SIGNES PRÉMONITOIRES
Il n’existe aucun signe clinique qui permette de prévoir au cours de l’aurothérapie l’apparition d’une agranulocytose. On peut observer quelques symptômes d’intolérance : poussées fébriles transitoires, anorexie, diarrhée, parfois des érythèmes. Plus souvent il n’y a aucun incident, en particulier il n’y a presque jamais d’albuminurie. Souvent le malade se sent mieux et l’on observe une amélioration clinique et parfois même radiologique. Jusqu'à la « piqûre déclanchante » aucun symptôme ne permet de prévoir l’agranulocytose.
Il semble donc vain de compter sur le « flair chnique » ou sur « l'expérience de l’aurothérapie » pour prévoir l’apparition de l’agranulocytose.
Nous ignorons presque complètement quelles sont les modifications du sang qui précèdent l’agranulocytose. Deux fois seulement le sang avait été examiné avant l'institution de l’aurothérapie (obs. 12 et 16) les chiffres trouvés étaient normaux. Il est le plus souvent très difficile de mettre en évidence l’existence du sol hématique sur lequel à insisté récemment encore et à juste titre P.-E. Weil.
Au cours de l’aurothérapie on s’est efforcé de dépis-
ERETORRE
ter certaines modifications de la formule sanguine qui permettraient de prévoir l'apparition des accidents. Trois types de modifications ont été décrites.
MM. Dumarest, Mollard et Pavie dans plusieurs communications ont insisté sur l’apparition d’une éosinophilie à 5 ou 10 % qui précéderait les accidents précoces, cutanés ou généraux, d’intolérance.
MM. Pavie et Mollard ont décrit une « phase de saturation » au cours de l’aurothérapie caractérisée par une leucocytose à 20.000 et une polynucléose neutrophile qui précéderait les accidents tardifs.
Enfin plusieurs auteurs, en particulier W. Jullien pensent qu’une leucopénie progressive ou une diminution du nombre des polynucléaires permettrait de prévoir l’apparition de l’agranulocytose.
La valeur pronostique de l’éosinophilie ou de la leucocytose avec polynucléose neutrophile a été sévèrement critiquée par MM. Coste et Bourderon qui ont étudié l’aurothérapie du rhumatisme chronique.
Nous non plus, au cours de nos recherches personnelles, nous n’avons pas retrouvé ces signes avant l'apparition des différents accidents chez nos tuberculeux traités par les sels d’or.
La valeur pronostique d’une leucopénie croissante et d’une diminution progressive des polynucléaires neutrophiles est beaucoup plus importante. Malheureusement 1l est exceptionnel de constater ces signes avant l’apparition de l’agranulocytose proprement dite. Au cours de l’aurothérapie nous
cit}; HRPRER
ne connaissons que trois cas d’aleucie hémorragique dont le début ait été lent et progressif et de tels cas semblent particulièrement graves. D'autre part, comme tous les auteurs et en particulier MM. Coste et Bourderon nous avons constaté que l’aurothérapie ne détermine normalement mi leucopénie, ni neutropénie même légères. Au contraire, on -observe en général de la leucocytose, de la polyñucléose neutrophile et une éosinophilie sans signification précise.
Presque toujours les désordres sanguins apparaissent brutalement. MM. Achard, Coste et Cahen ont trouvé une formule leucocytaire normale et de la leucocytose après 20 jours de traitement, 25 jours avant l'apparition des accidents. La rechute que nous avons observée (obs. 1) s’est faite en moins de quatre jours. Enfin dans l'observation 9, c’est en vingt-quatre heures que nous avons vu se transformer complètement la formule sanguine.
Certains auteurs ont considéré que l’allongement du temps de saignement et un signe du lacet posrtif pouvaient permettre de prévoir l’apparition d’une agranulocytose. En effet ces signes doivent faire craindre un purpura ou une aleucie hémorragique : au cours de recherches personnelles nous avons vu qu'un signe du lacet pouvait précéder une érythrodermie. Mais une agranulocytose pure peut survenir sans que ces signes apparaissent à aucun moment.
En résumé la constatation exceptionnelle d’une - leucopénie ou d’une diminution du nombre des polynucléatres constitue un signe d’alarme. L’augmenta-
(D tion di temps de saignement, un signe du lacet 4 :. positif doivent également faire Dre l’auro- Ke thérapie. Par contre même s’il n° ÿ à aucun signe {SA anormal, l’apparition brusque d’une agranulocytose 710 reste possible et elle pourrait même survenir à brève échéance. t'as
Jean Braillon,
SYMPTOMATOLOGIE
Nous pourrions limiter la description des agranulocytoses de l’aurothérapie à l’énumération des nombreuses formes cliniques. Cependant nous croyons que les agranulocytoses de l’aurothérapie peuvent faire l’objet d’une description commune. L’insuffisance médullaire aiguë, ou plus rarement subaiguë, qui les caractérise et qui se traduit dans le sang circulant par l’agranulocytose se manifeste cliniquement par des symptômes inconstants car presque tous sont causés par des complications ou des lésions associées. Nous étudierons leur fréquence, et leur importance pour le diagnostic clinique.
Nous étudierons ensuite comment ces symptômes variables se groupent pour constituer les nombreuses formes eliniques qui peuvent être décrites.
Après un traitement aurique tantôt court, tantôt très prolongé le premier symptôme, qui apparaît est la fièvre. C’est le symptôme le plus précoce et le seul qui soit constant. Elle n’est pas causée par l’angine ou les autres phénomènes infectieux qui sont plus tardifs et inconstants. La fièvre apparaît généralement de un à trois jours après la dernière piqûre de sel d’or, parfois le jour même. Parfois elle