I. — DIFFÉRENTES SOURCES DE LUMIÈRE
L'éclairage des lanternes d'agrandissement et de projection peut se faire à l'aide de différentes sources de lunoière :
1° La lumière solaire (dont nous ne nous occuperons pas ici; il faut des installations particulières, réservées aux professionnels) ;
2° Le pétrole ;
3° La lumière oxhydrique (gaz oxygène et hydrogène) ;
4° La lumière oxyéthérique (gaz oxygène et ether sulfurique);
5" Gaz d'éclairage (gaz de houille); 6° Gaz d'éclairage et incandescence;
40 ENCYCLOPÉDIE DE l'AMATEUR PHOTOGRAPHE
7° Gaz acétylène ;
8" Lumière électrique à arc ;
9° Lumière électrique à incandescence.
Le pétrole est le plus communément employé. Il faut prendre celui qu'on trouve purifié sous différents noms.
Le gaz acétylène est trop nouveau pour qu'on puisse préconiser avec certitude son emploi.
L'éclairage électrique ne peut être employé que lors-
Fig. 22. Chalameau oxycalcique.
qu'on a une force à sa disposition (secteur ou installation particulière).
Les lumières oxhydriques et oxyéthériques sont fréquemment employées. On doit veiller à ce que les bâtons de chaux ne soient pas humides; il est préférable de ne se servir à chaque séance que d'un bâton neuf. Lorsque le canal du bâton n'est pas assez large pour laisser entrer la tige du support, il faut agrandir l'ouverlnre avec soin et ne pas forcer ; on briserait le bâton.
Lorsqu'on n'a pas de gaz d'éclairage à sa disposition, on peut recourir au gaz oxygène (qu'on peut toujours se procurer, puisqu'il se vend logé en tubes). On emploie
l'éclairage
un chalumeau oxycalcique, dans lequel l'hydrogène se trouve remplacé par de l'alcool, contenu dans un récipient hermétiquement fermé et qui se distribue automatiquement goutte à goutte sur un brûleur à mèche situé en avant du crayon de chaux. Sur cette flamme chaude,
Flg. 23. Brûleur oxy-éthérique.
mais non éclairante, on projette par ce tube spécial, avec brûleur de platine, un courant d'oxygène, et le crayon de chaux, aussitôt porté à l'incandescence, émet une lumière éblouissante, qui vaut environ les trois quarts de la lumière oxhydrique.
La lampe oxy-éthérique, construite par Molteni, est très intéressante. L'appareil se compose essentiellement d'un récipient cylindrique, qui comprend une éponge ou
toute autre substance spongieuse, imbibée d'éther ou de gazoline.
A l'arrière de l'appareil, deux tubes cintrés servent à diviser un même courant d'oxygène qui arrive par un seul conduit visible entre les vis de réglage du débit des deux tubes cintrés.
Un simple tuyau de caoutchouc suffit pour relier le
Fig. 24. Détails du brûleur oxy-éthérique.
conduit unique à la source du courant d'oxygène qui peut être fourni par un obus comme ceux dans lesquels l'industrie livre couramment l'oxygène comprimé.
La réunion du conduit unique à l'obus étant faite, il suffît, pour alimenter l'appareil, d'ouvrir au moyen de vis les deux tubes cintrés.
L'un de ces tubes, contournant l'inférieur du cylindre,
l'Éclairage
amène de l'oxygène pur presque à l'extrémité du bec placé à l'avant de l'appareil, tandis que le second tube cintré laisse échapper dans le cylindre le second courant d'oxygène qui se carbure au contact de l'éther ou de la gazoline dont l'éponge est imbibée.
Après carburation, ce second courant d'oxygène (alors carburé) arrive comme le premier à l'extrémité du bec d'avant E, en enveloppant la flamme du premier courant d'oxygène pur, et les deux courants réunis portent à l'incandescence un point du petit cylindre de chaux qui est au-dessus du récipient, en arrière du bec.
Le petit cylindre de chaux peut être avancé, reculé, élevé, abaissé, et tourner au moyen d'une vis G et d'engrenages visibles sur le dessin.
Trois vis calantes permettent, en outre, de régler la hauteur de l'appareil dans une lampe à projection.
