvait en être tiré qu'en lui àtant la vie, il continua de donner des ordres ^ apprit que les ^nemis étaient entièremeût défaits 9 remercia les dieux, arracha le fer, et expira comUé de gloire.

Ghabrias , général athénien , avait aussi battu les Lacédémoniens et défendu la Beotie.

Des divisions aussi impolitiques, et qui enlevaient à la Grèce tant de braves et tant de grands hommes , auraient livi*é ce pays si illustre et si déchiré aux Perses, qui depuis long-temps employaient, pour la $ou« mettre , tous les moyens qui étaient eu leur pouvoir. Mais un ennemi bien plus dangereux encore , et dont les Grecs s'étaient bien moins occupés, menaçait de les réduire sous son obéissance. Get ennemi, qui allait déployer contre eux une si grande puissance, était Philippe^ roi de Macédoine. U

DOUZIÈMB AGE. 191

avait un génie élevë , et son habileté j son adresse et sa politique égalaient son ambî<tioii* Ayant été pendant sa première jeut nesse donné en otage aux Illyriens et aux Thébains, il avait eu le grand avantage d'être élevé auprès d'Épaminondas. Monté sur le trâne , trois cent soixante ans avant l'ère vulgaire / il remporte une victoire sur les Athéniens auprès de Méthoqe y et fait la paix avec eux. Digne par sa valeur du nom de Grec qu'ont les Macédoniens, et n'ou« bliant jamais qu'il descend des Héradides , fondateurs de son royaume, il soumet les Péoniens, les Illyriens et les ThessaUens; il épouse Olympias , fille de Néoptolèmé , roi des Molosses , et en a cet Alexandre qui de* V2ut tant occuper la renommée. Obligé de lever le si^e de Byzance fiour marcher contre les Scythes , il remporte sur eux une 341 amt grande victoire. Les Triballiens s'insurgent Toigure^ contre lui ; il leur livre un combat dans lequdi il aurait été tué, si Alexandre, quoique

492 BOl^ZIÈlifK AGE.

tres^jeiiné encore, ne Feût couvert de son boudier, et n'eût donné la mort à ceux qui l'attaquaient de prèSé .*

Un homme destiné à avoir pendant des siècles la plus grande influence sur l'esprit humain f était né à Stagire dans la trois ; Cent quatre -vingt- cpatrième année avant l'ère vulgaire. C'était Aristote : il avait été, après sa première jeunesse, disciple de Platon , s'était livré à l'étude avec une ardeur extraordinaire, avait fait de grands progrès, et sa r^utation s'étant extrêmement étendue , Philippe lui avait confié l'éducation d'Alexandre.

Le roi de Macédoine croit le cornent venu de conquérir une grande portion de cette Grèce dont son royaume fait partie. Il déclare la guerrt aux Athéniens et aux Thé- 338 ans bains leurs alliés; il leur livre- la bataillé de

av. l'ère t\ • t • •

vulgaire. Ghérpuée ^ Béotie. La victoire couronne

l'inventeur de la fameuse phalange macédonieune. Philippe est vainqueur et des Athé-

l>OÛZIÊMË AGE. 493

nietis qui avaient vaincu les Perses , et des Thiébains qui avaient vaincu Lacédémonéé

U avait dans Athènes un enneftii dont il connaissait toute là puissàncCé Démosthènesj disciple dé Platon et d'Isocrate^ orateur su*blimé et le plus éloquent dé tous les Grecs > n'avait cessé dé tonner contre lui du haut de la tribune^ oii se déployait avec tant de véhémence radmirable talent qui agissait' avec tant de force sur les Athéniens.

Vers le même temps vivait le sculpteur Praxitèle, si célèbre par sa Vénus de Guide, son Satyre çt son Gupidon; et quelques années avant cette époque , Artémise , reine de Carie, avait élevé dans Halicarnasse uû tombeau dans lequel étaient renfermés les restes de Mausole son époux; tombeau ma*gnifique, quêtes Grecs comptaient au nombre des sept merveilles du monde , qui devait .

faire donner le nom de m/^i^oZ^e aux grands monument funèbres, et auprès duquel elle était morte d'amoui* et de douleur.

Les projets de Philippe ne se bomaîeo^ pas cependant à la conquête de la Grèce.

La puissance des Perses l'effirayait^ et il voulait l'abattre. Il faisait de grands prépa* ratife pour porter la guerre en Asie, lorsqu il fut assassine par un de ses gardes ; et Alexandre lui succéda. Ce jeune prince n^avait que vingt ans; il réunissait toute l'ardeur de la jeunesse à un beau gé^ie, à un courage indompte et à l'amour le plus passionné de la renommée. Epris de tout ce qui était grand et élevé ^ et digne disdple d'Aristote^ qui Tétait de Platon , il portait toujours avec lui les poésies du diidn Homère : il aurait voidu suipasser Achille et avoir un Homère pour chanter les exploits qu'il méditait. U embrasse avec énersrte les projets de Philippef. Mais il veut d'autant moins s'exposer à être forcé par des attaques imprévues a revenir en Macédoine , que D«imGod««vm,q«ré6»aitenPe«e, ^^ envoyé en Grèce des émissaires charge d'or^

pour exciter les Grecs contre les Macédo^ niens, et que les Lacedëmoniens ^ suivant Arrien > avaient accepte .cet or si puissant à cette époque de, corruption. Il croit devoir commencer la grande guerre qu'il a résolue par la conquête de la Thrace et de l'Illyrie ; il redoute les dispositions de Thèbes et de la Bëotie,.que son père avait soumises. £n effets leurs habitai , trompés par une Causse nou* velle de sa mort , s'insurgent ctmtre lw« Il détruit la ville <|e Thèbes, et cependant, adorateur d'Homibre et de tous les grands poètes qui immortalisent les héros, ii conserve la maison de Pindare et honore sa famille. C'est après cette tertiUe expédition, que , la Grèce ne lui inspirant aucune alarme^ il déclare la guerre a Darius Codoman.

Interrogeons maintenait Bossuet sur les ëvénaaens qu'Alexandre va tenter. « Les « Macédoniens , nous répond cet homme « dont le génie s'élevait au-dessus de tous « les obiets au'il examinait: les Macédoniens

« étaient non-seulement aguerris , mais ^en-

« core triomphans, et devenus par tant de

« succès presque autant supérieurs aux au-

« très Grecs en Valeur et en discipline,

4e que les autres Grecs étaient au-dessus

« des Persçs et de leurs semblables,

«Darius, qui régnait en Perse, était juste,

« vaillant, généreux y aimé de ses peuples,

« et ne manquait ni rfesprit ni de yîg^eur

« pour exécuter ses desseins. Mais si vous

4e le comparez avec Alexandre , son esprit

« avec ce génie perçant et sublime, sa va-

« leur avec la hauteur et la fermeté de ce

4c courage krvincible qui se sentait animé

4e par les obstacles, avec cette ardeur im-

4e mense d'accr0itf*e tous les jours son nom,

« qui lui faisait préférer à tous les périls ,

4e à tous les- travaux et à mille morts, le

4e tooindre dc^é de gloire ; enfin , avec cette

4e confiance qui lui faisait sentir au fond de

4e sén cœur que tout lui devait céder comme

^ à un homme que sa destinée rendait supé-

^ rieur aux autres; confiance qu'il inspiraîl; «c non-seulement à ses chefs, mais encore « aiix moindres de ses soldats, qu'il ëleyait, <e par ce moyen , au-dessus des difficultés et <x au-dessus d^eux-mémes; vous jugerez aisé- « nient auquel des deux appartenait la vie- « toire. ^t si vous joignez à ces choses les « avantages des Grecs et des Macédoniens « au-dessus de leurs ennemis , vous avouerez « que la Perse, attaquée par un tel héros « et par de telles armées, ne pouvait plus « éviter de changer de maître. "*

Alexandre entre dans l'Asie mineure. Darius avait parmi ses généraux un homme de génie, un grand capitaine, Memnorij de l'île de Rhodes. « Ruinez vos provinces , dit-il à ^ Darius, afin que l'armée d'Alexandre ne a puisse pas trouver de vivres ; faites atta- « quer vivement la Macédoine , et portez-y « le théâtre de la g^ierre. "* Ce. conseil aurait pu rappeler Alexandre dans ses. Etats , soulever la Grèce , et sauver Darius ; il fut re-

19B DOOZIÈICË AiGS.

jeté par les autres généraux du roi de Perse.

Alexatadre tente le passage du Grankpie ; Memnon lui oppose une armëe immense et des manœuvres babiles^ mais il necomman* dait pas des Grecs et n'était pas Alexandre.

Le jeune roi enflamme ses soldats par son audace^ et le Granique est frandii.

lies arts ont célébré cet événement , et il a dû être d'autant plus remarqué par l'histoire y que les passages des rivières présen*taient des difficultés et des périls particuliers pour la cavalerie des anciens Grecs , qui ne se servaient ni de selles ni (f étriers.

Memnon y que rien ne peut décourager, défend avec chaleur la ville de Milet, s empare des lies de Ghio et de Lesbos y porte la terreur dans la Grèce ; et peufr^tre les desr tins d'Alexandre allaient changer, lorsque la mort frappa Memnon au milieu d'une ^oire à laquelle la renommée d'Alexandre donne un très-grand édat

DouzriaiE ACE. 4d9

. Le roi de Macédoine soumet avec rapidité laLjdie» l'Ionie^ la Carie, la Pamphilie et la Gai^doce, Il répand au loin la consternation et l'efi&oi, en coupant avec son ^a^ve le fameux nœud gordien qui, suivant les idées religieuses du temps, devait donner l'empire de TAsie à cdui qui le dénouerait, livre la bataille d'Issus , remporte une vio aas ayant

lère

toire complète , s'empare ^ des trésors de vulgaire. Darius , voit tomber à ses pieds cinq malheureux prisonniers, la mère, la. femme, le fils et les deux filles du roi de Perse , et les traite avec des égards que les siècles à venir doivent louçr tant de /ois et avec tant de justice.

Les provinces reçoivent en tremblant la loi du vainqueur^ La ville de Tjr seule se souvient de son ancienne paissance, et ré»

siste au conquérant devant lequel l'Asie ipineure s'est indinée. Elle a été rebâtie dans une île; Alexandre est obligé de cons« truire une digue que des historiens ont dé^

200 DOUZIÈME AGfi.

crite avcb une «orte d'enthoud^c. Tyr, malgré le courage et les efforts admirables de ses habitans , succombe à cette force victorieuse qu'aucun obstacle ne parait pouvoir arrêter. Alexandre marche contre les Juifs , qui Font . irrite en ne voulant pas fournir les objets nécessaires à ses troupes pendant le siège de Tyr; JaduSj grand sacrificateur des Juifs, va au-devant de lui, implore sa clémence, et lui montre la prophétie de Daniel^ qui annonce la destruction , par les Grecs, de l'empire de Perse. Alexandre traite les Juifs avec beaucoup de bonté , et avant de poiy:^&iiivre Darius vers FEuphrate , il va soumettre l'Egypte, si fameuse dans la Grèce , et dans laquelle Artaxerce Ochus , l'avant-demier roi de Perse, avant. Darius, avait conquis une puissance égale à celle de ses prédécesseurs.

Le mouvement était donné à l'Egypte, comme à l'Asie mineure et à la Syrie. Elle cède au vainqueur du Granique, d'Issus et

DOimÈME AGE. 20i

de Tyr. Alexandre visite le temple consacré au dieu que les Grecs appelaient * t/w/wY^r Amman y à cause des sables de Ja Libye , au milieu desquels il ëtait situé ; entend les prêtres de ce temple le nommer fils de leur dieu j ne rejette pas un titre que les opinion^ religieuses de la multitude peuvent rendre utile à ses vastes desseins y et après ce sacrifice fait aux idées vulgaires, conseillé par l'ambition, et peut-être approuvé par cette vanité à laquelle tant d'hommes supérieurs n'ont pas pu toujours se soustraire, il s'élève à toute la hauteur à laquelle son génie peut atteindre , prëvoît l'avenir, trace, pour ainsi dire, une nouvelle route au commerce de l'Europe ,

de l'Asie et de, l'Afrique, et fonde la ville

d'Alexandrie, le plus beau et le plus durable

monument de son passage sur la terre.

Alexandre cherche ensuite Darius , et malgré tous les nouveaux efforts.de ce prince, et toutes les troupes que ce monarque lui oppose , il remporte la victoire d' ArbeUes , et

SOS ponzibiB AGE.

ne laisse à son ennemi d'autre ressource ijae la fuite. Maître de ce grapd empire des Perses , fondé par Gy rus , il fait une entrée

solennelle dans Babjlone, a^ec un édat, dit Bossuet, qui surpassait tout ce que tunwers ai>àit jamais vu.

Parvenu avec une rapidité merveilleuse à une puissance si irrésistible, il donne un grand es:emple aux mitres du monde; il n'a pas ouUié ce qu'il doit à Aristote et aux sciences, qu'il croit les plus utiles, Aristote s'était retiré à Athènes et y avait établi dans le Ijrcée Une école dont le renom fut bientôt répandtt-pamu les peuples civilises, coame la glfure d'Alexandre. U philosophait en se promenant avec ses disciples ^ auxquds ce genre d'étude et d'exercice fait , donner le nom de penpatéticiens. Du hiiut du trône qui domine sur tiMEit de nations , le vainqueur de Darius lui écrit > le presse d'écrire l'histoire des animaux , lui envoie la somme énorme de huit cents talep» pour les dépen*

noczttosE AGE. 2d5

ses que cette histoire peut exiger 5 et lui a^dresse un grand nombre ^e chasseurs et de .péeheuvs diargés d'exécuter se& ordres.

Alexandre veut eependant assurer la du»

rée de l'empire qu'il vient de créer; et U cède d'autant plus facilenient à ce que sa politique lui commande^ qu^il est \nea aise dl'ëlever sa renommëe militaire au-dessus de celle de Bacchus, le conquérant d'un si grand nombre de contrées orientales» Darius ^ réfugié dans la Médie y avait été assassi^ff par le traître Bessus, gouverneur de la Bactriane^ Alexandre traverse l'ancienne Perse^ pénètre dans les Indes, y défait le roi Parus, que sa valeur 5 ses soldais et ses nombreux âéphans exercés au combat ne peuvent dé.

fendre, admire sa grandeur d'ame, le traite en Roi y suivant le noble désir de ce prince magnainme, ie rétablit sur son trône, obtient son amitié , le voit suivre ses epseignes à la tête de ses troupes avec autant de dé« vouement que de valeur, donne, ta se pré-

cipitant du haut des nrars au milieu d'une ville qu'il assiège, une nouvelle preuve def son courage en quelque sorte plu» qu'humain , parvient jusqu'aux bords de l'Âraspe , est obligé de- céder à ses soldats qui lui demandent du repos , élève des mohumens sur les rives de ce fleuve, ramène son armée par des contrées qu'il n'avait pas^ encore parcoil- , rues 5 les subjugue et rentre dans Babylbne , ^ù il est reçu, non pas comme un conquemrît^ dit Bossuet , m,ais comme un dieu.

«, Mais cet empire formidable qu'il avait « conquis , continue Bossuét , ne dura pas « plus long-temps que sa vie, qui fut fort « courte. A l'âge de trente-trois ans, au « milieu des plus vastes desseins* qu'un « homme v eût jamais conçus , et avec les « plus justes espérances d'un heureux suc- « ces, il moumt sans avoir eu le loisir d'é- « tablir solidement ses affiiires , laissant des a enfans en bas âge , incapables de soutenir «c un si. grand poids. Mais ce qu'il y avait

jiOxmhŒ ÂGE.. 205

« de plus funeste pour sa maison et pour « son empire, est qu'il laissait des capitaines « à qui il avait appris à ne respirer cpie « Famlition de la guerre. Il prévit k quels « excès ils se porteraieht quand il ne serait « plus au monde. Pour les retenii', et de ^ peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni a son successeur, ni le tuteur de ses en- « fans ; il prédit seulement que ses amis « célébreraient ses funérailles avec des ba- « tailles sanglantes, et il expira dans la « fleur de son âge , plein des tristes images « de la confusion qui devait suivre sa mort. "^

Les pressentimens d'Alexandre n'étaient que trop fondés. Personne n'avait hérité de son génie et de ses talensv Son immense empire ^écroula , et de ses débris se formèrent trois, grandes monarchies; celle de Macédoine , celle de Syrie et celle d'Egypte.

Deux ans après la mort de l'homme extraordinaire qui avait commandé à une û grande partie du monde ^ mpurut Aris-

5Sd6 DOUZii&ifS AGE.

tote , pour qui il avait une si haute estime,. Néarque avait communiqué à ce grand philosophe les observatious qu'il avait faites dans ses navigations , et particulièrement en ramenant la flotté. d'Alexandre depuis Tembouchure de l'Indus jusques dahs la Mer rouge. On ne pouvait pas mieux plaire à Alexandre^ qu'en procurant les observations les plus importantes. à celui qui avait élevé sa jeunesse* Aristote avait profité avec tant de succès de cet empressementqu'il laissa^ en mourant , un ^and nombre d^ouvrages dont la variété des sujets aurait seule Cait naître l'étcmnement et la voaieratio|i« U nous suflîra de citer sa Dialectique , sa Mo* raie 9 saBhétoriquei saPo^iqne, ses QËuvr^ politiques et son Histoire des animaux.

Pendant plus de deux mille ans son. auto« rite devait étue t^espectée comme cdle d'un oracle ; et Fadmiration devait ensuite lui déœmer des hommages plus libres y r^l^ par la raison 9 et fAns honoraUes que ceux qu'une

sorte de sûperstitiûii lil^àire n'avait cessé de commander pendant plus de vingt B^de&

Théofhraste succéda dans Técole des péri- 3aa ans patëticiens à Aristote ^ dont il avait été le vulgaire. disciple 9 après l'avoir été de Leuctppe et ensuite de Platon, Il vécut cent ans, et composa très-vieux le cél^ibre traitç de morale, qu'il intitula les Caractères. On a conservé aussi de ce philosophe, qui cultivait l'histoire naturelle ccmime Aristote , un Traité des plantes et une Histoire des pierres.

