‹ Les agnosciesChapitre 26 sur 37 · MIO · texte numérisé non relu

MIO

le talon du lit, il remue à peine le bras qu’il tient un peu raide, l’'avant-bras à angle droit serré contre son corps. Le sillon nasogénien est un peu effacé, la commissure un peu abaissée, la langue ne paraît pas déviée. Hémianesthésie droite incomplète. Les réflexes rotuliens et olécräniens à droite sont légerement exagérés.

Les artères sont dures, le pouls est plein et tendu ; au cœur, léger souffle systolique à la pointe.

Les urines analysées au laboratoire ne présentent pas de modification.

Le malade reste dans son lit sans bouger ; ses yeux sont vifs, ils semblent suivre ce qui se passe autour du lit. Les réponses du malade sont courtes, quelquefois assez justes, fréquemment il paraît prendre un mot pour un autre, se met à bredouiller et a la fin il se fàche. Les examens un peu prolongés irritent beaucoup le malade qui grogne, se tourne d’un autre côté ou bien finalement donne une réponse quelconque pour se débarrasser de son interlocuteur. Parfois même, dans ces cas, il a des réponses presque plaisantes et il en rit.

Comme on est obligé de le nourrir et de le servir, à première vue il ne semble pas se distinguer d’un malade ordinaire atteint de ramollissement cérébral. Mais des qu’on l’interroge, dès qu'on essaie de lui faire reconnaître des objets usuels, il apparaît très nettement qu’il est atteint de cécité psychique, plus ou moins compliquée d’agnoscie tactile.

Voici au hasard quelques-unes de ses réponses recueillies dans son observation que nous sommes obligé de résumer.

On lui montre différents objets en lui demandant ce que c’est :

Une fourchette : « C’est un râteau. »

Une bouteille : « C’est une plante. »

Une clef : Pas de réponse. € À quoi cela sert-il? — A mettre des graines. »

Une orange : Pas de réponse. « Touchez-la. » Pas de réponse. « Mangez-la. » Il mord à pleine bouche et dit que c’est amer.

Une bougie: «€ C’est un numéro. » On lui fait sentir la chaleur : € C'est chaud.— Qu'est-ce que c’est?» Pas de réponse.

Un bonnet de nuit : « C’est un A. » On lui prend son bonnet sur la tête: « C’est mon bonnet. »

Une main: « Quel est ce doigt? — Je ne sais pas. » On lui montre son pouce: « C’est mon pouce. » De même pour les différentes parties du visage qu'il nomme seulement lorsqu'on les lui indique sur lui-même.

Un crachoir en cuivre : « C’est un étui en corne. » On le fait résonner en le heurtant: « C'est un bassin. — Pourquoi ? — Quand le bassin à parlé, j'ai résonné. »

Un bouchon: « C’est une chenille. » Il le prend entre les mains. « C’est dur.— Alors qu'est-ce que c’est? — Je ne sais pas. » On le lui fait goûter, 11 erache le morceau qu’il à mordu et ne trouve pas. On lui enlève le bouchon de devant les veux. « Avec quoi bouche-t-on les bouteilles. — Avec des bouchons. — Comment est-ce fait? — Avec du liège. — Qu'est-ce que le liège ? — C'est léger. —- Qu'est-ce que c’est que ça ? (on lui remontre le bouchon). — Ah ! c’est un bouchon. » On lui montre un morceau de pain: « (Avec hésitation) C’est un bouchon.— Non, goûtez;estce bon ?—Oui.— Qu'est-ce que c’est ? » Pas de réponse. « Avec quoi fait-on le pain ? — Avec du liège. — Non. — Si, j'ai fait du pain avec du liège. » Et le malade se fàche, il se détourne'et ne veut plus rien dire : « Vous me fatiguez à la fin, vous me faites devenir fou! »

Une brosse à habit: « C’est une loupe. — Qu'est-ce qu’une loupe? — Ça sert à voir. » Une boîte d’allumettes. Pas de

réponse. On la lui met en main, il la secoue. « Pourquoi ? — C’est pour savoir s’il y en a. — De quoi ? » Pas de réponse.

