‹ Les ailes qui montent [microforme]Chapitre 4 sur 6 · LES MONTENT · texte numérisé non relu

LES MONTENT

AILEN QUI

L'immuable Justice entendra les témoins, De partout accourus pour revancher les Flandres. Et p ir faire crouler sur ses piliers disjoints, L'em, .e, comme un bois que rongent lex malandres Et ces témoins du Droit devant l'Eternité Diront à Dieu:

Voici les fusilleurs d'otages Voici ceux dont la haine et dont l'iniquité Ont blasphémé contre le sang de l'Héritage, Que ton Fils a légué du haut du Golgotha!

Voici Caïn-Guillaume et ses valets, les princes Voici les meurtriers, zeppelins et gothas, Les officiers, déportateurs de nos provinces! Entends ces cris d'horreur! C'est le rempart vivant Placé devant ia troupe en marche. Vois, des femmes Sentent la Mort planer et courir dans le vent, Quand la mitraille jette en tourbillon ses flammes Les enfants sont frappés: les mères, le sein nu, Le corps brisé, sanglant, marqué de coups de crosse Atteintes à leur tour, comme un flot continu S'affaissent dans le bruit du sacrilège atroce! Des prêtres, des vieillards, dans les vides pouss: «. Sont broyés par le fer et foulés sous les bottes! Car ce sont des Prussiens, des êtres émoussés De tous les sentiments sombrés dans les ribottes,

Qui font ainai la guerre aux Belges insoumis

Din AIDES QUE MONIRNI 19

Lu Terre peut venger ce deuil ei ce supplice Muis les crimes sans nom que a Brute à commis

Demandent ta justice à Toi, Dieu de Justice!

C'était un doux pays de réve et de clarté, Une terre d'amour et de grâce éternelle Lex peuples mendiaient un peu de si beat Pou, qu'un regard plus pur éclairät leur prunelle Depuis l'âge lointain de son premier essor Vers l'affranchissement du Verbe et de l'Idée, Depuis que le courage et la foi de l'effort Eurent donné l'espoir à la vie attardée, Les vieux mondes, pensifs, et voués au tombeau, En voyant s'occulter leur grandeur éphemere, Songeaient, en regardant son immortel flambeau Nourri des feux sacrés de Virgile et d'Homère

C'est le Guide que Dieu veut donner aux vivants, “ Pour que l'âme soit belle et la vertu féconde.” Et les Arts de la Paix, radieux atjuvants Qui préchaient sa pensée ardente par le Monde, Exprimaient l'avenir et l'idéal divin.

Fermés, depuis quels temps, à l'humaine igno

france!

Pour que dans ses reflux la Terre se souvint

Que toute jiberté rayonne de la France

Mais la Haine veillait, avec la Trahison.

Et pendant que tes yeux cherchaient l'œuvre future, Sous les voiles épais des lentes nuaisons,

Le Barbare appelait aux armes sa Roture,

O France, créatrice et patronne du Droit!

L'âme n'a pas voulu céder à l'avalanche.

Et sur les champs de mort où la mitraille croit,

Tes enfants ont vécu l'heure de la revanche.

Dans les boyaux cruels de ton sol mutilé,

Tes poilus ont encore, et toujours, à la lèvre,

Le Clairon dédaigneux du rire ensorcelé,

Qu'un Bleuet accouru des rives de la Bièvre, P'pandit de Verdun aux falaises du Nord.

Il venge allègrement sur les hordes tudesques Les mères qui pleuraient, les frères qui sont morts, It les aïeuls livrés aux géhennes dantesques.

Il scande vers le Rhin l'éclat de sa chanson, Mais se souvient qu'hier les Marches reconquises Ont connu l'Aigle Noir et pavé la rançon:

Qu'elles ont vu les rois et les phalanges grises S'acharner sur les seuils où dort Ja Pureté; Tomber les tout-petits dans un flot écarlate,

Et leter vers le ciel leurs deux bras, amputés

Par un Boche couard au tranchant d'une latte;

Pleurer les vieux, perelus, malades et mourants,

Vivants eruciiies dans leur maison qu'on brûle,

Ou fusillés au mur comme belligérants

Par l'Etat-Maior ivre en conciliabule :

Puis dans l'humble foyer où les parents sont nés Quand fuient les officiers que l'alerie déloge

S'agrandir aux regards des maitres étonnés,

Le vide, dans un coin où cliquetait l'horloge;

Quelles ont vu, partout, rugir l'assassinat

Des blessés qu'on achève 6: des femmes qu'on souille

Des brancardiers portant leur brassard incarnat,

Et des cercueils muets que la démence fouille:

Qu'elles ont vu pas:er, dans l'éclair des obus,

Le blasphème insolent qui frappe les églises,

Qui rave du fronton le * Pax ominibus!"

Et trace un long chemin de saingiantes balises,

Où l'avenir vengeur suivra dans ses excès,

L'ivre:sse de Satan et l'aveu de ses crimes.

Le fer, le sang, le feu, rongent eomme un abeès

Ce sol, mais devant lui, le larmes se compriment.

Et s'ils ne pleurent pas, les bleuets et poilus,

Ils savent que demain, au delà de la Meuse,

D'autres pleurs couleront, que n'au:. pas voulus,

En imitant Judas, l'Allemagne écumeuse.