Xénocratey autre disciple de Hatoh , avait 339. succédé, dans Vacadémie^ à Speusippe^ qui avait remplacé Platon son 'oncle. On vantait sa sobriété et ses autres vertus. Il n'aimait ni les plaisirs , ni les richesses , ni les louanges. Rien n'avait pU le corrompre lorsque les Athéniens l'avaient envoyé en ambassade auprès du roi Philippe ; rien ne put vaincre son désintéressement et sa fidélité, l<M^que ses compatriotes le choisirent pour ambassadeur auprès d'Antipater qui régnait en Ma'*

Qedom0« S avait refuse un présent de éan^ quante talens^ qu'Alexandre lui avait envoy^é^ ou du moins n'en accepta qu'unie très*petîte partie par respect pour ce monarque» Ses laçons corrigeaient les jeuiies gens Jés plus débauchés. Sa réputation db probité était si grande^» que les magistrats' le dispensèrent de confirmer mji témoignage par le sarment.

Il avait composé, à la prière d'Alexandre $ plusieurs ouvragés qui ne sont pas parvenus j usqu'à nous , et particulièrement six livres de, la naturç , six autres livres de la philo-' soplnej un livre sur fes richesses^ et un traité qu'il est «bien remarquable de voir demander par le roi tout-^puissant , à qui tant de peuples étaient soumis, et dont le'sujet était Vart de régner.

Indépendamment de l'école de l'académie et de cdle du lycée, il y en, avait deux autres à Athènes, qui étaient aussi Yàb^ jet de l'admiration de la Grèce. Ces deux écoles pu^ sectes, étaient celle. ^Epicurey et

celle de Zenon y ou des stoïciens. Epîcure philosophait dans des jaf*dins4 Rien ne* surpassé le respect, l'affection et Fenlthousiasme qu'il inspira à ses disciples^ Le jour de sa naissance était encore solainise du temps de

PlinCé II dontia une grande réputation ati système des atomes, inventé Ou soutenu par Leùcippè et par Démocrité} il faisait consister lit félicité non pas dans lés voluptés sensuelles, coitmie l'ont prétendu ses ennemis et quelques-uns de ses disciples corrompus; mais dans la volupté inséparable de la vertu ^ et jointe à la tempérance. Les disciples qui partageaient dans ses jardins sa table frugale, ne se nourrissaient que de pain et de légumes^ et .ne buvaient que dé l'eau^ U mourut à soixante^^oiize aiis^ deiix cent soixantC'Oiize ans aVarit l'ère vulgaire; il avait cru ne pouvoir nlieux répondre à des reproches de stoïciens, qu'én^ publiant dès ouVrageà pieux , en recommâudant de vénérer les diviiûtés, eti exhortant à la so-

210 DOUZIÈBfE ÂGEi

briété^ à la continence / à la chasteté, en étant assidu dans les temple^.

Zenon, le chef des stoïciens, donnait ses leçons de philosophie sous un portique. !^ sectateurs furent très-nombreux. Le souv eràin'bien consistait, suivant lui , à vivre conformément à la nature, selon l'usage de la droite raison. Il ne reconnaissait qu'un Dieu, et admettait une destinée inévitable. Ses successeurs, des stoïciens célèbre, tels que Oéanthe et Grysippe, soutenaient qu'avec la vertu on pouvait être heureux maigre les rigueurs de la fortune et au milieu des tourmens les plifô aiSreux ; et le Dieu unique qu'ils admettaient* était l'ame du monde ou de l'univers. * - ^ . ' f

Vers le même temps vivait' Ménandre, disciple de Théophraste. Il composa cent Wit comédies, dont huit remportèrent le prix, et |]ui le firent nommer le prince de lu nouvelle comédie- ^ c'est-à-dire de celle qui , r^éièxÀ point favorisée par la liberté

DôuztÈKtË Agît. 24 i

démoctaiiqu€ , mettait sur la scène et livrait à la eensure publique les vices ou les ridi^ Cuks prives ^ au lieu des actes politiques des hommes d^Ëtat que dénonçait^ pour ainsi dire , Aristophane. Il ne reste que des fragmens de ses pièces, citées avec beaucoup d'él(^es par plusieui^ auteuts grecs ou latins*

Apetles > que IW a proclamé le plus grand peintre de la Grèce, a illustré la même époque. On a célébré particulièrement ses deux Yéiius et son Alexandre. Ce Jrqi/ si passionné pour la renommée, et si avide des suffrages de la postérité^ n'avait permis qu'à Apeltes de faire son portrait ^ persuadé^ suivant Gicéron, que la gloire d'un si grand peintre transmettrait la sienne aux sîèdes à Veniré Apelles était Fanii de Pro* togène^ peintre célèbre né en Carie , établi à Rhodes , et dont on a cité tant de fois le tableau représentant lalyse , chasseur fameux et qu'on r^ardait comme le fondateur de Rhodes.

21 2 DODZIÊHE Acr.

Le peintre Timanthe iétait aussi confem* porain d'Apelles. Combien de fois on a loué son tableau du sacrifice dlpfaigénie , oh il avait si bien représente la "douleur de Gilchas, de Ménélas, d'Ulysse, d'Âjax, des autres princes de la Grèce , et oh , voulant exprimer pliis fortement encore celle d'Agaraèmnbn, il avait eu recours à l'imagination du spectateur ému , et montré le malheureux père cachant sous le pan d'un mmiteau son visage et les traits du désespoir.

Lysippe le sculpteur reçut le même honneur qu'Apelles, Alexandre déclara par un édit que Lysippe pourrait setd le repréœnter par des statues en marbre ou en bronze.

Hm'ace a rappelé cet édit que Lysippe a si bien mérité par différentes statues du prince ^ui Taimait; par cdle d'un homme sortant du bain, qui a décoré les thermes d' Agrippa; par une grande statue du soleil , élevée sur un char traîné par quatre chevaux, et vénère à Rhodes ; et par plusieurs autres ouvrages.

Que devient cependant , après la mort d'Alexandre 9 ce royaume de Macédoine qu'il avait rendu si puissant? et quel fut le sort de la civilisation dans cette contrée et dans les autres parties de la Grèce ?

Cassandre y fils d' Antipater vta des gêné* raux du vainqueur de Darius ^ s'empara de la Macédoine, fit mourir Olympias, veuve de Philippe et mère d'Alexandre; Roxane, femme du grand conquérant , et le jeune Alexandre son fils ; donna à Thessalonicé ^ sœur de ce même Alexandre devant lequel il avait tremblé , sa main fumante du sang de la mère 9 de la belle^sœur et du neveu de cette princesse , et , portant ses armes en Asie, ne contribua pas peu aux terribles agitations qui bouleversèrent pendant tant de temps les vastes et malheureuses contrées qui avaient composé l'empire de l'immortel souverain de Babylone. •

Quds crimes ai&eux continuent après Cassandre d'arroser de sang le trône de Ma-

21 4 DOUZIËUE AOE.

cédo^ne, de le donner ou de l'enlèvra'Î.Le trépas d'Alexandre avait branlé la terre; pendant combien d'années dlè tremble sans pouvoir trouva le repos ! Aucune lot fonda* mentale n'avait assez de force pour la rai^ fermir; le droit des peuplés était inconnu; leur véritatde pouvoir paral^^sé ; leur volonté nulle oq dédaignée.

Ceux (pli cherchaient à manier le sc^tre de la Macédoine, commandaient à la Grèce.

On avait à Athène» restreint le droit de voter dans les assemblées générales aux citoyens qui possédaient un revenu de plus de deux jnille drachmes (ou dix*^huit œnts francs).

On avait donné à cette forme de go>uver* nement te nom de plufocratie, ou gouvo** nement des plus ridhes. Après la mort d'Alexandre, l'ancienne démocratie fut o£ferte aux Athéniens. L'archonte Pkocion,nn des plus grands orateurs d'AtMènes, que l'on avait choisi quarante*cinq fois pour commander les troupes de la république, qui avait tou-

DOCZIÈBffi AGI. 215

jours refuse les bienfaits de Philippe et d'Âv lexandre^ dont la fortune était si médiocre^ que l'on vénérait pour sa grande probité , et qui avait atteint sa quatre^vingtième année, fut accusé d'avoir toujours favorisé les riches; jugé par une assemblée composée d'homnues infâmes, d'esclaves et d'étrangers, déclaré coupable de trahison et condamné à mort Quelque temps après , Athènes repentante lui décerna une statue de bronze; mais la pos^ térité inflexible à conservé le souvenir de la 3i8 ans mort indigne du vertueux et grand Phocion. vulgaire.

Gassandre nomme pour gouverner Athènes Déméttius de Phalère, orateur éloquent, philosophe péripatéticien et disciple de Théo*» phraste. La constitution de l'Etat est de nouveau changée. Les citoyens qui ont dix mines (ou neuf centsr francs de revenus) jouissent du droit de voter dans les assemblées gênéraies. Les revenus publics augmentent; denou^ veaux monumens s'élèvent. Les Athéniens i Qontens de leur démocratie et de leur premier

21 6 DOUZIÈME AGC

adminislrateiir , oublient en quelque sorte qu'ils ont pour maître le roi de Macédoine , et élèvent des statues:^ Démétrius. Hine et Diogene-Laërce portent à trois cent soixante le nombre de ces statues. Mais combien les i9onumens décernés par Fenthousiasme peu^ vent être fragiles ! Le^ idées des AtWniens devaient changer leur affection , et leur es« tiîne pour Démétrius s'évanouir; ses statues ^tre brisées et fondues,

Déjnétrius Poliorcète (ou preneur de villes), fils d^Antigone Fun des généraux d'Alexandre et qui , après la mort de son souverain /s'était fait roi de l'Asie mineure, «e présente au Pirée comme voulant briser le joug imposé à la ville d'Athènes par Cas* sandre. Les Athéniens, que la perte de leur liberté et de leur indépendance avait dégra-p -dés, donnent à Poliorcète et à son père Antigone le titre de roi, qui leur avait été si odieiix. La flatterie et la bas$essei#e surpassent. On place les statues de Poliorcète et de

BOUZIÈBfE AGE, 217

fson père à côté de celles dUarmodius et d'Aristogiton; on les nomme des dieux sauveurs : ils ont un prêtre dont le nom rem* ^plâce dans les actes publics celui de IW chonte qui donnait son notn à Tannée; on joint sûr la bannière sacrée leurs imagés à celles des dieux protecteurs d*Athèries ; et les ambassadeurs qu'on leur enverra devront avoir le même titre que ceux qui, dans les fêtes de la Grèce , portaient à rApoUon de Delphes, ou au Jupiter olympien, les ot fraudes qu'on réunissait aux prières pour le salut des villes ; un décret ordonne que , toutes les fois que Démétrius Poliorcète viendra à Athènes, il sera r^n avec les honneurs et la solennité des fêtes de fiacchus et de Cérès ; on crée deux tribus nouvelles s(Mis le nom d^antigonide^et de démétriade; et le nopabre des sénateurs est élevé de cinq cents à six cents , afin qu'il y en ait toujours cinquante de chaque tribu.

Axi milieu de cette démence, Démétrius

21 8 DOUZI^MS A&Eé

de Phàlère est conâamné à mort; il s'était réfugié en ]%ypte, où on lui donna uùe place dfô pliis importantes, oii il composa sur la législation 9 la politique et la morale des ouvrages loués par Gicéron , et ou il contribua beaucoup à rétablissement de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie.

Près d'un siècle plus tard ^ l'ancienne rivale d'Athènes, Lacédémone, éprouva une terrible catastrophe. Philopœmen était général des Achéeiis, de ces Grecs qui avaient remporte de grandes victoires sous AratuSy célèbre comme leur historien et comme grand capitaine ; il gagna contre les ËtoUens la bataille de jlHessène , tua dans un combat MéchanidaSy tyran de Sparte, fut battu sur mer par Nabis y succe^eur de Mécfaanidas, mais le -vainquit ^r terre, prit Sparte, en 1 88 an» rasa les murailles , abolit les lois de Lycurgue vuieùrcet soumit Lacédémone aux Âchéens.

Séleucus Nicanor, ou Séleucus le victorieux, ligué avec Ptcdémée, Gassaridre

PQUZIÈHB AOE4 2t9

et Lysimachus , avait gagné la bataille d'Ip sas contre Antigone^ qui avait perdu la vie dans cette bataille : il avait commencé le royaume de Syrie et bâti trente-quatre villes pour perpétuer sa mémoire et . conserver le souvenir des personnes qui lui étaient chères. L'un de ses successeurs y Antio€hu& dit le grand y avait attaqué les Mèdes et les Parthes^ et s'était emparé de Sardes , de la Fhénide et de la Gcelé-iSyrieé Uanden royaume de Perse n'obéissait plus aux rois de Syrie; il était soug la domination des Partibes, aux^ quels commandaient les Arsacides ou descendans SArsace^

Antiochus dit Épiphanes ou Yilîustre dépose Onioj le grand «-prêtre des Juifs ^ assi(%e Jérusalem 9 la prend , profane le tem- 170 ans pie 9 y sacrifie à Jupiter otympien , emporte Tuigaîre, les vases, les plus précieux et commet d'hor« ribles cruautés. .

Un prêtre juif ^ nommé MatathiaSj de la iamiUe de^ Machabées ou des Asmonéens,

J48 Booatiœ ii»> ^^

de Phàliie est condamné à mort: ^ ^^^ \ rétogié en Egypte, o'h on lui * ^ ^^.

place des plus importantes, '"' .^ çlu- \ sur la législation, la politique i ^^^ ^. \ des ouvrages loués par Cici"' / ..^tiocontribua beaucoup à ïétaVi /^ gacr'*'*'' \ fameuse bibliothèque d'Ales' /• ^ ^ çeu >

Près d'un siècle plus tai /^^^ ¥o&ïale d'Athènes , Lacédén ■ ^ *7^s. «" ^* terrible catastrophe. />/ /'^**,i»J»* ï*"' néral des Achéens, de j^* ^^ ,11»'*

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célèbre comme leur hi ■'^^^ju «»*'*' capitaine; il gagnn .-m^^.f^ ..<;b''*i!

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^-'JOé^ Pfny^^ l's batailles divers généraux

^^ <É» ,V|- . remporte ensuite une grande

' ^^^rti^ tiochus lui-même.

Eupator y successeur d'Epine contre Judas-Machabée avec

mille hommes de pied et qua-

léphans. L'habileté de Judas et

; des Juifs l'emportent de nou-

:lupator est défait* Machabée, tant 164 «r»

i si glorieusement vainqueur, avait Jîija,re,

Jérusalem et dédié le temple avec

.ennité que les Jui& rappellent et ce-

220 BO0ZIÈBIE AGE.

n'avait pu supporter; ces affreuses persécutions, ni cette Violation d'un temple si cher a ses <»mpatriotes ; il se retire sur la mon* tagne de Modin avec cinq de ses fils et plusieurs Juifs dévoués avec ardeur à leur patrie infortunée; il voit un officier d'Antiochus qui contraint un Israélite à sacrifier aux dieux de son souverain ^ devenu si peu ^gae dn titré à^ Épiphanes i 'û immole Fofficîer 5 il tue même le Juif qui n'a pas eu la force de braver la mort ; et , ne voidant plus ri«i ménager 9 il forme. une troupe armée de ceux qui l'ont suivi et de ceux qu'embrase un égal désir de déUvrer leur pays des malheurs qui l'accablait , déploie un courage héroïque , parcourt la Judée, détruit les idoles que la terreur avait déjà fait encenser, rétaUit le culte de son Dieu, obtient . chaque jour de nouveaux succès , et laisse , cfn mourant, à son fils Judas^Machabée l'autorité que son courage , son zèle , les circonstances et la victoire lui avaient donnée sur le peuple j uif^

Judas 5 que Ton a considère comme le se« cond prince des Israélites de la famille des Asmonéens / surpasse son père : il augmente la petite armée des Juifs fidèles à leur patrie et à la loi de Moïse /supplée au nombre par soq génie 9 son activité, sa valeur, Fart d'entretenir ou d'accroître l'enthousiasme de ses soldats , la connaissance du pays et son ad« mirable constance à profiter des défilés et à choisir les positions les plus avantageuses; défait en plusieurs batailles divers généraux d' Antiochus , et remporte ensuite une grande victoire sur Antiochus lui-même.

Antiochus Eupator^ successeur d'Epiphanes , marche contre Judas-Machabée avec quatre-vingt mille hommes de pied et quatre-vingts éléphans. L'habileté de Judas et le courage des Juifs l'emportent de nouveau, et Ëupator est défait* Machabée, tant 164 ««s de fois et si glorieusement vainqueur, avait yuigaire, rétabli Jérusalem et dédié le temple avec une solennité que les Juifs rappellent et ce-

ÉÉ2 DOUZIÈME ACËé

lèbrent encore aujourd'hui ; il bat les tdu* mëens et les Ammonites , est tué dans une bataille que gagne un général du roi de Syrie, et inspire , par sa icnort, les plus grands regrets aux Juifs reconnaissans ^ qui lui décernent de magnifiques funérailles*

Son frère Jonathasle remplace , force uù général syrien à consentir à la paix > défait quelque temps après Démétrius Soter^ roi de Syrie, et remporte une autre victoire sut Apollonius 5 général de ce roi«

Simon-'Mackabéej autre frère de Judas j succède à Jonathas dans le gouverhement des Jiiifs j fait admirer son courage et sa prujjence , consolide l'indépendance de sa patrie, renouvelle Falliance des Juifs avec les Spartiates, et repousse les SyrienSé

Hyrcariy fils de Simon , succéda à son père , continua avec gloire le gouvernement des Asmonéens , réunit à la puissance temporelle le sacerdoce suprême , soutint le siégede Jérusalem contre Antiochus SidèteSy

roi de Syrie , soumit les Idumëens, détruisit le temple de Garizim ^ détesté par les Juife fidèles au culte mosaïque , s'empara de Samarie et rendit à ses compatriotes les lois qui leur étaient les plus chères ^ et dont ils avaient été privés tant de fois pendant la domination des Assyriens ou des Grecs de Syrie.

Le grand sanhédrin y que mon illustre colique, M. le marquis de Pastoret, regarde comme institué par Moïse , existait toujours parmi les Juifs. Ce tribunal suprême avait été composé, avant Ësdras, de soixante-dix ma^ gistrats, dont ce chef des Juifs porte le nmnbre jusqu'à cent vingt ; et ses attributions trèfimultipïiées étaient d'une haute importance.

