‹ Les agnosciesChapitre 29 sur 37 · V. Noper. Al · texte numérisé non relu

V. Noper. Al

rapidement et avec précision cette différence. Je dessinai ensuite deux carrés de 3 à 4 centimètres de côté dans lesquels je mis douze petites croix en ménageant le centre dans Pun, en mettant une croix dans autre. Je variai en mettant de gros points entre les croix, ete. Le malade reconnut bien ces diférences, mais après un moment d'attention, alors qu’un homme sain les aurait vues du premier coup d'œil. Je pris alors deux livres recouverts sur la reliure d’arabesques d’or compliquées et désignant un point de l’une je demandai au malade de me wontrer le point correspondant de l’autre. Le malade se trompa souvent; il apportait une grande attention, mais prétendait que c’était trop compliqué et que cela le troublait. Il pouvait bien se rendre compte dans l’ensemble de la symétrie et de la correspondance des deux figures, mais les détails lui échappaient.

Il en était de même pour un examen qui consistait à lui dessiner en petit un objet usuel et à lui demander à quoi cela ressemblait, en faisant passer devant ses yeux une série d'objets. Il reconnaissait bien et avec assurance lorsque l’objet en question lui venait devant les veux, mais il s'était déjà trompé affirmant la ressemblance du dessin d’une bouteille avec une paire de ciseaux, etc., il avait plus de peine à constater une dissemblance qu'une ressemblance.

De tout cela Je conclus, comme je l'avais fait apres l'épreuve du dessin, que le malade peut percevoir et comparer les formes, mais qu’il à en grande partie perdu cette faculté si l’on songe à ce qui est normal.

Faisons une remarque qui peut être la source de déductions théoriques. Le défaut que nous venons de constater est en partie expliqué, je le crois, par la perte de la compréhension symbolique des impressions rétiniennes. En réalité, dans les épreuves précédentes il s'agissait d’impressions et de formes pures sans signification symbolique; celle-ci facilite sans doute d’une façon éminente la distinction des détails. Supposons deux dessins représentant deux hommes absolument pareils, mais l’un joyeux et l’autre triste. Cette différence sautera immé-

diatement aux yeux de chacun; combien plus difficile aurait été pareille distinction si elle avait porté sur deux arabesques, dont il faut distinguer les différences trait à trait.

10° Orientation dans un grand espace ou en liberté, — Je signale particulièrement ce point parce qu'il est différent chez notre malade de ce qui a lieu d'ordinaire. La malade de Wilbrand, dont la cécité psychique était bien plus légère, s’orientait très difficilement dans les rues : ce ne fut que très tardivement qu’elle put se conduire seule dans un chemin connu. Notre malade, les premières semaines, ne pouvait pas s'orienter chez lui ou dans les rues, il fallait l'accompagner, mais depuis six semaines, il commence à aller seul, il fait de grandes promenades dans Breslau sans demander son chemin; il se trompe rarement. Il apprit depuis sa maladie à reconnaître et à retrouver de nouveaux chemins; pourtant il lui arrivait bien de se perdre dans des endroits qu'il connaissait bien et d’être obligé de demander son chemin.

Â1° Temps que le malade mettait à réagir devant une impression visuelle. — Sous cette rubrique, je ne veux pas rechercher autre chose que la lenteur de réaction du malade aux examens. Le malade devait après un signe convenu réagir de son côté par un autre signe convenu. Cette épreuve grossière incapable de faire apprécier une petite différence fut négative chez notre malade qui semblait réagir avec la vitesse normale.

Le malade, deux ans après l’observation, sans présenter de nouveaux symptômes, mourut fin avril 1891 d’une inflammation pulmonaire.

L'autopsie fut pratiquée douze heures après par Lissauer et après la mort de celui-ci fut publiée avec les résultats miceroscopiques par le D° Ernst Hahn dans les Arbeiten aus der psychiatrischen Klinik in Breslau, second cahier, page 107.

Autopsie. — Os du crâne très amincis, dure-mere tres adhérente, beaucoup de sang liquide dans les sinus. Les artèresr basilaires, carotides, les doux artéres sylviennes dans leu

prémière portion sont très athéromateuses,; les branches secondaires ne le sont pas. L’artère cérébrale profonde, à droite, présente à son embouchure un point athéromateux, mais elle est partout perméable, à gauche; au-dessus des tubercules quadrijumeaux, elle est complètement bouchée, sur une longueur de 1 centimètre; on voit la branche principale de l’artère bouchée disparaître dans le foyer de ramollissement. La pie-mère n’est pas très opaque, elle se laisse facilement enlever.

Dans l'hémisphère gauche se trouve un ancien ramollissement qui prend assez exactement le cunéus. L'espace entre la scissure pariéto-occipitale et la scissure calcarine est aplati en forme de vallon sur lequel on voit encore des traces de substance corticale à la place correspondant au gyrus lingual; cette portion est recouverte par une pie-mère molle, tachetée, brun jaune. Le gvyrus lingual est atteint par le ramollissement. La limite supérieure atteint exactement la séparation entre la convexité et la face interne de l'hémisphère en sorte que les circonvolutions occipitales sont tout à fait indemnes. Elles semblent néanmoins un peu ratatinées; ce n’est qu’au point où la scissure occipito-pariétale s'étend sur la convexité que la zone du ramollissememt s'étend un peu et prend un morceau faisant partie de cette scissure. La lèvre antérieure de celte scissure est atteinte, ce qui paraît rétrécir le précunéus.

