‹ Les AgesChapitre 28 sur 43 · LJ "BASOCHE · texte numérisé non relu

LJ "BASOCHE

.Les trois clercs de la basoche, A droite, à gauche, un peu gris, Comme trois battants de cloche, Dévalent la Rue aux Grils, Ricochant sur qui s'approche.

Le gros bourgeois de Paris Qui craint les coups et les bris Met la main sur sa sacoche, Grogne et tcise avec mépris Les trois clercs de la basoche.

Trois petits gars tourne-broche Les escortent de leurs cris; Ils n'ont plus un sol en poche,

Et Margot qui les accroche Sourit et propose un prix Pour suivre dans leur bamboche Les trois clercs de la basoche.

LE CŒU% T)U %0I

obert Bruce, qui fut un roi sage et puissant, Avait dans sa mémoire un vieux crime, et le sang De ce meurtre faisait une lèpre à son âme : Pour apaiser le Ciel et se purger du blâme, Il résolut d'aller mourir au Golgotha.

Dieu n'y consentit point et la mort se hâta : Alors, il fit venir Douglas, son frère d'armes.

« Me voici mal en point et j'ai quelques alarmes ; Je voulais guerroyer les Turcs, pour mon péché, Mais il est déjà tard et j'en suis bien fâché : Jure-moi de porter mon cœur en Terre-Sainte.

— J'irai, tu peux mourir. »

Robert mourut sans crainte

Le soir même, on ouvrit la poitrine du Roi Et l'on remplit son cœur d'épices; après quoi, L'on dit la messe, et la relique fut enclose En un coffret d'argent doublé de velours rose Que le bon chevalier suspendit à son col...

Lord Douglas aborda dans un golfe espagnol.

Car les Sarrazinois remontaient de Grenade Vers Castille, et pour qui s'en allait en croisade Le chemin le moins sur était le plus charmant; D'ailleurs, ne pouvait-on s'esbaudir un moment A pourfendre en surcroît quelques païens d'Espagne

Donc, le preux chevauchait à travers la campagne, Au pas : son large corps, noir et bleu de métal, Sous l'immobile azur du ciel oriental, Resplendissait comme un miroir d'aigue-marine, Et le cœur de son Roi battait sur sa poitrine.

Depuis l'aube, écrasé de soleil et d'ennui, Il regardait marcher son ombre devant lui, Et parfois, relevant son visage aux traits calmes Vers les chauds horizons empanachés de palmes,

Il abritait ses yeux éblouis sous sa main, Et cherchait...

« Ce sera sans doute pour demain. »

La route restait libre et la plaine déserte. Son page chantonnait derrière.

i Alerte ! alerte ! »

Le beau page a cessé de chanter pour crier.

S'appuyant à sa lance et droit sur l'étrier,

Douglas a vu là-bas quelque chose qui bouge,

De la poussière, un vent douteux, du blanc, du rouge,

De l'or et de l'acier qui brillent, l'ennemi,

Les Turcs! Le bon cheval du lord en a frémi,

Et Douglas est joyeux de voir tant de poussière.

Il lui sourit. Il a rabattu sa visière;

Il parle à son cheval, le caresse au garot,

Dit un Ave, se signe, et part au petit trot.

« Maître, ils sont plus de dix !

— Mon enfant, je l'espère.

— Plus de cinquante 1

— Autant qu'il plaît à Dieu le Père. »

Îl6 L'ESPOIR DU MONDE

Pour ne point fatiguer sa bête, il marche au pas, Et murmure : « Pourvu qu'ils ne m'échappent pas.

— Maître, ils sont plus de cent !

— Mon enfant, je m'e

Douglas fait sa prière en poursuivant sa route. Plus proche, traversé de vent et de soleil, Le brouillard de poussière est devenu vermeil : Au travers, on voit des joyaux, des pans de soie, Des ors, du fer qui vit et de l'air qui flamboie, Un étincellement qui paraît, disparaît, Se rallume, s'éteint, crépite, et l'on dirait Un nuage qui s'est déchiré, plein d'étoiles!

Le petit page a peur et tremble jusqu'aux moelles.

« Maître, ils sont plus de mille !

— A la grâce de Die Douglas, serrant sa hache et braquant son épieu, Toujours au petit pas, et sans peur ni courage, S'achemine, comme un ouvrier vers l'ouvrage, Tandis que les Païens s'émerveillent de voir Cet homme et ce cheval géants, armés de noir, Paisibles, attaquer une armée en bataille.

Lord Douglas est entré dans le nuage, et taille. Le brouillard frémissant se referme sur lui.

Le pauvre petit page effrayé s'est enfui; Il se retourne, avec des yeux brouillés de larmes : Il ne voit rien, sinon la poussière, et des armes ; Il entend des chevaux qui hennissent, des cris, Des coups, casques fendus et gorgerins meurtris, Des chocs, des pas, du fer qu'on martèle, des masses Qui croulent, des appels, râles, sanglots, menaces, Le sourd halètement de la mort en travail...

Roide en selle, serrant ses genoux au poitrail,

Il regarde le bruit, et tant que se prolonge

La rumeur, il sourit dans ses larmes, et songe :

« Mon bon maître est vivant puisqu'ils meurent encor.

D'un souffle triomphal, l'enfant sonne du cor, Et Douglas, tout heureux d'entendre la patrie, Frappe plus fort, et fend des crânes ; il s'écrie : « Nous passerons, ô roi Robert, nous passerons ! »

Le cor sonne, et Douglas fait éclater des fronts.

Mais son cheval est mort et sa hache ébréchée. Il saigne. Il marche. Après la rude chevauchée, Il avance à pas lourds, les pieds collés de sang; Et, las d'avoir tué tant d'hommes en passant,

218 l'espoir du monde

Il doute si la route est possible, et chancelle... « Nous irons ! »

Le cœur mort qui bat sous son aisselle, Il l'arrache d'un poing fougueux.

« Toi qui vivant Entrais premier dans la bataille, va devant! »

Douglas lance le cœur royal à la volée; Le bolide d'argent, par-dessus la mêlée, Tournoie en fulgurant à travers le ciel bleu. Et cinq mille regards suivent cet orbe en feu Qui déchire l'azur et fait siffler l'espace...

« Je te rejoins 1 »

Douglas avance, il tue, il passe, Il va passer, il va mourir!

« J'arrive à toi! »

Ainsi mourut Douglas sur le cœur de son roi.

LES TTlU^'ïi'DS

L e cul-de-jatte sort d'un sac

Deux jambes longues de deux aunes,

Et danse un pas égyptiac;

Le lépreux décolle son tac,

Petites plaques, petits cônes,

Les taches au jus de gaïac ;

L'aveugle rouvre ses yeux jaunes.

Par Saint Mahon et Saint Borack, Trétous, les bourgeois sont béjaunes, Ceux de Bourgogne et d'Armagnac, Car ils ont, au sortir des prônes, Niaisement farci d'aumônes Le cul-de-jatte !

Ohé! Princes de Babylones!

Les Truands ont dans leur bissac Du pain bis, du lard et du brak!

Plus gaiement que rois sur leurs trônes Ils dorment dans leur bric-à-brac.

Et joyeux descendants des Faunes Ils se font l'amour sans micmac !

— Le manchot tape l'estomac Du cul-de-jatte.

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