Les rois de Syrie ne furent pas les seuls contre lesquels les Juifs eurent à se défendre depuis la mort d'Alexandre; le peuple de

Juda eut aussi à combattre les rois de l'£gypte. •

Ptolémëe Lagus, l'un des plus iatimes

2â4 DOUZIÈME AG&

favoris et dés plus habiles capitaines du

grand conquérant^ avait eti TÉgypte poui*

son partagei Son général Nicanor avait sou-^

mis une grande partie de la'Syrie,^ la Phé^

nicie et File de Chjrpref'il s'était emparé de

Jérusalem^ qu'il avait surprise sous le pré^

texte de vouloir y sacrifier^ et avait mené

des bords du Jourdan en Egypte des captifs ,

dont on a porté le nombre jusqu'à cent

mille : vainqueur d'Antigone ailprës de Gâza^

il avait gagné avec Séleucus et Lysimachus

la bataille d'Ipsus en Phrygie ^ oiï ÂAtigone

perdit la vie. Auteur^ suivant Arrien^ d'une

histoire des cotiqtietes d'Alexandre, il avait

agâant fait bâtit* lé phare d^Alexandrie, placé par

Tuigaii«. les anciens au rang des sept merveilles du

monde; et c'est sous . son règne que, dans

cette même ville d'Alexandrie, le célèbre

EucUdey auteur des Élémens de géométrie,

avait donné des leçons de mathématiques»

Ptolémée , fils de Lagus , lui succéda ; il

fit mourir ses frères qui avaient conspiré

contre lui^ et fut nommé, philadeiphe (qiii aime ses frètes) pal* uae cruelle ii*onie. U voulut faire oublier ce terrible ^véilement : il encouragea le commerce > que favorisait si puissamttie&t un canal qui aboutissait à la mer Rotigé, et répandait en Europe les richesses de l'Inde ; il établit avec les soins de Démétrius de Phalère la bibliothèque d'Alexandrie, si renommée parmi les anciens , y plaça plus de vingt mille volumes, en célébra la dédicace comme çeUe d'un temple, insti#i des jeux en Thonneur d'Apollon et des Muses, eut long-temps à sa cour, et traita de la manière la plus digne d'un grand poète et d'un grand roi , Théùcrite de Syracuse , SI célèbre par ses belles idylles; voulut traduire d^hébreu en grec, par le donseil de Démétrius, en qui il avait chaque jour plds de confiance, les livres de Moïse et les autres livres sacrés des JuifiS, reunit pour ce travail, vji à Alexandrie, soixante«dix Israâites qiié ltti\ui^ire. envoya le grand^prétre Eléazar; donna la II. i5

ans

liberté aux nombreux captifs transportés de la Judée en Egypte, et renvoya les septante comblés de biens , d'honneurs , et chargés de riches présens pour leur grand-prêtre.

. Un de ses successeurs^ Ptolémée Physcon j nommé aussi Cacourgètes (malfaisant), se rendit si odieux par ses cruautés, qu'un très-grand nombre d'habitans d'Alexandrie quittèrent leur patrie. Les savans qui sortirent de cette ville se répandirent dans MlLsie mineure , dans les îles de l'archipel et dans la Grèce, ety augmentèrent le goût des sciences.

Ptolémée Lathjre } fils de Physcon, ne put pardonner à Alexandre-Jannée , fils d'flircan, et qui, à l'exemple de son firèi^ Aristobule, avait pris le titre de roi des Juifs, d'avoir aidé Oéopâtre sa mère à lui ôter la coi^onne pour la donner à Ptolémée - Alexandiie' son frère. Mais sa vengeance ne tomba pas seulement sur Alexandre-Jannée , prince, si horriblement cruel

, DOUZ^avEE kG^. 227

^65 pendant qu'il donnait uil festin à ses coneubines, il avait fait crucifier huit cents Israélites pris dan$ une insurrection^ et masr sacrer leurs fenunes et leurs enfans. Ptolémée-Lathyre entra dans la Judée avec l'armée qiii lui était restée fidèle^ battit les Jui£i près des bords du Jourdain ^ et en fit un carnage affi*eux,

Tyr^ qui avait été. si fameuse et avait commandé aux mers par ses vaissçaux et son conmierce^ détruite paï* Nabuchodono* sor, rebâtie dans une ile^. ^^Qversée par Alexandre , relevée de ses ruines ^ mais conquise ensuite par Antigone, avait perdu avec sa liberté ses richesses , sa puissance et sa renommée. Dans le temps reculé oa elle gémissait sous la tyrannie de PjgmaUon son roi /ou plutôt sou avare et cruel tyran ^ ce prince détesté fit périr son beau -frère Sichée ou Sicharbas, dans l'affreuse espérance d'avoir ses trésors. Didon, veuve de Sichée et sœur de Pygmalion > vit tous les

dangers qui la menaçaient, s^chappa deTyr avec les trésors qui avaient causé la mort de son malheureux Sichée, et alla avec quelques lyriens fonder sur la côte septentrionale de l'Afrique la ville de Garthage, que devaient rendre ri célàbre «. navigatim», son cmmerce , ses conquêtes , ses grands hommes et sa lutte si glorieuse contre la ville étemelle, destinée à être la maîtresse du monde ! Cette ville étemelle n'était pas encore fondée; l'Italie, dont elle devait être Fomement et la force, était habitée par divers peuples plus ou moins éloignés de l'état à demi sauvage. Presque tous ces peuples étaient Celtes ou Scythes occidentaux. On y distinguait ceux qui portaient les noms SUmbri, de Sicelij S^Ausones ou Opici. CEnotrius ou JanuSj à la tête d'une colonie de Pélasges, arrive par mer d'Arcadie dans le Latium , Vers it en chasse les SiceU, et y porte le dialecte av.iw éolien, qui devient la base du latin. C'est cette colonie qui , suivant la mytholc^e .

grecque et romaine ^ reçoit Saturne chassé d'Arcadie par Jupiter. Combien de circonstances heureuseâ devaient se réunir à cette époque oii la navigation était si imparfaite, pouA[ue des hommes partis du Péloponèse pussent traverser Fextrémité de F Adriatique, tourner la Sicile et venir débarquer sur les rives du Latium !

Cest à des temps antérieurs à l'armvée de ces Pélasges qu'il faut rapporter ces constructions que Ton a nommées çyclopéennès , comme pour rappeler les travaux des premiers habitans de la terre , doués de la force remarquable des demi-sauvages, de leur ouïe tresr-fine , de leur odorat exquis , de leur vue perçante, et auxquels l'imagination des poètes ou premiers historiens s'est plu à donner une taille énorme et des formes gigantesques. Cest à mon savant confrère, M. Rondelet, de l'Institut de France , que l'on doit de vives lumières sur ces constructions cydopéennes, faites avec de gros blocs polygones ou à plu-

^30 BbÛZIÈME AGE«

sieilrs angles et à plusieurs fooes/ qui semblent avoir demandé^ pour être transportés , rassembles et élevés en murs plus ou moins épais, les bras vigoureu:^ des géans. On a trouvé ces blocs , ainsi disposés en murailles plus ou moins hautes, dans les pays montagneux de l'Asie mineure^ de la Thrace, de la Grèce , de la grande Grèce ou Italie méri-j dionale peuplée par des colonies grecques des autres parties de l'Italie , de la Corse et de plusieurs. autres contrées. Ces murs, compo* ses de blocs polygones, ont été construits avant que le progrès des arts n'eût fait ap-^ pliquer à rarckitecture la scie , le oiseau , le marteau et les autres imtrumens avec lesquels on donne aux pierres la forme que l'en juge la plus coAvenable. Ds ont précédé l'arrivée 5 en Grèce , des cdonies égyptiennes- ou phéniciennes 5 et en Italie, dés colonies grecques qui, à Fimitation des égyptiennes et des phë^ niciennes , ont bâti avec des assises de parai-lâîpipèdes^

DOlJZIÈIfE ÂGE; Z5i

Quelque temps après Tarrivée des Pâasges d'Àrcadie, d'autres Pélasges d'Haernonie, en Thessalie, s'embarquent , entrent dans FA* driatique, débarquent à l'embouchure du Pô j pënëtrent dans l'Ëtrurie , s'établissent à Grotone et dans d'autres endroits , et quel-^ que temps encore plus tard , d'autres Pélasges de Lydie descendent en Italie sur lés rivageé de la mer tyrrhénienne.

Une opinion religieuse et politique régnait parmi les Romains : ils croyaient qu'isn^e^ prince troyen et dont la patrie était voidnë de la Lydie , avait survécu à la destructioA de la fameuse Troie ^ était monté avec ses compagnons sur des vaisseaux tels qu'on les construisait à cette époque, était parvenu ^ après de grandes traverses et de grands maU heurs, sur les rivages voisins du Latium, cil r^nait Latinus, avait vaincu Turnus roi des Rutules , à qui on avait promis la main de Lavihie, fille du roi du Latium, et avait* épousé cette princesse. Le génie de

Virgile et son admirable talent ont immor* talise cette opinion,

.Yeri le temps ou Ton suppose cette arri* vée d'Ënée ^ sa victoire et son mai*îage , des Celtes on Scythes occidentaux occupaient la Gaqle et presque toutes les contrées situées entre TAdriatique, la Yistule, la Baltique et l'océan Atlantique. Us avaient de grands rapports avec les Indiens; ils étaient, comme eux , divisés en castes ; ils avaient leurs guer^ ri^s et leurs prêtres , qu'on a nommés Urui^ àeSn Les Germains y autre grande natioD venue de la Scy thie , se répandent dans la vaste contrée ou plutôt dans les immenses forets au. sol desquelles on a donné le iM^m de Germanie y ils enlèvent d'ailleurs aux Celtes le nprd de la Gaule , l'Écdsse et plu* sieurs contrées maritimes de la Grande-rBrer tagna. On doit leur rapporter , suivant un savant et cçlèbre auteur angUis, M, James Cowles Prîchard , les Gutes , les Teutons et les CimbreS;, du sud de la Baltique; les

BOUnÈME ÂGE. 233

Goths, les Swèdes et lés Norw^ens^ die la Scandinavie; les Calédoniens et les Pietés ^ de l'Ecosse ; et les Belges , du sud de la Grande-Bretagne et du nord dé la Gaule; et selon ce même auteur ^ on trouire de grands rapports dans la construction du discours et dans les noms des objets les plus anciennement connus entre les langues de ces G^mains, des Gdtes, des Pâasges, et par conséquent des Perses et des Indiens.

Les Pfaeniciims, ces ^navigateurs si intrépides , et ces ccnomerçans' si hardis ^ avaient peut -. être dans le même siècle établi de grandes i^Utions avec l'Espagne; ils avaient reconnu la partie méridionale de cette péninsule y et Goguet ne doute pas qu'il ne £aille chercher dans la langue phénicienne i'étymologie d^ nom qu^elle porte; ils s'aper^ curent , en paprcourant la c6te méridional^ de l'{)spagne y que la Méditcaranée Gonimu« niquait par un détroit avec une autre mer} ils osèrent se hasarder à suivre ce détroit |

2S4 DotinÈMïr AG&

sortirent dé la Mëditeiranée^ entrerait dans Tocëaii et prirent taire à la c6te occidentale de FEspagne. Avant peu d'années ils envoyèrent des colonies dans cette Bëtique si celéi^ée par les poètes^ et que le génie ejfc là bdUe ajne de Fénâon ont parée de taiit de charmes; mais où la vérité né peut placer quW peuple à demi sauvage , favorisé par un des ^s heureux climats. Ils y formèrent des établissemens; ils y fonderait des villes; ils virent tras^inrès du rivage uiœ ile oîi ils pouvaient déposer, avec avantage et sûreté ce (|u'ils apportaient de l'Ask; ils y bâtirent une tille qu'ils m^mmhteat Gadir (refuge, endos), et qui ^t devenue Gadix et Cadix. Les habitons de la péninstâe avaient beaucoup d'or et d'argent; mais ils ne connatssaient pas le prix de ces métaux, et les employaient à de vils usages* Les Phéniciens miporterent dans leur patrie une grande quantité de cet argent et de cet or , en échangé de Fhuilé et de quelques autres objets de peu de valeur qu'ils

DÔUZdafE A6E. 23S

donnèrent anx bons habitons de* la Bëtique et d^autres contrées de la péninsule. Indép^n.^ damment de For et de l'argent^ les négocians phéniciens retiraient de l'Espagne de 1* ci««, du miël^ de la poix, du vermillon, du fer^

du plomb, du cuivre et de Tétain^dont ils faisaient , dans la Grèce, dans ses îles et dans TAsie occidentale, un commerce exclusif.

Us naviguaii^t aussi le long des rivages occidentaux de TAfrique ; et Strabon ïoème a écrit qu'ils y avaient bâti quelques viUeSi

Les Carthaginois imitèrent bientotl^ Phé^ niciens, dont ils étaient issus. Ils se livrèrent au commerce avec ardiiur^ et ne n^Ugèrent aucune occasion de l'étendre. Leur gouvar* nement était alors républicain , et ses formes et son action favorisaient la navigation, le n^oce et les conquêtes qui pouvaient l'augr inenta*4

Une grande rivale va cependant naitre contre Garthage. Nimiitory roi d'Albe. et du Latiùm, est détrôné par son frère Amulius.

236 DouznbfE âge.

Bhéa Sylida^ fille de Numitor , ^ mise au nombre des prêtresses qui devaient garder leur virginité, prétend qu'cUe. est enodinte du dieu" Mars , donne le jour à deux jumeaux 9 Réntus et Romidus* Amulius les fait exposer sur une rive du Tibre couverte de bois. Une louve ^ attirée par leurs cris, approche ses mamelles de leurs bouches..

IJq bei^er les découvre , les porte che% lui et' les élève en secret. Devenus grands, forts et audacieux , ils réunissent des brigands dans les nombreuses forets limitrophes, et des esdaVes échappés des fers de leurs maîtres, attaquent leur grand-oncle Amulius, le renversent du trône et rendent la couronne à leur grand-përe Numitor. Rémus meurt ; Romulus fonde une ville sur ces bords du fleuve où Amulius avait voulu qu'il trouvât la mort; il lui donné, d'après son nmn, ceis^ans lui de Rome^ que le monde devait pronon* n^pm, cer avec tant d'admiration et d effiroi. Auprès de Rome était un bois consacré depuis long-

temps; Romulus fait un asile de ce bois et de sa ville. Bientôt on voit accourir dans la nouvelle enceinte des bei^ers latins, des Toscans , des Phrygiens , dont les aïeux avaient débarque, dans le temps , sous la con* duite d'Énée; des descendans des Arcadiens ap! És^andre avait amenés plus ancienne* ment encore du Péloponèse en Italie. Les nouveaux Romains manquent de fenunes; les peuples voisins leur en refusent. On annonce des jeux équestres; les jeunes filles, et particulièrement les jeunes Sabines qui as* sistent au spectacle , sont enlevées par les Romains. La guerre s'allume ; les Yéi^is sont mis en fuite ; la ville des Céciniens est prise et détruite ; mais les Sabins pénètrent dans Rome. Romulus implore Jupiter jto* top} les Sabines déjà enlevées par les Romains se précipitent éplôrées entre . les combattans ; ils retiennent leurs armes. La paix est jurée par Tatius, roi des Sabins.

Plusieurs des anciens çnnemis de liome

23à DOUZIÈRIE AG£*

viennent s'ëtablir dans son enceinte. Romulus oi^anise son nouvel Etat. La jeunesse , divisée en tribus, est toujours; prête à décadré la ville; les vieillards en composent le conseil : on les nomme pères, à cause de leur autorité; et sénateurs, à cause de leur âge.

Le caractère de feomulus déplaît cependant au sénat, le fatigue et Tirrite. Un orage terrible survient pendant une grande assemblée du peuple ; il est suivi d'une édipse de soleil : l'obscurité est profonde, Komulus a disparu. Le sénat, selon quelques bistoriens, l'a massacré; mais les sénateurs annoncent au peuple son enlèvement dans le ciel. On l'a vii, dit Jules Proculus au peuple romain, sous une forme auguste; il ordonne de le reconnaître pour une divinité : on le nommera Quirinus} et la ville qu'il a fondée deviendra la maîtresse du monde.'

Rome donne le sceptre à Numa Pompi" Uus, né à Cures, ville des Sabins : il se dit inspiré par la nympbe Égârie ; il cohfié à

DOUZIÈME AGEè 239

des viwges le feu sacré de Yesia, qtii, semblable au feu céleste des astres , brûle pour le salut de l'empire; il règle les siu^iiices et toutes les cérémonies du culte > institue les pontifes, les sLugures, les divers collèges des prêtrçs et les saliensy auxqueb il confie les mystérieux anciles ou boucliers, g^ges sar crés de la prospérité de la ville; divise l'année en douze mois , et distingue dans dbaque mois les jours heureux et les jours malheu* reux.

TuUus Hostiliiis fut roi de Rome après Numa Pompilius. U créa la discipline militaire des Romains; il leur fit connaître un art de là guerre ; il attaqua les Albains qui , pendant long- temps, avaient dcHniné sur une grande partie de l'Italie. Dé nombreux et sanglans combats furent livrés. Chacun

des deux peuples choisit trois frères ccmnui par leur valeur , pour décider de sa destinée. Les Horaces furent ichoisis par Aome; Albe nomma les Curiace^. Un Horace survécut

240 DOUZIÈBfE ÂGE.

à ses deux frères y donna la moit aux trois Curiaces et Fempire aux Romains* Les Al^ bains tr^^rent bientôt leurs alliés. Tullus Hostiliiis fit subir un supplice affîreux à Fauteur de W perfidie ^ détruisit Albe ^ et en transporta les habitans et les richesses dans Roine# 64o ans Ancus Mattius^ petit-fils de Numa , sactvifaire. céda à Tullus Hostilius. Pacifique comme son grand^^père, il entoura Rome d^une haute muraille j construisit un pont sur le Tibre^ et bâtit la ville d'Ostie à Fembouchure de ce fleuve.

