PROLOGUE
— O mon Fils, tu dis vrai, leur détresse est profonde, Mais si tu vas vers eux tu souffriras en vain : Rien ne leur restera du passage divin Que des mots, et les mots ont dévasté le monde !
« La terre entendra mal et se souviendra peu : On aura tôt fini d'abolir ta pensée !
Ton œuvre est morte, avant que d'être commencée, Car la race d'Adam doit méconnaître Dieu !
« Trahi par le tombeau, déçu par tes apôtres, Ton Verbe, sans ta voix, ne sera que leur voix : Les peuples de demain vaudront ceux d'autrefois, Et les temps que tu veux naîtront pareils à d'autres :
« Regarde !» — Et le Seigneur lui montra l'avenir, Nos siècles et nos cœurs, Rome semblable à Rome, L'Europe en sang, l'Eglise, et l'homme toujours homme, Et la vieille douleur qui ne veut pas finir...
Ayant tout vu, le Fils se tourna vers le Père ; Les larmes ruisselaient de ses veux, longuement « Je les aurai du moins consolés un moment... » Et Jésus descendit quand même sur la terre.