Les grands avantages de ce nouvel appareil sont les suivants :
1° Remplacement de l'hydrogène par une carburation d'éther ou de gazoline pour les cas où l'hydrogène ferait défaut ;
2° Légèreté de l'appareil ; facilité de son emploi, et sûreté qu'il offre, car il ne peut faire explosion.
3° Volume très réduit, possibilité de lui faire prendre toutes les positions, même les plus inclinées, en le tenant à la main.
Notons qu'avec des précautions, ce brûleur n'offre pas plus de dangers qu'une lampe à essence quelconque. Lorsqu'on le charge d'éther, il faut avoir soin seulement que le bâton de chaux soit éteint, et ne jamais se placer à proximité d'une lampe ou d'un foyer quelconque.
44 ENCYCLOPÉDIE DE l'aMATEUR PHOTOGRAPHE
Il est nécessaire, pour ces éclairages, d'avoir des robinets distributeurs perfectionnés, permettant, au fur et à mesure des besoins, l'emploi pour les lanternes doubles, triples, des gaz hydrogène, oxygène.
Il est inutile de laisser brûler les chalumeaux en permanence dans les lanternes, lorsqu'elles ne sont pas employées ; c'est une dépeuse inutile et une gène. De plus, ces robinets ont une grande utilité. Quand on a réglé les
robinets spéciaux d'une façon définitive, il serait gênant d'avoir à se servir de ces robinets pour l'extinction partielle des chalumeaux, comme il arrive lorsqu'on fait des vues fondantes, tandis qu'au contraire, le réglage obtenu, on se sert du robinet distributeur pour modifier l'éclairage.
La figure schématique représente uu robinet pour distributionàquatre voies. Ce robinet s'emploie pour lanternes simples, où l'on veut interrompre la séance et la reprendre à volonté. Une veilleuse permet,^bien que le robinet
Fig. 25. Robinets à plusieurs directions.
Fig. 26. Schéma des robinets à plusieurs directions.
l'éclairage
soit complètement fermé, de laisser au chalumeau l'hydrogène allumé, pour ne pas avoir à recommencer chaque fois.
L'oxygène entre en A et sort en D.
L'hydrogène entre en A' et sort en D'.
Dans la position de la manelle M, le robinet est ouvert ; les deux gaz se rendent directement au chalumeau M; de Ms le robinet est entièrement fermé, mais à l'aide
Fig. 27. Bec à gaz à incandescence.
des deux veilleuses à robinet R R', on peut laisser soit l'hydrogène, soit les deux gaz arriver en petite quantité au chalumeau, pour que celui-ci ne s'éteigne pas.
Le robinet à six directions s'emploie pour les lanternes doubles.
Les becs de gaz papillon ou à galerie sont insuffisants dans presque tous les cas pour donner de bons résultats,
tandis qu'en employant les manchons en terre rare (incandescence Auer), on obtient de bons résultats.
Un dispositif très simple, qui peut s'adapter à toutes les lanternes, est le suivant : un support à glissière tient le bec à incandescence et derrière se trouve un réflecteur mobile, pouvant se hausser à volonté.
Le gaz acétylène entre dans les mœurs ; sa production
Fig. 28. Groupe de becs pour Tac tylène.
est facile, peu onéreuse et sans danger, quoi qu'on dise, lorsqu'on emploie des appareils sérieux. Il faut un brûleur spécial de 5 becs au moins, forme papillon. L'ouverture des becs doit être très fine; la lumière doit être blanche.
Le brûleur de la figure est une disposition simple qui satisfait tous les besoins.
On peut naturellement se servir de becs à beaucoup de brûleurs, 8, 16, 24, suivant l'intensité qu'on désire donner à la lumière.
l'Éclairage
L'éclairage électrique par l'arc vollaïque est toujours l'un des moyens les plus employés et donnant les meilleurs résultats.
Malheureusement, il ne peut être employé que dans les locaux disposant d'une force motrice, ou ayant une
Fig. 29. Régulateur électrique à arc.
distribution d'électricité, ce qui se rencontre d'ailleurs fréquemment maintenant dans les grands centres.
Ces régulateurs à arc doivent être pris parmi ceux se réglant à la main. Ils donnent la latitude dans les mesures des tensions et les débits de courants, ils sont d'un volume restreint et d'un prix très abordable.