6i6aa8 Tarquiti. né a Gorinthe et épout d^une tnigairc Toscaue OU ÉtTusque, brigue la royauté et Fobtient après Ançus Martius. Son esprit ^ sa valeur, son adresse et V élégance de ses manières réunissent les suffi*ages« U aug* mente le nombre d^ sénateurs , ajoute des tribus aux centuries et attaque les Étrusques, dont la civilisation était déjà avancée, qui cultivaient.les arts avec succès, et

auxquels oo a dà ces vases si recherches qui portétit leur nom et que les nations les plus industrieuses de l'Europe ont imi^ tés avec tant de soin. Après de fréquens combats 9 il soumet les douze peu{d[es de rÉtrurie> rentre dans R<mie*à la tête de son armée victorieuse y y introduit Tusage des faisceaux j des trabées rayées de hlanc ^ d'or et de pourpre, et qui devaient distin»guer les fils des patridens ou sénateurs ; des chaises curules ornées dPi voire, à»an^ neatut, des phaleres, des paludamenta où larges manteaux militaires, attacha sur ïi paule avec une bonde; de% prétextes dées de pourpre, des robes richement peintesi des tuniques à palmes d'or, des chars dorés, attdés de quatre dievaux et destinés pour les triomphateurs ; commence le Cirque et fait vaur d'Étrurie les athlètes et les chevaux»

Le peuple romain se repose sous Servius S77 aot TvUius^ gendre et successeur de Tarquin ^ fuiitift. comme il s'était reposé sous Numa et aoâs>

242 IK>UZIÈBIE A&iU

Anctts Martuis; U prend ée nouvelles forces dans ce repos de la paix, nécessaire à certaines époques aux nattons les ]dus belli»

quenses, et je prépare à de nbu velks^ierrest Serriiis fait un recensement de ce petlple^ dont les progrès commençaient à rqpandre des alârines, et le distribue en curies et en collas.

534 ans ~ Tltif^um dit le superbe était gendre de

av.rère ^ ^^ ^ ,

voigâire. Servius ; il . veut succéder promptraient a son beau-père, le fait assassiner, et, ce qui est horriUie à dire, sa femme TW&e fait passer son char sur l^e coips sangl^mt de son père.

Qsk .n'ose pas lui ôter la couronne qu'il a ravie par un si ^and forfisut. La liadke du tyran tombe sur les tètes des sénateurs; et lien n'^ale son orgueil , plt^ insuj^ortahle four les hons^ ^e la cruauté, dâX Florus, historien dé B<mie* Fatigue , mais non rassasié de crimes > ii porte la guerre ches les voisim de Rome^ et s'empare d'Ardée, d'O* cricole* deGabîe et de Suessa^Boinelia^ k

BOUZIÈBffi AG£. 24$

vffle la plus puissante du pays des Volsqucs. Sa cruauté continue ; on la supporte : mais son fils Sextus viole la vertueuse Lucrèce; die ne peut supporter le jour , elle se donne la mort Rome se lève indignée , et la royau- 509 an» té est détruite avec la tyrannie.' Quand on r^ut, fait un affront à un peuple^ a dit le grand Montesquieu , il ne sent que son malheur^ et U jr ajoute Vidée de tous les maux qui sont possibles.

Brutus, dont Tarquin avait fait mourir le père et le frère ^ et CoUatin, le mari si outragé de Lucrèce ^ sont âevés à la ipre-^ mière magistrature; mais ils sont deux : cm les nomme consuls, et l'autorité consulaire , conférée par le peuple, ne doit durer qu'un an.

Le peuple romain embrasse la liberté et proclame la r^ublîque avec le plus vif en« thousiasme. Les deux fils de Brutus conspi* rent pour rappeler Tarquin; Brutus les condamne à la mort; leurs têtes tombent sous 1^ bâche des licteurs^ et 1^ père i

244 D0UZ1ÈBIE ÂGE.

sacrifie une seconde fois à sa patrie, bien plut que sa vie V en continuant de la servir après le plus grand des malheurs.

Le consul CoUatin est de la famille du tyran '; il est suspect ^ il ne peut ni garder les faisceaux consulaires , ni habiter la ville libre 9 il s'éloigne de Rome. Yalérius Publi-cola est nommé pour remplacer GoUatin : il vçut, ditFlorus, augmenter la majesté du peuple qui a conquis sa liberté ; il abaisse les faisceaux devant l'assemblée du peuple ^ fait décider qu'on pourra appeler à cette assem* blée des jugemens des coinsub^ et démolit une maison qu'il bâtissait sur une colline , et qui aurait pu ressembler à une citadelle.

La république naissante eflBraye les peuples voisins^ et surtout les rois. U semble aux monarques que leur couronne chancdie, et que leurs sujets vont se lever, comme les Romains 9 pour les chasser du trône. Porsemuip qui règne à Glusium dans l'Étrurie^ veut, pour dissiper ses alarmes > forcer Rome

0OCZIÈME AGE. 24S

à obâr àé acaveau à Tar<{uin ; il parvient a camper sur le Janicule avec des forces supérieures. Les Bomams font des prodiges de valeur* Horatius-*Gociësf> Mutiùs-Scévola et kl jéuuc aâie s'inlniortalisent Porsenna admire les nouveaux républicains ^ et y désespérant de les soumettre , leur offre la paix e{t son aisance.

Plusieurs guêtres se succèdent avec les Équés, les Yolsqîies, les Wîens^ les Falisques et les Fidénates , jaloux de Rome et voidant abattre une ville qui semblait de^ tinéë à les vain^^re et à leur commander :

Rome triomphe de leurs efl^rts. Mais les riches patridens de la république font exé* cuter av€C une dureté des |^us grandes les cantraintes rdatives aux dettes que les pauvres ont contractées avec eux. Le peuple se soulève contre les consuls et les sénateurs, abandonne les niurs sacrés de Rome et se retire sur le mont Aventin. Les patriciens sont contraints de lui accorder des magis-

246 Dounfenas aj&ea

fratsparticiilierS) que Ton nimmetrihunidu peuple j et qu'on revêt du droit d'assmibler les citoyens et de les déCmdre contre le sénat lui-même, en recourant à Fappél.. w

Les divisions €ontiniN»t aiitre les deux ordres , les patriciens el ks . plagient. Les sages voient combien ces dissentions civiles menacent Fexistence de l'État. On convient de faire des lois qui garafitbsent les. droits du pei^ple y fortifient l'égalité r^ubHcaine et assurent le repos de Rome. Chacun des deux ordres veut établir ces lois : <m s'accorde néanmoins ; on envoie une ambassade ea Gi^ce, pour demander les instttùtioQS de ses principales cités , et parkiculikwnent les lois de Solon, les plus favorables à la démocratie. Les ambassadeurs rendent à la Grèce , à Athènes et à Solon y eet éclatant hommage ; ils reviennent avec le précieux dépôt désiré par les Romains. Dix citoyens sont choisis pour rédiger les nouveUes lois.

On les revét des plus grands pouvoirs. Ils

{immulgueiiir les lois des douze tables ; Uf 45o ans iJi>iiseiit de leur puîsMjiQe et veulent la coib- tqÎsuic. «erver: ils deriennfort tyrans. Appius, Tun d'eun^y. conçoit une passion coupable ^ OuUie le destin des Tarquina y mântç sur son tribunal, qu'il ne cmint paé dli profaner 5 dédare qiiè Yirginie 5 qu'il aime , est Tesdave d'ua in&me qui doit la lui livrer, kn memont ou oefte jeune victime va être abandonnée à ses ra'RSseurs y ison père Firgmius anive , ne peut supporter lldée du malheù de sa âUe; furieux 9 désespéré , bors de lui-^mâme, prêt Sère sa moitrà sa honte, lui enfonce uq poignard dans le sein, court eu délire sur le mont AveiM:in,'y réunit . ses QompagnM»

d'armes, est secondé par le aénat, le peuf^ et- l'armée; assi^ les tyrans, les* pnmd^ leseiudiaîne, les précipite dans les prisons; et la inort de Yirginie détruit le décemr Tirat, cemrae telle de Lucrèce avait détruit la v&fstxAL * La- répdbliqtie de Gartliage déployait «^

248 lM>imifeH15 AGE»

\ pendant une grande puissance. Son oom.

merce devenait sans. cesse plus florissant; et elle ne négligeait aucune tentative pour en accroitre la prosp^té; die envoya Hanmn visiter les côtes occidentales de l'Àfiique* Il parait que^ sorti, de la Méditerranée par le détrmt de Gilnraltar, il s'avança â^sèz loin vers réquateur^ vit plusieurs oontréas afri« caincs encore inconnues» et qui s»t jusqu'oii il aurait conduit les vaisseaux de Gardiâgey si le dé£aiut ^ vivres ne l'eût foroéà reiwûr vers sa patrie.

Pe nouvelles victoires ajoutaieirt au trophées et à la puissance des Romains. Un ennenui auquel ne s'attendait pas la répu« blique, vint suspendre ce cours de prospiSrites. Des 6adiois«Sénonois, qu'un kistorien

romain a peints comme féroces y ayant des mœurs presque barbares 9 et si ^terribles par leur stature énorme et {»u^ la grandeur de leurs Armes, qu^ils paraissaient nés pour b mort des hommes et la destnictkHi' ^^

vffle», ar^nt: passé les' Alpes -et Vêtaient établis entre le P« et ces hautes mbntagnes.

Mais, peu coBtens de oè s^our trop étroit pour leur nombre et pour leurs projets^ ils, s'étaient répandus dans l'Italie et àssi^eàient Glusiuln , une des màcienlies villes r étms^ ^es« Le peuple romain intervint par deé amjoassadeork ai faveur de ses alliés et de ses fcttifédérés. Les envoyés odmbattitent avec les Ghisiens : les Gaulois les dénonce rent au sénat; les envoyés, au lieu d'être punis ou désavolnés, furent nommés tribuns militaires* Les Gaulois dédarent la guerre aux Honàins et .marehent vers Rome. Lé oonsnl Fabius les retfcontre sur les bords de l'AlKa; sMi armée est taillée en pièces; le vasnqpieur s'approche de la vlfe, elle est sans défense. Mais voyez jusqu'oh allait dans Ririme l'amour dé la pati'ie^ et comme son immérbel dévéuement amoAce qu'elle deviendra la maîtresse du monde. Les vidilardé âevés aux plus crands konnràrs se

S5i 3ot!zdaib Aoa

rassemUe&t dans le Forum; le pontife \t$ dévoue à la mort : ik se comaoreirf àm dieui malles^ se retirent devant leurs, maît sons, se revêtent de la trabëe, se plaoeit sur lairs chaises curules M attendent fike« ment l'enkiâni et le destin. Les pontifias et les Jlamines eiifouissciit daiis - la tert^ um paitie des objets religieux des tenplesr, pla« cent les autres objets saer& surdfes diMriob et s'Iâloignent. Les femmes et 1» ènfahs les suivent Les vestales aocoMpagiMnt nu^pieds cette retraite patriotique et pieuse y et em^ portent fe feu mystérieux , qu'elles ne veu** lent pas laisser s'éteindre. Les jemes Ro^ mains se renferment dans la citadeBe du m<MDit .Gâ^itolin, sons la condoite de IbiH Ktts ^ invoquent Jupiter ^ dont Hs dh^fendent le timij^e; et jurent de mourir plutôt que de se rendre. Les Gaulois arrivent , troumiA la vil)e ouverte etdiangée, pour aisisi dife, eh une vaste soiiftudé; ils se précipitent dans les rues^ soient les y|eillard9 revêtus ^ kms

».»ll//1lr i.

iùffB$ et assis sur leurs chaises comks!, s'arrêtent et se prosteroafit comme devant des diaix; mais biaitôt ils les massacrent, lan^ cent sur ks toits des torches enflammées^ et la yflle n'est pliis.qu'im monceau df ca^ dres.

Peuéant six niMs ils assi^^t en vain Ift Capitale; une nuit i}s gravissent en silence contre la roche sur laqudQe il s'âeve, et sont près de pënëtrer dans les retranche»

mens ; les cris d'une oie révçilleat MatiliiAS » il pirécipite l'auieim du haut de U'rocbe escarpée.

Les Gaulois , fatigués de la longueur du si^9 cènsentott à se retirer eti^ reeevaml mille. livres d'or; ils mettiEsnt un glaive dana un des bassins de la balance destinée à pe* ser ces mille livres; ik disent avec oi^ueil » malheur aiir vaincus. Mais à l'instant Camille» nommé diekateur, arrive à la tète ét^ Romains -réunis sous le magistrat supr^tne et temporaire t|ui pedt tout^ excepté

Ssàre des' lois ; attaque les Gaulois , en fait le plias granâ carnage , dëliyrè son pays, reçoit les noms de second iRomulus iet de restaurateur de la patrie, et poursuit les Gaulois, qui, taillés en pièces sur les bords de FAnio ou Teverone, et ensuite près du lac de* Yadimon en Étrurie, par Dolab^a, et combattus sans relâche par Manlius Tùrquatus, ÎMcius Falérius Connus et tant d'autres héros , disparaissent presque toiis dé la surface de la terre.

Après cette guette, où Rome sortit triomphante et plus puissante que jamais de IV byme dans lequel elle avait été précipitée, les habitans de la Gampanié étaient les allia:

ou plutôt les sujets de Rome, à laqu^le ils s'étaient en quelque sorte donnés. Quel tableau . l'historien romain Horus fait de cette Gampanié ! Il l'appelle 1% plus belle contrée de l'univers; son ciel est le plus doux; deux fois chaque année elle se pare dés fleurs du printemps : sa terre est des plus fertiles. Les

DOUZIÈMB AGE. 1^3

rivages de la mer qui l'arrose oflfrent les ports de Gaieté , de Blisene et de Bayes.; e!t non loin de ces mêmes rivages soat les paisibles lacs de Lucrin et d'Aveme. Ses monts verf* doyans sont couverts des vignes qui produisent le Gaurus, le Faleme. \d Massicui.

On y voit s'âever ^ continue l'historien , le y ésuve embrasé comine FEtna ; et on y ad* mire les cités florissantes .de Formies • de Gnmes^ del^utéole, de Naples^ ville grecque nommée aussi Pàrthenope, Herculanwn> Pompéia , et la capitale de toutes ces villes ^ GsqKiue, comptée parmi les plus grandes cités avec Rome et Garthage.

Les Romains veulmt défendre cette Garnir panie contre ses voisins les Samnites , qui , d'ailleurs , ont jm^é la destruction de Rome.

Ges Saninites étaient nombreux^ coura- *geux et opulens. La guerre qu'on leur déclara eut des succès divers;: la fortune de Rome sembla l'abandonner : l'acmée r(h

mmi^t enfermée dans un défilé, posâmes

aroMS et passa sous le joug auprès de Gau* dium; mais les Romains^ sous la conduite de Papirius , eurent bientôt effiicé leur honte; les Sammtes furent vaincus: leurs villes détruites * et les ruines de leurs dt ^posées ç^ en quelque sorte anéanties.

Cette guerre , dont la .fin fut si heureuse pour Rome 9 avait diiré cinquante ans, cft lui avait donné vingt-quatre fois la ^oire du Ixtomphe*

< Fabius Maximus défit les Étrusques réunis aux Ombriens et aux restes des Saunnites. Décius, qui était consul avec Fabius, étant accablé par l'ennemi dans le fond ^une vallée, se dévmMi »ux dieux mânes, conmie son père s'était dévoué dans une cir* constance semblable; et sa mMt, en Am* blant le courage des Romains qu'il commandait, leur donna la victoire.

Presque toute lltalie était soumise à Rome , et paraissait ne pouvoir plus se soustraire à sa puissance. Les contrées dont

r.tMAlJi

Tarente ébài la capitale y é|aient presquç seules indépeudantn dfds Romains» Cette ville de Tarente, hkûe par les Lacëdétno* niens^ et derenne la capitale de la Galabre^ de rApulie et de la Lucanie^ était remar* quable par sa grandeur , sc»i vaste Uiëâtre ^ ses murs^ son pmt, sa sitiiaticm à Featrée dn golfe adriatique , et la facilité avec laquelle elle envoyait ses vaisseaux en Istrîe^ en Utyrie, en Épire^ en Achake, en et en Afrique. Ses habitans célébraient des jeux lorsqu'ils aperçurent une flotte romaine qui ramait vers leur rivage ; Us coururent vers ces vaisseaux étrangeits, les r^rdèrait conmie amemis, les insultaient 5 et plus tard, outri^^nt les ambassadeurs chargés par Rome de se joindre des insultes faites à sa flotte. La guerre s'idlum^ avec rapidité; plusieurs peuples prirent les armes en feveur des Tarentinsy et on vit-iurriver au secours de cette viUe de la grande Grèce, et pour commander ses troupes^ Pjrrrhus, roi d'£*

256 bomiîsMB ÂGE.

pire» un des plus grands gâiâfaux de IW tiquité 9 et que suiyaiait un grand nombre de guerriers dé FÉpiré, de la Tliessalie et de la Macédoine ; beaucoup de cavaleiie et des élephans arm^ en gaerre > qui inspiraient un effroi d'autant plus grand qu'on n'avait jamais yû d'é^phàns en Italie.

Le premier combat eut lieu près d'Héra'* dée et du fleuve Liris. Le Romain Obsi* dius^ à la tête d'une troupe de Férentins, attaque si yivement le roi » qu'il l'oblige à quitter le champ de bataiUe; mais l'ennemi £ait avancer les â^baiis» et leur grandeur^ leur forme> leur odeur et leurs cris effirayent tellemait les cbévaux des R(»nains 5 qu'ik s'enfuient et portent dans tous les rangs le d&brdre et la défaite. Les Romains tués sur le champ de bataille ne sont blessa cependant qu'à la poitrine. Le glaive est encore duns leurs mains ; on voit la menace sur leuKs fronts; ils ne vivent plus^ mais leur brûlante animosité respire. encore#

Î^OUZIÈMÈ AGE* 2b7

Pyrrhus admire la valeur de ses ennetoîs , fait brûler leurs morts avec respect , rend les prisonniers sans rançon et s'avance à une petite distante de Rome. Il avait pour ministre Çinéas , disciple de Démos^ thènes y célèbre par son éloquence et son habileté , et qui a donné un abrégé du livre ^Enëe le tacticien sur la défense des places. Pyrrhus Fenvoîe à Rome, demander au sâiat l'amitié des Romains. Le sénat .iné-:

branlable il^ns les principes qui. devaient tant. contribuer à la grandeur de Rome, et apr^s avoir entendu un discours véhément d^Appius^ qui était aveiïgle, répond que, si Pyrrhus veut l'amitié des Romains , il ne doit la demander qu'après être sorti do ntalicé /

Cînéas porte à Pyrrhus cette admirable réponsCé Que pensez^vdus de Rome ? lui dit le prince étonné. La ville m'a paru un temple ^ répontd Ginéas , et le sénat une, assemblée de roiSé . .

