‹ Les agnosciesChapitre 20 sur 37 · TT · texte numérisé non relu

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toire que viendra exciter toute impression nouvelle faussement interprétée.

Le phénomène de l’intoxication, que nous avons assez longuement étudié dans la cécité psychique, se retrouve aussi très souvent dans l’asymbolie, les observations de Heiïlbronner et de Rabus nous en fournissent des exemples qu’on aura intérêt à relire. Le même malade de Heïlbronner (n° 18) présente encore cette particularité c’est qu'avec une asymbolie grave, il pouvait encore fumer assez bien un cigare, l'allumer correctement, le sortir de sa bouche en le prenant entre le deuxième et le troisième doigt et en regardant pour voir s’il brülait bien: ces mouvements étaient devenus chez lui automatiques, sous-corticaux vraisemblablement et avaient été respectés en grande partie par sa lésion cérébrale.

Heïlbronner insiste à propos de sa première observation sur un phénomène rare, dont nous n’avons pu retrouver l'équivalent dans aucune autre observation d’asymbolie et que l’on voit décrit dans les psychoses de la motilité de Wernicke, dont nous avons d’ailleurs signalé l’analogie avec les agnoscies : ce phénomène est la flexibilitas cerea. Le malade maintenait en l’air un bras, une jambe, qu’on lui plaçait ainsi, quelquefois même spontanément il restait immobile dans une position en quelque sorte catatonique, très gênante ; mais, ce qui pour Ziehen (1) serait la caractéristique de la pseudoflexibilité, c’est que le malade était prêt à continuer le mouvement commencé, quand on le lui demandait. Ce malade ne présentait pas d’anesthésie, mais on était

(1) Ziunex. — Psychiatrie, p. 151,

souvent obligé d'appeler son attention sur la piqûre qu'on venait de lui faire pour qu'il manifeste, très vivement d'ailleurs, la sensation qu’il venait d'éprouver (1). Nous avons vu combien était grave l’état psychique des asymboliques. Peut-on les appeler des déments ? Voici ce qu'Heïlbronner répond à cette question : l’asymbolie ainsi que la démence naissent d’un même processus, la destruction de la substance cérébrale ; ce sont des phénomènes de déficit ; mais tandis que dans l’asymbolie, la perte, souvent profonde, reste localisée en foyer ; dans la démence, la perte est générale, elle s'étend sur tout le territoire cérébral et se manifeste par une simple diminution de poids du cerveau; mais si les lésions de la démence, tout en étant étendues, sont en même temps profondes, si elles atteignent la région des souvenirs ou, si nous aimons mieux, la région des identifications élevées, on pourra voir apparaître de vrais symptômes asymboliques et Heïlbronner admet l’existence d’une démence asymbolique. Au contraire, l'étendue de la lésion en foyer, cause de l’asymbolie, la valeur des voies coupées peut être telle que les phénomènes de démence sont très accusés et presque prépondérants; peut-on alors établir un diagnostic entre ces asymboliques et les déments? Souvent, répond encore Heïlbronner, et ce sera surtout sur la constatation de lésions en foyer; attaques antérieuresrelevées dans l’anamnèse, symptômes de localisation hémiopie, lésions auditives, aphasies motrices, sensorielles, monoplégie, etc. On voit donc que, d’après cet

(1) Comparez: Lépine. — Somnambulisme avec surdité absolue pour les sons non écoutés. Anc. lésions d’hém,. cérébrale, Æevue de médecine, 1896, p. 647,

auteur, tous les degrés peuvent exister entre la démence et l’asymbolie : vraie; cliniquement, il est quelquefois difficile même avec l’appui d'une autopsie de se prononcer : ce sera surtout chez des malades dont nous avons dit un mot à la fin du précédent chapitre; ce sont les paralytiques généraux, ce sont les atrophies séniles, dont la diminution du territoire associatif n’est pas encore, pendant longtemps, assez étendue pour donner des symptômes mentaux et qui un jour, après une lésion en foyer quelquefois minime, présenteront le tableau complet de la cécité psychique grave et de l’asymbolie avec démence.

Nous voudrions enfin terminer ce chapitre sur l’agnoscie générale en insistant tout spécialement sur ce point : l’asymbolie n’est pas une agnoscie locale comme la surdité, la cécité psychique, l'agnoscie tactile; c’est le mélange de ces agnoscies, mélange en toutes proportions, qui en crée un tableau clinique essentiellement variable ; mais, dominant de beaucoup les autres, la cécité psychique entre pour une part toujours capitale dans les désordres observés; dans certains cas même, elle peut suffire pour expliquer un état psychique grave, vraiment asymbolique, sans qu'il y ait raison de croire à une interruption concomitante de l'identification secondaire sur d’autres territoires sensitifs ou sensoriels.

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