‹ Les aigles dans la tempète; evocation en quatre visionsChapitre 14 sur 20 · QUATRIEME VISION · texte numérisé non relu

QUATRIEME VISION

La Chambre à coucher de Domitia.

Cette chambre est an prejnier étage dti palais. Les murailles sont garnies de stuc ; grands panneaux de colorations vives, rouges et vertes, an milieu desquels, sont peints de petits paysages. Au fond, une large porte à deux battants qui s'ouvrent dans les deux sens. Quand cette porte est ouve7'te, on aperçoit la cour du palais, entourée d'arcades. Au milieu de cette cour est un jet d'eau dont le fil d'argent luit dans la nuit tombante.

A droite, la petite porte basse de la salle de bains.

A gauche, sur une estrade, le lit de l' Impératrice.

(Au moment oh cette vision se dresse devant nous, Cœso et Harmakhis sont seuls dans la chambre. L'homme marche nerveusement. La vieille nourrice de Domitia, suit tous les mouvements du grec d'un œil méfiant, il approche de la porte. Elle bondit et lui jette aig7-ement:) Surtout, ne t'en va pas!

HARMAKHIS

Non je ne m'en vais pas...

Je veux voir... Mais pourquoi t' attacher à mes pas?

CŒSO

De toi, probablement, l'Augusta se méfie!

HARMAKHIS

De ma fidélité, son garant, c'est ma vie!

CŒSO

Oh! De la part d'un grec, rien ne m'étonnerait

HARMAKHIS, Vexé

Tu divagues!

CŒSO

Un Grec! Cela machinerait Des conspirations, pour les vendre!

HARMAKfflS

A qui: vendre?

A l'acheteur!

HAKNIAKHIS

Allons! Tu ne vas pas prétendre Que j'irais trahir, moi, que l'on veut condamner A mort!

CŒSO

Peuh! Si cela te faisait pardonner!...

HARMAKfflS

Tiens! Un vieux renard grec a honte de toi, louve! Il trouve que tu vas trop loin!

CŒSO, ironique

Vraiment !

HARMAKHIS

H trouve.

{Riant sournoisement) Je ne te dirai pas que ton invention De vendre à l'Augustus la conspiration Je n'en eus pas, peut-être, un court instant, l'idée...

CŒSO, triomphante Ah!

HARMAKHIS

Mais la chose s'est trop vite décidée!

Puis me payerait-il? Puis, tu sais, l'Augusta Vit passer de nombreux ennemis... et resta! Elle a le bras trop long et la tête trop forte... Mon intérêt est clair: il faut qu'elle l'emporte! D'ailleurs, n'est-ce pas moi qui menai tout? Allons! Nul besoin d'être là, toujours, sur mes talons!

{Elle lui barre la route.) Ne puis-je sortir?

CŒSO, de'cide'e

Non!

HARMAKHIS

Quelle étrange conduite!

CŒSO

Sans trahir tout à fait, tu peux prendre la fuite...

HARMAJCfflS, protestant Oh!

CŒSO

Te dissimuler au moment du danger, Et c'est ce calcul-là que je dois déranger!

HARMAKHIS

Absurde!

CŒSO

Tu promis que tu viendrais attendre Ici, ceux qui, tantôt, convinrent de s'y rendre, Pour frapper cette nuit le coup libérateur. S'ils ne te trouvent pas, si tu fuis...

HARMAKfflS, l'interrompant

C'est flatteur.

CŒSO

...Es se croiront trahis...

HARNIAKHIS, en prenant son parti.

Bien, ma fidèle garde!

Alors, étudions la chambre à deux!

CŒSO

Regarde !

HARMAKHIS, désignant la petite porte de droite

C'est la salle de bains?

(// va la voir. — Sur le seuil:) Pas de fenêtres!

CŒSO

Non!

HARMAKfflS

Pas moyen d'en sortir ou de s'y cacher... Bon! Nous serons là-dedans comme rats dans leur trappe!

{A part) Je t'offre un casque neuf, Pallas, si j'en réchappe!