Le consul Fabricîus renvoie au roi à% pire le médecin qui lui avait propose d'empoisonner ce monarque, et rejette avec la simplicité la plus noble les richesses que Pyrrhus lui fait offrir dans Tespérance de le gagner.

Les Romains forment une nouvelle ar-

978 ans mée; une seconde bataille est livrée dans niigure. l'Apulie auprès d^Osculum.. Les ëléphàm n'eflEhayaient presque plus ; plusieurs furent percés de traits , ou leurs tours -de bois , remplies de guerriers , furent embrasées. Les Romains se battirent avec une grande va* leur; la victoire fut balancée. Qu^il me serait facile, s'écrie Pyrrhus , de conquérir le monde , si mes soldats, étaient Romains, ou aux Romains, si fêtais leur général Plus d'un siëde avant cette époque , les Carthaginois avaiÀt porté la guerre en Sicile et s'étaient emparés d'une grande partie de cette île fameuse et si fertile* Dertys, premier du nom, cet horrible tyran de Sy-

racuse , les avait chassés de leurs cônquêtçs, La guerre s'était souvent renouvelée entre les Carthaginois et les Siciliens. La possession de File aurait été si utile au commerce de Garthage. Giscon y avait commandé'ies troupes de la république africaine^ trois cent neuf ans avant Fère vulgaire. Les Carthaginois y avaient obtenu de nouveaux et grands succès 5 avant que Pyrrhus ne commandât les troupes des Tarentins ; et l'expédition de ce prince contre Rome avait ajouté à sa réputation. Les Siciliens le conjurèrent de les délivrer du joug des Carthaginois. Flatté d'être regardé comme le protecteur des peuples, il passa en Sicile, g^g^^ deux batailles contre les Carthaginois , prit Eryx et plusieurs autres places ; mais , rappela avec instance par les Tarentins, il repartit pour ritalie, fut battu pendant son trajet par la flotte des Carthaginois devenus les maîtres delà mer, perdit une grande bataille contre arSans les Romains commandés par Curius Dertr ^uis^î»-

tatuSy si célèbre par sa frugalité, son désintéressement, ^es» victoires sur les Samnites, les Sabins et les Lucaniens ; et fut contraint d'abandonner l'Italie, de se retirer dans ses États et de renoncer à tous ses projets contre Rome.

Curius ne put se refuser aux honneurs du triomphe; l'Apulie, la Lucanie, Tarente étaient soumises. Aucun triomphe n'avait été aussi éclatant. On n'avait vu en quelque sorte entrer dans Rome, dit un historien romain , à la suite du général victorieux et de son armée, que les troupeaux des Yolsques , les bestiaux des Sabins, les chariots des Gaiilois, les armes brisées des Samnities. On voit avec ravissement, autoiur de Cffrius , de nombreux captifs , des Molosses, dés Thessaliens, des Macédoniens, des habitans de la Brutie, renommée pour sa vaste forêt de pins ; de l'Apulie et de la Lucanie; les dépouilles les plus propres à orner une pompe triomphale; l'or, la pour-

pre j les tablfeaux , les statues , tous les sigpes des délices de Tarante et de la grande Grèce^ et de grands ëléphans charges de leurs tours ^ et que Pyrrhus n'avait pas conduits en Italie pour rehausser Fédat du nom romain.

Après ces grands événemens, Sempronius soumit les Picentins ; Marcus Attilius j les Salentins et Brindes leur capitale, ei Fabius j les Gurges, les anciens esclaves des opulens Yolsiniens , qui , tournant contre leurs pre-» miers maîtres la liberté qu ils en avaient reçue, s'étaient emparés du pouvoir souverain.

X'Italie entière obéit aux Romains, et afôans

« • ... av. Père

jouit de la paix. Cinq siècles ou à peu près vulgaire. s'étaient écoulés depuis la fondation de Rome; elle porte maintenant ses vues hors de l'Italie, et le monde va bientôt reconnaître sa souveraine.

Messine , ainsi nommée à cause des Messéniens chassés du Péloponèse par les Lacédémoniens , et qi» étaient venus s'établir dans ses liiurs , réclame le secours des Ro- ,

iiu^P^ contre les Carthaginois. Rome, lui promet de la défaidre et ose attaquer Garthage même sur la mier , où cette république de l'Afrique septentrionale domine depuis si long-temps. Les Romains construisent avec une grande rapidité cent soixante bâtimens à rames et à yoiles, voguent avec audace sur la Méditerranée , commandés par le consul DuilliuSy rencontrent la flotte carthagi* noise auprès de l'île de Lipari ^ saisissent les vaisseaux ennemis avec des mains de fer et d'autres instru^ns ou machines qu'ils ont imaginés, retiennent ces vaisseaux, combattent comme s'ils étaient sur terre, coulent à fond, prennent ou mettent en fuite les bâtimens carthaginois , remportent la première victoire navale , et voient décerner à leur consul le premier triomphe maritime.

Les garnisons carthaginoises sont chassées presque toutes de la Sicile.

Lueius Cornélius Scipion enlève à Carthage la Corse et la Sardaigne.

Le consul Marcus Attilius Régidus et son collègue Manlius Vulso défont une flotte carthaginoise , coulent à fond trente-deux vais* seaux et en prennent soixante-quatre. Régu^i» lus 9 resté en Afrique 9 bat Amilcar çt son gendre Asdruhaly prend Clupéa et plusieurs autres villes, remporte de nouvelles victoires et refuse la paix à Garthage ; mais les Lacé* démoniens envoient aux Carthaginois Xàn^ tipe y un de leurs généraux , qui taille en pièces l'armée de Régulus et le faif prisonnier* Le consul, jeté dans une horrible prison , n en sort que pour aller porter au se»

nat romain les propositions de Garthage , idtt succès desquelles dépendent sa vie et sa liberté. Régulus , plus grand devant le sénat que couronné par la victoire et sur terre et sur mer, parle avec tant de force contre les propositions des Carthaginois, que le sénat Fadmire, a besoin de toute sa fermeté et le renvoie prisonnier à Carthage, oit il supporte en héros une mort terrible , aussi glo-

264 DOCZIÈME ACE.

rieuse pour lui que honteuse pour les ennemis de Rome.

Le consul Métellm défait les Carthagi^ nois auprès de Panorme , maintenant Pa« lerme^ en Sicile, s'empare de cent éléphans, et chasse de lile ceux des ennemis qui ont échappe au fer de ses soldats.

Une flotte carthaginoise cinglait vers Fltalie ; le consul Marins Fabius Butéori la détruit près des côtes de FAfrique.

Un hpuveaiu combat naval est livré aux Carthaginois par le consul Lutatius CatiUus* La flotte ennemie semblait porter Garthage toute entière; les vaisseaqx romains l'atta-* quent avee une admirable agilité. Les éperons dont leur proue est armée ne laissent .aucun repos aux ennemis. Les çavires carthaginois mis en pièces couvrent de leurs débris un vaste espace entre la Sicile et la Sardaigne; si Garthageitibsiste encore sur le s(d africain^' 2^2 ans elle est détruite sur mer ; et la première guerre

ay. l'ère , ^ ^ • r i •

Vulgaire, pumque est terminée avec glou^.

Les Carthaginois combattaient pour leurs; richesses; les Romains pour le pouvoir et pour la renommée; les GartV^ginois de^ vaient succomber. •

La paix avec Carthage ne dura que quatre ans. Cette rëpùblique, dont la puis-^ sance avait inspiré tant de jalousie et d'effroi, avait perdu ses îles et la Méditerranée: elle payait des tributs ; elle ne pouvait supporter l'état d'humiliation auquel le sort des armés l'avait réduite. Annibal avait juré sur les autels des dieux et devant son père Amil* car de venger sa patrie; il attaqua Sagonte; Cette ville d'Espagne , fidèle aux Romains , soutint pendant neuf mois des assauts sans cesse renouvelés; et quel spectacle terrible elle donna a l'Europe et à l'Afrique ! Ses habitans, n'espérant plus de pouvoir résister à leurs ennemis , élevèrent un immense bûcher au milieu de leur plus grande place, y entassèrent toutes leurs richesses . montèrent avec leurs familles sur ce fatal théâtre du

plus héroïque et du plus affreux désespoir^ prc^ërcrent les plus grandes imprécations contre les Carthaginois , mirent le feu au bûcher, et ne laisseront a Annibal que des cendres et des débris. Les Romains demandèrent qu^on leur livrât Annibal, le véritable auteur de cet horrible et immortel dévoue* ment ; les Carthaginois hésitèrent Quat-^ tendeZ'OJous ^ leur dit Fabius j le chef de Fambassade , duns le pli de ma robe je porte et la guerre et la paix; choisissez.

La guerre j s'écrièrent les Carthaginois ; rece^ 9ez donc la guerre j leur dit Fabius en secouant sa robe : ils frémirent et crurent voir le monde s'ébranler. Annibal ne conçut que les plus grandes espérances , traversa , à la tète de l'armée qu'il savait si bien pénétrer de son ardeur^ lé nord de l'Ëspaigne, les Vyrénées, le midi de lar Gaule , les Alpes , qni lui opposèrent en vain leurs ^aciers , leurs neiges , leurs précipices , leurs pics sourcilleux et leur très-grande hauteur y descendit

BOUnÊME AGE. 267

dans ritalie. et voulut marcher vers Rome.

Le consul Publias Cornélius Sçipion Far'réta entre le Pô et le Tessin: un combat sauvant fut livré ; Annibal fut vainqueur , et Scipiou blesse serait tombé dans les mains de l'ennemi » si son fils^ qui portait encore la robe prétexte , ne Feût délivré. Quel destin Carthage devait un jour tenir de. ce jeune Scipion !

. Annibal poursuivit avec rapidité sa marche victorieuse, défit le consul Sempromus sur les bords de la Trébie^^ combattit Fiandnius près du lac de Trasimëne y le fit surprendre par sa cavalerie , qui^ sans être aperçue , parvint à Fattaquer par' derrière , et remporte sur les Romains une troisième victoire.

Il entra dans FApulie et arriva a Cannes, où il livra une quatrième bataille aux Romains ; il se plaça de manière que ses enne* mis étaient presque aveuglés par une pous* $ière épaisse quW vent vidl^it soulevait

268 DouziÈncE âge.

dans la plaine sablonneuse et poussait avec force contre eux ; il remporta , maigre lès ei$brts des valeureux Romains , une victoire mémorable': il perdit plus de neuf mille hommes, parmi lesquels on comptait, suivant Polybe , quatre mille Gaulois ; mais plus de quarante mille Romains tombèrent morts sur le champ de bataille ; et il envoya à Gartluge les anneaux de plus de cinq mille chevaliers qui avaient subi le plus ^orieux trépas.

Rome parut perdue ; mais Ànnibal resta dans la Gampanie/et les délices de Gapoue amollirent son armée. Rome se montra plus grande qiie jamais : elle n'avait plus d'armes; elle consacra à la défense de sa liberté les armes qui étaient depuis long-temps rassemblées dans les temples. Les esdayes furent affranchis; la liberté les fit Romains , et on leur permit de s'iarAer avec leurs nouveaux concitoyens. Les sénateurs apportèrent toutes leurs richesses au trésor de la réjpublique;

tous les Romains les imitèrent. Les écrivains publics ne pouvaient pas suffire à l'inscription des dons qu'on faisait à la patrie. Les espérances de Rome sont dans Quintus Fabius Maximus; il parvient à vaincre Annibal y en ne lui livrant pas de bataille ; et par ^es habiles manœuvres Fengage tellement dans le S&mnium et dans les défiles très^ étroits de Falerne et dé Gauranus, qu'il ruine l'armée de celui dont la force des armes n'avait pu surmonter la fortune.

Plus tard , Claudius Marcellus attaque Annibal dans la Gampànie, et lui fait lever le siège de Noie. Sempronius Gracchusle poursuit et le presse dans la Lucanie. Mais quelle admirable fermeté dans le sénat romain ! Pendant que les ennemis de Rome ont transporté en quelque sorte l'Afrique au sein did l'Italie ^ il brave leurs efforts et ea^ voie des légions en Sicile, en Sardaigne, en Espagne. Marcellus assiège la grande Syracuse, jusques alors invincible. Archimède

270 DOUZIÈBfE AGE;

la défend ; ce grand philosophe était fameuit par ses connaissances et ses découvertes en physique , en mécanique , en hydrostatique.

U avait construit une sphère qui imitait les niouvemens apparens du soleil et des pla* nètes, et même, suivant quelques auteurs, une partie de leurs mouvemens réels , qu'Aristarque de Samos et quelques autres philosophes grecs avaient devinés ou soupçonnés. Qu'on me donné une terre pour placer mes machines, aimait-il à r^éter, et fenlèverai notre globe. Ces leviers , ces machinés \ dont les effets lui inspiraient tant de confiance, ne servent pas peu à prolonger le siège de Syracuse , en détruisant les vaisseaux romains qui osent s'approcher de trop près de l'enceinte dp la ville : il parvient même à les anéantir à de plus grandes distances ; il invente des miroirs ardens dont Buffon à trouvé la composition et qu'il a imités et peut-^tre surpassés , en brûlant de très-^loin des substances facilement combus-

tibles avec une réunion de miroirs plus habilement combinée , et il consume avec rapi^ dite des vaisseaux ennemis qui se croient à Tabri de tout danger par leur éloignement.

Mais ]a triple muraille de S3n:^cuse9 ses trois citaddUes et^e gënie d'Arcbimède ne peuvent sauver la ville assiëgëe; elle cède aux Ro»

mains et se soumet à Marcellus.

Gracchus s^empare delà Sardaigne, que ne peuvent défendre ni ses hautes montagnes, ni le courage ou plutôt, suivant plu* sieurs historiens, la férocité de ses habîtans.

Publias Cornélius Scipiorij dont le père et Fonde avaient péri en Espagne en combattant contre les Carthaginois , arrive à la tête d'une armée dans cette péninsule , oii il veut venger son père, son onde , Sagonte et sa patrie, et d'où Annibal s'était pour ainsi dire élancé vers Rome. Il n'a que vingt*quatre ans , et néanmoins il remporte une victoire , s'empare de Garthagène ou Carthage la neuve ^ et renvoie à leurs parens

des enfans captifs et de jeunes prisonnières très-belles, qu'il refuse de voir^ %^S^^ les cœurs par sa douceur, sa clémence, sa générosité, défait dans la Bétique plus decio'quante mille fantassins et de quatre mille cavaliers , et dans Fespàce de; quatre atis soun^t toute , FËspaghe depuis les Pyrénées jusqu'au détroit de Gibraltar, et depuis k Méditerranée jusqu'à l'Océan.

Annibal cependant était toujours en It^^ lie et ne cessait de méditer et de tenter la

destruction de Rome. Tarente était rcve?

nue aux Romains; ils avaient repris €apoue, cette seconde patrie d'Annibal, dit l'historien Florus ; et néanmoins le grand général carthaginois marche vers Rome et s'avance jusqu'à trois milles du Capitple* Rome en est si peu troublée , que l'on met à l'enchère le champ sur lequel Annibal est campé, et qu'un Romain l'achète^. La nà" ture paraît combattre pour les Romaiesi; des torrens de pluie inondent les enviroos

de la ville qu'Annibàl vêtit anéantir ; des vents furieux ajoutent leurs; ravages à ceux des averses : Aiinibàl est contraint de se retîter vers le fond de l'Italie.

On a ëciit que les .tempêtes, avaient sabv^ Kbmej mais ces ëvénemenâ extraordinaires^ oe& grands phénomènes né donnent des suc-' cèâ dùr^^és que lorsque leurs résultats sont secondés par la videur des peuples et I4 prévoyance des chefsf.

Àsdrubal vient au secoure de son frère avec une nouvelle armée carthaginoise. Dé^ fait pat les consuls Claudiils Néron et Lir' i^ius Salinator^ il est tué sur le champ de bataille; sa tête est jetée dans le cajnp d'An* nibal^ et la grande ame de cet homme si éxtra<>rdinaire prévoit avec une douleur pro» fonde la perte de' Gatthage^

ScipiônV soiti victorieux de TËspagnÊ et âitîvé en Afrique, bat les troupes d'un autre ^o4etao3

ans avant

Asdrubal j fils de Giscorlj et celles de *Sr- l'ère voi^ phaXj roi des Numides et époux de Sopho-^ II. id

nisbe , ÎSlle d'Asdrubal, incendie leurs camps, et^ au lieu de s'arrêter à une petite distance de Garthage^ comme Ânnibal à trois milles de Rome , il s'avance jusqu'aux portes de la ville ennemie , et les bat avec ses balistes et ses autres machines de guerre. Les Carthaginois s'empressent de rappeler Annibal d'Italie; il parait auprès de Scipion à la tête d'une armée. Ces deux grands capitaines ont une entrevue pour traiter de la paix, ils s'admirent et se regardent en silence; mais as ne peuvent s'accorder; et le signal est donné pour la bataille de Zama ^ qui va décider du sort de Garthage et de Rome. Scipion et Annibal voient chacun avec enthousiasme les dispositions , Jes manœuvres et le courage des soldats de son ennemi. Sciaoian» pion enfin l'emporte; la victoire donne aux vaigtiic. Romains une grande partie de l'Afrique; et Rome confère à Scipion le surnom d'Africain.

Une flotte romaine parcourut triomphante

DOUZIÈME xiGE. 275

les rivages de* la Grèce, et montra aux peuples étonnés les dépouilles de la Sicile , de la Sardaigne, de FËspagne, de FÂirique^ Attale II y roi de Pergame, et les Rhodiens ^réunirent leurs \aisseaux à ceux des Bo^ mains» Philippe^ cinquième du nom^ régnait en Macédoine ; il avait été l'allié d^An* nibal; et les Athéniens, qu'il accaÛait de vexations, imploraient Fajiipui de Rome contré ce prince. Rome ordonna à Flami^ mus dfattaquei' Philippe; le i*oi^ deux fois

vaincu dans là Grèce proprement dite, et ayant perdu deux fois son camp^ ie retire datant pius rapidement dans la Macédoine, qu^il vit combien ses soldats étaient effirayé^ par les blessures extraordinaires pour eux, qu'ils avaient reçues des gràiids javëlôts et des larges épées des Romains. Flaminius traversa lés monts acrocérauniens , atteignit Philippe^ l*eut bientôt défait une troisième fois, lui accorda là paix, lui laissa sa couronne ^ mais traita avec rigueiu: Thèbes ,

l'Ëubee et Laoédémone qui j sous les ordres de son tyran Napis , ravageait les contrées voisines de son territoire.