Une allumette : « C’est un À.— Qu'est-ce que c’est qu’un À. — C’est une lettre. » On allume l’allumette dans ses doigts, il ne bouge pas, elle finit par le brûler, il la rejette du geste habituel et regarde vivement par terre pour voir si elle est éteinte : « C’est une allumette. »

Une montre : Pas de réponse. On lui fait entendre le tictac: «C’est une montre. » (Un autre jour). Il ne Ja reconnaît pas à la vue ni au toucher. On la lui enlève. « Quelle heure est-il ? (11 hésite.) — Il est onze heures (il est neuf heures). — Où

voyiez-vous l’heure autrefois ? — A un endroit fixe. — Est-ce que certaines personnes n’ont pas quelque cnose dans leur poche pour voir l'heure? — Oui, une montre. — Vous savez donc bien ce que c’est qu'une montre ? — Mais oui! — Qu'est-ce que c’est ? (On lui présente la montre). — Je ne sais pas. — (On lui fait entendre le tic-tac). — C’est une montre. — Où sont les aiguilles ? » Il en indique une, il ne voit pas celle qui est à sa droite à cause de l’hémianopsie droite qu’il présente et dont nous parlerons. Une pièce de 5 francs: « C’est une montre. — Non ! en quoi est-ce ? — C’est en bois. » (On enlève la pièce): « Avec quoi paye-t-on ce qu'on a dépensé ? — Avec de l'argent. — Vous savez ce que c’est que l'argent ? — Oh! oui, — Quelles pièces y a-t-il. — Des pièces de 10 sous. — Et puis? (pas de réponse).— Y a-t-il des pièces de 15 sous, de 30 sous? — Non, il y a des pièces de 20 sous. — Y a-t-il des pièces de 100 sous? — Bien sûr. — Qu'est-ce que c’est que ça (on lui remontre la pièce). — C'est une pièce de 5 francs », etc.

Fréquemment lorsqu'on fait reconnaître au malade un objet qu’il n’a pas reconnu il lui arrive la réponse : « Oui, je sais bien maintenant, je n'avais pas remarqué. » Ou bien : « Avant je ne savais pas ce que c'était. »

État somatique. — Pendant la durée de sa maladie l’état parétique des membres à droite n’a guère varié, les contractures sont devenues plus apparentes et surtout on remarque à la main droite une maladresse spéciale: il prenait à côté ou en avant des objets et il les abordaïit la main contournée presque en supination forcée. L’anesthésie avait complètement disparu; il était difficile de se renseigner sur l’état du sens musculaire.

Incontinence assez rapide des urines et des matières fécales.

L'examen des yeux fait à plusieurs reprises et en particulier par M. Jacqueau, chef de clinique ophtalmologique, a toujours été négatif ; il existait seulement à droite quelques rayons d’une cataracte tout à fait au début incapable d'entraîner une perted’acuité bien sensible.

Hémianopsie droite très nelte mais impossible à délimiter élant donnée la difficulté de l'examen.

Acuité visuelle : le malade peut compter les doigts à trois mètres environ.

Le malade ne reconnaît pas les couleurs ou plutôt tout ce qu’on lui montre lui paraît gris ; il sait que le ciel est bleu, que le sang est rouge, que les arbres sont verts ; il sait que le rose est moins rouge que le rouge et enfin surtout sur une échelle chromatopsique donnant six carrés de quatre couleurs différentes seulement, le malade sait distinguer les deux groupes de carrés de la même couleur : il y a chez lui interruption de l'identification de la sensation avec le souvenir encore persistant des couleurs.

La vision stéréoscopique est assez bonne; de deux objets à différentes distances il sait le plus rapproché et le plus éloigné, même lorsque la différence n'excède pas quelques centimètres. La sensation de la forme paraît par contre assez obtuse; il distingue bien quatre ou cinq figures géométriques qui sont devant lui, mais il ne peut retrouver le rond, le carré, la croix, quoiqu'il sache ce que c’est qu'un rond, un carré, une Croix.

Une plume en main, il croit qu’il pourra écrire; il ne le peut pas, ne peut même pas tracer un carré : il esquisse deux traits parallèles et c’est tout.