On peut brancher directement ces régulateurs sur le courant lorsqu'on a les intensités électriques correspondant au débit; mais généralement il est bon d'intercaler un rhéostat et un ampère-mètre sur le circuit ; cela
43 KNCYGLOPÉDIE DE l'AMATEUR PHOTOGRAPHE
permet de donner beaucoup plus de fixité à la lumière.
Le régulateur que nous présentons est un des plus simples; le rapprochement et l'éloignement se font au moyen d'un bouton molieté à vis micrométrique situé sur le côté de l'appareil.
L'emploi normal de ce régulateur est pour 15 à 20 am-
Fig. aO. Support pour lampe à incandesceace.
pères et un courant de 110 volts, sa valeur est d'environ
1,100 bougies. ^ ,
Pour l'éclairage à l'incandescence, on se sert du support spécial, très simple. Il faut avoir une lampe de cent bougies au moins (sous un courant de 70 à 110 volts) pour obtenir de bons résultats. .
Pour l'éclairage des agrandissements, le capitaine Abney donne d'utiles renseignements dans la Revue
suisse.
l'éclairage
« L'éclairage d'un négatifest souvent une difficulté, surtout quand la lumière artificielle est employée. Un procédé souvent mis en usage, c'est de placer une glace doucie à une certaine distance du négatif, de façon à ce
Fig. 31. Dispositif adapté à une lanterne pour les interruptions de lumière?.
que le grain de la glace ne soit pas au foyer avec le négatif et, par conséquent, le grain rendu invisible.
Que ce soit un bon principe d'éclairage, cela ne peut être contredit, mais si la précaution d'éloigner la glace n'était pas prise, le résultat serait désastreux.
Nous supposons que nous employons une lampe ordivni. 4
naire de la puissance de 20 bougies comme source de lumière et que nous agrandissons un négatif 1/4 de plaque à 25 fois son format, ce qui est peu ; nous emploierons une glace doucie comme écran, pour diffuser la lumière passant à travers le négatif. En premier lieu, à quelle distance de la glace doucie devrions-nous placer la lampe et, secondement, à quelle distance du négatif devra être placée cette glace doucie? Il peut être utile de démontrer les expériences qui peuvent être faites. La photographie est un de ces sujets de la science appliquée qui conduit directement à des expériences de grande valeur d'éducation. Nous invitons nos lecteurs à faire les expériences suivantes :
Mettez la lampe dans une chambre entièrement fermée à la lumière du jour, et placez la glace de fond à 45 centimètres loin de la lampe ; le centre bien en face de la flamme. Placez l'œil, disons à 1 m. 25 loin de la glace •doucie, et notez si un endroit de la glace ne paraît pas plus brillamment éclairé que le reste ; ceci alors vous indiquera que la glace ne diffuse pas également la lumière.
Dépolissez alors cette partie de votre glace sur l'autre côté avec un peu de poudre d'émeri et d'eau que l'on met sur la glace et avec laquelle on frotte vigoureusement. Cette opération est très vite faite, après quoi on remet en place la glace après l'avoir séchée, et l'on peut alors constater que l'éclairage cotte fois est bien meilleur.
Puis, si l'on éloigne peu à peu la lampe, on arrivera à avoir un éclairage parfaitement égal. Ce qui est à noter alors, est la perte de lumière causée par l'éloignement de la lampe.
l'éclairage
Elle varie inversement, comme le carré de la distance. Ayant une glace d'une dimension donnée, il est convenable que la distance qui sépare les marges du centre soit à celle qui sépare le centre du globe de la flamme comme 20 est à 21 ; dans ce cas, la difl"érence d'éclairage sera entre les bords et le centre comme 17 est à 16.