Le frère de Scipion l'Africain, Lucius ComéUus Scipion y avajt combattu avec gloire en Espagne et en A&ique. Il fut envoyé en Asie contre Antiochus , douzième du nom et roi de Syrien Annibal s'était retiré chez ce puissant monarque; sa défaite ayant augmenté sa haine contre les Romains, ii avait porté Antiochus à réclamer la viUe européenne de Lysimachie , et à dédarer la guerre à Rome, qui l'avait refusée. Ce prince, passé en Europe à la tête d'une très-grande armée, s'était à peine «npâuré de quelques îles et d'une partie du littoral de la Grèce , qu'il s^était abandonné à la vie la plus voluptueuse; il avait trouvé Capoue dans l'Eubée ; prenant la fuite devant le consul Adtins Gtabrion ^ il avait couru vers la Syrie et l'Anatolie, malgré tous les effors d'Aunibal ; et sa flotte avait été détruite par Émi-

DOUZitME ÂGE. 277

Régulus et les Rhodiens. Scipion trouva Ântiochus , auprès duquel Aunibal n'était plus:, sur les bords du Méandre. Uarmée du roi comprenait un nombre immense de fantassins et de cavaliers, et plusieurs éléphans énormes ; elle fut néanmoins taillée en pièces. Rome donna à Scipion le titre d'Asiatique; Antiochus la conjure de lui accorder la p^ix : le sénat lui rendit d'autant plus aisément une partie de ses E^ts , qu'il avait opposé une moins forte résistance.

Flaminius , par ordre du sénat , fit bien plus encore ; il déclara que Rome rendait à iS4 »> la Grèce son ancien état, ses lois eî sa liberté. Tuigure. Les Grecs reçurent cette grande nouvdle à ri[émée , au milieu des jeux solennels qu'on y célébrait tous les cinq ans. Rien ne paraissait pouvoir calmer leur ivresse; les applaudisâemens, les cris de joie se renouvelaient à chaque instant. On couvrit de fleurs' le consul qui assistait aux* jeux ; mais que dit Montesquieu, qui parle de la grandeur et de

27S BOVtSÈUE A6£^

ladécddenœ des Romains? «e Ces petites r&t <c publiques y dit ce ^and hmnme d'Etat , «e ' ne pouvaient être que dépendantes; les <c Grecs se livrèrent a une joie stupide et «( crurent étr(s libres en effet, paroe que les ^ Hoqiàins les avaient déclarés tek, ^

La Macédoine, cependant, agitée par ie souvenir de son ancienne grandeur , ne pou« vait supporter sa soumission aux BoAains« Persée avait succédé à Philippe, et ne pen* sait qu^aux moyens de rendre à son royaume son ancienne indépendance; il s'était allié avec les Thraces , dont le courage presque fé^ roce devait ajouter à la force de la fameuse phalange macédonienne; il voyait la valetu* de son peuple prête à seconder ses nobles projets; il avait placé des troupes sur les endroits les plus escarpés de ses hautes montagnes, et toutes les entr^ de la Macédoine étaient défendues par ces citadelles natu<* relies. Le sénat de "iRome nç veut pas lui donner le temps d'ajouter encore à ses pré*

paratifs. Une nouvelle guerre macédonique commence ; les Romains, commandés par le consul Marcius Philippe^ pénètrent dans le royaume de Persée par un marais et par des hauteurs que l'on croyait impraticables»

Persée, effirayé d'un succès qu'il avait re»

gardé comme impossible, Ht jeter ses trésors dans la mer et brûler ses vaisseaux pour les dérober à ses ennemis. Il parvint néanmoins, peu de temps après cet acte de désespoir, à c^mer ses terreurs et à réunir des troupes plus nombreuses qu'auparavant; mais le consul Paul Éndl^y déjà célèbre par ses vic^ toires sur les Liguriens, fut chargé de combattre Persée. Menaçant un grand nombre d'endroits des montagnes très-élevées qui entourent la Macédoine, il entra dans ce royaume en franchissant des hauteurs vers lesquelles il n'avait pas paru vouloir diriger •ses eBbrts audacieux , et son apparition, soudaine inspirant à Persée un effiroi plus grand que celui qu'il avait déjà ressenti , le roi

2S0 i>ùt2Xtsm AGE.

confia a se$ lleutenans la conduite de la guerre. Son armée fut défaite par Paul Emile ; il se réfugia alors dans le temple révéré de Tîle de Samothrace, espémnt obtenir des autels un salut que n'avaient pu lui donner ni ses armes ni ses monts sourcilleux. Trompé dans son espoir, il fut conduit à son vainqueur ; mais ce vainqueur était Paul Emile, véritable philosophe. Le Romain té* moigna le respect d'un grand homme pour la puissance déchue, reçût avec bonté le prince malheureux , Fadrnit à sa table , le montra à ses enfans comme un exemple à jamais me* morable de Finconstance de la fortune, adoucit sa disgrâce autant qu'il le put , entra dans Home en triomphateur , conduisant le roi captif au milieu des autres prisonniers; mais montrant dans tousses traits, que, toujours prêt à vaincre ou mourir pour sa patrie et i6Sans à consoler le malheur, il était au-dessus de

av. l'ère

vulgaire, la gloirc même du triomphe.

Les Macédoniens, cependant, ne se r^ar-

daientpas coinme condamnes à jamais à la dépaidance dé Rome. Andriscus eut lé no^ ble courage de vouloir affranchir son pays ^ liattit les troîipes romaines commandées par le préteur Juventius, fit naître un grand espoir dans Famé des Macédoiûens ; mais fut vaincu par MëteUuSj se râfugia chez un roi de Thrace qui le livra aux Romains , fut conduit à Rome, oh il servit aux honneurs du triomphe , et épfôuva^ un plus grand malhair encore , en voyant la Macédoine i4Sanfl

' •^ av. l'ère

réduite en province romaine. i^Apm,

Garthage , violant les traités dont die avait promis l'observation, avait envoyé une flotte et une armée contre Masimssa, roi des Numides et fidèle allié du peuple romain. Lé sénat décide que les armies de Rome vengeront la foi publique et Masinissa.

Les ccm^s Manilius et Censonnus' vont à Garthage; les habitans conservent quelque espérance de paix , et remettent volontairement leur flotte aux Romains; les consuls

282 DOUZltSHB AGE»

U font brûler et leur dédarent, au ncmi du sénat, qu'il n'est plus de salut pour eux que dans l'abandon de leur territoire. Les Carthaginois ne peuvent supporter tant de tyrannie; ils crient aux armes : ils prévoient que leur patrie va périr; mais ils ne veulent pas lui survivre. Us abattent leurs maisons pour trouver les bois nécessaires à la construction d'une nouvelle flotte; on ajoute dans les ateliers où Ton construit des armes, l'or et l'aident au fer dt al'airain; et les femmes^ d&espérées , veulent que leurs cheveux ser« ve^ pour les cordages des machines de guerre.

. Le consul Mancinus assi^ par terre et par mer la malheureuse Garthage. Le premier, le second et le troisibne mur sont renversés ;, la ville si fameuse , si commerçante , si puissante, si riche, .est presque détruite ; la citadelle nommée Byrsa résiste encore ; et les Gartha^nois croient toujours voir leur patrie debout^

Leur port était bloqué par les Romams ;

lis en creusent un nouveau sous les yeux

de ceux qui prétatident à être les maîtres du monde; une flotte nombreuse sort de ce port merveilleux et va défier les Romains; aucun jour ne commence que les assi^eans ne voient paraître un nouveau mole^ une noavdle m<»hme, »>e nou^dlé tr..pe d.

guerriers , qui ne respirent que la victoire ou la mort; chaque instant leur présente^ pour ainsi ^ dire , une nouvelle et terrible éruption d'un volcan qui brûle encore.

Le fils de Sdpion F Africain avait adc^té cdui de Paul Emile, Le jeune PubUus Mmilianu$ Scipion reçoit du sénat l'ordre de terminer la troisiènie guerre de Garthage, Un yisdruhal, digne de son nom ^commande ce qui reste dé Gartiha^nois; il oppose aux Romains la résistance la plus héroïque» mais les assiégés n'ayant plus ni vivres y ni Fespé» rance d'en recevoir» mettent le feu aux mai* sons et aux temples» et se raident à Scipion^

284 DonziÉuE age«

lia femme d^Âsdrubal cependant ne vmt pas survivre à la ville qui l'a vue naître y prend 8es deux en&ns dans ses bras et se precq;)it( ^u milieu des flammes.

. Le violent incendie dure plus de dix-sept jours* Le jeune Scipion, dans lequel respire l'ame de Paul Emile , s'attendrit au milieu des cendres e^ des ruines de cette cite qui avait tenu le sceptre du conunerce et presque saisi celui de l'Europe ^ de F Afrique et dé FAsie; il s'alarme pour Rçme^ il craint qu'elle ne succombe à trop de prospérités, et de noirs pressentimens se mêlent à tout i46aDt ce qu'inspirent la victoire et le plus grand ^ des malheurs d'un peuple.

Presque en même temps que Carthagc disparaissait, Gorinthe, capitale de FAcbaïe, et qui avait voulu repousser la domination romaine sous Critolaûs et sous Dœlius, 8uceomba.sou9 J/i/ite//uj^ et fut, sous Nummius -y saccagée , détruite et brûlée. L'or , l'argent, le cuivre, le zinc etl'étain, fondus

ensemble au milieu de Fincendie , donnèrent cet alliage connu sous le nom â^ airain de Corinthe, et célébré par de graods poètes ; et combien de richesses j et de tableaux et de statues bien plus précieux encore furent transportés à Rome , la grande capitale !

Une grande partie de la péninsule espagnole continuait cependant de résister âa joug des . Roiûâins. Caton le censeur ^ qur> suivant Cicéron, était uti excellent orateur ^ un sénateur accompli et nh grand général, qui ai composé plusieurs ouvrages et dont on a encore un traité sur ragr^ture, avait commandé dans la péninsule et rem^rté plusieurs victoires sur les Geltibériens^ colonie dé Celtes qui était' venue habiter FArf ragon et une partie de la. Gastîllè»

Tibérius Sempronius Cracchus avait dé* truit jusqu'à cent cinquante villes ou villagef de ces braves ef malheureux Celtibériens^ qui ne voulaient que leur indépendance , et quji étaient bien plus dignes de U victoire quejef

28S BOUZIÈBiE AGE.

grand nombre de citoyens , et jure la iS^ traction de Ntunance. Scîpion iEmîUen: est choisi pour accomplir les volontés ât Roiiiiâ« Numancè doit périr par cellii qui a fait périr Garthage. Scipion rétablit 1^ dîscipiiiie dans Farmée qui avait perdu 'Fhrâineur, re« lève son courage^ ranime ^on aràeur, la re^ fait digne de Rome ^ la nièxie contre lest habitans de Nnmance ,: et voitrfuir -les Numantihs devant les aigles ^ auxquelles il a rendu leur éclat.

Los vaincus consentent a se soametfre à d'honorables conditions ;.mais Scipion a reçu Fordre de lés refuser* Ik vei^ént en vain vaincre ou périr ; Scipion ènvironi^e leur .ville de lai^ges fossés > de palissade^ foiiî* fiées. La fsunine les réduit au désjespoii^. Us implorent le combat conmie une: grâce ; ^ nous mourions en soldc^s ^^ è^étsA^trî^) Scipion les refuse de nouveau* Ds: tentent une sortie ; plusieurs meurent W armes à la isain ; les. autres, repoussé» dansia vïle»

D0U2:iÈMC! AGE^ 289

Se nourrissent ^pendant quelque temps de cadavres. Perdant enfin tout espoir, ils s'abandonnent à la rage , se dévouent à la mort y périssent par le fer ou le poison , au milieu iSa ant des flammes qui consument leur patrie , et vuigaiic ne laissent rien au triomphe de Rome.

Quelle civilisation que celle d'une république où un Scipion ^milien se croit ob« lige d'exécuter un arrêt aussi injuste qu'inhumain ! Ce Scipion était cependant vénéré pour ses vertus. L'histoire a parlé avec éloge de l'amitié qui le liait avec Lœlius y grand orateur et personnage consulaire , avec Po^ lyhûy célèbre historien grec de M^alopolis en Arcadie, l'un des plus judicieux auteurs de l'antiquité , et dont le chevalier de Folard a commenté les ouvrages si utiles aux milifoires 5 et avec Térence le Carthaginois , fameux affranchi du sénateur Terentius Lucanus, et dont Cicéron a vanté les comédies écrites avec tant de pureté et d'élégance , regardées comme des modèles si parfaits du IL 19

290 WUZIEMtî AGE.;

style latin , qu^n lea a^vait gnies dictées par Scipion ^milien ou Laelius^ lés deux orateurs les plus âoquens de Rome.

Le sénat et le peuple romain yont bien* tôt commencer de subir de cruels châtimens d'une ambition que rien ne peut satisfaire.

Aucun peuplq ne peut soumettre Rome ; elle va . se déchirer de ses propres mains. Depuis long-temps rayidité des riches citoyens avait, pour ainsi dire, châsse de leurs champs des Romains moins fortunés , obligés de céder à leurs intraitables créanciers les terres qui avaient répondu de leurs dettes multipliées par Facçroissëment successif de leurs malheurs. TïbériUs GmcckuSj fils dé Sempronius, si respecté pour sa vertu, et deComélie, Tillustre fille de Scipion l'Africain, était tribun du peuple. Il ne peut voir iàns une douleur très-vive le sort des: pauvres citoyens de sa patrie. On propose une loi agraire ,' pour rendre à ces Romains , qui péi^issènt de misère, les champs qu'on regarde . comme enlevés

en qudlque sorte par leurs créanciers ou par ceux de leurs ancêtres. Tibérius monte à la tribune, entouré d'une troupe nombreuse ; contre \m se présentent des patriciens ayant avec eux des tribuns : Gracchus, Voyant son collègue, Cnœus Octaiàus, s'opposet» à des lois qui lui sont plus chères que la vie, .ne peut plus contenir l'ardeur de son zèle pour les intérêts du peuple , chaise Octavius de la tribune , le menace de la mort , et il est nommé triumnr avec son frère Caîus Gracchtis , alors absent de Rome , et avec Appius Claudius, pour la distribut;^oti des terres qui doivent être rendues aux citoyens les moins fortunés. Quelque temps après , le peuple s'assemble de nouveau : Tibérius demande que sa. puissance tribunitienne soit prorogée, pour qu'il puisse terminer convenablement son ouvragé. Un grand nombre de patriciens et de ceux qu'il avait fait exproprier , s'avancent contre lui : oh combat ; le sang coule dans la place publique. Tibé-

rîus porte la main à sa tête, pour engager le peuple à le défendre ; Scipion Nasica s'écrie que Tibërius demande le diadème y et à l'instant les partisans du sénat et les autres ennemis de Tibérius se jettent sur lui, l'imia3 ans moleut et massacrent plus de trois cents de

av. Père .

▼uigairt. ses amis*

Gaïus Gracchus , frère de Tibérius , recbercbe toutes les occasions de venger la mort de son frère et de soutenir ses lois , saisit la circonstance qui lui parait la plus favorable, anime le peuple qui l'aime, parcourt la ville de Ron^e , suivi de la multitude qui lui est dévouée , tt lorsque le tribun Minucius propose d'abroger les lois qu'il défend , il s'empare du capitoU avec plusieurs de ses amis.

Mais p'ayant pu les sauver d'un terrible massacre , il se réfugie sur le mont Aventin , est attaqué par les partisans du sénat , et reçoit la mort par l'ordre du consul Opimius*

Satuminus se déclare le successeiu: et le vengeur des Gracques ; fait tuer^ au milieu

DOUZIÈME AGE. 29f

en qudique sorte par leurs créanciers ou par ceux de leurs ancêtres. Tibérius monte à la tribune, entouré d'une troupe nom** breuse ; contre \m se présentent des patriciens ayant avec eux des tribuns : Gracchus, voyant son collègue 9 Cnœus Octavius, s'opposer à des lois qui lui sont plus chères que la vie , .ne peut plus contenir Fardeur de son zèle pour les intérêts du peuple , chaise Octavius de la tribune , le menace de la mort , et il est nommé triumuir avec son frère Caïus Gracchtis , alors absent de Rome y et avec Appius Claudius , pour la distribut^opn des terres qui doivent être raidues aux citoyens les moins fortunés. Quelque temps après , le peuple s'assemble de nouveau : Tibérîus demande que sa. puissance fribunitienne soit prorogée. , pour qu'il puisse terminer convenablement son ouvrage. Un grand nombre de patriciens et de ceux qu'il avait fait exproprier , s'avancent contre lui : on combat ; le sang coule dans la place publique. Tibé-

venus de FElat , dont la.perception leur était confiée. Servilius Goêpio se niit à la tête des chevaliers , et Marcus Lwius Drusus embrassa le parti des sénateurs ; les légions et les cohorteis se divisèrent . et Foii vit dans

la ville de Rome deux troupes armées Tiine contre l'autre , élever des deux côtés des enseignes et des aigles romaines. Gœpio attaqua le sénat , éti accusant de brigue Scaurus et Philippe y principaux patriciens. Drusus , voulant donner une grande force à son parti, non-seulement renouvela les lois des Gracques , mais encore promit le droit de cité aux aUiés dont les suffrages auraient favorisé ses projets. Le jour où les lois des Gracques durent être promulguées , on vit , d après -les promesses de Drusus , arriver de tous les c6tés 5 dans la place publique , un nombre immense tf étrangers. Le consul Philippe voulut s'opposer à la promulgation. Un appariteur osa le saisir à la gorge et lui déchirer la figure. Les alliés demandèrent le prix qui

leur avait été promis. Drusus fut tué sur son tribunal. Les alliés n'insistèrent pas avec moins de violence sur Faccomplissement des promesses qu'ils avaient reçues , et ils réclamèrent même bientôt , les armes à la main , un droit ' qu'ils regardaient comme acquis par tous les swvices qu'ils avaient rendus à la ville de Rome , et par tous les secours qu'ils lui avaient donnés. Dans peu de temps, l'Etrurie , le Latium , le Picénum , la Campanie 9 lesMarses , les Samnites, lies Lucanieris, 90 presque toute l'Italie , se soulevèrent contre vulgaire" Bomcr Cette ville , dont le nom faisait trembler l'Europe , l'Asie et l'Afrique , et qui avait détruit ou soumis Carthage , l'Espagne , la Grèce , la Macédoine et la Syrie , n'a plus d'autorité dans cette Italie dont elle a reçu ane si grande partie de sa force, voit marchai** contre elle les braves qui ont tant de fois contribué à ses victoires , et paraît ne savoir comment écarter le danger qui la menace et éviter le même sort que Carthage.

ans av. Tëre

Des légats romains sont massacrés daiis Asculum} le fer et la flamme des alliés ravagent plusieurs villes dépendantes de Rome; les troupes de Rutilius^ celles de Càepion, celles de Julius César, sont mises en fuite ou taillées en pièces ; mais enfin le génie de Rome s'élève au*dessus de tous les revers; le peuple romain montre ce grand caractère dont l'adversité augmente la force , et la politique du sénat sauve la république. Caton avait défait les Etrusques , Carbon les Lucaniens» Gabinius les IVIarses,. Sylla les Sam*^ pites , et Strabon Pompée ay ait réduit Asculum en cendres et massacré ses habitans.

