LES ZEPPELINS BOR PAUS I
La ville est à leurs pieds et se tasse en sa nuit Et se range et s'allonge aux deux bor is de la Seine"; Voici ses palais d'or et ses quais de granit Et sa gloire pareille à la gloire romaine.
L'ivresse monte en eux et leur orgueil est tel
Que rien jusqu'à leur mort ne le pourra dissoudre.
Ne sont-ils pas à cet instant les rois du ciel
Et les dieux orageux qui promènent la foudre?
Ils bondissent dans l'air lucide; ils vont et vont, Evoquant on ne sait quel mythe en leur mémoire Et creusent plus avant un chemin plus profond, Dites, vers quel destin de chute ou de victoire.
Les projecteurs géants croisent si fort leurs feux Qu'on dirait une lutte immense entre les astres Et que les Zeppelins se décident entre eux A déclancher soudain la mort et les désastres.
Pourtant jusqu'à Paris aucun n'est parvenu. Avant qu'un monument ne devienne ruine Ils s'en sont allés tous, comme ils étaient venus Avec le coup de l'échec dur en leur poitrine.
Ils n'ont semé que ci et là, de coins en coins, La mitraille qu'ils destinaient au dôme unique Où dort celui qui les ployait sous ses deux poings Et les dominait tous, de son front titanique.
Et, peut-être, est-ce lui qui les a rejetés Du côté des chemins où la fuite s'accoude, Rien qu'à se soulever, lentement, sur son coude Tel que pour le réveil Rude l'avait sculpté.