I croit pouvoir lire et sur la manchetté d'un journal il distingue les lettres entre elles, mais c’est tout. Sa cécité psychique, ainsi que nous l’ont montré les quelques exemples rapportés plus haut, est très variable. Il lui arrive de reconpaître un objet qu’il n'avait pas reconnu la veille; il le reconnaît surtout si l’on s'en sert devant lui ; ou bien si par la parole on met en quelque sorte son cerveau en état de recevoir l'impression; par exemple, au lieu de lui présenter un urinal en lui demandant ce que c’est et à quoi cela sert, si on vient vers lui, en lui demandant de donner de ses urines, il prend cet objet dont il ignorait l'usage et lui-même le place correctement, De même, comme nous l'avons vu, si on réveille chez

lui l’idée d’un objet qu'il n’a pas reconnu cinq minutes avant il le reconnaît promptement aussitôt après.

Le goût, l’odorat semblent ajouter peu à sa faculté de reconnaissance, pourtant il distingue le doux de l’amer ; mais il ne reconnaîtra pas du vin, de l’eau, une liqueur, une odeur communes.

L’audition semble au contraire réveiller assez facilement chez lui des souvenirs: le tic-tac d’une montre, deux pièces qui se choquent, une allumette qui craque, lui seront d’un précieux secours.

A l'égard du toucher il est plus difficile de se prononcer. Remarquons d’abord que toujours, malgré sa paralysie, il essaie d’abord de tendre la main droite, et que cette main est le siège de troubles spéciaux ; le malade ne semble pas la conduire à son gré. Tantôt le toucher fera reconnaître immédiatement un objet; tantôt, au contraire, il n’ajoutera rien à la perception du malade.

Le malade présente à un assez haut degré le phénomène de l’intoxication par lPidée précédente : il vient de reconnaître une épingle au toucher, une orange qu’on lui tendra servira pour lui à mettre des épingles. Le premier objet qu’il verra après une montre sera une autre montre, une chaîne de montre, une clef de montre, etc.

L'état psychique du malade est excessivement variable, tantôt il répond assez bien, posément, reconnaît ses erreurs ; tantôt au contraire il semble répondre rapidement n'importe quoi, ce qui lui passe par la tête, pour se débarrasser de l’importun qui le questionne : « Vous me fatiguez ! » et il se fâche. Sur la fin de sa vie, pendant quelques jours seulement, il parut délirer : « Mon frère est là qui m'attend et je vais le rejoindre... » Il ne semble pas pourtant avoir jamais eu d’hallucinations.

Notons deux points importants qu’il présente constamment, c’est son inattention et sa fatigue très rapide : « Ça me fait mal de regarder trop. »

Il était encore capable de faire quelques petites opérations

fl \

d’arithmétique : « Deux fois deux, combien eela fait-il? — Cela fait quatre. — Deux fois trois ? — Font six. — Et trois fois six ? » Il cherche en marmottant : « Deux fois six font douze, plus six... » Il ne peut pas trouver malgré l’artifice qu’il a employé pour arriver au résultat.

Il mourut doucement le 20 juillet sans présenter d’autres troubles ni d’autres attaques.

Autopsie le 21 juillet 1899. — On enlève la calotte crànienne avec la plus grande difficulté à cause d’une adhérence presque totale de la dure-mère surtout accusée à droite au niveau du lobe frontal. Une partie de la dure-mere, à ce niveau, se déchire et reste adhérente au crâne.

La dure-mère granuleuse et assez régulierement épaissie dans sa totalité ne présente en aucun point de trace d’hémorragie interne ni externe. On l’incise et on enlève le cerveau qui paraît normal sauf au niveau du lobe occipital gauche interne qui semble très largement ramolli. Sans rien toucher on le met dans le formol et on examine deux mois apres.

On constate grossièrement à l’examen externe un ramollissement très étendu de la portion interne du lobe occipital gauche et un ramollissement très limité de la partie postérieure du lobule paracentral gauche.

Le cunéus en entier est englobé dans le ramollissement qui déborde de quelques millimètres en avant le sillon pariétooccipital dans toute sa longueur.

La limite à la partie supérieure et postérieure est celle de la scissure interhémisphérique ; à la partie inférieure le ramollissement se limite à quelques millimètres au-dessous de la scissure calcarine qui a disparu complètement, ainsi que le pli de passage antérieur ; le lobule lingual est respecté sauf dans sa partie postérieure, où la lésion se poursuit pour atteindre le lobule fusiforme qu’elle englobe dans sa totalité sur une longueur de 5 centimètres environ, le sillon collatéral formant la limite nette du ramollissement à ce niveau. Enfin à la partie postérieure le ramollissement contourne la pointe du lobe occi-

pital et vient s'étendre à la surface externe sur 2 à 3 centimètres uniquement aux dépens de la partie inférieure de la troisième circonvolution occipitale.