Mais ces victoires peuvent être fatales à la république. Le sénat accorde les droits de «citoyen aux peuples les plus voisins de Rome, çt à ceux qui promettent de poser les armes les premiers. La défiance met la diri^oû parmi le$ alliés ; ils se pressent toits, de faire des traités particuliers, et Rome peut refuser aux Samnites et aux Lucanièns le droit

pour lequel tant de sang venait d^étre répandu.

D'autres grands ëyënemeiis montrent Fétat du eorps social dans la republique romaine • au cofûmenoement du dernier siècle avant rère vulgaire. L'esclavage , établi ou conservé par les premiers .habitans de Rome , produis sit ses effets funestes vers le temps que nous observons. La Sicile , c^e ile si fameuse par sa fertilité que Gaton l'appelait le greniev delà république et la mère nourrice du peuple romain, présentait de grands domaines des principaux citoyens de Rome y et ce qui est horrible à rappeler , les propriétaires de ces domaines y entretenaient pour la culture de leurs champs de nombreux esclaves, qui travaillaient avec des fers aux pieds. Ces infortunés n'osaient manifester tout ce que leur inspiraient les cruels traitemens qu'on leur faisait subir ;* mais leur indignation était sou* vent près d'éclater. Un Syrien , nommé JEVinuSj conçut le hardi projet de briser leurs

290 t^OUZIÈIHîî AGE.:

style latin ^ qu'an lea avait çfaes dictées par Scipion j£milien ou Laeliaa^ le^ deux orateurs les plus éloquens dcEosaié.

Le sénat et le peuple romain vont bientôt commencer de subir de cruels châtimens d'une ambition que rien ne peut satisfaire.

Aucun peuple ne peut soumettre Rome ; elle

va . se 4écbirer de ses propres mains. Depuis long-temps Favidité des riches citoyens avait, pour ainsi dire > chassé de leurs champs des Romains moins fortunés , obligés de céder à leurs intraitables créanciers les terres qui avaient répondu de leurs dettes multipliées par l'accroissement successif de leurs malheurs. Tihériùs Gmcchus^ fils dé Sempronius, si respecté pour sa vertu, et deÇomélie, l'illustre fille de Scipion l'Africain, était tribun du peuple. Il ne peut voir sans une douleur très-vive le sort des: pauvres 'citoyens de sa patrie. On propose une loi agraire , pour rendre à ces Romains , qui péi^issënt de misère, les champs qu'on regarde comme enlevés

DOUZIÈME AGE. 29f

en qudique sorte par leurs crëantiers ou par ceux de leurs ancêtres. Tibérius monte à la, tribune, entouré d'une troupe nombreuse ; contre lui: se présentent des patriciens ayant avec eux des tribuns : Gracchus, voyant son collègue 9 Cnœus Octas^ius, s'opposer à des lois qui lui sont plus chères que la vie j .ne peut plus contenir Fardeur de son %le pour les intéi'êts du peuple , chasse Octavius de la tribune , le menace de la mort y et il est nommé triuinnr avec son frère Caïus Gracchus ^ alors absent de Rome , et avec Appius Claudius, pour la distribut;^on des terres qui doivent être raidues aux citoyens les moins fortunés. Quelque temps après , le peuple s'assemble de nouveau : Tibérîus demande que sa. puissance fribuuitienne soit prorogée, pour qu'il puisse terminer convenablement son ouvrage. Un grand nombre de patriciens et de ceux qu'il avait fait exproprier , s'avancent contre lui : on combat ; le sang coule dans la place publique. Tibé-

rius porte la main à sa tête, pour engager le peuple à le défendre ; Scipion Nadca s*écrie que Tibërius demande le diadème y et à l'instant les partisans du sënat et les autres ennemis de Tibérius se jettent sur lui, l'imia3 ans moleut et massacrent plus de trois cents de

av. Père .

▼uigain. ses amis*

Gaïus Gracchus , frère de Tibérius , recherche toutes les occasions de venger la mort de son frère et de soutenir ses lois , saisit la circonstance qui lui parait la plus favorable, anime le peuple qui Faime , parcourt la ville de Rm^e , suivi de la multitude qui lui est dévouée ^ et lorsque le tribun Minucius propose d'abroger les lois qu'il défend , il s'empare du capitolt avec plusieurs de ses amis.

Mais p'ayant pu les sauver d'un terrible mas^ sacre , il se réfugie sur le mcmt Aventin , est attaqué par les partisans du sénat , et reçoit la mort par l'ordre du consul Opimius.

Satuminus se déclare le successeur et le vengeur des Gracques ^ fait tuer^ au milieu

des comices 9 Nonius^ son compétiteur au tribunat, provoque avec une grande violence la sanction des lois de Tibërius^ contraint le sénat à jurer l'observation de ces lois populaires , fait massacrer Caîus Memmius qui demande le consulat . veut faire donner cette dignité suprême h- une de ses créatures , ne peut néanmoins se défendre contre les troupes des sénateurs 9 s'empare en vain du capitôle, y est assiégé et forcé d'en sortir, meurt sous les pierres dont Taccable la multitude qui l'a abandonné*

La, loi des Gracques avait divisé la viHe de Rome en deux partis , acharnés l'un contre l'autre. .

Les chevaliers formaient un de ces partis 9 et l'autre était composé des patriciens. Les chevaliers avaient d'autant plus d'influence qu'ils pouvaient dans beaucouf) de circonstances disposer, pour ainsi dire, de la fortune des citoyens les pluspuissans, et qu'ils étaient en quelque sorte les maîtres des re-

venus de FElat, dont la.perception leur était confiée. Servïlius Gcèpio se niit à la tête des chevaliers , et Marcus Lwius Dnisiis embrassa le parti des sénateurs ; les liions et les cohorteis se divisèrent . et Ton vit dans

la ville de Rome deux troupes armées Func contre l'autre , élever des deux côtés des enseignes et dès aigles romaines. Gsepio attaqua le sénat /éin accusant de brigue Scaurus et Philippe y principaux patriciens. Drusus , voulant donner une grande force à son parti, non-seulement renouvela les lois des Gracques , mais encore promit le droit de cité aux aUiés dont les suffrage^ auraient favorisé ses projets. Le jour oii les lois des Gracques durent être promulguées , on vit , d'après -les promesses de Drusus , arriver de tous les c&tés , dans la place publique , un nombre immense tf étrangers. Le consul Philippe voulut s'opposer à la promulgation. Un appariteur osa le saisir à la goi^e et lui déchirer la figure. Les alliés demandèrent le prix qui

leur avait été promis. Drusus fut tué sur son tribunal. Les alliés n'insistèrent pas avec moins de violence sur Faccomplissement des promesses qu'ils avaient reçues , et ils réclamèrent même bientôt , les armes à la main , un droit ' qu'ils regardaient comme acquis par tous les swvices qu'ils avaient rendus à la ville de Rome , et par tous les secours qu'ils lui avaient donnés. Dans peu de temps, l'Etrurie , le Latium , le Picénum , la Campanie, lesMarses , les Samnites, les Lucanîehs, 90 presque toute l'Italie , se soulevèrent contre vuigiîm BomCr Cette ville , dont le nom faisait trembler l'Europe , l'Asie et l'Afrique , et qui avait détruit ou soumis Carthage , l'Espagne , la Grèce , la Macédoine et la Syrie , n'a plus d'autorité dans cette Italie dont elle a reèu une si grande partie de sa force , voit marchar* contre elle les braves qui ont tant de fois contribué à ses victoires , et paraît ne savoir comment écarter le danger qui la menace et éviter le même sort que Carthage.

ans av. Fëre

Des légats romains sont massacrés dans Asculum; le fer et la flamme des alliés ravagent plusieurs villes dépendantes de Rome; les troupes de Rutilius, celles de Gaepion, celles de Julius César, sont mises en fuite ou taillées en pièces ; mais enfin le génie de Rome s'élève au*dessuis de tous les revers; le peuple romain montre ce grand caractère dont l'adversité augmente la force , et la politique du sénat sauve la république, Caton avait défait les Etrusques , Carbon les Lueaniens , Gahinius les IVIarses , . Sylla les Sampites, et Strabon Pompée acvaLÏt réduit Asculum en cendres et massacré ses habitans.

Mais ces victoires peuvent être fatales à la république. Le sénat accorde les droits de 'îitpyen aux peuples les phis voisins de Rome, et à ceux qui promettait de poser les armes les premiers. La défiance met la diri^oa parmi le$ alliés ; ils se pressent tous, de faire des traités particuliers , et Rome peut refuser aux Samnites et aux Lucanièiis le droit

pour lequd tant de san^ venait d^étré re« pandu.

D'autres grands ëvënemeiid montrent Tëtat du corps social . dans la republique romaine au GOiAmencement du dernier siècle avant Fère vulgaire. L'esclavage , établi ou conservé par les premiers .habitans de Rome , produisit ses ^fets funestes vers le temps que nous observons. La Sicile , cette ile si fameuse par sa fertilité que Gaton l'appelait le greniev delà republique et la mère nourrice du peuple romain 9 présentait de grands domaines des principaux citoyens de Rome , et ce qui est horrible à rappeler , les propriétaires de ces domaines y entretenaient pour la culture de

leurs champs de nombreux esclaves , qui travaillaient avec des fers aux pieds. Ces in«

fortunés n'osaient manifester tout ce que leur inspiraient les cruels traitemens qu'on leur faisait subir ;* mais leur indignation était souvent près d'éclater. Un Syrien, nommé £Vi« nuSj conçut le hardi projet dç briser leurs

298 DOUZIÈIkIE AGE.

chahies. D feignit d'être animé d'une fureur divine, et, comme pour obéir aux ordres des dieux, il appela les esdaves aux armes et leur promit la liberté. Deux mille de ces malheureux se rangèrent d'abord autour de lui ; bientôt il en vît plus de soixante mille sous les armes : se décorant alor^ des oriiemens roj^ux 3 il ravagea les villes , les bourgs et les châteaux , et s'empara des camps de quatre préteurs. Perpenna défit ces insurgés, les assiégea AdiV^Enna^ où la faqriine en fit périr le plus grand nombre, et condamna ceux qui furent obligés de se rendre , à être mis en croix.

Ennus cependant eut un successeur ; un esclave dlicien, nommé Athéniorij tua son maître , délivra ses compagnons , les rangea sous des enseignes , ceignit le bandeau royal, réunit une armée plus considérable que celle d'Ennus , porta , comme ce Syrien , îe fer et le feu dans les villes , les boui^s et les châteaux , devint implacable contre les esclaves

qui n^avaicRt pas rompu leurs Ters , tailla en pièces des armées prétoriennes , s'empara des câinps de Seryilius et de Lucullus, et ne fut arrêté dans ses courses, victorieuses que i^n Aquilius ^ qui parvint à priver de vivres les insurgés , et leur fit subir une famine qui ôta la vie à tous ceux qui ne se loa ans donnèrent pas \^ mort pour éviter d'affî*eux vulgaire. supplices.

Près de trente ans plus tard , Spartacus^ gladiateur, à la tête d'une trentaine de ses compagnons , brisa à €apoue les portes de Tenceinte dans laquelle ils étaient renfermés, appela les esclaves sous ses enseignes et eut biéhtôt sous ses ordres une troupe de plus de dix mille bommes. On a raconté, qu'assiégés dans les vallées plus ou moins étroites qui»entourent le Vésuve , ils^formèrent , avec des ceps et des brâncbes de vigne, des liens plus ou moins longs , par le moyen desquels ils se laissèrent glisser dans des vallons dont les bords étaient très -escarpés, et qu'étant

sortis de ce» espèœs de détroits par des is* sues inconnues à leurs ennemis , ib avaient surpris Clodius Glabercpi les assi^eait, et s'étaient emparés de son camp. Leur nombre augmente à chaque instant ; •ils saccagent presque toute la Gampanie , et , prenant tous les chevaux qu'Us trouvent , ib ont bientôt une cavalerie. Spartacus osant alors attaquer les armées consulaires, taille en pièces sur l'Apennin celle de Lentulus, détruit le camp de Caïus Cassius , et délibère s'il ne mar^ ehera pas sur Rome.

Mais Marcus Licimus Crassus s'avance contre lui . le combat et le met en fuite. Les insultés y poursuivis par le vaiiiqueur y veulent passer en Sicile , essayent de traverser le détroit sur des radeaux composés de tonnes et de claies liées avec des osiers . le tentent en v.m , « dâerminent à Uvrer »« nouvelle bataille , et s'ils ne remportent pas la victoire , combattent avec furie , à l'exem* pie de Spartacus , ne demandent pas de quar-

tier et reçoivent y les armes à la main^ une 71 ^ mort glorieuse. ▼uigaîr*-

Jugurthuy neveu de Micipsa fils et successeur de Masinissa sur le trône de F(umidie^ avait ëté adopte par son oncle et charge par ce monarque de la tutelle de ses enfsinSyJffiempsaletj4dherbaL Désirant, après la mort de Mieipsa , de saisir la couronne de ses pupilles , il avait fait tomber Hiempsal dans une embûche où ce jeune prince avait péri. Adherbal s'était réfugié à Rome; mais Mieipsa avait laissé des trésors; Jugurtha s'en servit pour achetai les suffrages d'un grand nombre de sénateurs. Les riches^ ses enlevées à tant de peuples vaincus avaient introduit dans Rome une honteuse et fiineste corruption, et la majorité du sé>nat fut favorable au possesseur des trésors de Midpsa.

Des députés furent envoyés en Afrique pour partager le royaume entre Adherbal et son frère adoptif. Jugurtha corrompit Icsl

députes, et acheva de commettre les Crimefs commandés par sa coupable , ambition. La mort d'Adherbàl changea cependant les dispositions dé Rome ; le sénat se erut obligé de déclarer la guerre à Jugurtha : le consul Cg^lpumius Bestia fut envoyé en Afrique avec une armée. L'or de Jugurtha acheta la paix ; mais le tribun Memmius dénohça ces lâches trahisons dans un discours véhément , attaqiia le sénat et fit naître uiie si grande indignation dans l'assemblée du peuple , que le sénat appela à Rome , sur la foi publique, Jugurtha lui-même. Le Numide y vient, et un petit-fils de Masinis^a , nommé Masswa^ et qui réclamait le trône de Numidie, est assassiné par son ordre dans la ville de Rome même. Jugurtha retourne en Afrique; le sénat lui déclare de; nouveau là guerre:

Albinus commande l'armée romaine ; Jiigur* tha parvient à la corrompre. Une fuite volontaire lui domie une victoire apparente et le camp des Romains*

Météllus est envoyé contre Jugurtha. Le prince numide ne voit aucun succès couron*^ ner des tentatives semblables à celles qui lui ont si souvent réussi. Météllus ravage la campagne, saccage Thala ouTelepte, oîi le roi aVait ses armes et une partie de ses trésors , bien plus dangereux que ses flèches , ses glai-* ves et ses lances ; s'empare de presque toutes les viUes fortifiées, poursuit Jugurtha jusque dans la Mauritanie et la Gétulie ; et Marius, arrivant pour compléter le triomphe de Rome , prend Gapsa , au milieu des déserts sablonneux, pénètre, par des chemins escarpés et regardés comme inaccessibles , jusque dans Mulucha , bâtie sur une haute montagne, déiait auprès de Grta, aujourd'hui Gonstantine, Jugurtha et Bocchus , roi de Mauritanie, et inspire à ce Bocchus une si grande crainte pour sa couronne et sa vie , que ce roi trahit $on allié et le livre aux Romains pour prix los ans de leur alliance et de leur protection. vulgaire.

De nouvelles victoires attendent Marins.

Les Ombres , les Teutons et les Tigurins f que de grandes inondations de l'océan avaient obliges à quitter les forêts du nord de la Germanie , avaient en vain taché de s'établir dans les Gaules et en Espagne. Le sénat romaiii leur avait refusé des terres qu'ils lui avaient demandées par des ambassadeurs. Irrités des refus du sénat, ils avaient battu et chassé successivement de leur camp trois généraux de Rome. Le sénat envoya contre eux le vainqueur des Numides et de la Mauritanie. Les Gimbres , Teutons et Tigurins s'étaient divisés en trois corps, pour franchir les Alpes et entrer en Italie. Ma« rius ^ en grand capitaine, profite de cette division, devance les Teutons, les attaqué auprès des eauar sextiennes ^ aujourd'hui lot ans Aiacy les défait complètement , fait prison-

av. l'ère ^ , ^

vulgaire, nicr Icur roi Teutobochus^ et va chercher les Gmbres qui , après avoir franchi les Alpes du Tyrol et traversé sur d'énwmes troncs d'arbres le fleuve d'Athésis, maintenant l'Adige,

DOUZIÈME AGËi SOS

ft^étàîent arrêtes près du. fond de la mer Adriatique ^ dans la Yénétie ou pays des Yënètês ^ venus de la Troadé sous la con^ duite d'Anfénor et après la ruine de Troie^ Ces hommes du INord, si peu éloignés dâ l'état sauvage , et dirigés par un mélange bien remarquable de loyauté dé courage et d'assurance, lui font demander ;quel jour il veut. combattre ? Demain^ leur répônci MariUs.

n imite Annîbal préparant la bataille de Cannes; il place ses troupes de manière que le vent porte la poussière dans les yeux dès Gimbrés^ Le combat se livre dans une vaste

plaine^ nommée le champ rhaudien, aujour^ d'hui J?Ao> suivant Banville. La victoire favorise les Romains; soixante nfilleCimbrès meurent avec gloire sur le champ de bataille/ Les feitimes mêmes de ces hommes si bravés et si malheureux avaient combattu aveé autant de valeur que leurs maris y debout sur letirs chariots et armées de lances et de II. 20

longues piques. Taincues malgré leur bra« voure, eUes demandent à Marins la liberté et la permission de former un collège de prétresses ; Marins les refuse : le d&espoir les saisit , elles étouffent ou écrasent leurs enfans, s'égorgent les unes les autres, ou se pendent à des arbres , et ne laissent à leuri ennemis que des mîonceaux de cadavres.

