AILES QUE MONTENT
Au vent de la jonchée affolante du Feu.
Comme un gibier fuyant que le chasseur embreuille, Les hommes chercheront, tous, un dernier abri Contre l'irruption des éléments en armes.
D'autres guerres viendront sur le Monde assombri, Jeter leur épouvante et fondre leurs vacarines, Jusqu'au jour où le sol, tuméfié de morts,
Crevé jusqu'au tréfond par les folles mitrailles. Stérile, dévasté, dépouillé des trésors
Qui germaient en gonflant ses fécondes entrailles, Refusera la nourriture et la chaleur
Aux fugitifs hagards des haineuses tueries,
L'Humanité criera du fond de sa douleur,
Vers un Dieu relégué parmi les vieilleries,
Vers le Galiléen toujours crucifié:
Et ses poings décharnés, souillés par l'homicide. Frapperont lourdement son cœur pacifié,
Triste, honteux, vaincu par le remords lucide. Alors elle verra le deuil originel
Qui pèse sur Caïn et sur le dernier crime,
Sur la masse et le glaive engendrant le shrapnell, Sur le frère qui fuit son frère, qui l'opprime, Sur les hommes traqués et luttant pour la faim
Partout sera l’effroi dans le désert imimense,
La terre nue aura les flammes pour confins,
Et le foyer d Enfer oblitérant la manse,
Jettera sur les corps des cendres pour linceul. Alors une prière, éloquemment la méme, Agenouillera l'homme angoiss: d'étre seul.
Dans le décor sinistre et frappé d'anathéme Alors les rescapés du désastre dernier
Renieront la Couronne et les formes anciennes, Is briseront l'armure et l'ordre casernier,
Qui tentent de survivre aux ruines prussiennes Ils feront de nouveau le rêve surhumain, Réalisé jamais, et poursuivi sans cesse,
Des frontières sans guerre et des peuples germains. Des serments accomplis, des pactes sans bassesse, Is auront tous assez souffert, assez pleuré, Assez perdu d'amour dans les fléaux horribles Descendus de partout, sur le Monde leurré,
Ave” l'écrasement des foudres invisibles,
Qu'ils chercheront enfin ta voie, à Créateur!
Tu n'avais pas créé les hommes pour le crime, Mais leurs pas ont suivi le Veau-d'Or corrupteur. Quand l'âme va trop bas, sa fierté se supprime, Et l'argile demeure, avec les passions.
Les races, gémissant de n'avoir pas d'arbitre, Ont trainé dans leur saag le rocher d’Ixion.
Elles n'ont pas voulu, dans leurs rogues chapitres.
Laisser parler l'amour et la fraternité.
es n'ont pas trouvé le mot que Tu consacres.
Elles n'entendaient pas, et n'ont pas écouté
Ta voix, lorsque le Mal exaltait les massacres, Les vols de territoire, et les droits du canon. “Gott mit uns!" criait-il, aux spoliateurs d'âmes, Mais le Droit leur mettait au col un alganon, Comme aux bandits lichés des galères infâmes Nos rescendants verront. dans quel âge lointain! Le règne de la Paix, élaguant les armées,
Qui sans pitié mentaient au bon Samaritain; Ils verront dans les ports les flottes réformées, Restes du temps barbare où le fer gouvernait:
Ils entendront parler Dieu dans leur conscience, Et dans leur cœur la voix des Muses, qui renait
En donnant à la Terre un dictame: (‘lémence!
Toi qui sais tout, Toi qui vois tout, Dieu de bonté.
Fais que la Paix demeure, avec la Liberté!
Le vieux Monde s'aigrit de Compter les désastres Consignés, chaque jour. aux funèbres cañastres
Des horreurs que la guerre ajoute aux désespoirs
La ruine et la mort disloquent les terroirs
Où rayonnaient la joie et la douceur de vivre.
Où vibrait un bonheur qu'on n'ose plus poursuivre La guerre se nourrit des vœux recommencés,
Tant se creuse l'abime entre les fiancés,
Entre les cœurs unis que le clairon sépare
C'est pour les réquiems que le temple se pare,
Et l'ornement est sombre, et la cloche est un glas Qui sonne lourd parmi les pleurs qu'on étrangla. Mais Ta puissance est grande, et la Foi se console, Près d'une sépulture, où la prière isole
Ceux que le sacrifice a brusquement meurtris,
Celles qui vont pleurer sur des restes flétris Elles portent dans l'âme une douleur trop vive, Pour chercher hors de l'ombre une pitié passive, Lt est vers Toi que vont les pleurs silencieux,
Car c'est dans la douleur qu'on se souvient des cieux. Les épreuves sans nombre ont tué la pensée,
En jetant sur la vie une rage insensée,
Et qui la fait haïr jusque dans ses attraits;
Les engins de terreur ont fouillé les retraits, Profondément cachés dans les antres de pierre,
Et broyé les vivants comme une fourmilière
Les vents ont emporté, par delà l'hiatus
Des oréans, la Peste, aux hideurs de rictus,
Qui frappe les chevets avec l'épidémie,