On constate enfin au niveau du lobule paracentral en arrière aux confins du précuneus un deuxième ramollissement très limité sur 2 à 3 centimètres. Les autres circonvolutions paraissent normales,

Les coupes sériées de 5 millimètres en 5 millimètres parallèles aux coupes de Pitres donnent les résultats suivants : au niveau du cunéus le ramollissement envahit la substance grise dans sa totalité et pénètre assez profondément dans la substance blanche, atteignant l’angle inférieur et la paroi interne du ventricule latéral ; le faisceau longitudinal inférieur à ce niveau, la scissure Calcarine toute entière ont disparu. Ce ramollissement ne se limite pas aux points de ramollissement interne, il se prolonge en avant, suivant la paroi interne du ventricule latéral qui est complètement détruite et vient dépasser la naissance du corps calleux de 5 millimètres environ, il atteint donc et pénètre en partie les faisceaux les plus postérieurs du corps calleux. Le forceps n’existe plus.

Au niveau du ramollissement de la partie postérieure du lobule paracentral, le ramollissement pénètre obliquement dans la profondeur suivant un cône effilé de 3 centimètres dont il est difficile de décrire les limites exactes.

Amipon (Journal of nervous and mental diseases, 84, p. 435; in Veurolog. Centralblatt, 1885, p. 46.)

Cécité psychique.

Autopsie. — À gauche ramollissement du gyrus angulaire, du lobule pariétal inférieur et de la premiere circonvolution temporale,

Bapaz (Contribution à l’étude des cécités psychiques, alexie, agraphie, hémianopsie inférieure, trouble du sens de l’espace, in Archives d’ophtalmologie, 1888, p. 97) (résumée).

Cécité psychique. Troubles graves de la localisation dans l’espace et de l'orientation.

Valérie Cl.…., trente-huit ans, très bonne santé antérieure, primipare, éclampsie grave, huit jours après accouchement gémellaire ; huit jours apres guérison. On avait constaté pendant ces derniers huit jours une paralysie du releveur de la paupière gauche qui disparut et un trouble déjà profond de la vision, sans troubles oculaires : elle avait de la peine à trouver les objets, était malhabile à s’en servir, ne pouvait ni manger ni s’habiller seule.

La malade actuellement ne peut absolument plus s'orienter ; des qu’elle essaie de marcher seule elle se heurte à tous les meubles et cependant elle peut voir distinctement les objets les plus petits de loin comme de près, du moins en se plaçant dans certaines conditions. Les occupations les plus simples, celles qu'on exécute d’une manière en quelque sorte inconsciente, sont devenues des opérations fort compliquées, qu’elle ne saurait mener à bonne fin, malgré une attention extrême; par exemple, elle ne peut s'habiller seule sans s’exposer à mettre ses vêtements à l'envers, à prendre la manche droite pour la gauche ; il lui faut un temps infini pour déterminer l’ordre dans lequel doivent être mises les différentes pièces de son costume. Elle à du reste la plus grande peine à trouver les objets dont elle a besoin, même s'ils sont à sa portée ; elle arrive à les voir en cherchant bien, croit pouvoir les saisir, et sa main se porte constamment ailleurs comme s’il s'agissait d’une fausse projection, conséquence de paralysie des muscles de l'œil ; il n’en est abso-

ument rien : ni strabisme ni diplopie; mouvements normaux.

Cette fausse projection fait que la malade tout en distinguant d’ailleurs fort bien le fil et le chàs d'une aiguille qu’on lui met entre les mains, ne parvient pas à l’enfiler. On est obligé de la coiffer, de l’assister en toutes choses, de lui donner à manger, sinon elle pique à tort et à travers dans son assiette, elle renverse son verre, etc.

Cette perte du sens de l’espace n'est pas spéciale à l'appareil visuel ; elle se manifeste encore lorsque les yeux sont fermés et trouble à peu près toutes les fonctions.

Il semble même que la malade se défie des renseignements puisés à cette source. Aussi, avant de répondre, prend-elle le soin de palper l’objet dans tous les sens, ce qui ne l'empêche d’ailleurs pas de se tromper. Pourtant elle à une notion juste de l'attitude qu’on donne à l’un de ses membres et peut avec l'autre reproduire la même attitude. Non seulement elle se trompe grossierement dans l'évaluation du volume d'un objet, mais elle ne peut pas sans s’exposer aux plus singulières méprises dire dans quelle direction il se trouve placé.

