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LE SIÈGE

1 rotégez-nous des Anglais, Sainte Vierge, sainte Vierge, Et détournez leurs boulets, Nous vous brûlerons un cierge :

Un cierge et deux cents ou trois, Trois cents pendant cent années, Si vous préservez les toits De nos pauvres maisonnées.

La maisonnée a grand'peur.

Et le petit enfant crie, Et les vierges ont pudeur, O Sainte Vierge Marie... »

Mais voici qu'en haut des cieux Une dame est apparue ; Si belle avec de beaux yeux, Elle regarde la rue.

Elle voit les gens en pleurs, L'air en feu, la ville en cendre, Et laisse tomber ses rieurs Pour s'aviser de descendre.

Dans un vol de séraphins Elle s'en vient sur les nues :

Elle a de longs voiles fins Qu'elle prend de ses mains nues.

Et passant sur les palais, Les chaumines, les chapelles, Elle reçoit les boulets Dans son voile de dentelles.

L,I5it^COeR.TtALITE

N E chambre, une table, un banc. Le soir venait. L'homme était seul. Le front serré dans son bonnet, Les yeux luisants, la main fébrile, l'âme ardente, Cet homme tout vêtu de laine rouge, Dante, Était silencieusement venu s'asseoir.

Il prit sa plume, et dans le mystère du soir Il écrivit un vers sur la page encor blanche.

Puis il rêva. Froissant le rebord de sa manche, Ses longs doigts inquiets en déchiraient les fils, Et ses yeux, sous le voile impatient des cils, S'emplissaient longuement d'une douleur sacrée.

Le Soleil rouge entra dans la chambre empourprée Pour voir souffrir l'esprit qui saignait comme lui.

Dante écrivit encore un vers, et, lourd d'ennui,

Prenant son large front dans sa droite épuisée, Se leva, regarda le ciel par la croisée, Fit trois pas, et sortit, tout doré de soleil.

Peu à peu, les murs roux et le plafond vermeil S'éteignirent ; l'air bleu rampa vers les coins roses ; L'ange ailé de velours qui veille aux maisons closes Entendit, au fond du silence violet, Le premier vers, écrit par Dante, qui parlait :

« Gloire à nous qui venons de naître ! Dieu nous aime Car nous sommes la sève et la fleur du poème, Et c'est la voix de Dieu qui vient d'éclore en nous ! Quand nous apparaîtrons, les hommes à genoux Entr'ouvriront leurs cœurs pour recevoir notre âme, Et nous épancherons en eux, comme un dictame, La foi qui nous créa pour guérir les souffrants! Gloire à nous, Dante nous a faits ! Nous sommes grands! Je me sens immortel comme de la lumière! Dans mille ans, la splendeur de ma beauté première Resplendira, quand rien d'ici ne sera plus, Car Dante nous a faits et Dieu nous a voulus I »

Alors, une autre voix sortit du crépuscule, Traînante, molle, et, comme un brouillard qui circule, Lourde ; le second vers répondait :

« Qu'en sais-tu?

On m'oubliera. Rien n'est durable, ni vertu,

Ni grandeur, ni lumière, et pas même les nôtres. Suis-je beau? Je me sens tout pareil à bien d'autres. Dante m'a fait, mais Dante est un homme. J'ai froid. Je m'alanguis déjà dans le jour qui décroit. Sens-tu la nuit tomber sur nous, comme un symbole? Toute clarté se fane et tout parfum s'envole. Rien n'est sûr. Ce qui naît doit rentrer dans l'oubli. »

La voix se tut, et tout. Las du jour accompli,

Les toits dormaient dans l'ombre, et sur leur masse brune

Les heures ruisselaient avec le clair de lune,

Une par une, dans le bleu, îanguissamment.

Puis, Dante reparut dans la chambre. Un moment, Il contempla la feuille où gisait sa pensée : Il vint vers elle, et se pencha, tête baissée, Comme sur un puits noir qu'il scrutait jusqu'au fond...

Il relut les deux vers et biffa le second.

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