‹ Les aigles dans la tempète; evocation en quatre visionsChapitre 10 sur 20 · TIEN · texte numérisé non relu

TIEN

DOMITIA

Moi, plus coupable encor, quel supplice m'est dû? Moi qui, j'en fais serment, ai provoqué sa faute, Me feras- tu dresser une autre croix, plus haute?

DOMITIEN

Toi... tu savoureras ton œuvre — et je te plains! Ce soir, par toi, mères sans fils, fils orphelins. Tout un peuple meurtri pleurera sa défaite, Et sa douleur, ce sera toi qui l'auras faite!

DOMITIA, avec un rire de'sespére' Et tu crois me toucher par ce que tu me dis!...

I lO

{Terrible:^ J'exècre plus que tout au monde, je maudis Le peuple ignoble, et vil, et stupidement lâche Qui te subit pour Prince et pour Maître! Je tâche De me venger de lui: c'est mon premier devoir, Parce qu'il est ta force et qu'il est ton pouvoir, Parce que tu ne peux, toi, pygmée imbécile. Faire le mal que par la lâcheté docile De l'énorme, du colossal géant romain, Qui prête sa puissance à ta débile main! Empereur! Il pourrait t' anéantir d'un geste. Le moindre geste du géant et rien ne reste De ta Divinité, de ton Eternité...

D te supporte, monstre! H t'a donc mérité! Frappe-le, ton géant, frappe, maître du monde! Baigne, baigne ta garde aux flots du sang immonde !

Décime, anéantis, oui! qu'il n'en reste rien. Du peuple de Néron et de Domitien!

Je le hais plus que toi je ne te hais peut-être. Car lui, ton serviteur stupide, est le vrai maître; Sans lui, ta volonté de haine est sans effet; H me fit tout le mal que ton pouvoir m'a fait! C'est sa main qui me lie et qui me prostitue: La tienne me plaît presque alors qu'elle le tue...

Va! Fais-le massacrer... Mon cher Domitien!...

{Elle s'est abattue sur le lit de repos, sanglottante, folle de rage et de de'sespoir. Il se penche sur elle. Oti voit qu'il voudrait l'étreindre et la serrer contre lui. Les yeux enflammés, il gronde, les dents serre'es:)

DOMITIEN

La nuit viendra bientôt... Comme je t'aurai bien!

{Et cette vision s'efface sur le spectacle de cette

femme et 'de cet homme prêts à continuer la

lutte mortelle qui les oppose, sous la forme

hideuse d'une e'treinte, où. la haine et le désespoir

feront les gestes de l'amour..^

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