Ce quise passe du côté de l'ouïe tend à confirmer l'hypothese d’un trouble du sens de l’espace. Bien que l’acuité auditive semble intacte des deux côtés, la malade se trompe parfois du tout au tout lorsqu'il lui faut indiquer d’où vient un bruit. Il n’y a d’ailleurs, pas plus que pour la vue, allochirie. Pour le toucher et le sens musculaire l’allochirie n’est qu'apparente ; si on lui imprime des mouvements, si on la pique, elle se trompe mais se reprend dès qu’elle recourt à un petit artifice : celui d’esquisser le signe de la croix qui lui indique alors quel est son bras droit, chose qu’elle ne sait po sans cela.

Très légère hyposthénie.

L'intelligence est intacte au dire de son mari; elle est en effet sensée dans ses réponses; mais si on porte le erisin de l’interrogation sur une question de distance, de chiffre, d'orientation, . elle présente les mêmes troubles qu’objectivement. Elle ne peut pas s'orienter dans sa ville natale ni en fait, ni même en pensée.

Acuité visuelle centrale absolument normale. Pas d’achro-

matopsie. Puissance accommodative normale. Rétrécissement extrême du champ visuel. Hémianopsie inférieure complète ; les méridiens les moins atteints (supérieur et inférieur droits) ne dépassent pas 10°.

Ce rétrécissement diminua peu à peu d'intensité sans cesser d'être hémiopique supérieur.

Agraphie absolue, pourtant la malade peut encore se représenter vaguement les lettres : « Représentez-vous par la pensée la forme d'un a; de quoi se compose-t-il ? — (La malade ferme les yeux, et après un instant de réflexion) : Oui, je sais, il y a un rond et une barre. » Elle ne peut pas l'écrire. On le lui fait devant elle, elle reconnaît un à et ne peut pas le copier, le dessiner. Alexie moins absolue, elle reconnaît certaines lettres ou surtout certains mots d’un emploi fréquent : le nom de son mari, homme, maison, ville, hôpital, clinique; mais elle ne peut pas les épeler.

D'ailleurs, toujours d'après le trouble signalé plus haut, la malade ne peut pas reconnaître l’ordre dans lequel les lettres sont placées; l’image cérébrale au lieu de correspondre lettre pour lettre à l’image rétinienne est devenue un tableau sans signification dans lequel les lettres ont conservé leur forme, mais se trouvent absolument brouillées. Klle reconnaît un dessin simple : un chien, un arbre, une maison, mais pas si le dessin reproduit des objets qui ne lui sont pas familiers.

Bernuem (Contribution à l'étude de l’aphasie, de la cécité psychique des choses; in Revue de médecine, 1885, p. 625) (résumée).

Cécité psychique.

Nicolas B..., soixante-trois ans. Étourdissement brusque pendant quelques instants, le lendemain on constate une hémiparésie gauche (le malade est manifestement gaucher) avec très rapidement légère contracture; hémianesthésie et hémianal-

gésie gauches. Goût el odorat sains. Hémianopsie latérale gauche très marquée.

Plus tard l’anesthésie et lPanalgésie disparurent; réflexes moins exagérés. A plusieurs reprises attaques d’épilepsie jaksonienne, une seule fois bilatérale. Dès le début, aphasie spéciale sur laquelle Pauteur donne de nombreux renseignements.

Le malade peut écrire, majuscules et minuscules, mais très mal; ses lettres empiètent les unes sur les autres, mais on peut lire ce qu'il a voulu écrire, lui-même ne le peut absolument pas. De même il ne peut lire ni écrit ni imprimé; pourtant il reconnaît isolément une lettre quand on la lui fait chercher; il reconnaît parfois des dessins simples : une croix, une tête; souvent il ne reconnaît pas ou bien seulement quand dans un choix de dessins on lui désigne celui qu’on veut lui faire prendre.

Il ne reconnaît pas la plupart des objets, quoiqu'il en connaisse le mot et qu'il en connaisse l’usage, quand on Jui dit ce mot : un verre est une barre; un livre est une écorce pour faire les tartes; un crucifix est un catéchisme pour faire les tartes, ete. Si on place les objets en face de lui et qu’on lui en désigne un à choisir, il ne se trompe pas, le mot réveille sa mémoire visuelle.

