SERRE
éosinophilie (obs. 1, 7, 17),elle n’a manqué qu’une fois (obs. 6).
L'évolution dans chaque cas a été rapide, le sang redevient bientôt normal, la température s’abaisse et la guérison est complète en quelques jours. Il est permis de penser que si on avait diagnostiqué une poussée évolutive de tuberculose et si on avait continué le traitement aurique, le pronostic eût été sans doute différent.
Nous croyons devoir insister sur le fait qu’il existe des agranulocytoses caractérisées hématologiquement qui attirent à peine l'attention en clinique et qu’on en trouvera certainement dans différentes intoxications ou même en dehors de toute étiologie si on les recherche systématiquement dans tous les cas suspects.
Evolution. — L'évolution qui peut être suraiguë, rapide ou subaiguë vient augmenter encore la diversité des formes cliniques.
Parmi les formes Suraiguës (ob. 2, 19, 23) une des plus courtes à été l'observation 2 où la mort est survenue douze heures après l'apparition de l’ictère et de l’angine, deux jours après la dernière piqûre de crisalbine.
Généralement la durée moYÿnne est de une à trois Semaines. Dans les formes curables, pendant une période de 3 à 20 jours la fièvre se maintient élevée, le nombre des polynueléaires neutrophiles reste extrêmement bas, aussi bas que dans les formes mortelles. Ensuite rapidement les polÿynucléaires neutro-
philes reparaissent dans le sang, une forte leucocytose suit. La fièvre tombe, l’angine guérit. L’agranulocytose disparaît ainsi rapidement tantôt en deux Jours, tantôt en une semaine. Les formes mortelles durent une à trois semaines le plus souvent.
Les formes subaiguës, qui ressemblent à certaines agranulocytoses arsenicales et certaines agranulo- Cytoses cryptogénétiques, ne sont pas très fréquentes au cours de l’aurothérapie. On n’a signalé que trois observations (obs. 11, 20, 21), à type d’aleucie hémorragique et qui sont presque superposables. Après un traitement aurique très prolongé, les premiers troubles apparaissent insidieusement. La pâleur s’accentue progressivement, de petites hémorragies se succèdent, la fièvre est peu élevée, il n’y a pas d’angine. L’anémie devient extrême, cependant le nombre des polynucléaires neutrophiles est moins diminué que dans les formes aiguës. Deux fois l’évolution lente, progressive s’est terminée par la mort en 35 jours (obs. 11) 75 jours (obs. 20). Une fois la guérison s’est produite, mais elle n’a été complète qu’en quatre mois (obs. 21). Il s’agit là d’un fait exceptionnel, car, en règle générale comme le remarque M. Chevallier, les agranulocytoses toxiques ou cryptogénétiques qui apparaissent insidieusement, évoluent lentement, sont toujours mortelles.
Rechute. — Nous avons observé une seule rechute, remarquablement fruste ; elle est apparue brusquement sans cause appréciable et elle a guéri. Nous
HÉNRÈNER
n'avons pu en observer aucune autre, même en suivant longuement nos malades. De telles rechutes qui peuvent être mortelles ou curables, ont été observées dans les agranulocytoses spontanées.
Notre huitième observation doit être étudiée à part. Les désordres sanguins étaient atypiques. Diminution extrême des polynucléaires neutrophiles 2 4, 270 par millimètre cube. Éosinophilie très importante. 60 éosinophiles %. Nombre de leucocytes normal. 8.800 par millimètre cube: Cependant il n’y avait pas d'autre symptôme qu’une éruption bulleuse.
Ces désordres sanguins étaient tellement anormaux que nous avons tenu à les faire vérifier par nos maîtres. On pourrait être tenté de rapprocher notre observation des très fortes éosinophilies qui ont déjà été signalées, mais ces dernières ne s’accompagnent jamais de diminution des polynucléaires neutrophiles.
Certaines agranulocytoses de l’aurothérapié sont caractérisées par l’association d’éosinophilie à la neutropénie. Nous citerons en particulier : rechute de l’observation 1 : leucocytes, 6.500 ; poly. neutrophiles, 1 ; polyéosinophiles, 18. Observation 12 : leucocytes, 4.400 ; polyneutrophiles, 6 : polyéosinophiles, 34.
Nous croyons qu’on doit rapprocher de ces agranulocytoses les désordres sanguins atypiques présentés par notre malade. Il n’est pas possible de définir avec plus de précision une observation encore unique. Nous ne connaissons guère que les formes les
Per 0
mieux caractérisées : purpura, agranulocytose — des désordres sanguins causés par les différentes intoxications, nous ignorons presque complètement. les désordres sanguins curables.
Mortalité. — Sur 25 malades nous comptons 15 cas ‘où l’agranulocytose a persisté jusqu’à la mort, soit une mortalité immédiate de 60 %. Mais la gravité réelle de cette complication est encore plus grande car il faut compter avec les complications secondaires. La tuberculose pulmonaire prend souvent une marche rapidement évolutive qui entraîne la mort malgré la guérison des accidents sanguins. Nous comptons parmi nos cas personnels 3 décès par tuberculose pulmonaire. D’autres complications sont possibles, une gangrène pulmonaire dans l’obseration 16. Parmi tous les cas publiés, seuls restaient en vie 1 rhumatisant, 1 lupus érythémateux et quatre tuberculeux pulmonaires qui n’ont généralement pas été suivis pendant longtemps. Le chiffre de 75 % de mortalité globale n’est donc pas exagéré.
Examen du sang. — Les agranulocytoses auriques sont mieux caractérisées par les désordres sanguins, que par les symptômes cliniques.
La leucopénie est généralement comprise entre 3.000 et 1.000 leucocytes. Elle peut cependant être extrême, surtout à la période terminale. 150 leucoeytes (obs. 4). D’autres fois elle est faible, 4.000 leucocytes (obs. 13) et peut même manquer (rechute de l’obs. 1) leucocytes 6.500, poly-neutrophiles 1,8: %s ces chiffres depuis les plus élevés jusqu'aux plus bas