Boirix, leur roi , n'avait succombé au milieu de la mêlée, qu'après s'être entouré de Romains que son fer avait immolés; pourquoi l'histoire doit^le lui reprocher la mort de Scaurus ^ qu^il< avait fait son prisonnier ?

Lorsqu'il eut formé le projet de marcher sur Home avec son armée ^ il lui avait exposé son plan au milieu de l'assemblée des principaux Gîmbres; Sdiurus enchaîné avait répondu en vrai Romain, ce plan est inexécutahie, 101 ans Rome est innncibie ; Roirix, au lieu de vulgaire, l'adnvirer , l'avait percé de son épée.

Les ,T%uriens cependant s'étaient placés sur le sommet des Alpes noriques ; ils ap-*

prerinént la défaite des Gîmbj:ë&; ils Se dis*» •perseiit et s'éloignent de lltalie.

Avec quel enthousiasmé les Boinaîns re^çoîrent le Vainqueur dès Teutons et des Cimbrés ! Mais pourquoi la gloire du libéra^ teur de Rome va^^t^Uè sei*vîr à Farroser de 6àng? Deptiîs long^teiiips Matitis, qui était tié Plébéien, avait, par son éloquence militaire et par ses harangues violentes^ animé la jalousie du peuplé romain contre les Pa^ triciens. Célaît un véritable successeur deS Gracques, mais bien plus Redoutable, parce qu'il avait sauvé la républiquCé La crainte et surtout Fenvié lui dônttèrent ùri rival dans un Patricien destiné, comme Marins, k laisser une grande renommée, Sjlta^ qui avait serti sous ses ordres en Afrique , et dont le génie s'était d^autant plu^ facilement ^levé aux grandes coticeptitfns stratégiques , qu^un grand nombre d'illustres Romains^ et partïculiètetnént Marins^ en âvareiit donne de grands exemples ^ crut devoir se déclarer

lé clief d'un parti contraire à cdui de Marins , dont il ambitionnait la gloire^ les houiieurs et la puissance y et conune ce vainqueur des Teutons et des Ombres avait toute la confiance du - peuple , ce fut à la tête des Patriciens qv^û alla se placer. Ses amis le firent nommer consul ^ et il dut aller gouverner FAsiè occidentale. Cette Asie , regardée comme une province d'un empire qui paraissait devoir comprendre le monde , <J}eissait en grande partie a Mithridate, roi du Pont y devenu ennemi de Borne et aussi redoutable qu'AnnibâL Ce monarque^ que la postérité honorerait comme un grand bomme^ si sa cruelle politique ne l'avait pas porté à faire donner la mort à ses neveux, et à commettre d'autres crimes horribles, ayant adressé des plaintes au sénat de Rome, qui avait donné contre lui de puissans secours au rôi de Gàppadoce, nommé Arioharzane^ et n'ayant rien obtenu de la politique sénatprisde^ avait levé une puissante

armëe , chasse Ariobarzane de la Gappadoce, défait Nicomède II, roi de Bithynie , soumis la Phiygie , laMysie^ la Carie, laLycie, la Pamphylie, la Paphlagonie; et après avoir commis un forfait exécrable en faisant forger tous les citoyens romains qui étaient en Asie, et en ordonnant qu'on versât à Pergame de For fondu dans la bouche S'Aqm^ UuSy personnage consulaire, pour venger, avait^il dit , les Pergamiens de Favarice ' des Romains ; il avait passé la mer et réduit sous son obéissance la Thrace , la Macédoine, Athènes et les autres villes de la Grèce; il menaçait Fltalie, lorsque le consul Sylla fut chargé . d'aller le combattre. La victoire sur Mithridate devait donner à Sylla une gloire éclatante et une grande influence. Marins en fut jaloux ; il avait pour ami le:

tribun Sulpitius, qui ne paraissait eh public qu'accompagné de six cents jeunes chevaliers, auxquels il donnait le nom de contre-sénat.

De quels grands malheurs Rome était alors

sortis de ce» espèces de détroits par des is* sues inconnues à leurs ennemis , ils avaient surpris Clodius Glaberjcpi les assiégeait, et s^étaient emparés de son camp. Leur nombre augmente à chaque instant ; •ils saccagent presque toute laCampanie, et, prenant tous les chevaux qu'ils trouvent , ils ont bientôt une cavalerie. Spartacus osant alors attaquer les armées consulaires, taille en pièces sur l'Apennin celle de Lentulus, détruit le camp de Caùis Cassius , et délibère s'il ne marchera pas sur Rome.

Mais Marcus Licimus Crassus s'avance contre lui ^ le combat et le met en fuite. Les insurgés, poursuivis par le vaiiiqueur, veulent passer en Sicile , essayent de traverser le détroit sur des radeaux composés de tonnes et de claies liées avec des osiers , le ten-

nouvelle bataille , et s'ils ne remportent pas la victoire , combattent avec furie , à l'exem* pie de Spartacus , ne demandent pas de quar*

tier et reçoivent • les armes à la main, une 71 «m

' av. l'ère

mort glorieuse. ^«air.

Jugurtha^ neveu de Midpsa fils et successeur de Masinissa sur le trône de Numidie^ avait été adopté par son oncle et chargé par ce monarque de la tutelle de ses enfans , Hiempsal et Adherbal. Désirant , après la mort de Micipsa , de saisir la couronne de ses pupilles , il avait fait tomber Hiempsal dans une embûche où ce jeune prince avait péri. Adherbal s'était réfugié à Rome; mais Micipsa avait laissé des trésors; Jugurtha s'en servit pour achetai les sufi&ages d'un grand nombre de sénateurs. Les richesses enlevées à tant de peuples vaincus avaient introduit dans Rome une honteuse et fiineste corruption , et la majorité du sé>nat fut favorable au possesseur des trésors de Micipsa.

Des députés furent envoyés en Afrique pour partager le royaume entre Adherbal et son frère adoptif. Jugurtha corrompit les

302r DOUZIÈME AGE.

doutes, et acheva de commettre le» Crimes commandes par sa coupable JunbitioD. La mort d'Adherbal changea cependant les dispositions de Rome ; le sénat se erut obligé de déclarer la guerre à Jugurtha : le consul Cçlpumius Bestia fut envoyé en Afrique avec une armée. L'or de Jugurtha acheta la paix ; mais le tribun Memmius dénohça ces lâches trahisons daiis un discours véhément, attaqua le sénat et fit naître une si grande indignation dans l'assemblée du peuple , que le sénat appela à Rome , sur la foi publique, Jugurtha lùi-^méme. Le Numide y vient, et un petit-jSls de Masinisëa , nommé Masswa^ et qui réclamait le trône de Numidie, est assasisiné par son ordre dans la ville de Rome même. Jugurtha retourne enAfirique; le sénat lui déclare de; nouveau la guerre:

Albinus commande l'armée romaine ; Jugur* tha parvient à la corrompre. Une fuite volontaire lui donne une victoire apparente et le camp des Romains.

MétéUus est envoyé contre Jugurtha. Le prince numide ne voit aucun succès courons ner des tentatives, semblables à celles qui lui ont si souvent réussi. Métellus ravage la campagne, saccage Thala cmTelepte, oîi le roi aVait ses armes et une partie de ses trésors y bijen plus dangereux que ses flèches, ses glai-' ves et ses lances ; s'empare de presque toutes les villes fortifiées, poursuit Jugurtha jusque dans la Mauritanie et la Cétulie ; et Marins , arrivant pour compléter le triomphe de Borne , prend Gapsa , au milieu des déserts sablonneux, pénètre, par des chemins escarpés et regardés comme inaccessibles , jusque dans Mulucha, bâtie sur une haute montagne, défait auprès de Grta, aujourd'hui Gonstant^ne , Jugurtha et Bocchus , roi de Mauritanie, et inspire à ce Bocchus une si grande crainte pour sa couronne et sa vie , que ce roi trahît $on allié et le livre aux Bomains pour prix los ans de leur alliance et de leur protection. vulgaire»

De nouvelles victoires attendent Marius.

Les Ombres, les Teutons et les TigurinS) que de grandes inondations de l'oceaa avaient obligés à quitter les forêts du nord de la Germanie , avaient en vain tâché de s'établir daitô les Gaules et en Espagne. Le sénat romain leur avait refusé des terres qu'ils lui avaient demandées par des anîbassadeurs. Irrités des refus du sénat, ils avaient battu et chassé successivement de leur camp trois généraux de Rome. Le sénat envoya contre eux le vainqueur des Numides et de la Mauritanie. Les Gimbres , Teutons et Tigurins s'étaient divisés en trois corps, pour franchir les Alpes et entrer en Italie. Marins ^ en grand capitaine, profite de cette division, devance les Teutons, les attaqué auprès ài^ eaux sextiennes ^ aujourd'hui lot ans Aixy les défait complètement , fait prison-

av. l'ère . * •

vulgaire, nicr Icur roi Teutohochus y et va chercher les Gimbres qui, après avoir franchi les Alpes du Tyrol et traversé sur d'énormes troncs d'arbres le fleuve d'Athésis, maintenant l'Adige^

DOUZIÈME AGËi 503

fe^étàîent ' arrêta près du fond de la mer Adriatique ^ dans la Yénëtie ou pays des Vénètes ^ venus de la Troadé sous la com duite d'Aafénor et après la ruine de Troie; Ces hommes du INord, si peu éloignés dé l'état sauvage i et dirigés par un mélange bien remarquable de loyauté dé. courage et d'assurance 9 lui font demander ;quel jour il veut, combattre ? Demain ^ leur répond Marks.

. U imite Âiinibal préparant la bataille dé Cannes ; il place ses troupes de manière que le vent porte la ptm^sière dans les yeux des CimbréSi Le combat se livre dans line vaste plaine^ nommée le champ rhaudien^ aujourd'hui Mko > suivant Daftville.' La victoire favorise les Komains; soixante nfîlleGmbrés meurent avec gloire sur le champ de bataille/ Les feiximes mêmes de ces hommes si braves et si malheureux avaient combattu aveé autant de valeur que leurs maris y debout sur Letirs chariots et armées de lances et da II. ao

longues piques. Yaincues malgré leur bra« voure, dles demandent à Marius la liberté et la permission de former un collège de prétresses ; Marius les refuse : le désespoir les saisit , elles étouffent ou écrasent leurs enfans^ s'égoi^ent les unes les autres, ou se pendent à des arbres , et ne laissent à leurs ennemis tjue des mionceaux de cadavres.

BoiriXj leur roi , n'avait succombé au milieu de la mêlée , qu'après s'être entouré de Romains que son fer avait immolés; pourquoi l'histoire doit-^Ue lui reprocher la mort de ScauruSj qu^iL avait fait son prisonnier?

Lorsqu'il eut formé le projet de marcher sur Aome avec son armée ^ il lui avait exposé son plan au milieu de l'assemblée des principaux Gmbres; ScSiurus enchaîné avait répondu en vrai Romain 9 ce plan est inexécutable ^ 101 ans Rome est inntïcihie ; Boirix^ au lieu de YQif^îre. l'admirer , l'arait percé de son épée.

Les ^'^îë^^^^ cependant s'étaient placés sur le sommet des Alpes noriques; ib ap-

preilnënt la défaite des Gimbm; ils Se dis^ •persent et s'éloignent de lltalie^

Avec quel enthousiasme les Eoinains re»çoivent le Vainqueur dés Teutons et des Ciml,,^! Mais t>oarq«oi la ^oire du libéra^ teur de Rome va4-ellfe sei*Vîr à Tarroser de sang? Depuis long^-teiilps Marius^ qui était né Plébéien, avait, par son éloquence militaire et par ses harangues violentes^ animé la jalousie du peuple romain contre les Pa^ triciens. Célaît un véritable successeur deS Cracques^ mais bien plus l'edou table, parce qu^il avait sauvé la république^ La crainte et surtout l^envie lui dôiittèrent uii rival dans un Patricien destiné, comme Marins, à laisser une grande renommée. Sylta^ qui avait servi sous ses ordres en Afrique , et dont le génie s'était d^autaiit pïu^ facilement ^levé aux grandes conceptitfns stratégiques , qu^uti grand nombre d'illustres Romains ^ et partïculiètetaént Marins ^ en avareiit donné de grands exemples ^ crut devoir se déclarer

SOUS son gouvernement et avec les proscrits qui partageaient son sort. Rome fut effi*ayée de cette alliance; elle opposa k Sertorius^ Météllus et Cnœus Pompée, qui avait suivi le parti de Sylla, repris sur les adversaires du dictateur la Sicile et une grande partie de

8i ans r Afrique septentrionale y et obtenu les hon*

Tidgaûre. ucurs QU tnomphe.

Cette guerre d'Espagne dura pendant un temps d'autant plus long, que Sertorius et Pompée étaient deux grands capitaines, et qu'ils épuisèrent toutes les combinaisons et toutes les ressources que le génie, l'expé* rience et une attention exti^me peuvent donner à un général, surtout au milieu des hautes montagnes dont là péninsule est hé* rissée. Les succès furent variés. Les lieutenans de Pompée et de Sertorius furent vainqueurs et vaincus : les généraux s'attaquèrent ; leurs avantages et leurs pertes furent presque égaux. Quels ravages éprouva alors la malheureuse Espagne ! combien

DOUZIÈME ÂOt. Sidt

de villes détruites ! comHen de champs dévastes ! Des deux côtés brillaient les aigles romaines; et Sertorius / auprès duquel tant de proscrits s'étaient réunis et un sénat ro» main s'était formé , aurait pu dire le fameux vers que le grand Corneille , dans une de ses tragédies , a mis dans la bouche de ce général : Rome n'est plus dans Romej elle "est toute oïl je suis. Mais Sertdritis fut trahi et assassiné parPerpenna. Les principales villes espagnoles se rendirent ^ et Pompée et Métet-* lus triomphèrent de FËspagne conquise et pacifiée.

LucuUus va faire la guerre à Mithridate»

Les revers de ce monarque/ bien loin d'a^^ battre son courage, lui avaient donné une nouvelle ardeur; il était parvenu à réunir plus de troupes que jamais y et il faisait le sii^e de Cyzique, ville située sur le rivage de l'Asie et remarquable par sa citadelle, ses murailles , son port et ses tours de mar--^ bre» Les habitans de Gyzique se défendent

avec tant de valeur et de constance j que la famine et ensuite la peste ravagent le camp de Mithridate. Le roi lève le siège et se retire ) mais Lucullus le poursuit ^ l'atteint et fait un si grand carnage de Tarmée de ce prince ^ que les eaux du Granique et de FiEsepe sont 95anft tèinites de sang, et là flotte du monarque ^ vjaigaire. fortc dc plus dc ccut vaisscaux ^ est assaillie par une tempête si violente sur le Pont- Euxin , que la surface de la mer est couverte de débriSé Mthridate , écrase par ce double malheur 9 se relève néanmoins avec une nou-> velle et admirable énergie j et sollicite les secours des Ibériens> dés Gaspiens, des Alba-> nais et des deux Arménies. JPa/np^e succède à LucuUus ; il voit qu'il faut prévenir par la plus grande promptitude là téunion de tant de forces, traverse l'Ëuphrate sur un. pont de bateaqx y joint Mitibridate au milieu de l'Arxnénie, l'attuque pendant la nuit, et remporte sur lui la victoire la plus cohiplète. Les projets les! plu$ audacieux n'abaiidoanent pas

DOUZlÈiynB AGE. S21

néanmoins ce monarque; il veut passer le Bosphore, franchir la Thrace, la Macédoine et la Grèce , et envahir à Fimproviste l'Italie. Mais ses sujets lui sont infidèles; son fils Phamace conspire contre lui , et voulant se soustraire à la honte d'orner le triomphe de Pompée, il se fait donner la mort par un de 63 ans ses officiers. Pompée, après la mort de ce roi, vulgaire. n'ayant plus de grands obstacles à prévoir , vole de contrée en contrée , prend la ville d'Ârtaxate, capitale de l'Arménie, laisse sur le trône Tigrane, le gendre de Mithridate, mais qui l'accable de protestations et de prières; tourne vers la Sc3i:hie, s'empare de Golchos, pardonne aux Ibériens et aux Albanais, va avec rapidité dans le midi de l'Asie , traverse Damas, et le Liban , entre dans Jérusalem malgré la résistance des Juifs, donne leur trône à Hircah, fait jeter dans les fers Aristobule qui renouvelle ses prétentions, accorde aux PartheS l'alliance qu'ils demandent, et triomphe avec une pompe extraor- II. 21

dinaire. Luculius a aussi triomphé ; mais ces triomphes ne duraient qu'un jour : Luculius avait rendu aux habitans de TEurope un service dont le souvenir devait être plus long et plus étendu; il avait apporté du royaume du Pont des greffes d'une très-bonne espèce de cerisier.

Pompée était devenu le plus puissant de Rome; on lui donnait le titre de grand, et parmi ses amis on distinguait Gcéron, qui devait bientôt être regardé comme le premier des Romains. Ce père de l'éloquence latine , obligé de se retirer dans la Grèce pour échapper au ressentiment de Sylla et de ses partisans , y étudia sous les orateurs et les philosophes les plus célèbres, eut la gloire d'entendre son maître Apollonius Melon s'écrier combien il déplorait le malheur de la Grèce, qui , soumise par les armes des Romains , allait être vaincue par l'éloquence de son élève ; fut questeur et gouverneur de la Sicile , obtint la charge d'édile , fit condamner

DOUZiÈBiE ÂGE. 325

Verres à reparer les concussions dont il s'était rendu coupable dans cette même Sicile, et fut enfin nommé premier préteur et consul avec Antoine/ 65 ans avant l'ère vulgaire* . . .

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