Souvent on emploie comme écran une feuille de papier blanc. S'il n'est pas très bien choisi, la lumière, après avoir traversé le papier, aura perdu une large proportion de rayons bleus, violets et ultra- violets ; en fait, un papier bien fabriqué est absolument fluorescent dans l'ultra-violet, et la plus grande énergie de radiation dans cette région est enlevée dans ce travail de fluorescence. Une grande quantité de rayons acliniques sont arrêtés par le papier. Celui-ci a cependant l'avantage d'être pratiquement opaque pour les rayons directs. Pour cette raison, la glace doublement dépolie est le meilleur écran à employer, car elle n'absorbe que ce que la glace non dépolie absorberait, et c'est peu. Une petite expérience peut être faite pour indiquer la dimension de la glace donnée qui doit être employée et sa position en regard du négatif. Prendre une glace doucie légèrement plus grande qu'un quart de plaque, l'écîlairer et ayant placé dans un châssis ouvert une feuille de papier sur laquelle on a fait une tache d'huile, la placer à environ six pouces de distance de la glace doucie et en face de celle-ci. Placer le papier de façon à ce que la tache d'huile soit parallèle au centre de la glace doucie et éclairer le côté du papier opposé à la glace avec une bougie. Reculer la bougie jusqu'à ce que la tache disparaisse, et noter la distance. Ensuite, refaire la même opération, mais en mettant le papier de façon à ce que
la tache ne se trouve plus faisant face au centre, mais au bord de la glace doucie, et noter la distance qui ne sera pas la même. Si l'on répète l'expérience en plaçant la feuille de papier plus près de la glace doucie, l'éclairage sera plus égal, et si, enfin, on rapproche la même
Fig. 32. Dispositif du régulateur pour l'arc électrique disposé dans une lanterne de projection.
feuille de papier à 3 millimètres entre les deux objets, on constatera, à l'aide de la tache d'huile sur le papier, que l'éclairage est parfaitement régulier. Si l'on répète l'expérience avec un papier double de la glace doucie, on constatera qu'à une distance de 15 centimètres, la tache
l'éclairage
pourra être changée de place sur un espace d'une demiplaque sans différence d'éclairage.
De ces deux expériences nous concluons que pour se mettre dans les meilleures conditions, il faut employer une glace doucie d'assez grande dimension, et la disposer à une assez grande distance du négatif.
La raison sera vite comprise.
Chaque partie de la glace doucie éclairée est à une distance différente de chaque partie du négatif, et plus la distance est grande, moins l'intensité de la lumière est forte.
Non seulement à cause de la distance, mais à cause de l'angle par lequel tombe la lumière sur la surface du négatif.
Dans le cas d'une petite glace doucie, les bords du négatif évidemment perdront beaucoup par le fait que l'éclairagedela glace doucie neles atteindrapas. Quandlapetite glace doucie est encadrée avec le négatif, celui-ci est alors éclairé régulièrement.
Nous voyons que le plus grand soin est nécessaire pour obtenir un éclairage parfait de la glace doucie et du négatif en variant la distance de l'un à l'autre.
Quand la lumière du jour est employée pour l'éclairage, il n'y a pas la même difficulté que pour l'éclairage artificiel; car si la surface est bien disposée, chaque partie de l'écran recevra la même somme de lumière ; mais le plus grand soin doit être pris aussi pour l'éclairage du négatif. II faudra aussi prendre toutes les précautions si l'on se sert d'un réflecteur. Les remarques ont été faites après avoir constaté une suite désespérante d'essais malheureux pour obtenir des agrandissements de très bons négatifs. L'objectif employé était excellent
et la partie centrale du positif était aussi bonne qu'on pouvait le désiror. L'infortuné photographe ne pouvait comprendre pourquoi il ne pouvait obtenir les bords aussi bons que le centre ; inspectant son installation, l'auteur s'aperçut que l'opérateur avait disposé l'écran passablement plus grand que le négatif à 30 centimètres de dislance de ce dernier. Là était la faute. L'écran ayant été rapproché de 7 centimètres, le résultat ne présenta plus de sous-exposition pour les bords, ou de surexposition pour le centre. Il peut se présenter quelques cas où il est nécessaire d'augmenter l'intensité de lumière pour les bords; nous faisons allusion à un négatif pris avec un objectif grand angulaire.
Dans ce cas, l'exposition est souvent diminuée de moitié pour les bords, et conséquemment ceux-ci sont moins denses que le centre. En disposant adroitement l'écran en glace doucie, un éclairage plus fort peut être donné pour le centre, et l'effet produit par un éclairage uniforme sera entièrement corrigé. »