Is savent que le cri: ‘ Deutschland über alles! ‘

Lancé par tout un peuple, est un cri de défaite

Ayant pour auteur Goethe et Méphistophélès:

LES

Que l'aurore doit poindre où, l'ârie stupéfaite,

Les masses frémiront du mensonge avorté,

Et compteront les deuils, les ruines, les veuves,

Les rançons de douleur et d'inhumanité,

Que paieront leurs hameaux, leurs villes et leurs ifleuves

Oeil pour œil! Dent pour dent! La vengeance des

[imorts Atteindra les bandits dans l'ultime refuge, Et devant le Prétoire où pauser:. teur Sori,

L'Homme sera témoin, mais Dieu restera juge!

... Ei je montai, plus haut encor, vers l'avenir, L'avenir qui recueille en l'atome de: orbes L'Homme du nouveau sens, qui viendra réunir

Ses frères dans la Paix, où l'âme se ré

sorbe.

Mais toujour, je priais: ‘Pitié! pitié pour eux! ”

O Progrès! ta lenteur épuise l'Espérance!

Tu n'as pas dévancé les siècles douloureux

Qui, blessés, attendaient l'heure de recouvrance Ton rêve de salut dans l'ombre se débat,

Pour étancher le sang des peuples qui trépassent, Et tombent, en criant leur haine du combat.

Quelles hauteurs faut-il que les âmes dépassent.

Pa

Avant de voir pälir à l'horizon plus pur,

L'aube d'un jour sans deuil qui plane sur le Monde?

Pour que la Charité descende de l'azur

Et fasse tressaillir dans leur fibre profonde

La ville 4:i gémit et la glèbe qui meurt, Combien d'exactions, de dols et de conquêtes Arracheront du sol les dernières clameurs?

Combien d'humanités rechercheront les bêtes, Pour donner à leurs maux un faible apaisement. Avant que les chemins ne voient plus de ruines? Les hommes ne croient pas, et leur tendresse ment Ainsi que l'épillet recèle une bruine

Qui dévore le grain des plus sûres moissons,

La guerre, dans le fruit des futures semailles Qui viendront féconder l'ornière des caissons,

Cache sournoisement le fiel des représailles

O Bernhardi, tu vois monter jusqu'à Berlin

Le courant formidable et rouge des vengeances! C'est toi qui l'as voulu, l'infaillible déclin

Qui condamne ton peuple aux lâches allégeances. Ton surhomme s'écroule où tu l'avais conduit. Ton œuvre, soudoyé par la caste orgueilleuse.

A fait l'arme qui tue et la horde qui ruit.

Et tu n'as pas prévu la hâte périlleuse

LES

AILES QUI MONTENI

Qui chasse hors de France, et jusqu'aux bords du Rhin, Tes soldats en déroute et tes rois en panique.

Tu rêvais que l'effroi du meurtre sous-marin Arréterait aux ports les flottes titaniques.

Tout ce que la Belgique a moissonné de pleurs,

Tous les deuils que la Terre 4 porté

sous les armes, Tous le butin des officiers cambricleurs,

Et les viols commandés dans les villes en larmes, C'est toi, Von Bernhardi, toi qui les a voulus Regarde la frontière, et dis quell& réponse

Fait au dogmes d'Essen la vague des Poilus!

De la Manche à Belfort ta ligne se défonce

Dans la Belgique morte, une force surgit

Des cendres du foyer pour déiivrer ses Marches.

1e sabre avait écrit sur le peuple: “Ci-git! ”

Mais du sol mitraillé, le sang des patriarches

Jaillit de chaque tombe et de chaque terreur,

Et se tranfuse en Lui, qui ne fut pas complice

Des junkers aveulis et d'un veule empereur.

Franchis jusqu'à Visé la Terre-du-Supplice,

Et demande aux déserts qui cachent tes Louvains, Quelle agonie attend ta puissance rhénane!

Les Cent diront: “Qui vive! ” et es échos sylvains Ecouteront venir l'immense caravane,

Le cortège innombrable et vif du talion.

Tu méprisais les corps, c'est l'âme qui se lève,

L'âme des exhumés en sa rébellion.

Criant à l'imposteur de Bade: ‘Pas de trève!" Les consciences voient le pacte clandestin

De l'Orgueil qui se vautre et du fer qui ruisselle, Et rien n'arrêtera la marche du Destin,

Car Dieu vient s'affirmer dans l'âme universelle!

Pour que ton règne arrive, et dure jusqu'au soir Des jours, confus encor, dont l'aube se rapproche: Pour que le pay:an, qui plonge son fossoir

Dans le terreau chargé de ronces et d'arroche, N'avive pas la bombe, éteinte, du Passé;

Pour que l'effort renaisse aux espoirs de la vie, Sans l'échec douloureux de l'Idéal blessé,

O Paix de la lumière, il faut tuer l'Envie!

! faut qu'un ‘“aint amour, aux peuples qui naitront. Enseigne que la guerre est un crime barbare,

Qui frappe la Grandeur et le Génie au front:

Que le Haine est un joug, et l'Empire une barre,

Sur la route qui moe, étroite, jusqu'à Dieu.

Les races tomberont, comme tombent les feuilles

LES

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