Le ramollissement, suivant le pédicule du cunéus, atteint le corps calleux en avant et interrompt le point de jonction entre le gyrus fornicatus et la circonvolution de lhippocampe. Il paraît assez profond à ce niveau.

La corne postérieure est élargie et le doigt qui y pénètre trouve au niveau du ramollissement une paroi ventriculaire très mince, membraniforme. Le bourrelet du corps calleux n’est pas ramolli à proprement parler, mais il est certainement modifié, il est jaunâtre et en certains points limités, il paraît durci au toucher; la coupe transversale en est irrégulièrement friable et coriace.

La continuation du splenium dans l'hémisphère droit est dégénéré sans aucun doute, elle forme un faisceau relativement

trop mince, diaphane et jaunâtre ; il reste à mentionner dans l'hémisphère gauche qu’on n’a pas coupé un élargissement notable des cavités ventriculaires, comme à droite d’ailleurs. La couche optique est dans sa partie postérieure et profonde de couleur grise et non blanche, sa consistance n’est pas anormale ; le pulvinar n’est pas ratatiné, les tractus optiques ne semblent pas atrophies.

L'hémisphère droit ne montre pas de foyer. À la coupe, l'écorce paraît amincie Surtout au niveau du lobe occipital. Le pulvinar et le tractus optieus sont comme à gauche, Rien au quatrième ventricule.

Poids du cerveau, 1.225 grammes.

L'examen, suivant les méthodes classiques au moyen des coupes sériées, donna les résultats suivants (très résumés):

1° Foyers de dégénération dans l'hémisphère gauche. Le ramollissement s'étend à tout le cunéus et à son pédicule, sauf à sa partie large postérieure. A ce niveau le ramollissement s'approche environ à { centimètre de la pointe occipitale par deux bandes, une supérieure un peu plus grande et une inférieure un peu moins allongée. Le fond et les deux lèvres de la scissure Calcarine sont dégénérés : la lésion s'étend à l’arête de la convexité du gyrus lingual et pénètre dans la substance blanche sous l’écorce saine jusqu’à mi-chemin de ce lobule, Plus loin la partie inférieure du fond de la scissure pariétooccipitale, le passage du cunéus, à ce niveau sur toute sa longueur, la partie postérieure du précunéus depuis le haut jusqu’en bas. La partie conservée du fond de ce sillon est telle qu’elle va en augmentant du bas vers le haut. Le fond du sillon qui résulte de l'union de la scissure calcarine et du sillon pariéto-occipital est ramolli ainsi que les parois et les bandes adjacentes du gyrus fornicatus (circonvolution du corps calleux) et du gyrus lingualis. Au-dessous et au-dessus, par-dessous l'écorce encore saine le ramollissement s'étend profondément dans la substance blanche.

Les deux tiers inférieurs du splenium du corps calleux sont ramollis. La portion indemne se dirige vers le haut en

forme d’une fine languette un peu en arrière. Enfin la voûte est ramollie.

Le ramollissement à l’intérieur de l'hémisphère gauche suit toute la scissure calearine et toute la scissure commune qui lui fait suite jusqu’au ventricule, elle englobe la terminaison postérieure de la corne occipitale et dépasse encore le ventricule de côté jusqu’au milieu du lobe, il s'étend de là dans la substance blanche en avant environ jusqu’à lunion des deux sillons ; au-dessus du ventricule et presque jusqu’au territoire sagittal de la paroi du ventricule latéral.

2 Dégénération des faisceaux blancs.

On peut les résumer ainsi :

A droite le forceps tout entier est dégénéré ;

A gauche: 4° le stratum cunéi proprium (terminologie de H. Sachs) assurant la communication avec le territoire opticomoteur ;

2% Le faisceau longitudinal inférieur assurant la communication avec le centre sensoriel du langage dans le lobe temporal gauche ;

3 Destruction en partie du stratum sagittale internum allant au pulvinar et décrit comme faisceau optique ; les faisceaux conservés viennent de la convexité et ne servent pas à la vision. 4° Dégénération du splenium, permettant la communication avec l’hémisphère droit.

A. Lounrz (Société de neurologie ‘et de psychiatrie de Moscou, 7 mars 1897; in Arch. de neurol. 1898, p. 85, obs. n° 1) (résumée).

Cécité psychique. Asymbolie. Lésions du lobe occipital droit.

Femme de cinquante-cinq ans, eut brusquement en juillet 1895 un vertige avec perte de connaissançe de peu de durée suivi d’une parésie gauche et de cécité. Amélioration graduelle. En

janvier 1896, nouvel ictus suivi d’une aggravation des troubles

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