Le tact ne l’aide qu’assez peu dans la reconnaissance des objets : on lui présente un trousseau de clefs : « Qu'est-ce que c’est? — C’est pour marquer. — Montrez-moi comment on s’en sert? » Il fait le geste d'écrire avec une clef en disant: « C’est une plume. » Puis il constate que ce n’est pas cela, mais cherche en vain ce que c’est. « Je sais, dit-il, je Pai vu cent millions de fois, c’est pour semer du grain; c’est une herse. » On fait avec une clef le geste d'ouvrir une serrure, il ne reconnaît pas l'usage ni le nom. « Avec quoi ouvre-t-on une porte? — Avec une clef. » I reconnaît alors que ce sont des clefs qu’il a en main.

L'ouiïe l’aide dans l'identification des choses, il reconnaît une clochette au son, alors qu’il avait dit que c’était une casquette.

Le malade a perdu le souvenir des rues qu'il à souvent traversées, il trouverait pourtant son chemin.

Broagenr (cité par Kussmaul, in Bernheim, Revue de médecine, 1885, p. 636) (résumée).

Cécité verbale, cécité psychique légère. Double lésion cérébrale.

Un homme tres intelligent et énergique, apres divers troubles cérébraux (céphalalgie, vomissements, délire), perdit la faculté de pouvoir lire lécriture et les caractères imprimés. Il voyait l'écriture mais ne la comprenait pas, et cependant il pouvait aisément et correctement écrire spontanément et sous la dictée. La conversation était bonne et il disposait d’un très grand nombre de mots, mais parfois lui faisaient défaut les noms des rues, de personnes et d'objets, et il n’était pas dans le cas de dénommer, quand on le lui demandait, les objets les plus simples et les plus usuels qu'on lui présentait.

Il succomba à une grande hémorragie dans le premier lobule temporal avec perforation dans le ventricule. On trouva deux anciens foyers hémorragiques, lPun dans la circonvolution inférieure marginale de ce lobe; l’autre, plus grand, qui avait déterminé un ramollissement de la substance cérébrale avoisinante, dans la région située entre l'extrémité inférieure de la scissure de Sylvius et le ventricule, à l’origine descendante de la corne d’Ammon.

OBSERVATION 6 Bruns et SroëLriNG (Neurol. Centralblaltt, \888, d'après Muller). Aphasie optique ; alexie ; légère cécité psychique ; inorien-

tation ; hémianopsie droite avec achromatopsie. Pas d'autopsie.

RE

Charles W. Burr (A case of tactile amnesia and mind blindness ; in Journal of nerv. and. ment. diseases, mai 1897, p. 259; d’après Gaz. hebdom., 18 juillet 1897).

Cécité psychique.

Femme de couleur âgée de soixante ans, entrant à l'hôpital en se plaignant de ne plus distinguer les objets. On constate que ses deux yeux sont normaux et qu'elle voit, car elle évite les obstacles placés sur son chemin et serre la main qu'on lui tend. Elle n’est pas aliénée, elle possede complètement le langage volontaire, elle n’a ni paralysie, ni troubles de la sensibilité. Les phénomènes qu’elle présente se réduisent à ceci: elle ne peut dire ce qu’est un objet placé devant elle (cécité psychique), elle ne reconnaît pas davantage un objet mis dans sa main (amnésie tactile). Ainsi elle ne peut reconnaître une paire de ciseaux, ni par la vue, ni par le toucher ; si on lui dit que c’est un couteau : « Oui, répond-elle, car ça pique. » Une montre qui ne rappelle rien à sa vue, ni à son toucher, approchée de son oreille, est reconnue au tic-tac. La malade sait s'habiller seule, se boutonner, mais un bouton séparé du vêtement lui étant présenté, elle ne sait pas ce dont il s'agit.

Les cas de ce genre semblent rares, l’auteur en connaît un autre seulement (Weir Mitchell. Med. News, 1892).

OBSERVATION 8 Cuarcor (Leçons cliniques à la Salpétrière, Progrès médical, 21 juillet 188%, n° 29, p. 568; recueillie par Bernard), (résumée), Cécité psychique légére.

M. X.., négociant à A..., est né à Vienne, c'est un homme fort instruit, il connaît parfaitement l'allemand, l'espagnol, le

Page 1