Les Ages
Lie monde était dans Rome, et Rome dans la fange. L'Olympe s'écroulait sur son autel pourri. L'or régnait. La vertu de l'homme avait tari, Comme une vigne après les temps de la vendange.
La terre était sans but sous un ciel sans amour; Le vice purulait sur le pavé des villes; Les sénats et les rois ployaient leurs cous serviles, Et les peuples enfants vieillissaient en un jour.
Les affranchis trônaient ; les vierges étaient nues ; Les esclaves mâchaient la haine entre leurs dents ; L'air puait : jusqu'au fond des brumeux occidents La vieillesse de Rome empoisonnait les nues.
Dans le chœur des gaités qui mentaient à grand bruit, Tremblante, le front ceint de roses et l'œil terne, L'antique Vérité s'enivrait de Falerne Pour ne pas voir la mort descendre avec la nuit...
Et la mort descendait lentement dans les âmes : Sur les douleurs et sur les vœux, la mort neigeait, Fanant l'espoir, couchant l'effort sur le projet, Et les rêves tombaient à force d'être infâmes.
Alors, la terre en feu s'entr'ouvrit tout à coup ! L'océan réclama le signal d'un déluge, Le tonnerre gronda dans l'espace, et le Juge, S'étant penché, tourna sa face avec dégoût.
« O Père ! Tu leur as annoncé le Messie, Et tu Tas annoncé pour les jours de malheur. Le Fils que tu leur as promis, donne-le-leur! Les âges sont venus que veut la prophétie.
a Jamais l'humanité n'a souffert aussi bas. Seigneur ! Il faut guérir la peine universelle : Elle m'attend ! Dis-moi de descendre vers elle ; Car tout s'en va périr si ton Fils ne meurt pas