{Il furète partout. — Près de la porte d'entrée qu'il

entr' ouvre :) Dons, les germains sont là, dans le corridor... Brou!

{Examinant la porte d'entrée. — Stupéfait:) Mais... la porte n'a rien... Ni pêne, ni verrou!

CŒSO

Non! L'Augusta ne peut s'enfermer!

HARMAKfflS

Quoi! Je rêve! Et les gardes germains...?

CŒSO, montrant le corridor

Sont là, tenant leur glaive!

HARMAKHis, abasourdi Mais ils viendront au moindre appel!

CŒSO

Au moindre appel !

HARMAKHIS

Bien avant qu'on n'ait pu porter un coup mortel, Nous serons massacrés!... Je comprends qu'on surveille L'infortuné qui tente aventure pareille!

Une chance, l'a-t-on, sur mille?

CŒSO

Sans regret, N'eut-elle que cela, ma maîtresse essaierait!

[Sombre) Eut-il autant vécu, si c'était si facile De le tuer!

HARMAKHIS, très déconfit

Par Zeus! Je fus un imbécile D'essayer! Conspirer n'a jamais réussi!

Un appel... rien qu'un simple appel... ils sont ici. Ces Germains dont l'aspect glacerait un Achille!

Nous n'avons même pas une chance sur mille!... (// reste un instant silencieux ; abattu:) y y pense! On attendra qu'il s'endorme!

Tu ris!

Il ne dort pas ici — l'as- tu donc pas compris? H vient quelques moments près de l'Impératrice Puis rentre chez lui! Là, sa porte se hérisse De chaînes, de verrous, de plaques de métal... Dit-on... car nul n'en peut franchir le seuil fatal!

{Un silence.

Harmahhis marche nerveusement.

La nuit tombe.

Il entr' ouvre tm des battants de la porte et regarde au dehors^

HARMAKHIS

Quel présage sinistre!... Un chat-huant hulule...

C'est l'instant! Dans la cour sombre de crépuscule

Un esclave a passé d'un air indifférent...

Nos amis se feront remarquer en entrant!

C'est ta fille qu'on mit à la petite porte?

Pour tirer le verrou, sera-t-elle assez forte?

S'ils rencontraient quelqu'un... les trahirait-on pas?

CŒSO, qui reste calme ; sèchement Les couloirs sont déserts. C'est l'heure du repas!

HARMAKHIS

Pourtant s'ils se trompaient! Le palais est immense! Voilà ce chat-huant maudit qui recommence! Quelqu'un va mourir...!

— Qui?

— Certe, ils se tromperont!

CŒSO

Non, la route est facile... ils s'y retrouveront!

HARMAKmS

L'esclave a repassé dans la cour... Il observe!

Que fait-il là? — C'est ce chat-huant qui m'énerve!

CŒSO, ironique Le présage est heureux... pour un Athénien!

HARMAKfflS

Présage heureux! Présage heureux!... Je n'en sais rien!

— Ses gardes pour entrer, auront vraiment facile: Quand on souffle dessus, cette porte vacille.

— Présage heureux!... là-bas! Mais ici... très mauvais!

— Pas un des six n'est là! S'ils tardent, je m'en vais s

— Tiens ! Je l'entends marcher dans la cour, cet esclave !

— Un brave tremblerait... et je ne suis pas brave! A six, ils sont assez nombreux pour le frapper.

Je suis de trop ici... laisse-moi m'échapper...

Vois! ils ne viendront pas... ils ont eu peur sans doute. {Furtivement et rapidement Niger, Plautus et un des Consuls pénètrent dans la chambre, ce sont trois romains dans la force de l'âge. Ils portent la toge laticlave. Plautus, préfet urbain, est presque un vieillard^

HARMAKHis eu les apercevant poîisse un cri de Joie Ah!

LE CONSUL

Nous avons failli nous égarer en route!

HARMAKHIS

Et les autres?

LE CONSUL

Us ont marché plus lentement!

Ils viennent! Ils seront ici dans un moment!

CŒSO, à Niger

C'est la Cène du soir. Après le sacrifice II*

Aux dieux familiaux, vous la verrez venir! Avec ses femmes...

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